HARVARD UNIVERSITY. LIBRARY OK THE MUSEUM OF COMPARATIVE ZOOLOGY LiBRARY OF SAMUEL GARMAN ■^i^W^-i^-^-c-''e)t^pt..i.^: 0CT5 1928 HISTOIRE NATURELLE DES POISSONS. STRASBOURG, IMPRIMERIE DE F, G. tEVRAOMj RUE PES JUlfS, K." 33. HISTOIRE NATURELLE DES POISSOÎVS, PAR M. LE B.«^ CUVIER, Pair de France, Grand-Officier de la Légion d'honneur, Conseiller d'État et au Conseil royal de l'Instruction publique , l'un des quarante de l'Académie française, Associé libre de l'Académie des Belles-Lettres, Secrétaire per- pétuel de celle des Sciences , Membre des Sociétés et Académies royales de Londres, de Berlin, de Pétersbourg, de Stockholm, de Turin, de Gœttingue, des Pays-Bas , de Munich , de Modène , etc. ; ET PAR M. VALENCIENNES, Professeur de Zoologie au Muséum d'Histoire naturelle. TOME NEUVIÈME. A PARIS, Chez F. G. LEVRAULT, rue de la Harpe, n.» 81 } STRASBOURG^ uieiue Maison, rue des Juifs, n.° 33; BRUXELLES; Librairie parisienne, rue de la Magdeleine; n.° 488. 1833. s AVERTISSEMENT. il ous suivions assidiiment l'impression de notre ouvrage; je continuais de servir d'aide à mon illustre maître; qui m'aurait dit que ce volume paraîtrait couvert d'un crêpe funèbre ! Les premières pages étaient à peine impri- mées, que les sciences avaient à déplorer une des pertes les plus grandes qu'elles pouvaient faire ! Le premier naturaliste de notre siècle ne devait pas voir terminer le grand ouvrage dont il avait conçu le plan, et auquel il consacrait une grande partie de ses forces ! A une puissance supérieure de génie que la nature accorde de loin en loin à ceux des hommes privilégiés qu'elle veut élever sur la scène du monde , comme des monumens de gloire de l'esprit humain , M. Cuvier réunissait deux qua- lités éminentes, qui s'excluent chez la plupart VJ AVERTISSEMENT. des autres hommes. Une activité qu'aucun tra- vail ne pouvait fatiguer, et une patience plus étonnante dans les recherches les plus minu- tieuses et toujours nécessaires pour parvenir à la découverte de quelques vérités. Ces deux qualités, aidées par une grande jus- tesse dans l'esprit et par une vaste érudition, ont donné aux travaux de ce grand homme un caractère qu'on chercherait en vain dans ceux des autres naturalistes de notre siècle. La curiosité de son esprit lui fait porter le scalpel dans les nombreux animaux dont l'orga- nisation était encore à étudier ; sa patience dans les observations apporte tant d'exactitude dans la connaissance des faits, que par ce premier travail la classe des Yers sort, on peut le dire, du chaos. Poursuivant ses premières recherches, il publie cette suite de Mémoires admirables pour servir à l'histoire naturelle des Mollusques; ils sont des modèles de critique littéraire, de précision dans les descriptions, et de sagacité dans l'art de choisir et de présenter des carac- tères zoologiques. Son génie se montre encore avec plus de supériorité dans son ouvrage immortel sur les AVERTISSEMENT. \ ij recherches des ossemens fossiles des animaux perdus. M. Cuvier avait étudie les êtres qui animent et ornent la surface actuelle de notre globe. Il en avait fait connaître l'organisation si va- riée sous le titre trop modeste de Leçons d'ana- tomie comparée. Il les avait distribués suivant un ordre mé- thodique dans un ouvrage devenu classique du moment même de sa publication. Mais ce n'était pas assez pour un esprit qui veut forcer la na- ture à révéler ses secrets les plus intimes. M. Cuvier remonte au-delà des âges que les traditions les plus anciennes accordent aux hom- mes de connaître ; il s'élève au-dessus de notre planète , voit la terre peuplée d'espèces qu'il recrée , et en fait connaître les formes avec au- tant de certitude, comme il le dit lui-même, que s'il avait vu les animaux dans nos ména- geries ; il pénètre dans les profondeurs des im- menses océans et y voit nager ces énormes rep- tiles marins dont nous ne retrouvons que des débris épars. Pour arriver à ce degré de certitude dans la connaissance des animaux perdus, M. Cuvier Viij AVERTISSEMENT. est obligé de faire sur les espèces vivantes qu'il compare aux espèces antédiluviennes, des ob- servations qui montrent son immense savoir, et la justesse de son esprit dans l'art de la cri- tique. Son ouvrage devient une source féconde d'instruction pour le zoologue et pour l'anato- miste. Ses discussions critiques et littéraires sur les animaux connus des anciens complètent l'his- toire naturelle de plusieurs espèces , commencée par Buffon ; il esquisse le tableau de l'iùstoire de plusieurs autres , découvertes depuis la mort de son prédécesseur et de son rival de gloire. Ses descriptions ostéologiques , pleines de faits aussi neufs que curieux, commencent une ostéo- logie comparée inconnue avant lui. Le discours préliminaire de cet ouvrage, de- venu lui-même distinct et séparé, et qu'on lit traduit dans toutes les langues vivantes de l'Eu- rope , est rempli de principes aussi justes qu'ad- mirables sur les perpétuités des espèces, sur les variations accidentelles qui peuvent survenir à certaines d'entre elles : ils serviront toujours de guide à ceux des naturalistes qui , ne se laissant pas entraîner par l'imagination, verront dans AVERTISSEMENT. IX les pliénomènes physiques ce que robservation seule doit faire découvrir. M. Cuvier n'avait pas encore écrit les der- nières pages de ce livre impérissable, que l'ar- deur de son génie lui fait entreprendre un nou- vel ouvrage, plus considérable encore , l'Histoire naturelle des poissons. iXous retrouvons toujours le même caractère dans l'exécution du plan créé par le génie de M. Cuvier. 11 commence par étudier l'une après l'autre toutes les espèces qu'il a pu réunir, et le nombre s'élevait alors a plus de quatre mille. Ce travail préliminaire terminé, M. Cuvier écrit ensuite ces descriptions remarquables par leur exacti- tude sans sécheresse, et que les naturalistes, jaloux de produire des ouvrages durables, cher- cheront sans aucun doute à imiter. M. Cuvier eut le bonheur de jouir déjà pen- dant sa vie de la durée et de la solidité de ses travaux. Avant considéré sous tous les points de vue les objets qu'il a étudiés, il a établi des lois conçues par sa Aaste intelligence, qui sont restées immuables , comme l'ordre de la nature sur lequel elles sont basées. Mais je sens ma voix trop faible pour faire X Avertissement. entendre l'éloge du grand maître ! Elève recon- naissant, je ne dois proférer que des paroles de gratitude, et ne me souvenir que de ses dernières volontés. 11 m'a chargé de terminer l'ouvrage auquel il avait bien vonlu m'associer ; les nombreux matériaux que nous avions réu- nis ensemble sont maintenant à ma disposition. J'exécuterai religieusement les derniers ordres de mon illustre ami; et, si je puis hasarder cette expression, j'aurar la gloire d'avoir complété ses œuvres, autant du moins que mes forces le permettront. Nous continuons dans ce volume l'histoire des Scombéroïdes ; et si les familles que nous y avons traitées ne se composent pas d'espèces aussi grandes , et d'une utilité aussi générale pour les besoins de l'homme, leur étude n'en est pas moins nécessaire, par leur liaison avec celles qui ont été mentionnées dans le volume précédent. Un genre seul est presque aussi généralement connu que celui des maquereaux ou des thons; nous voulons parler des coryphènes, ou, comme les navigateurs les appellent , des dorades, dont l'éclat si brillant est l'objet de leur admiration. AVERTISSEMENT. XJ et dont le changement si varie des couleurs, dans les derniers momens de la vie, fait le sujet continuel de leur étonnement. Ce genre est un exemple bien frappant de la richesse actuelle de nos collections et de l'ac- croissement considérable du nombre dés espèces connues depuis nos travaux sur la classe des poissons. Linnaeus réunissait les coryphènes sous les deux dénominations de corjphœna hippurus et de coiyphœna equisetis. Nous en comptons aujourd'hui treize, parmi lesquelles dix sont établies sur la nature, et d'après la comparaison la plus njinutieuse des nombreux individus qui ont été soumis à notre examen. Nous trouverions encore plus de richesses zoo- logiques, si, au lieu de citer des poissons dont le nom est pour ainsi dire vulgaire , nous avions choisi nos exemples parmi les caraux , les stro- matées, et les genres voisins de ceux-ci, qui composent nos différentes tribus. J inviterai les hommes éclairés à me prêter leur secours et leur appui. J'ai déjà trouvé dans quelques-uns des preuves de leur amour pour les sciences. M. Letronne, qui veut bien m'iio- norer de son amitié, a eu la bonté de me diriger Xlj AVERTISSEMENT. dans des recherches de critique littéraire. Qu'il me permette, eu le citant, de lui donner une preuve de ma reconnaissance. Sous le rapport de l'histoire naturelle , j'ai reçu de nouveaux matériaux par quelques-uns de mes amis. M. le docteur Holbroock, de Charlestown, m'a envoyé des espèces fort intéressantes dont plusieurs sont déjà décrites dans les additions qui suivront toujours chacun de nos volumes. M. Gaj, déjà connu par ses travaux en bo- tanique , vient de se montrer zoologue non moins habile, par les recherches qu'il a faites à Yalparaïso du Chili. Il m'a communiqué ce qui regarde l'ichtyologie, et m'a permis d'en faire usage avec une générosité pour laquelle je suis heureux de lui donner un témoignage public de ma i^econnaissance. Je ne dois pas moins de remerchnens à MM. les Professeurs de la Faculté de Montpellier, et à mes deux savans amis, M. Temminck, di- recteur du Cabinet royal d'histoire naturelle de Leyde, et M. Lichtenstein, professeur de zoologie de l'université de Berlin, qui ont bien voulu me laisser encore profiter des nombreux AVERTISSEMENT. xiij matériaux qu'ils s'ëtaienfc empresses de mettre à la disposition du savant illustre qui savait attirer à lui, autant par sa haute gloire litté- raire, que par sa libéralité et son alFahilité. Nos lecteurs trouveront toujours, dans les tables de chaque volume, la signature de M. Cuvier à la suite des articles qu'il aura laissés en état d'être imprimés sous sa responsabilité scientifique. La continuation de cette publication se rat- tachera ainsi au nom du grand naturaliste, qui avait commencé l'exécution de cet ouvrage , fruit de quarante années d'études préparatoiies; heureux moi-même de pouvoir encore prolon- ger mes douces relations avec mon maître et mon ami, et de lui payer le juste tribut de ma profonde et sincère reconnaissance! Au Jardin des Plantes, Décembre 1832. TABLE DU NEUVIÈME YOLUME. SUITE DU LIVRE NEUVIEME. Pages. Planct ; Des Scombéroïdes i TROISIÈME GRANDE TRIBU. Les Scombéroïdes a ligne latérale cuirassée. Ihid. CHAPITRE XV. Des Caranx (Cjrjnx^ nob.) , . . 3 Des Saurels (Trachurus, nob.) 6 Le Saurel, ou Maquereau bâtard de la Manche (Caranx trachurus^ Lacép. ; Scomher trachu- rusy Linn. Bl.) ii 246 Des Caranx proprement dits 28 Le Caranx de Rotler (Caranx Rotlerij nob.; Scomher Rotleri , Bl. ; Scomber cordjla , L. ? ) 29 Le Suaréou (Caranx suareusj Riss.) 33 Le Caranx ronfleur (Caranx rhonchus^ GeofF. ; Caranx alexandrinus ^ Ebrenb.) 35 Le Caranx de Sainte -Hélène (Caranx Sanctœ Helenœ^ nob.) 37 Le Caranx ponctué (Caranx punctatus y nob.) . . 38 Le Caranx faux maquereau (Caranx macarellus, nob.) , 40 XVJ TABLE. Pages. Plancb. Le Caranx de San-Jago (Cnratix Jacobceus ^noh.). 4 2 Le Caianx kiliclié {Caranx kiliche^ nob.) 43 Le Caranx kurra {Caranx kurra^ nob.; Kurra- ■wodagahwah^ Russ.) 44 Le Caranx gros-œil {Caranx hoops^ nob.). ... 46 Le Caranx vari {Caranx varij nob.) 48 Le Caranx calia {Caranx kalla^ nob.) 49 Le Caranx djedJaba {Caranx djeddaha^ Riipp.). 5x Le Caranx fuseau {Caranx fusus ^ Geoff.) . ... 62 Le Caranx maté {Caranx mate^ nob.) 64 Le Caranx à queue jaune {Caranx xantJiurus ^ K. et V. H.) 55 Le Caranx ierdau {Caranx ferdau ^ Rupp. 5 Scom- her ferdau j Forsk.) 5 6 Le Caranx iré {Caranx ire^ nob.) 57 Le Caranx para {Caranx para^ nob.) 5 8 Le Caranx à petites pectorales ( Caranx mîcro- chir^ nob.) S g Le Caranx cambon {Caraîix camhon^ nob".) ... 60 Le Caranx de lIsle-de-France ( Caranx maiiri-' tianus , Q. et G. ; Caranx macrophtalinus , Rupp.) Ihid. Le Caranx à grandes paupières {Caranx crume- nophtahnus ^ Bl. , pi. 34 3 ; Lacép. , tom. IV j p. 107) 62 Le Caranx de la Nouvelle-Guinée {Caranx Notice Guineœ^ nob.) 63 Le Caranx à mince armure ( Caranx leptolepis , K. et V. H.) Ibid. Le Caranx deMertens {Caranx M ertensii^ nob.). 64 Le Caranx de Plumier {Caranx Plumieri^ nob. 5 TABLE. XVlj Pages. PI.iDcli. Scomher Plmnieri^ Bl. ; Caranx Daubenton ^ Caranx Plinniev ^ Lacép.) 65 Le Caraux de Blocli {Caranx Blochii ^ nob. ; Scomber ruber^ Bl.) èg Le Caranx à bandes {Caranx f as ciatus ^ Coll. raexic. ) 70 Le Caranx à gouttes d'or {Caranx auroguttatus y Ehrenb.; Scomber Jlihoguttatus^ Rupp.) . . , 71 Le Caranx à poitrine nue {Caranx gjmnoslethus ^ nob. ) 73 Le Caranx à taches fauves {Caranx fuli^oguttatus ^ nob. ; Scomber Julfoguttatus y Forsk. ; Caranx bayad^ Rupp. ?) 76 Le Caranx à sourcil d'or {Caranx chrjsophrjs^ nob.) 77 247 Le Caranx du Sénégal {Caranx senegallus^ nob.). 7 8 Le Caranx lune {Caranx luna^ Geoff.) 80 Le Caranx plie {Caranx platessa^ nob.) 84 Le Caranx du port du Roi - George ( Caranx georgianus ^ nob.) 85 Le Caranx sole {Caranx solea^ nob.) 86 Le Caranx denté {Caranx dentexj nob. ; Scom- ber dentex , Bl. Sclm.) 87 Le Caranx à anale jaune ( Caranx analis ^ nob.). 88 Des Carakgxjes 83 La Carangue proprement dite {Caranx carangus ^ nob.; Scomber carangus ^ Bl.) 91 La fausse Caraugue {Caranx f alla x ^ nob.). ... ç)b La Carangue pisquet {Caranx pisquetus ^ nob.). 97 La Caraugue jaune {Scomber chrjsos ^ JMjtch. ; 9. b XVllj TABLE. Pages. Plancli. Scomher hippos^ Linn.) 98 La Carangue de Saint-Barthélemi (Caranx Bar- tholoinœij nob.) 100 Le Caranx à museau obtus {Caranx amhljrhyn- chus ^ nob.) Ihid. 248 Le Caranx de 1 Ascension (^Caranx Ascensionis , nob.; Scomher Ascensionis ^ Forsk.) 102 249 Le Caranx gris {Caranx heli^olus^ nob. ; Scomher heholus^ Forsk.) 104 La Carangue sem (Caranx sem^ nob.) io5 La Carangue de Forster (Caranx Forsteri^ nob.). 107 La Carangue jarra {Caranx jarr a ^ nob.) 109 La Carangue à anale jaune {Caranx xanthopj- nis nob.) Ihid. La Carangue à six bandes {Caranx sexfasciatus^ Q. etG.) iio La Carangue de Péron {Caranx Peronii^ nob.; Scomher sansun , Forsk. ?) 112 La Carangue de Lesson {Caranx Lessonii^ nob.). 1 1 3 La Carangue de Bélenger {Caranx Belengerii^ nob. ) 116 La Carangue à anale noire {Caranx melampjgus^ nob.) Ihid. La Carangue ékala {Caranx ekala^ nob.-, Ekalah- parah , Russ. , n.° 1 4 6 ) 117 La Carangue dHeber {Caranx Heheri^ Benn.) . . 119 La Carangue à nageoires bleues {Caranx cœruleo- pinnatus , Rupp. ) Ihid. La Carangue de Malabar {Caranx malaharicus ^ nob. ; Scomher malaharicus , Bl. , Sjst. , p. 3 1 , n.° 2 7) . 121 TABLE. Xix Pages. Planch. La Caraiigue à ventrales noires (Caranx nigripes ^ nob.) 122 La Carangue mentonnière {Caranx mentalis ^ Ehrenb.) 124 La Carangue tillé {Caranx tille ^ nob.) Ibid. La Carangue à longs fils {Caranx citida^ nob.; Caranx cirrhosus ^ Ehrenb.) 126 260 La Carangue armée {Caranx armatuSj nob.; Ci- tula armata , Rupp.) 127 La Carangue oblongue {Caranx oblongus ^nob.). 128 La Carangue à dents fines {Caranx ciliaris y nob.). 129 La belle Carangue {Caranx speciosuSy nob.; Scomher speciosus ^ Forsk. ) i3o CHAPITRE XVL De plusieurs petits genres voisins des Caranx j dont la plupart aidaient été placés parmi les Zeus : les Olistes, les Scyris, les Blépharis, les Gais, les Argyréioses , les Vomers et les Hynnis. 1 3 3 Des Olistes iSy LOliste du Malabar {Olistus malabaricusy nob.). Jbid. 261 L Oliste à ventrales noires , Olistus atropus , nob. ; Brama atropus ^ Bl. Schn.j p. 98 , pi. 2 3) . . 141 L'Oliste de Ruppel {Olistus ? Ruppelii^ nob. ; Ci- tula ciliaria^ R.upp.) 144 Des Scyris , 145 Le Scyris des Indes {Scyris Indica^ nob.) Ibid, 2S2 Le Scyris d'Alexandrie ( Scjris Alexandriîia , nob.). , i52 Des Blépharis , , x53 XX TABLE. Piiges. Plancb. Le Blépharis des Indes {Blepharis indiens^ nob.). 164 Le Blépharis des Antilles , appelé Cordonnier à la Martinique (JBÏepharis sutor^ nob.) i6i 253 Le grand Cordonnier {BlepJiaris major ^ nob.).. i63 Des Gals 164 Le grand Gai des Indes (Gallichtys major , nob.). 168 264 Le petit Gai {Gallichtjs che^^ola ^nob.; CJie-wola- yarali^ Russ.) 176 Le Gai des côtes d'Egypte {GaUichtjs œgjptia- cusj Elirenb.) 176 Des Argyréioses 177 Et particulièrement de l'Abacatuia {Argjrejosus vomery Lacép.; Zeiis vomer ^ Linn.) Ibid. 25 5 Des Vomers 189 256 Et particidièrement du Voiner de Brown ( Vomer Brownii y nob.) Ihid. Des Hyninis 195 Et particulièrement de IHjTinis de Gorée (Hjnnis Goreensisj nob.) Ihid. 25 j (Par M. le B.''" Cuyier.) QUATRIÈME GRA^vDE TRIBU. Des Scombéroïdes sans fausses pikjvuleSj sans épines libres au dos j sans armure aux cotés de la queue i99 CHAPITRE XVIL Des Sérioles, des Temnodons, des Lactaires, DES Pasteurs j des Nauclères, des Porthmées ET DES PsÈNES s . 2 00 TABLE, XXJ Pages. Planch. Des Sérioles 200 La Sériole de Duméril {Seriola Dumeriluy nob.; Cavanx Dumeril ^ Piisso).. 201 268 La Sériole de Rivoli {Seriola Rwoliana^ nob.). 207 La Sériole de Lalande {Seriola Lalandi ^ nob.) . 208 La Sériole de Bosc {Seriola Boscii^ nob.) 209 La Sériole à dorsale en l'anx {Seriola falcata^ nob.) , 210 La Sériole de Buenos- Ayres {Seriola Bouariensis ^ nob.) 2 11 La Sériole rubamiée {Seriola fasciata ^ nob.; Scomher fasciatus y Bl.) Ihid. La Sériole à anus désarmé {Seriola leiarchus ^ nob.; Scomber zonatus^ Mitcb.) 2i3 La Sériole à ceintures {Seriola zonata^ nob.; Scomber zonatus ^ ÎNIilcli.) Ibid. La Sériole à deux taches {Seriola hinotata^ nob.). 2 1 5 La Sériole de Ruppel ( Seriola Buppelii^ nob. ; Nomeus nigrofasciatus ^ Rupp.) 21& La Sériole de Dussumier {Seriola Dussumieri j nob.) ; 217 La Sériole cerclée {Seriola succincta ^ nob.). . . 218 La Sériole cosmopolite {Seriola cosmopolita^ nob.; Scomber chloris^ Bl.) 21g 269 Des Temnodojvs ( Temnodon^ nob.) 226 Et en particulier du Temnodon sauteur {Temno- don saltatorj nob.; Perça saltatrix^ LinD. ; Chéilodiptère heptacant/ie ^ Lacép.) Ibid, 260 Des Lactaires {Lactarius^ nob.) 287 Le Lactaire délicat {Lactarius delicatidus y nob.; XXlJ TABLE. Pages. Plancïi- Scomher lactarius^ Bl. Schn.) 238 261 Des Pasteurs (Nomeus ^ Cuv.) 242 Le Pasteur de Maurice (JVomeits Mauritii^ Cuv.; Harder ^ ^lâr^v. \ Eleotris MauritiijÇjXOUOv.). 243 262 Le Pasteur de Pérou (jVomeiis Pcronii^ nob.) . . 247 Des Naxjclères {Njuclerus ^ nob.) Ihid. Le Nauclère comprimé (Naucîeriis compressas j nob.) 249 263 Le Nauclère raccourci (Nauclerus ahhre^iatus ^ nob.) 2 5 1 Le Nauclère à épines courtes {Nauclerus hrachj- centrus ^ nob.) 262 Le Nauclère triacanthe {Nauclerus Iriacanîkus^ nob.) 2 5 3 Le Nauclère aimulaire (Nauclerus anmdaris^ nob.) 204 Le Nauclère à queue blanche (Nauclerus leucu- ruSj nob. ) 2 5 5 Des Porthmées (Porthmeus^ nob.) Ihid. Le Portljraée argenté (Porthnieus argenteus^ nob.) 2 5 6 264 Des Psènes (Psenes^ nob.) 25^ Le Psène aux sourcils bleus (Psehes cjanoyhrjs j nob.) 260 265 Le Psène de Java (Psenes Javanicus ^ nob.) ... 264 Le Psène doré (Psenes auratus ^ nob.) Ihid. Le Psène à queue blanche (Psenes leucurus ^ nob.) 2 65 Le Psène de Guam (Psenes Guamensis ^ nob.) . . 266 TABLE. XXllJ CHAPITRE XVIII. Pages. Planrli. Des Coryphèkes (CorvphjEnj ^ Linn.) 268 Des Couyphènes proprement dites (Coryph/e^à^ nob.) 274 266 La grande Corjrpliène de la Méditerranée (Corj- vhœna hippurus ^ Linn.) 278 Des Corjphènes de la Méditerranée voisines de rHippurus 285 Des Coryphènes voisines de rHippurus décrites par les auteurs 288 Descriptions des Corjphènes éti^angères que nous auons ohseri'ées 297 La Coryphène équiset (Corjphœna equisetis ^h.). Ibid. 267 La Corj-pliène de Margrave ( Corjphœna Mar- grafiij nob. 5 Guaracapenia ^Marg.) 3oi La Corj^hène de Lesueur (Corjphœna Sueriij nob.) 3o2 La Coryphène dorade (Corjphœna dorado, nob.) 3o3 La Cor^-phène dauphin (Corjphœna dolfjn , nob.) 3 o 5 La Coryphène des Açores (Corjphœna azorica^ nob.) 3o6 La Corj^ihène de Lesson (Corjphœna Lessonii^ nob.) 307 La Coryphène rayée ( Corjphœna virgata y nob.) . 3 o 8 La Coryphène queue d'or (Corjphœna chrjsurusj Lacép.) 309 La Coryphène queue d'argent (Corjphœna argj- rurus j nob.) 3î4 XXIV TABLE. Pagfs. Plantlî, La Coryphène de Vlaming {Corjphœna Flamin- giiy nob.) 3 1 5 La Cor^^hène scombéroïde (Coryjyhœna scombe- roides^ Lacép. ; Osteoglossas^ Commers.) . . Ihid. Des La?;ipuges {Ljmpugvs^ nob.) Siy Le Larapuge pélagique (Lninpiigiis pelagicus^ no}).) 3i8 Le Lampiige de Sicile (Lampugus Siculus^ nob.). 3 2 3 268 Le Lampuge deNaples (Lampugiis neapolitanus ^ nob.) 325 Le Lampuge ponctué (Lampugus puncudatus ^ nob.) 327 Le Lampuge fasciolé (LaiiipugiisJasciolaUiSyUoh.) 3 2 8 Le Lampuge sans taches (Lampugus immaculatus ^ nob.; Corjphœna immaculata ^ Agassis) .... 329 (Par Aï. Valenciennes. ) Des Ceintrolophes (6'£i\^TiîOzoi'7/t5, Lacép.) . . 33o Le Centroloplie pompile (Cenîrolophus pompdus ^ noi).; Coryphceua pompdusj Linn.) 334 269 Le Centroloplie nègre {Centrolophus morio^ Lac.) .342 Le Centrolopbe liparis (Centroloplie liparis^ Riss.) 346 Le Centrolopbe oy aie (Ceiitrolophus oualis^ nol).). 346 Le Centrolopbe épais (Centrolop/ius crassus^ nob.) 348 CHAPITRE XIX. Des Astrodermes et des Pteraclis 3 5 2 Des Astrodermes Ibid. L'Astroderme élégant (yislrodeiinus corjpJice- noides^ Bon.; Corjphœna elegans ^V-Àsi.) . . 35 3 270 (ParM. leB.°"Cuvier.) TABLE. XXV Pages. Plancb. Des Ptéràclis 35g Le Ptéràclis ocellé {Pteraclis ocellatns^ nob.). . 3 63 271 Le Pteraclis trichiptère (Pteraclis tricJiijjterus ^ nob.) 367 Le Pteraclis de la Caroline {Pteraclis Carolinus , nob.) 368 Le Ptéràclis tacheté {Pteraclis guttatus^ nob.; Corjphœna 'velifera^ Pall.) 370 (Par M. Valenciennes.) CHAPITRE XX. Des Stromatées, des Rhombes, des Loxjvareous , DES SeSERINS et DES KuRTES 372 Des Stromatées Ihid. Le Stromatée fiatole (5fro7?2ato/J'y?^fo/rtj Linn.). 373 272 Des Stromatées étrangers 382 Le Stromatée noir {Stromateus niger^ Bl.) .... 385 Le Stromatée paniple-blanche (Stromateus albiis, nob.) 388 Le Stromatée atoukoia (Stromateus atous^nob.). 3Sg Le Stromatée blanc (Stromateus candidus^ nob.; Telia sandawali^ Russ.) 391 Le Stromatée argenté (Stromateus argenteus ^BL). 3^3 Le Stromatée aiguillonné (Stromateus aculeatusj Bl. Schn. ; Stromateus argenteus ^ Euplir.) . . 394 Le Stromatée porte-baches (Stromateus securifer^ nob.) Ihid. 273 Le Stromatée pample grise (Stromateus griseus^ nob.) 395 XXVJ TABLE. Pages. Plancfc, Le Stromatée tacheté (Stromateus maculatus^nob,) 3 g 9 Des PiHOMBES (RiTOMBUs j Lacép.) 400 Le Rhorabe à longues nageoires (Rhombus longi- pinnisj nob.) 401 274 Le Rhombe à nageoires argentées (Rhofnbus ar- gentipmnis ^ nob.) 4o5 Le Rhombe à queue jaune (Rhombus xanthurus ^ nob.) Ibid. Le Rhonilie à fossettes {RJtombus ciyptosiis ^noh. ; Stromateus ciyptosus ^ Mitcb.) 408 Le Rliombe crénelé (Rhombus crenulatus , nob.). 410 275 Du LouvAREou (LurjRvs^ Rafiu. ) 412 Du Luvaru imperiali, Rafin Ibid. Du Liivarus de l'Isle-de-Ré , nob 4i3 Du Seserikus 416 Et en particuher du Seserin aux petites ventrales (Seseriiius michocldrus ^ nob.; Centrolophus michochirus y Bon.) Ibid. 276 Des Kuetes 419 Le Kurte Biochien (Kurtus Rîochii ^hacé^. ; Rur- tus indicus^ Bl.) 421 277 Le Kurte cornu (Kurtus cornutus^ nob.) 426 (Par M. leB-^'-Cuvier.) TABLE. XXVlj ADDITIONS ET CORRECTIONS AUX TOMES II, III, IV ET V. Pages. Plancli. Additions au tome second 429 La Perche truite {Perça trucha^ nob.) Ibid. Addition à 1 article de YAmhasse de Dussumier. 43 1 Addition à l'article du Serran à deux faisceaux. Ibid. Addition à larticle du Mérou à museau aigu ... 432 Le Mérou à queue tachetée ÇSerranus spilurus^ nob.) 433 Le Mérou morue (Serranus morrhua^ nob.) ... 434 Addition à l'article du Serran moucheté. 435 Le Mérou inerme {Serranus inermis^ nob.) .... 436 Le Mérou des roches {Serranus rupestris ^nob.). 437 Le Mérou tigre (Serranus tigris ^ nob.) 440 Le Plectropome à demi -ceintures {Plectropoma semicinctumy nob.) 442 Le Mésoprion à dents égales (Mesoprio?i isoodon j nob.) 443 redditions au tome troisième 443 De l'Aphrédodère {Aphredoderus ^ Lesueur). Ibid. L'Aphrédodère hossn' (A pbredoderus gihbosus^ Lesueur -, Scolopsis sajanus ^ J. Gilliams) ... 448 278 Le BérjTC du dauphin {Berjx delphini^ nob.) . . 464 Addition à l'article du Pinguipède du Brésil ... 465 Le Pinguipède du Chili (Pinguipes Chdensis^ nob. ; RollissOj Gay, notes manuscrites) 467 Addition k l'article du Percophis du Brésil .... 460 XXVllJ TABLE. Pages. Plancb- additions au tome cjuatrièine 461 Le Platycéphale escarboucle (Platycep/ialus car- bii/icuhiSj nob.) Ibid. Le Platycéphale à bandelette (Platycephahis vit- tatus ^ nob.) 462 La Scorpène de Madère (Scorpcena Madurensis ^ nob.) 463 La Scorpène scrofîn*^ (Scorpœna scrofina^ nob.). 4 65 La Sébaste oculée {Sehastes oculata , nob. ; Ca- biilla^ ^^y? notes manuscrites) 466 Le Pélor de Chine (Pdor sinense, nob.) 468 L Hoplostèthe coxn\\{Hoplostethus cornutus^noh.) 470 redditions au tome ciiKjuième 476 L'Otolithe de la Caroline (Otolitbus Carolinensis ^ nob.) Ihid. LOtolidie du Sénégal (Otolithus Senegalensis ^ nob.) 476 Addition à l'article de X'OtoUthe tourou^ p. 72 ; et corrections à larticle du Corb acoupa^ p. 109. 478 Addition à l'article de XOtolithe à petite épine anale 479 Addition à l'article du Corb soldado Ibid. LEléginus du Chili {Eleginus Chilensis^ nob.; Robalo j Gay, notes manuscrites) 480 L'Ombrine de Dussumier (Umbrina Dussumieri ^ nob.) 4^1 La Gorette à croissant (Hœmulon arcuatum^noh.). Ibid. Le Pristipome à groin de cochon {Pristipoma suillum^ no]).) 4^2 Le Pristipome de Rang {Pristipoma Rangiiy nob.). 484 TABLE. XXIX Pages. Planch. Le Pristipome argyre (Prislipoma argyreum^ nob.) 486 Addition à l'article du Pristipome de la Conception. 486 Le Pristipome à huit raies (Pristipoma octolinea- tinuj nob.) 487 Le Pristipome à queue blanche (^Pristipoma leu- curum^ nob.) 488 Addition à 1 article du C/ie'ilodactjle de CarmicJiaël. 489 Le Chéilodactyle varié (Clieilodactylus variega- tus j nob. ; Pintndilla , Gay, notes manuscrites). 493 Le Chéilodactyle de Saint- Antoine {Cheilodactjlus Antomi^ nob.) 494 Addition à l'article du Latile argenté 493 Le Latile chrysope (Latilus chrjsops ^ nob.) ... 496 Le Latile jugulaire (Latdus jugularis y nob. ; Blan- quillo ., G'^y? notes manuscrites) 5oo 279 L'Amphiprion de Clarck {Amphiprion Clarckii ^ nob.; Anthias Clarckii^ Wittch. Benn.). ... 604 LAmphiprion à double ceinture (^Amphiprion bicitictus^ Rupp.) 5o5 Le Pomacentre porte-scie (Pomacentrus pristiger, nob.) 5o6 Addition à l'article du Gljphisodon rahti 607 Addition à l'article du Glyplàsodon cœlestinus . . 5 08 Addition à l'article du Glyphisodon luridus . ... 609 L'Hehase castagnette (Heliases crus ma ^ nob.; Castaheta^ Gay, notes manuscrites) 5 1 o L'Héliase bordé (Heliases limbatus^ nob.) 5 1 1 (Par M. Valenciennes.) AYIS AU RELIEUR POUR PLACER LES PLANCHES, PJanctes. 246. Car aux trachurus vis-à-vis la page 16 247. Caranx chrjsophrjs 78 248. Caranx amhljrhjnchus loo 249. Caranx Âscensionis 102 260. Caranx cirrhosus 126 261. OUstiis Malaharicus 140 2 5 2. Scjris indica i5o 2 5 3. Blepharis sutor 162 254. Gallichtjs major 170 2 5 5. Argyreiosus vomer 186 2 5 6. V orner Brownii 194 257. Hjnnis Goreensîs 198 2 5 8. Seriola Dumerilii 206 259. Seriola cosmovoliia 220 260. Temnodon saltaior 236 261. Lactarhis delicatulus 240 262. Nomeus Mauritii 246 263. NaucJerus compressas 264. Porthmeus argenteus 265. Psenes cjanophrjs 262 266. Corjphcena hippurus 284. 267. Coryphœna eauisetis 3 00 268. Lampugus similis 324 258 Planclies. 269. Centrolophus pompilus vis-à-vis la page 340 270. A strodermus elegans 358 271. Pteraclis ocellatus 366 272. Stromatcus jlatola 38o 273. Stromnteus seciirifer 394 274. Rhomhus longipinnis 4 04 275. Rhomhus crenulatus 276. Seseriuus micropteriis 277. Km tus Blochii 424 278. Âphredoderus gibbosus 462 279. Latilus jugularis^ 5o2 1 Les planches sous les numéros 248, 2/19, 260, 267 à 279, seront publiées arec le xo/ volume. 416 HISTOIRE DES POISSONS. SUITE DU LIVRE NEUVIÈME. SCOMBÉROÏDES, TROISIEME GRANDE TRIBU. LES SCOMBÉROÏDES A LIGNE LATÉRALE CUIRASSÉE. Uans les thons, les espadons, et plusieurs genres de scombëroûles voisins de ces deux- là, on observe une partie cartilagineuse sail- lante, qui forme une sorte d'arête ou de ca- rène de chaque côté de la queue à l'extrémité de la ligne latérale. Dans ceux des scombé- roides dont nous avons à parler maintenant, cette carène n'est point une simple proéminence du derme, mais elle estgarnie et recouverte par des boucliers écailleux. carénés eux-mêmes, se recouvrant mutuellement, et dont l'arête est le plus souvent terminée en pointe ou en 9- 1 â LÏVRE IX. SCOMBÉROÏDES. crochet, et ces boucliers ne sont pas toujours restreints à l'extrémité de la ligne latérale ; ils en occupent quelquefois la longueur presque entière, et le plus souvent au moins une por- tion considérable ; cependant , à cet égard , la tribu pourrait être partagée en deux sec- tions : dans la première , qui ne comprend que le grand genre des caranx, cette armure a plus de force et d'étendue j dans la seconde , dont le genre vomer est le type , elle se réduit par degrés à de petites écailles, qui ne sont supérieures à celles du reste du corps, que parce que celles-ci sont elles-mêmes d'une petitesse excessive. GHAP. XV, CÂRANX. CHAPITRE XY. \ Des Caranx [^Caranx , nob.y Nos caranx ne sont pas tout-à-fait les mêmes que ceux de M. de Lacépède. Ce naturaliste, qui a emprunté ce genre de Commerson, y comprend, comme ce savant voyageur, tous les scombéroïdes à deux dorsales sans lausses nageoires, et il se voit ainsi obligé d'en écarter des espèces très-semblables aux autres, ou de les y laisser contre la teneur de sa définition. Pour nous , nous y comprenons des pois- sons de la famille des scombres qui, à l'exem- ple du saiirel ou maquereau bâtard de nos mers , dont nous faisons le type du genre , ont la ligne latérale cuirassée, sur une plus ou moins grande étendue, de plaques ou de ban- des écailleuses relevées en carènes et armées chacune d'un aiguillon. Commerson dit avoir dérivé le nom de caranx du mot grec vM^cc (tête) , et justifie cette étymologie, parce que ces poissons, selon lui , prévalent par la tête {(juia capite prœ- valent) , et parce que le saurel [se. trachurus) exerce une sorte de tyrannie sur les poissons des côtes [principatwn et tjrannidem exercet 4 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. inter littorales plsces). Ce sont là de singu- lières raisons , et l'on a d'autant plus lieu de s'étonner qu'un homme tel que Commerson y ait eu recours, que certainement il n'avait pas été chercher son nom si loin. Plus d'un siècle avant lui les colons français des Antilles appelaient caran^ue les espèces de ce genre qu'ils prennent sur leurs côtes : on peut s'en assurer par le témoignage de Dntertre', de Rochefort% de Plumier^ et de Labaf^; et comme il n'y a nulle apparence que les pre- miers et ignorans habitans de nos iles aient eu l'idée de fabriquer un nom grec pour un poisson d'Amérique , il y a tout lieu de croire qu'ils ont simplement corrompu en carangue le nom ^acarauna , usité au Brésil et parmi les colons espagnols et portugais pour plu- sieurs chétodons et autres poissons très -com- primés. Celui de caran^ue est aujourd'hui général parmi nos marins français pour des poissons du genre actuel que l'on péclie dans la zone torride, et surtout pour ceux d'une forme élevée ; et Commerson lui-même nous apprend 1. Histoire des Antilles, t. II, p. 21 5. — 2. Antilles, p. 172. — 3. Manuscrit cité par Bloch, axùcïe scomber carangus. 4. Vojage aux iles de l'Amérique, t.YI, p. 4o5. Mais sa figure est celle d'un tout autre poisson. CHAP. XV. CARANX. 5 que l'on n'en emploie pas d'autre à l'Isle-de- France. Il paraît même , d'après Duhamel , que ce nom a été rapporté en Europe par les marins, et que dans quelques endroits de nos côtes on le donne au saurel ordinaire^; enfin, Barbot l'a déjà, et le travestit en co- rajigo. ^ Quoi qu'il en soit , tous les caranx ont deux dorsales distinctes; une épine couchée en avant de la première ; deux épines libres en avant de l'anale; le corps couvert de petites écailles, celles de la ligne latérale exceptées; la crête du crâne tranchante; le bout de la queue menu; la caudale robuste : ils n'ont rien du corselet des thons, mais souvent les derniers rayons de leur dorsale et de leur anale sont faiblement liés ensemble , et même ils se sé- parent en fausses nageoires dans quelques es- pèces. Leurs viscères ont de grands rapports avec ceux des maquereaux , auxquels ils res- semblent aussi par la chair. On pourrait, en conformité de la nomen- clature populaire, les diviser en saurels , en caranx propres et en carangues. 1. Pèches, part. 2, sect. 7, art. i3, p. 188, et pi. 1, ûg. 2. 2. Hist. gén. des vojages, t. III, et Barbot, dans Churchill, t. V, p. 224. 6 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. Les saur eh ont une forme oblongue, un profil oblique , peu convexe, et la ligne laté- rale armée sur toute sa longueur de lames écailleuses , qui prennent un bon tiers de la hauteur du corps. Les caranx proprement dits, avec la forme des saurels, n'ont de lames ou de boucliers qu'à la dernière partie, à la partie non cour- bée de leur ligne latérale : ces boucliers sont bien moins hauts; la partie antérieure et cour- bée de leur ligne latérale en est dépourvue. Les caraii^ues ont avec la ligne latérale des caranx une forme plus élevée, et surtout plus de saillie au front et à la nuque. Ces différences, trop faibles pour constituer des genres , peuvent cependant être utiles pour arriver à la détermination des nom- breuses espèces. Il en sera de même des subdivisions d'un ordre inférieur, que nous établirons parmi les caranx proprement dits. DES SAURELS {Trjchvrus^ nob.). Les caranx les plus connus sur les côtes de l'Europe, et que l'on a même jusqu'à pré- sent considérés comme ne formant qu'une es- CHAP. XV. SAURELS. 7 pèce, celle qui se nomme particulièrement saiirel , ont la ligne latérale entière garnie de lames plus hautes que longues , et qui conservent à peu près les mêmes dimensions d'une extrémité du corps à l'autre. Il s'en trouve plus ou moins abondamment dans nos deux mers , où on les prend avec les maquereaux , avec les harengs et souvent aussi en troupes particulières. Il y en a dans toute la Méditerranée , et les anciens les cçn- naissaient déjà sous le nom de trachurus , autant du moins qu'on peut le conclure d'a- près l'étymologie de ce mot, qui signifie (^z/e^^e âpj^e [t^ocxvç , rude , et é^a , queue) ; car ils n'en ont donné d'ailleurs aucune description. Pallas nous assure qu'on en prend souvent sur les côtes de la Tauride, et que les Grecs établis dans ce pays les nomment carides.^ Selon L orskal , les Grecs de l'Archipel les appellent stauridia ^ d'où les Turcs ont fait staurit-haluk.'^ Leurs noms italiens, provençaux et espagnols dérivent de saurus, nom grec du lacertus des Romains, qui embrasse plusieurs espèces de scombres. En Sicile on prononce saune', à 1. Pallas, Zoogr. ross., t. III, p. 218. — 2. Forskal, p. xvi. 3. Rafinesqucj Indice, p. 20. 8 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. Malte saurella^y à Venise suj'O^, à Rome suaro^, à Gènes soii'^j, en Saidaigne siirellu^j à Marseille soiwereau^ ^ à Montpellier saurel et sieur eV , en Espagne xurel ou jurel} Sur les côtes de l'Océan ils commencent à prendre d'autres noms : escribano onchicarro en Galice 9, cicharou en Gascogne et en Saintonge '°, carré à Granville", maquereau bâtard en Normandie et à Paris ^% skacl et Tiorse macrell (maquereau de cheval) en An- gleterre ^^, niarshanker en Hollande ^^, où Ton en prend beaucoup avec les harengs, niuseken et stœker ,en Holstein^^, stoiker en Dane- marck*^, piir en Norvège.'^ Quoiqu'il s'en pèche chaque automne dans la baie de Kiel, selon Schonevelde, ils parais- sent rares dans la Baltique. Linnœus n'en avait pas parlé d abord dans sa Faune de Suède, et Retzius, qui mentionne l'espèce dans la 1. Forskal, p. xix. — -. Bélon , p. i35. — 3. Salviani , fol. 79 recto. — 4. Bélon, l. c. — 5, Cetti , t. III, p. igS. — 6. Bélon et Salviani, /oc cit. — 7. Rondelet, p. 233. — 8. Cornide, p. 67. — 9. Id. , ib. — 10. Rondelet, /. c. — 11. Adanson, note manuscrite. — \"2. Duhamel, Pêches, p. 2, sect 7, p. 189. — 13. AVillughbj, p. 290; Raj, Sjn. , p. gâj Pennant, Zool. brit. , p. 237, n." \ù/^. — 14. Gronovius, Mus., 1. 1, p. 34, n.° 80 15. Schoneveide, p. 76. — 16. Muller, Prodr. zool. dan , p. 147, n." 397. — 17. Id. , ib., et Pontoppi- dan, irad. angl. , t. II, p. i4o. CHAP, XV. SAURELS. 9 troisième édition, ne nous dit pas qu'elle ait un nom particulier en Suédois. On ne les trouve ni dans Wulf , pour la Prusse j ni dans Fischer, pour la Livonie. Fabricius n'en parle pas dans sa Faune du Groenland. Mais tous ces saurels qui, vus isolement, n'avaient paru aux naturalistes former qu'une seule espèce , lorsque nous les avons rappro- chés , nous ont offert des différences qui por- tent sur leur forme générale plus ou moins alon- gée, sur la courbure de leur ligne latérale plus ou moins rapide, et commençant plus ou moins en avant, et par dessus tout, sur le nombre des boucliers dont cette ligne latérale est armée ;, nous en avons trouvé depuis soixante -treize jusqu'à quatre-vingt-dix-neuf, et beaucoup de nombres intermédiaires, comme on peut le voir par la table ci-jointe. 10 LIVRE IX. SCOMBÉROIDES. Table des nombres de bojicliers observés sur la ligne latérale de dijjerens Sanrels. LIEU D ORIGINE. NOMBRE DE BOUCLIERS. PROPORTION de la partie postérieure e( droite à la portion antérieure et courbée. Granville 70 70 73 73 à 75 75 77 78 82 83 85 86 87 87 88 88 94, 95 à 97 95 95 à 97 97 99 Naples Supérieure. Supérieure. Supérieure. Egale. Supérieure. Peu supérieure. Egale. Peu supérieure. Supérieure. Peu supérieure. Presque égale. Egale. Egale. Supérieure. Presque égale. É^ale. Idem Abbeville Marlipue Messine Naples Arles La Rochelle Ivica Algéslras Malte Toulon Corse ^ Naples TénérifFe. Iviça Madère ..,..., Egale. Ecale. ïvica , Egale. Ainsi, entre le premier et le dernier de la liste il y a une ditrërence de vingt-neuf bou- cliers sur quatre-vingt-dix-neuf. Les autres différences semblent, jusqu'à un certain point, être en rapport avec celle-là et indiquer des différences d'espèces : la ligne latérale , par exemple, se ploie plus en arrière dans ceux CHAP. XV. SAURELS. 4 1 qui ont les boucliers les plus nombreux , etc. Mais avant d'entrer dans ce détail , nous croyons devoir prendre pour point de com- paraison et décrire exactement le saurel de nos côtes de la Manche, tel que nous le voyons d'ordinaire sur les marches de Paris. Le Saurel, ou Maquereau bâtard DE LA Manche. {Caranoc trachurus , Lacép.; Scomber trachuruSj, Linn. Bl.) La forme générale du saurel ressemble beaucoup à celle du maquereau , c'est-à-dire que son corps est en fuseau, plus haut et plus épais dans le mi- lieu ; la tête un peu pointue , et la queue fort amin- cie avant l'épanouissement de la caudale. Sa plus grande hauteur, prise entre les deux dorsales, est près de cinq fois dans sa longueur totale. Son épais- seur, au même endroit, fait moitié de sa hauteur. La longueur de sa tête est quatre fois et demie dans la longueur totale, et sa hauteur à la nuque, une fois et un tiers dans sa longueur. La courbe du dos descend par une convexité lé- gère et à peu près uniforme vers la tête et vers la queue. Le profil de la tête en est une continuation presque rectiligne. La courbe du ventre est à peu près semblable à celle du dos. Il y a un diamètre d'œil entre l'œil et le bout du museau , et un diamètre et demi entre l'œil et Touïe. L'œil est au-dessus du rai- 12 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. lieu de la hauteur de la tête. Le crâne et le front , entre les yeux , sont légèrement convexes transver- salement. La distance d'un œil à l'autre est d'un de leurs diamètres. La mâchoire inférieure avance un peu plus que l'autre. La bouche est fendue oblique- ment, en descendant un peu jusque sous le bord antérieur de l'œil. L'intermaxillaire est mince et assez proiractile. Le maxillaire s'élargit en arrière et est coupé carrément; il ne peut cacher que sa racine sous le sous-orbitaire, qui est oblong, plus large en avant et sans dentelures à son bord, lequel est à peu près horizontal. Chaque mâchoire a une ligne très-étroite de dents, à peine visibles, et que l'on pourrait nommer une simple âpreté; celles d'en bas sont plus fortes que les supérieures; il y a une âpreté analogue, mais encore moins marquée, au- devant du vomer, le long de la crête moyenne de cet os, et au bord du palatin, mais sur des lignes presque sans largeur. L'orbite est garni , comme dans le maquereau, de membranes adipeuses, demi-trans- parentes , qui ne laissent qu'une ouverture verticale elliptique, dont le diamètre transverse n'est que la moitié du vertical, lequel est à peu près celui de l'œil. En arrière, cette membrane adipeuse s'étend beaucoup vers la tempe. Le préopercule a son angle arrondi en un assez grand arc de cercle. Son limbe est large et veiné, et le rebord antérieur n'en saille presque point. La lar- geur de l'opercule n'est que du cinquième de la lon- gueur de la tête. Sa partie osseuse, échancrée en arc de cercle, a deux pointes obtuses, et son bord infé- CHAP. XV. SAURELS. 15 rieur descend fort obliquement en avant. Le sub- opercule, placé de même obliquement, est plus de trois fois plus long que large. L'interopercule marche parallèlement au bord inférieur du préopercule. Toutes ces pièces sont lisses, entières, et sans den- telures. La fente des ouïes règne jusque sous la com- missure des mâchoires, et leur membrane contient sept rayons. La pectorale est taillée en faux, très- pointue, et de la longueur de la tête. On y compte vingt-un rayons, dont le premier, court et simj^le; le second, large, mais de moitié plus court que le huitième et le neuvième, qui sont les plus longs. Son aisselle est nue , et le coracoidien y forme une lame libre, quoique appliquée à la peau. Les ven- trales , attachées un peu plus en arrière que les pec- torales et presque de moitié plus courtes , se touchent par leur base. Leur épine est faible et n'a que moitié de la longueur de leur premier rayon mou, qui est le plus long. La peau du ventre a de chaque côté un repli longitudinal; ce qui produit un enfonce- ment où les ventrales se logent dans l'état de repos. La première dorsale naît encore un peu plus en ar- rière que les ventrales; elle est triangulaire, presque de moitié moins haute que le corps sous elle, et a huit rayons, dont le troisième et le quatrième sont les plus longs, et le huitième le plus court. En avant du premier est une épine très-aiguë, couchée et dirigée vers la tête, que Ton ne découvre guère qu'avec le doigt. La membrane de la première dor- sale finit au pied de la seconde, qui s'élève d'abord un peu moins que la première, et demeure ensuite 14 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. très-basse sur le reste de sa longueur. Son premier rayon est épineux et moitié moindre que le pre- mier mou , qui est le plus long ; il y en a trente- deux : mais je vois des individus où il ne s'en trouve que trente ou trente-un, et d'autres oii il y en a trente -trois. Le dernier reprend un peu de longueur. La membrane qui les unit, est très-frêle, et il y a aux deux côtés de leur base des replis un peu écailleux de la peau , entre lesquels ils peuvent se coucher. En arrière de l'anus sont d'abord deux rayons épineux, robustes et pointus, dont les bases s'unissent par une courte membrane, et qui peuvent se cacher dans un sillon du corps; puis vient la deuxième anale , en tout semblable à la deuxième dorsale, bien qu'elle commence un peu plus en arrière, et n'ait que vingt-six rayons mous, précédés par une épine grêle, de moitié plus courte que le rayon mou qui la suit. Quelquefois on en compte jusqu'à vingt- neuf La petite portion de queue, entre ces nageoires et la caudale, n'a pas le vingtième de la longueur du corps , et sa hauteur ne fait que moitié de sa longueur. Son épaisseur est un peu plus grande, à cause des carènes de la ligne latérale, qui s'élargissent. La caudale est four- chue sur plus de moitié de sa longueur; chacun de ses lobes a plus du sixième de celle du poisson. Outre ses dix-sept rayons entiers, dont les deux extrêmes n'ont point de branches, elle en a cinq ou six, dé- croissans en dessus et en dessous de sa base. Ainsi ses nombres sont : B. -ï 5 D. 8 — 1/32 : A. 2 — 1/26 ; C. 17 et 12 j P. 21 j V. 1/5. CHAP. XV. SAURELS. 15 Le corps de ce poisson est couvert de petites écailles à angles arrondis, minces, entières, n'ayant que deux ou trois stries à leur éventail ; à surface où une forte loupe seule peut montrer de fines stries. Leur nombre est de cent vingt au moins sur une ligne longitudinale, et de cinquante environ sur une ligne verticale prise au milieu du corps. Le crâne, la tempe et la joue, en portent aussi; mais le museau, les mâchoires et les pièces operculaires, en sont exemptes, la moitié supérieure de Topercule exceptée. On en voit quelques petites entre les pre- miers rayons de la dorsale et de l'anale. La ligne latérale marche parallèlement au dos et au quart supérieur de la hauteur, jusque vis-à-vis le commencement de la deuxième dorsale, où elle s in- fléchit obliquement vers le bas et en arrière; arrivée vis-à-vis le dixième rayon, et descendue au milieu de la hauteur, elle va droit à la caudale et se termine entre ses deux lobes. Les lames qui la garnissent , au nombre de soixante- dix , sont toutes trois ou quatre fois plus hautes que larges, rétrécies en haut et en bas, creusées d'une ' petite fossette à leur bord radical, et armées d'une petite pointe à leur bord extérieur; elles forment ainsi un ruban large, à peu près du sixième de la plus grande hauteur du corps. Celles qui occupent la première moitié de la ligne, ont leur surface lisse; mais après 1 inflexion elles commencent à re- lever leur milieu en carène. Ces carènes deviennent de plus en plus saillantes et tranchantes, et la pointe aiguë qui termine chacune d'elles, en fait ressembler Mj LIVRE IX. SCOMEÉROÏDES. la suite au tranchant d'une scie; ce qui donne au poisson une armure à la fois offensive et défensive très-puissante : c'est à la partie mince de la queue qu'elles se relèvent le plus. Il y a des écailles entre ces boucliers; une rangée ou deux entre chaque paire. Il y a de plus une autre sorte de ligne latérale; ou plutôt, une strie ou un vaisseau, qui part de la nuque, marche de chaque côté près de la base des dorsales, et se termine à la fm de la seconde. Sa moitié antérieure donne de petites branches, sem- blables à des veines. L'espace au-dessus de cette ligne a des écailles plus petites, et forme surtout, les replis entre lesquels les rayons des dorsales se ca- chent. Le corps du saurel est d'un plombé bleu dans sa moitié supérieure, et argenté à l'inférieure. Une tache noire occupe le bord de lopercule à l'endroit où sa lame osseuse est échancrée. L'iris de son œil est doré. Il y a quelques teintes rougeâtres aux côtés de la tête. Les nageoires sont grisâtres. Nos échantillons vont à un pied de lon- gueur j et Salvien dit que Fespèce passe rare- ment cette taille. Un seul échantillon , qui nous a été envoyé de la Rochelle comme une rareté, est long de dix-neuf pouces. Bloch* prétend que dans la Médilerranée le saurel a deux pieds , mais il ne cite pour garant que 1. Ichtyologie ; in-folio, part. 2, p. 98. CHAP. XV. SAURELSi 17 Rondelet, qui n'en dit pas un mot. M. de Lacépède (III, p. 62), qui va bien plus loin, et assure quil n'est pas rare d'en voir de longs d'un mètre, n'allègue aucune autorité, et je suppose qu'il aura appliqué à notre saurel quelque passage relatif à la carangue des tro- piques. Tel est notre saurel ordinaire de la Manche, et j'en ai de tout pareils de la Méditerranée 5 mais, comme je l'ai dit, il y en a aussi de plus ou moins différens, et dans la liste d'indi- vidus dont j'ai donné ci- dessus les nombres, je crois apercevoir deux sections distinctes de ceux de la Manche par des caractères qui, bien que peu apparens, pourraient être spécifiques, surtout à cause de leurs rapports avec les nombres des boucliers. La première de ces subdivisions est encore assez mal ca- ractérisée ; elle comprend les individus qui ont de quatre-vingts à quatre-vingt-huit boucliers : ces boucliers y sont moins élevés , et par conséquent la bande parait plus étroite 5 elle fait aussi une inflexion plus rcq^ide , en sorte que sa partie postérieure et droite ne surpasse que de peu de chose sa partie anté- rieure. L'autre subdivision est des individus qui ont quatre-vingt-quatorze ou quatre- vingt- 9- 2 -î 8 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. quinze et jusqu'à quatre-vingt-dix-neuf bou- cliers. Je les crois tout-à-fait d'une autre es- pèce ; leur corps est plus grêle , leur ligne latérale plus étroite , son inflexion plus ra- pide , et sa partie postérieure, après l'inflexion, est égale en longueur à l'antérieure , dans la- quelle je comprends la partie infléchie ou oblique. Ces deux espèces ou variétés sont, comme l'espèce principale, répandues dans la Médi- terranée et dans l'Océan ; puisqu'on en trouve depuis la Sicile jusqu'à la Rochelle d'une part, et à Ténérifïe de l'autre; mais je n'en ai point encore reçu de la Manche. Des observations faites avec l'attention nécessaire, nous appren- dront par la suite si elles y viennent aussi quelquefois. M. Risso, lors de sa première édition (p. 1-^3 et 174)5 admettait dans la Méditerranée deux saurels différens, le commun, que Ton nomme à Nit:e suck-ca^nenc^ et le bleu, qui s'y nomme suck-blaou : le premier aurait la chair fade et ne pèserait pas plus de deux livres; le se- cond en pèserait souvent quatre et serait beau- coup meilleur. M. Risso appliquait à son suck-hlaou la dénomination de caranx cnnia, qu'il prenait dans Lacépède, mais qui n'est dans cet auteur CHAP. XV. SAURELS. 19 que le résultat d'une confusion, ainsi que nous l'avons fait voir au chapitre des licbes. Il nous aurait été impossible d'appliquer les caractères que M. Risso donne à ses deux es- pèces, aux individus que nous possédons; mais d'après un dessin qu'il nous a communiqué, et surtout d'après des échantillons qu'il a remis à M. Savigny, étiquetés de sa main, nous nous sommes assurés que son stick- blaou est de notre troisième subdivision. Dans sa nouvelle édition (p. 4^1) ce natu- raliste ne regarde plus ce poisson que comme une variété du saurel ordinaire. On a déjà pu remarquer combien d'espèces du Cap se trouvent semblables à leurs congé- nères de la Méditerranée : le genre des saurais en offre un nouvel exemple. Feu Delalande en a apporté du cap de Bonne- Espérance de tellement semblables à ceux de la Manche, que la seule différence que j'aye pu y aper- cevoir, c'est que leur ligne latérale n'éprouve pas une inflexion aussi rapide , et qu'elle des- cend par une obliquité un peu plus lente : du reste, tout est pareil, formes, couleurs, nombre des rayons, et il est impossible de soutenir avec quelque certitude qu'ils ne sont pas de la même espèce que les nôtres. Ils ont de même de soixante-treize à soixante-quinze boucliers. 20 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDËS. Les poissons qui peuvent doubler le Cap, n'éprouvant aucun obstacle à pénétrer dans la mer des Indes, on ne sera point étonné d'apprendre qu'il s'y trouve des saurels, et peut-être encore plus semblables aux nôtres que ceux du Gap. Les naturalistes de l'expédition de M. Frey- cinet en ont trouvé à la baie des Chiens- Marins à la Nouvelle -Hollande, et ceux de l'expédition de M. Duperrey, à la Nouvelle- Zélande et à Amboine, où l'on n'observe pas même cette différence dont je viens de par- ler dans l'inflexion de la ligne latérale. Leurs nombres de boucliers vont de soixante-huit à soixante-treize. Les individus sont plus petits; ils ne passent pas sept pouces. Forster a cru aussi avoir retrouvé une va- riété de notre saurel à la baie Obscure de la Nouvelle-Zélande. Mais pour peu que le des- sin qu'il en a laissé soit exact, il semble an- noncer une espèce assez différente. 11 pré- sente bien les mêmes proportions et la même courbure de la ligne latérale que dans nos in- dividus du Cap j mais toute la partie antérieure de cette ligne ne montre point de boucliers. Je ne crois pas non plus que Xara des Ja- ponais, représenté par Ksempfer, soit notre CHAP. XV. SAURELS. 21 saurel, comme le pense Bloch. La figure*, sans être suffisamment caractérisée, ne ressem- ble pas assez à notre espèce cVEurope, pour que l'on puisse en admettre lidentité sans autre preuve. Notre imprimé japonais sur les poissons ne contenant aucun caranx, nous ne pouvons rien ajouter aux détails que cette figure présente. Il y a enfin des saurels jusque sur la côte de l'Amérique méridionale sur la mer Paci- fique. M. d'Orbigny vient de nous en envoyer de Valparaiso au Chili deux individus de seize à dix- huit pouces, très -semblables, pour la forme générale et les détails, à ceux du Gap et de la Manche; mais dont la ligne latérale se courbe plus en arrière et se redresse plus rapidement: l'un a quatre-vingt-quinze, l'autre quatre-vingt-dix-neut boucliers. Ils ont encore d'autres caractères qui semblent en faire une espèce plus distincte : leur tête et leur pecto- rale sont de près du quart de leur longueur totale. Les colons espagnols du Chili leur ont conservé le nom de xureL M. de Lacépède a établi un genre qu'il nomme caranxoinore , d'après une mauvaise 1. Ksempfer, Jap. , t. I, pi. 9, fig. 5. 22 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. peinture d'Aubriet, qui est dans les Vélins du Muséum, et qu'il a fait graver dans son ou- vrage (t. III , pi. 1 1 , fig. i). On pouvait déjà juger par cette figure que ce devait être quel- que caranx dont i.» première dorsale, cachée dans le sillon du dos, comme elle l'est le plus souvent dans ces poissons après leur mort, avait échappé au dessinateur; mais pour fixer ses idées, il était nécessaire de retrouver l'ori- ginal copié par Aubriet. Il n'est pas dans les manuscrits de Plumier conservés à la biblio- thèque du Roi; mais nous l'avons découvert parmi ceux de Feuillée, dont le recueil donné par lui à Mariette, est aujourdhui dans la bi- bliothèque de M. Huzard. 11 y est intitulé trachurus inaximus , squamis niinutissimis {^colilavarou cara^. Le nombre des rayons y est bien plus considérable que dans la co- pie d'Aubriet; il y en a trente-sept à la dor- sale et trente -quatre à l'anale; et bien que l'auteur ne les ait peut-être pas comptés avec beaucoup de scrupule, ces nombres, joints à l'ensemble de la figure , doivent nous porter à conclure qu'il ne s'agissait que du savuel de Valparaiso. Aubriet, copié par le graveur de M. de Lacépède , ne montre que vingt-quatre rayons à la dorsale et dix-neuf à l'anale. Mais ces poissons, qui, sans changer nota- CHAP. XV. SAURELS. 25 blement de forme, se répandent, comme on voit, jusqu'aux antipodes et jusqu'au Chili, ne paraissent pas exister sur les côtes atlantiques de TAmérique ; au moins nous n'en avons ja- mais reçu de ce pays-là, et nous ne voyons pas qu'aucun observateur y en ait trouve. Ce n'est point, comme Va cru Bloch, le curvata pinima de Margrave ', lequel n'a que de petites écailles à la partie antérieure de sa ligne latérale, ni la bonite de Dutertre% de Rocbefort^ et de Labat"*, qui n'est autre chose qu'une copie du curyata pinima. Nous avons examiné avec soin les viscères de nos différens saurels, et nous n avons trou- vé entre eux que des difïerences peu considé- rables, que nous signalerons successivement. Commençons par décrire ceux du saurel de nos côtes de Picardie, à qui nous avons compté soixante-treize écussons le long de la ligne latérale. Le foie est médiocre. De ses deux lobes, c'est le droit qui est le plus petit. Le gauche descend jusqu'à la pointe de l'estomac , qu'il couvre presque en en- tier. Le bord inférieur de ce lobe est digité. L Bras., p. i5o: Pison , Ind. , p. 5i. — 2. Antilles, t. II, p. 214. — 3. Antilles, p. i5o. — 4. Voyage de Desmarcbais, t. YI, p. 4oj- 24 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. Sa couleur est jaunâtre ; la consistance est molle. L'œsophage est assez long. Ses parois sont épaisses et plissées; il se termine prompteraent par un cul- de-sac pointu, qui est l'estomac. La branche mon- tante de l'estomac forme la plus grande partie de ce viscère : elle descend d'abord obliquement vers les parois inférieures de l'abdomen, se fléchit un peu et se porte vers le diaphragme, entre la bifurcation des lobes du foie. Ses parois sont épaisses , tandis que celles du duodénum sont très-minces, différence qui est le seul indice externe du siège du pylore. En dedans , un bourrelet charnu rétrécit un peu le diamètre du canal intestinal. On compte douze ap- pendices cœcales au pylore; elles sont longues, assez grosses ; mais leurs parois sont d'une telle finesse, qu'il est presque impossible de ne pas les déchirer. Les tuniques du canal intestinal sont à peine plus épaisses; il commence à se courber entre les lobes du foie; puis il descend jusque vers l'arrière de l'abdomen, où il fait un second repli, et remonte vers le diaphragme ; mais il se courbe bientôt de nouveau pour aller déboucher à l'anus. Les sacs à ovaires sont grands, alongés et remplis d'une quantité innombrable de houppes , qui con- tiennent les œufs, dont la petitesse est extrême. La vessie natatoire est très -grande; elle occupe toute la longueur de l'abdomen , et se prolonge en arrière dans les muscles de la queue par deux cornes peu alongées. Sa face inférieure est arrondie. Les reins sont médiocres, alongés, et d'une couleur îioire très-foncée. CHAP. XV. SAURELS. 2i> Dans un caranx à quatre-vingt-huit plaques, qui nous est venu de Corse par M. Përaudot, nous avons trouvé l'œsophage un peu plus court , l'estomac plus grand , et les parois de ce viscère beaucoup plus minces , ainsi que celles de la branche montante. La vessie aérienne, plus brillante, donnait en ar- rière deux cornes plus longues et plus grêles. Nous n'avons pas pu compter le nombre des cœ- cums. Dans celui que nous avons reçu de Madère par MM. Kuhl et Van Hasselt, et qui a quatre- vingt-dix-sept plaques à la ligne latérale, l'estomac était encore plus alongé, et ses parois très-minces. La branche montante était au contraire beaucoup plus courte, et ses parois musculeuses et beaucoup plus épaisses; elle ressemble à un petit gésier, de forme elliptique. Le reste du tube intesti- nal était détruit. Les cornes de la vessie aérienne sont plus grandes que celles des caranx d'Abbeville; mais plus petites que celles des caranx de Corse. Dans le saurel d'Iviça, h qui nous comptons quatre-vingt-dix-neuf plaques à la ligne laté- rale, nous trouvons un foie plus court et plus épais -, l'estomac petit , pointu , à parois épaisses , ainsi que celles de la branche montante. Un étranglement assez fort marque le pylore, qui est entouré de dix-sept ap- 26 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. pendicps cœcales longues, vermiformes , à parois excessivement minces. La vessie aérienne est grande y mince, et donne deux cornes médiocres en arrière^ Les reins sont de couleur grise. Le saurel de la Nouvelle-Zélande diffère encore plus de celui de nos côtes par les vis- cères que tous ceux de nos mers. Son foie est très -petit et composé de deux lobes triangulaires et pointus. Le gauche est le plus grand. L'œsophage est assez large, plissé, et se termine en un sac pointu, comme dans les autres saurels; mais la branche montante diffère d'une manière remar- quable: elle est très-grosse, et dilatée à sa naissance en une boule arrondie, qui donne ensuite une pointe à parois épaisses, qui se recourbe vers le haut de l'abdomen et s'y rétrécit beaucoup. Le pylore est entouré de vingt appendices cœcales longues et grêles. L'intestin se courbe entre les deux lobes du foie, descend toute la longueur de l'abdomen, remonte dans l'hypocondre droit jusqu'à la hauteur du py- lore, et se plie pour se porter en droite ligne à l'anus. L'intestin est donc ici beaucoup plus long. La rate est grosse, noire. La vessie aérienne est grande. Ses parois argen- tées sont d'une ténuité extrême; elle donne en ar- rière deux cornes très -larges à leur base, et qui se prolongent assez loin entre les muscles de la queue. Indépendamment de ce qu'on voit à Texte- CHAP. XV. SAURELS. 27 rieur, le squelette du saurel présente les par- ticularités suivantes : La crête mitoyenne du crâne est un peu plus éle- vée que les latérales. Les os du nez s'écartent et laissent entre eux un intervalle triangulaire pour les pédicules des intermaxillaiies. Le maxillaire a une pièce ajoutée le long de son bord supérieur. Le cubital n'a d'échancrure que vers sa pointe in- férieure; ce qui éloigne beaucoup le trou qui en ré- sulte de celui qui est entre le cubital et le radial. Les vertèbres sont au nombre de vingt -quatre, dont dix abdominales; toutes plus longues que hautes, un peu comprimées et creusées d'une fos- sette de chaque côté. Les deux dernières de l'abdo- men ont des apophyses transverses un peu élargies, et un petit anneau entre elles. Le premier interépineux inférieur porte les épines libres de derrière l'anus. Il y a au dos deux petits interépineux , sans rayons , avant celui dont la tête forme l'épine couchée en avant. La vertèbre qui porte la caudale a de chaque côté un petit crochet. Sa partie comprimée est petite et profondément échancrée. Les côtes sont médiocrement fortes, comprimées ^ et ont chacune vers le haut un petit appendice fili-^ forme. 28 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. Tous les autres caranx se distinguent de ces saurels par ce caractère commun, que leur ligne latérale n'a sur sa partie antérieure et arquée, laquelle occupe une portion plus ou moins considérable de sa longueur, que de petites écailles, et non des bandes larges, ni des boucliers, tels quil s'en trouve seulement sur sa partie postérieure et droite. On peut, comme nous l'avons dit, les sub- diviser d'après leurs formes générales, et les petites fausses nageoires, détachées à l'arrière de leur dorsale et de leur anale, peuvent aussi servir à y établir des coupures propres à les grouper utilement pour l'étude. DES CARANX PROPREMENT DITS. Parmi les caranx proprement dits nous dé- tacherons dabord , pour en diminuer la masse, ceux qui ont à l'arrière de la deuxième dorsale et de l'anale un ou plusieurs de ces rayons libres que fou a appelés fausses na- geoires, et nous formons un premier groupe de ceux qui ont plusieurs de ces fausses nageoires. Leur ligne latérale n'a de plaques que ^ur sa partie droite, qui commence sous le milieu de la première dorsale ^ la partie ar- CHAP. XV. CARANX PROPREMENT DITS. ^iîj quée n'a que de petites écailles, et cette cir- constance leur est commune avec tous les caranx propres et avec toutes les carangues. Néanmoins ces premières espèces ayant cette partie courbée fort courte , et leurs plaques étant aussi hautes qu'aux saurels or- dinaires, elles sont presque aussi bien cuiras- sées, et c'est pourquoi nous les en rappro- chons. Le Caranx de Rotler. {Caranx Rotleri, nob.j Scomher Rotleri, BI. j Scomher cordjla, Linn.?) Blocb (p. 346) en a décrit un de la côte de Coromandel, qu'il nomme scojnbei^ Rot- . leri, d'après le correspondant qui le lui avait envoyé. Russel (n.° i43) la représenté aussi sous le nom de wora^oo , qu'il porte à Viza- gapatam. A Tranquebar on le nomme walan- ^adei-parei \ C'est un mets peu estimé, et qui n'est qu'à l'usage des gens du peuple. Sa tête est plus courte à proportion que celle du saurel. Sa longueur égale celle du corps et est près de quatre fois et demie dans la longueur totale. Sa hauteur fait les trois quarts de sa longueur. La ligne 1. Bloch , t. X, p. 4o, el Bl. Sclin. Sur l'original du Cabinet de Bloch, ce nom est écrit ^yarangatia-paru. m LIVRE IX. SCOMBERQIDES. du profil et celle de la gorge sont légèrement con- vexes. La mâchoire inférieure est la plus avancée Les orifices de la narine sont deux petites fentes très - rapprochées l'une de l'autre, à égale dislance entre fœil et le bout du museau. Il y a à l'orbite les mêmes rideaux membraneux que dans le saurel , et plus ou moins dans toutes les autres espèces. Le bord inférieur de l'opercule est un peu convexe. Son échancrure est anguleuse, mais fort petite. La pec- torale, en flmx aiguë, n'est que trois fois et demie dans la longueur totale. Il y a neuf fausses nageoires en dessus et huit en dessous. La ligne latérale décrit d'abord une courbe con- vexe vers le dos jusque sous le milieu de la première dorsale, et dans cet intervalle elle est sans armure et ne se marque que par de petites écailles rondes, imperceptibles ; ensuite elle a cinquante-quatre ou cinquante-cinq bandes écailleuses, couvrant dans le milieu près de moitié de la hauteur du corps , et vers la fin de la queue la garnissant presque entière. Leurs carènes s'élèvent par degrés, et leurs pointes s'aigui- sent à mesure. D abord à peu près plates , elles finis- sent par rendre les côtés de la queue tranchans et par lui donner plus de largeur que de hauteur. Le dernier aiguillon de la première dorsale est très-court et à peu près libre entre elle et la seconde. D. 8 —1/10 ou 11 — IX; A. 2 — 1/8— VIII; C. 17 et 8: P. ï2 ; V. 1/5. Tout le poisson est d'une belle couleur argentée, qui éclate principalement sur les lames qui arment ses flancs. Son dos est teint de verdâtre ou de bleu CHAP. XV. CARANX. PROPREMENT DITS. 51 d'acier. Ses nageoires sont jaunâtres, et il a, à l'oper- cule, la tache noire ordinaire. La deuxième dorsale a du noirâtre vers sa pointe. Nos individus sont longs de huit pouces. Bloch, d'après John, dit que 1 espèce at- teint une longueur de dix-huit pouces. Il parle d'un filet prolongé à la dernière fausse nageoire de quelques individus, qui pourrait être une marque du sexe. Nous ne Tavons point observé dans ceux que nous avons eu sous les yeux , pas même dans Tindividu que Bloch possédait, et qui nous a été communi- qué par M. Liclitenstein. Les nôtres viennent de la côte de Coro- mandel par M. Leschenault , de la côte de Malabar par M. Dussumier et par M. Bélenger, et de la mer Rouge par M. Ruppel. Nous y rapportons un dessin fait à Malaga pour M. Farkhar, intitulé en malais ikan- tungoorooTi- gan. Le squelette de ce poisson a dix vertèbres abdo- minales et quatorze caudales , toutes comprimées , fortes, et augmentées d'une petite crête en dessus et même en dessous dans les caudales. Celles de la queue, surtout les dernières, ont des apophyses latérales, déprimées, pour porter, sans doute, la série des grandes écailles latérales. Les apophyses épineuses sont aussi comprimées et fortes. Les côtes sont mé- diocrement épaisses , mais enveloppent toute la hau- 32 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. leur de l'abdomen; elles ont des appendices petits et grêles. Le radius est court, percé d'un trou rond; mais le cubitus n'a qu'une très-petite échancrure. La crête mitoyenne n'est pas très -haute et règne sur toute la longueur du crâne. Les latérales se termi- nent au bord supérieur de l'orbite. II y a grande apparence que Linnseus avait ce scomber Rotleri sous les yeux quand il a écrit son article du scomhe?^ cordjla, qu'il définit scombre à dix fausses jïageoù^es et à liane latérale cuirassée ^ ; mais par une dis- traction bien pardonnable à un homme oc- cupé d'esquisser un tableau aussi vaste que le système entier de la nature , il ajouta à cette phrase comme synonymes un scombre de Gronovius% qui est évidemment une ca- rangue, et le ^uara tereba de Margrave, ou trachurus brasiliensis de Ray, qui est bien, synonyme du scombre de Gronovius, mais non pas du sien; en sorte qu'il n'a plus été possible de savoir au juste de quel poisson il avait voulu parler, et que les auteurs pos- 1. Cordjla; Scomber -pinnulis decem, linea laterali loricata. [Syst. nat., ïo." édit., t. I, p. 298, n." I^; i2.*édit., t.I, p. 483, n."4-) 2. Scomber linea laterali curva , tabelUs osseis loricata, corpore lato et ienui. (Gronovius, Act. Ufsal., 1760, p. 56, et Mus., t. I, p. 34, n.° 82, et ZoophjL, t. I, p. 94? n.°3o7.) Gronovius lui-même donne plusieurs synonymes tirés de Valentjn, mais tous faux. CHAP. XV. CARANX PROPREMENT DITS. 53 teneurs se sont bornés à copier sa définition et ses citations, sans s'inquiéter de les laire concorder ensemble.^ Nous réunissons en un autre petit groupe des espèces de caranx propres , qui ont une seule fausse nageoii^e libre derrière la dorsale et derrière lanale. Toutes celles que l'on connaît se font re- marquer par des formes plus alongées , surtout à la tête, et la plupart ont aussi les pectorales plus courtes que les autres; l'armure de leur ligne latérale est beaucoup moins considéra- ble qu'aux précédens, et surtout qu'aux sau- rels, leurs plaques étant moins hautes et ue commençant pas sitôt. Le SuARÉou. {Caranx suareus j Riss.) Nous venons d'apprendre par M. RissOj qu'il en parait quelquefois une espèce sur nos 1. Gmelin, p. i532, n.° 4 ; Bi. Schn. , p. 23, n.° 5, et Lacé- pède, t. II, p. 6o4, sous le nom de scombre guare. Bonnaterre a même fait graver (fol. 229), comme étant le scomher cordyla , une figure de la carangue tirée de Seba (t. 111, p. 27, fig. 3), où il lui aurait été bien aisé de voir qu'il xC^ a pas de Causses nageoires. 9- 3 54 IIVRE IX. SCOxMBÉROÏDES. côtes de la Méditerranée; mais elle doit y être fort rare, car la figure et la description que ce savant observateur nous a communi- quées, sont les seuls documens que nous ayons reçus à son sujet. Sa forme générale diffère peu de celle du saurel; aussi les pêcheurs de Nice lui don- nent-ils le même nom de suaréou. Sa hauteur est six fois dans sa longueur, sa tête quatre fois et demie. Son profil est presque droit. Sa mâchoire inférieure avance un peu plus que l'autre. Sa ligne latérale est droite sur les deux tiers postérieurs du tronc, et y porte quarante-six plaques aiguës. La première dorsale est à peine d'un cinquième moins haute que le corps. Ses deuxième, troisième , et.quatrième rayons sont les plus longs. La pectorale est en faux, et de plus du quart de la longueur to- tale. Les ventrales ont un quart de moins. B. 7 ; D. 8 — 1/30 , et une fausse nageoire ; A. 2 — 1/24, et vine fausse nageoire; C. 17; P. 25; V. 6. Le dos a des nuances gorge de pigeon. Les côtés sont argentés et irisés. Le dessous est d'un blanc mat. Il y a une tache noire à l'opercule et du noir à la sommité des plaques. Les nageoires sont irans- Darentes. La seconde dorsale a du noirâtre vers son bord. L'anale est lavée de ruse. 11 y a du brun- rouge à la caudale. Cette espèce, selon M. Risso, égale à peu près le saurel, et atteint fréquemment dix- CHAP. XV. CARANX PROPREMENT DITS. 35 huit pouces ; elle se montre au mois de Mai, et se tient dans les moyennes profondeurs. Le kurra des Indes, que nous décrivons à la fin de ce groupe, est celui qui paraît se rapprocher le plus de ce suaréouj mais ses proportions sont moins grêles. Le Caranx ronfleur. {Caranx rhonchus, Geo OP.; Caranx aleocandrinus^ Ehrenb. ) La Méditerranée en produit une autre es- pèce , mais seulement dans sa partie orien- tale : M.Elirenberg l'a rapportée d'Alexandrie, et l'avait nommée d'après cette ville ; mais nous nous sommes assurés que c'est la même dont M. Geoffroy Saint-Hilaire , qui l'a aussi ob- servée à Alexandrie, a publié une figure dans le grand ouvrage sur lÉgypte (pi. ^4, fig. i et 2), et que son fils a décrite dans le texte du même ouvrage sous le nom de caranx rhonchus ou ronjleur. Seulement dans l ou- vrage d'Egypte on a négligé de marquer la séparation du dernier rayon de la dqrsale et de l'anale , qui est cependant bien constante. Ronjleur est la traduction du nom arabe chakhoura , que lui donnent les pêcheurs d'Alexandrie. 36 LIVRE IX. SCOMRÉROÏDES. Ses formes générales sont à peu près celles du sau- rel. Sa hauteur, la longueur de sa tète et celle de sa pectorale, sont environ quatre fois et demie dans sa longueur totale. Son épaisseur est de moitié de sa hauteur. Le diamètre de son œil est du quart de la longueur de sa tête. Le limbe de son préopercule est arrondi, assez large au milieu et veiné. Le bord inférieur de son opercule est droit. Ses dents sont en velours ras et sur des bandes étroites. Sa ligne latérale suit à peu près la courbure du dos et n'est garnie que de petites écailles rondes jusque sous le tiers de la deuxième dorsale, où elle devient droite, et prend bientôt des boucliers. On ne peut guère en compter plus de vingt-six, carénés et aiguillonnés. C'est vers leur tiers postérieur qu'ils sont le plus larges et le plus saillans, sans y couvrir toute la iiauteur du bout de la queue. D. 8 — 1/28 — 1; A. 2 — 1/24— I; C. 17; P. 18; V. 1/5. Le dos de ce poisson est d'un plombé bleuâtre. Ses flancs et le dessous argentés. Le dessus du mu- seau, en avant, est teint de noirâtre. Il y a une tache noire sur la deuxième dorsale, à la partie supérieure des six premiers rayons. Le reste des nageoires est gris ou jaunâtre. On voit aussi un peu de noir à l'échancrure de l'opercule. Lindividu de M. Ehrenberg est long de sept pouces. M. Geoffroy en a donné un de neuf. L'espèce se lëpand aussi dans l'Atlantique, car M. Rang nous l'a envoyée de Gorëe. CHAP. XV. CARANX PROPREMENT DITS, 37 Le Caranx de Sainte-Hélène. {Caranoc Sanctce Helenœ, nob.) Il y a d'autres' représentans de ce petit groupe dans l'Atlantique; tous nos voyageurs naturalistes nous en ont rapporté de Sainte- Hélène une espèce remarquable par sa tête plus oblongue et son museau plus pointu même qu'au saurel. Son corps est aussi bien moins comprimé, et sa rondeur égale celle du maquereau. Sa hauteur est cinq fois et trois quarts dans sa longueur totale. Sa tête y est presque cinq fois, et a sa hauteur une fois et trois quarts dans sa longueur. Son museau est pointu. Sa bouche peu fendue. Ses dents presque insensibles. Le diamètre de l'œil est du quart de la longueur de la tête. Le limbe du préo- percule est large et plat. L'opercule petit, à bord in- férieur concave et presque vertical. Ses pectorales sont demi-ovales et du sixième seulement de la lon- gueur. Les ventrales sortent un peu plus en arrière, et ne vont pas aussi loin. Il y a un intervalle sans épines entre la première et la seconde dorsale. Le dernier rayon de la dorsale et de l'anale forme une fausse na- geoire bien distincte. Sa ligne latérale n'est presque pas courbée ; elle ne pjrend des boucliers que sous le tiers antérieur de la deuxième dorsale j ils sont assez larges, dentelés aux bords, échancrés , avec une pointe au milieu. Ce n'est que vers la fin de la dor- sale que leurs carènes et leurs pointes se relèvent 58 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. d'une manière sensible. Leur nombre est d'environ trente -cinq. B. 7;D. 8— 1/35 — I; A. 2— 1/30— I;C. 17; P. 21; V. 1/5. Ce poisson est d'une couleur argentée et irisée, teinte de bleu sur le dos. Dans le frais, une bande jaune orangée règne tout le long du corps entre le bleu et l'argenté. La ligne Lit^^rale est marquée d'une suite de points noirs. Ses nageoires sont blanchâtres. La taclie noire de l'opercule est petite. Nos individus sont longs de neuf pouces. Nous avons reçu de la Martinique deux caranx qui ont quelque rapport avec celui de Sainte-Hélène par la forme alongée, les pectorales médiocres, et le rayon détaché à l'arrière de la dorsale et de l'anale. Le Carainx ponctué. ( Caranx punctatus , nob.) Le premier se porte jusques sur les cotes de l'État de INevs^-York, car il a été repré- senté par le docteur Mitchill dans ses Pois- sons de New^-York (pi. 5, fig. 5), mais sous le nom impropre de scomber hippos. Sa tête est un peu moins alongée que dans celui de Sainte -Hélène. Son profil un peu plus en ligne droite avec le dos. Le bord inférieur de son opercule un peu plus oblique. Ses dents ne se sentent guère CHAP. XV. CARANX PROPREMENT DITS. 59 qu'avec le doigt. Sa ligne latérale est aussi très-peu courbée. Ses boucliers commencent sous le quart antérieur de sa deuxième dorsale. Il y en a une qua- rantaine , dont les mitoyens sont un peu plus larges à proportion que dans l'espèce de Sainte-Hélène ; ils ne sont pas dentelés, et leurs carènes se relèvent un peu plus tôt. Sa pectorale est du sixième de sa lon- gueur totale. D. 8—1/31—1; A. 2—1/27 — I, etc. Il est argenté et teint de plombé sur le dos. La tache noire est médiocre. Il a des points noirs semés d'espace en espace sur la portion lisse de sa ligne latérale, et ils sont plus nombreux et plus marqués que dans le précédent. Nos individus sont longs de six pouces. C'est M. Plëe qui nous les a envoyés. L'on nomme cette espèce à la Martinique quia- quicif ce qui dans le jargon de lile signifie fi-fif et marque qu'elle est commune , petite et peu estimée. Sa plus grande taille est de dix pouces. Ce poisson ressemble parfaitement à la figure 5 , planche 5 , de M. Mitchill : mais il s'en faut de beaucoup qu'il ne soit le scom- ber hippos de Linngeus^ lequel a les deux dents antéiieures plus grandes, la ligne la- 1. Liunaeus, 12.* édit. , p. 494* 40 LIVRE TX. SCOMBÉROÏDES. ter aie très -courbée et vinot-deux rayons mous seulement à la seconde dorsale. Le Caranx faux maquereau. {Caranoc macarellus , nob.) Le second de ces caranx américains , de forme alongëe et à fausse nageoire unique , se nomme maquereau à la Martinique , où il est assez commun. Il y devient plus grand et est meilleur que le quia. Sa hauteur est six fois et demie dans sa longueur, et sa tête cinq fois et demie. La hauteur de sa tête est une fois et deux tiers dans sa longueur. Sa pec- torale n'a que le sixième de la longueur totale. Le bord inférieur de son opercule est en ligne droite. Sa ligne latérale n'est presque pas courbée; elle a tout du long des écailles rondes, assez larges (pour des écailles), et ne commence à prendre des bou- cliers que vers la fin de la dorsale. On en peut compter vingt-cinq, tous petits, quoique carénés. D. 8 — 1/33 — I ; A. 2 _ 1/27 — 1, etc. La tache noire est petite. Tout le corps est ar- genté, avec une teinte plombée sur le dos. Il y a des individus de plus d'un pied. Cest cette espèce qui me paraît se rap- procher le plus du cun^ata-pinima de Mar- CHAP. XV. CARANX PROPREMENT DITS. 41 grave % que les Portugais de son temps appe- laient bonito ; et même je ne vois pas com- ment on l'en distinguerait , si ce n'est que la figure montre la tête un peu plus petite et que dans la description il est question d'une ligne dorée entre le bleu ou le vert du dos , et le blanc du ventre , dont il ne reste guère de vestige dans nos individus : ce sera aux naturalistes du Brésil à nous apprendre si le cur^ata-pinima en offre de plus considéra- bles. Dans aucun cas il ne peut être notre saurel d'Europe, comme l'ont cru Bloch et Lacépède. Le caranx macarellus a le foie petit, presque ré- duit au seul lobe gauche. L'œsophage est long et plissé longitudinalement. Il se prolonge en un sac pointu, assez long, qui forme l'estomac. La branche montante est aussi longue que l'estomac, à partir de la naissance de la branche à la pointe du sac. Cette branche est épaisse , se contourne en bec , qui regarde l'épine du dos. Il y a un grand nombre d'appendices cœcales au pylore, disposées de chaque côté de la branche montante de l'estomac sur deux lignes. Les supérieures sont les plus grandes, et elles diminuent graduellement jusqu'à celles du milieu, qui n'ont pas le quart de la longueur des premières. Le tube intestinal est étroit et peu alongé. Il se 1. Bras,, p. i5o. 42 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES, porte jusqu'à l'arrière de rabdomen, remonte juiqu'à la pointe de l'estomac. Il se plie de nouveau et se rend à l'anus. Ce dernier repli est un peu plus large que l'autre portion de l'intestin , et à l'endroit où se fait le pli, il y a un rétrécissement, et en dedans une valvule qui marque la naissance du rectum. La rate esî noire, alongée, et placée sous l'estomac entre les appendices cœcales au-dessus du rectum. La vessie aérienne est grande, alongée, et donne en arrière deux petites cornes très-pointues. Les reins sont très-épais; enfoncés dans une rai- nure très -profonde sous la colonne vertébrale. Le Garanx de San-Jago. {Caranoc Jacohœus , nob.) MM. Quoy et Gaimarcl viennent d'envoyer de Praia-San-Jago, des îles du Cap -Vert, un caranx de cette subdivision , qui tient pour la forme de celui de Sainte -Hélène, et pour d'autres caractères du deuxième de la Marti- nique. Sa hauteur est cinq fois et demie dans sa lon- gueur. Sa tète y est quatre fois et un tiers. Son profil est droit, son museau pointu. Ses dents insensibles même au tact. La membrane adipeuse qui recouvre ses yeux, plus étendue même qu'au maquereau. La ligne inférieure de son opercule légèrement convexe. Celle de son subopercule est en arc rentrant. Sa ligne CHAP. XV. CARANX PROPREMENT DÏTS. 45 latérale presque droite, formée d'écaillés rondes, qui ne se changent en boucliers que sous la lin de sa deuxième dorsale. Ces boucliers carénés sont au nombre de vingt-trois ou vingt-quatre. Sa pectorale est assez pointue, et du septième de la longueur. La fausse nageoire, derrière la dorsale et l'anale, est forte et bien prononcée. D. 8—1/34; A. 2— 1/28. Le dos est bleu d'acier. Le ventre argenté. Il paraît y avoir eu des reflets dorés sur les flancs. La deuxième dorsale a un fin pointillé noirâtre vers sa pointe. L'individu est long de onze pouces. Le Garanx kiliché. {Caranx kiliche, nob.) Il y a aussi dans la mer des Indes de ces caranx à fausse pinnule simple^ une espèce nous en est venue de Pondichëry sous le nom de kiliché. Sa hauteur est cinq fois et demie dans sa longueur. La longueur de sa tète est de près du quart de sa longueur totale; celle de sa pectorale de plus du cinquième. Sa ligne latérale est très-peu arquée, et devient droite seulement sous le tiers antérieur de la seconde dorsale. Sa moitié antérieure a des écailles égales, rondes, et, quoique petites, beaucoup plus apparentes que dans les espèces à dorsales continues. Sa partie postérieure a, comme à l'ordinaire, des boucliers carénés et aiguillonnés, au nombre de 44 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. trente environ. Sa tête est à peu près aussi oblongue que dans notre saurel. Le bord inférieur de son opercule est à peu près droit. Le dernier rayon de sa dorsale et de son anale est une vraie fausse na- geoire, bien séparée des autres. La membrane adi- peuse de son orbite a sa partie postérieure très-large. D. 8 — 1/27 _ I; A. 2 — 1/25 — I, etc. Sa couleur est argentée et plombée ou azurée sur le dos. Il a une tache noire très-visible à l'opercule. C'est à M. Leschenault que nous devons cette espèce; elle n'a que sept pouces de lon- gueur. On la mange. Le Caranx kurra. {Caranoc kurra, nob. Kurra-wodagahwah , Russ.) Plusieurs des caractères de ce kiliche se rencontrent dans le kurra-woda^ahyvah de Russel (t. II, n.° iSg) : La tête un peu plus oblongue que dans les autres espèces des Indes; la fausse nageoire séparée derrière la dorsale et l'anale; la ligne latérale peu arquée et ne devenant droite que presque sous le milieu de la seconde dorsale; mais, soit les écailles, soit les boucliers de cette ligne, sont beaucoup plus petits, et le dessinateur marque quarante-six ou quarante- sept de ces derniers. Les rayons sont aussi plus nom- breux. D. 8 — 1/30 _ Ij A. 2 — 1/23 — I, etc. CHAP. XV. CARANX PROPREMENT DITS. 45 Ainsi tout annonce que cest une espèce particulière. Elle est longue de cinq ou six pouces, argentée, plombée sur le dos, et a la caudale jaunâtre. L'auteur ne parle d'aucune tache à l'opercule. M. Ruppel assure l'avoir trouvée dans la mer Rouge , mais une seule fois à Tor j il ne lui donne pas tout-à-fait les mêmes nombres. D. 8 — 31 _ 1 5 A. 2 — 1/26 _ 1, etc. Les caranx qui vont suivre et qui compo- sent notre troisième groupe, n'ont point de fausses nageoires, et tous les rayons de leur seconde dorsale, ainsi que ceux de leur se- conde anale, sont réunis par une membrane commune. La première espèce exceptée, il s'en faut aussi de beaucoup que les bandes ëcailleuses de leur ligne latérale forment des rubans aussi larges que ceux du saurel et du rotler : mais d'ailleurs ils en ont la forme peu éles^ée et le profil a peu près droit. Les caractères distinctifs de la plupart de ces espèces sont trop peu appareils pour que les naturalistes qui ne les ont pas rappro- chées et ne les ont pas décrites en regard les unes des autres , aient pu les signaler suffi- 46 LIVRE IX. SGOMBÉROÏDES. samment, eu sorte qu'il restera à leur égard quelques embarras de synonymie. On peut les distinguer les unes des autres principale- ment par les proportions relatives des deux portions de leur ligne latérale, par le plus ou moins de courbure de sa première moitié, par la ligne tantôt droite, tantôt courbée en différens sens , que forme le bord inférieur de leur opercule, et par leur corps qui, d'une forme assez voisine de celle du saurel, prend par degrés plus de hauteur proportionnelle et se comprime davantage. Dans les espèces plus élevées il en est de remarquables par le nu de leur poitrine, et d'autres par leurs dents maxillaires rangées en une seule série, tandis que le grand nombre les a en velours. Le Caranx gros -oeil. {Caranjc boops, nob. ) Notre première espèce approche du rotler par l'étendue de la partie cuirassée de sa ligne latérale , et par la grandeur des ])Oucliers dont elle est garnie, qui est du quart de la hauteur du corps. Ce poisson est plus court que le maquereau et CHAP. XV. CARANX PROPREMENT DITS. 47 que le saurel. Sa hauteur est du quart de sa longueur. Son épaisseur de moitié de sa hauteur. Sa tête a le quart de sa longueur totale. Son œil est grand, d'un peu plus du tiers de la longueur de sa tête, garni de deux grandes paupières graisseuses, semblables à celles du maquereau. La bouche n'est fendue que jusque sous le devant de l'œil. Son maxillaire va jusque sous le milieu, et son extrémité est tronquée en arc rentrant. Une rangée de dents très-fines et très-serrées garnit chaque mâchoire. Il y en a deux petits groupes à l'extrémité antérieure du vomer, une bande à chaque palatin et une sur la langue, en ve- lours très -ras. L'angle du préopercule est arrondi. Son limbe ne se distingue point de la joue par une saillie; il est large et légèrement strié ou veiné. L'o- percule est échancré en arc de cercle; ce qui lui fait une pointe obtuse au-dessous, et une arrondie au-dessus de l'échancrure. Son bord inférieur descend obliquement et est rectiligne. La joue et l'opercule ont des écailles, et le crâne et le front jusques entre les yeux. La courbure assez faible de la ligne latérale cesse sous le dernier quart de la première dorsale. Sa partie droite a quarante -huit ou quarante -neuf boucliers, presque tous du quart de la plus grande hauteur du corps. Leurs carènes et leurs épines vont en augmentant de saillie jusque près de la fin. Les pectorales sont taillées en faux, pointues, et leur longueur est quatre fois et demie dans celle de tout le poisson. Les ventrales sont attachées un peu plus en arrière et de moitié moins longues. Les pointes des dorsales et de l'anale sont à peu près de moitié 48 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. de la hauteur du corps. Les lobes de la queue ont le cinquième de sa longueur. B. 7 ; D. 8 — 1/25; A. 2 — 1/21 ; C. H; P. 19 ; V. 1/5. Ce poisson est d'un bel argenté, teint vers le dos d'un bleu clair d'acier bruni, fort brillant, tirant au verdâtre. Ses nageoires paraissent grises. La deuxième dorsale est un peu teinte de noirâtre. Dans une esquisse que MM. Quoy et Gai- mard en ont faite à Amboine, ils marquent une belle ligne orangée, qui s'étend depuis l'ouïe jusqu'à la caudale , mais qui disparaît , disent- ils, peu de temps après la mort. Les dorsales et l'anale y sont légèrement verdâ- tres , la pectorale orangé très-clair. Leurs individus d'Amboine n'ont que cinq pouces , et s'y trouvaient en quantité prodi- gieuse. Ils ont pris ensuite à Vanicolo un individu long de onze pouces, qui nous paraît de la même espèce. Le Caranx vari. {Caranx vari^ nob.) Une seconde espèce a le bord inférieur de son opercule en courbe concave. La partie arquée et à petites écailles de sa ligne latérale s'étend jusque sous le commencement de sa deuxième dorsale. La CHAP. XV. CARANX PROPREMENT DITS. 49 partie droite a de cinquante-cinq à cinquante-sept lames osseuses ou boucliers, qui vont en grandissant et en relevant leurs carènes à mesure qu'elles ap- prochent de la queue; mais qui nont nulle part plus du neuvième ou du dixième de la hauteur du corps au milieu. Pour tout le reste, ses formes et ses couleurs sont les mêmes que dans le boops et le rotlerj mêmes pectorales pointues , même caudale fourchue, même profil légèrement convexe, mêmes grandes pectorales en faux, de plus du quart de la longueur totale, même tache noire à l'opercule, etc. D. 8 — 1 — 1/-255 A. 2 _ 1/-22, etc. Indépendamment de la petitesse de ses boucliers, cette espèce se distingue aisément de la précédente par sa tète plus courte et son œil plus petit. Elle parvient à un pied de longueur. On la pèche abondamment pendant toute Fannëe dans la rade de Pondichéry, où on la nomme vari-paré. C'est un bon manger. he Caranx calla. {Caranx kalla ^ Tioh.) Une troisième espèce a la tête presque aussi haute que longue, et le bord inférieur de l'opercule en courbe légèrement convexe et quelquefois un peu à double courbure. La partie recourbée de sa ligne latérale se porte, comme dans le vari, jusque sous le commencement de la seconde dorsale ; mais le liO LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. nombre des lames n'est que de quarante -trois ou quarante-quatre. Plus haute et plus comprimée que les précédentes, sa hauteur, au milieu, est trois fois et demie dans sa longueur, et son épaisseur trois fois dans sa hauteur. La ligne de son ventre est plus convexe que celle de son dos. D. 7 — 1 _ 1/23 ; A. 2 _ 1/18. Le dernier rayon, tant en haut qu'en bas, est un peu plus long et plus détaché que les autres. Dans tout le l'este l'espèce ressemble au vari : elle parvient aussi à un pied de longueur. Dans le frais, selon M. Dussumier, ce poisson a le dessus d'un bleu changeant en vert et prenant sous certains jours des reflets argentés; les flancs et le ventre argentés, avec des reflets de nacre; la partie rétrécie de la queue et la caudale d'un beau jaune. Le lobe supérieur prend une teinte verdâtre. Les au- tres nageoires sont blanches- mais la dorsale est variée de noir. On le distingue à Pondicliéry par le nom de licilla-paré ; mais, comme on doit s'y at- tendre pour des espèces aussi voisines, il y a quelquefois entre elles des échanges de nom. Celle-ci se trouve aussi à la côte de Mala- bar et dans la mer Rouge : nous lavons re- connue parmi les poissons de M. Geoffroy. M. Bélenger et M. Dussumier nous l'ont en- voyée de Malle. Nous en avons vu un exemplaire parmi les CHAP. XV. CARANX PROPREMENT DITS. O'I anciens poissons de Bloch ; il était intitulé scomber biniaculatus : mais cet auteur ne paraît pas en avoir parlé dans ses ouvrages. Le Caranx djeddaba. {Caranx djeddaba, Rupp.) Le ccwanx djeddaba de M. Ruppel (Atl, pi. 25, fig. 4) ressemble infiniment au vari et au calla, surtout par la tête courte et le profil très-légèrement convexe. Sa ligne latérale, courbée jusque sous la fin de la première dorsale, paraît avoir de quarante-huit à cinquante boucliers dans sa partie droite. D. 1 — 1/25 ; A. 2 — 1/225 G. 17 ; P. 22) V. 1/5. Ce qui distinguerait beaucoup cette espèce, c'est que la figure lui donne une pectorale bien plus courte, et du quart seulement de la longueur totale. Elle ne lui marque d'ailleurs aucune tache, et l'oper- cule Y a son bord inférieur légèrement convexe. D'après le texte, le corps est argenté, teint de vio- lâtre vers le dos. Les nageoires sont jaunâtres. La deuxième dorsale et l'anale ont le bord noirâtre. La caudale est d un brun jaunâtre. Sa taille est de sept à neuf pouce. Ce poisson se trouve dans toute la mer Rouge. M. Ruppel le regarde comme de l'espèce Sa LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. que Foiskal (p. 56, n.'^ 76) dit se nommer djeddaba à Djedda, et qui porterait aussi les noms de futnok à Loliaia , et de hajad à Suez. La description de Forskal s'y rapporte en effet assez bien, excepté ce qui est dit d'une série unique de dents pointues , qui nous avait fait penser au caranx liina de M. Geoffroy; mais la ligne latérale convient mieux à l'espèce actuelle. Parmi les dessins envoyés de Java par MM. Rulil et Van Hasselt, nous en avons remarqué un qui répond parfaitement à la figure de M. Ruppel , et qui est enluminé de bleu sur le dos , d'argenté sur le ventre , de jaunâtre aux opercules et à la caudale : ses autres na- geoires sont grises j il n'a pas non plus de tache à l'opercule. Le Garawx fuseau ( Caranx fusus , G e o ff. ) nous paraît très-voisin de ce djeddaba; mais ce que M. Piuppel rapporte des nombres de celui-ci, ne répond pas entièrement à ce que nous avons observé sur le fuseau. \ie fuseau a le profil plus convexe que toutes les espèces voisines, et ressemble même un peu en ce point aux carangues. CHAP. XV. CARANX PROPREMExXT DITS. S5 Sa tête est à peine d'un sixième plus longue que haute. Le bord inférieur de son opercule est droit. Ses dents sont en velours, mais avec un rang exté- rieur d'un peu plus fortes et très-pointues. Sa ligne latérale, médiocrement courbée, devient droite sous le commencement de sa seconde dorsale, et a en- viron quarante-cinq boucliers. Sa pectorale n'a qu'un peu moins du quart de sa longueur totale : c'est aussi la mesure de sa hauteur au milieu. D. 8 — 1/24; A. 2 — 1/20, etc. Toute la moitié supérieure paraît d'un plombé bleuâtre. La moitié inférieure est d'un bel argenté. II y a une tache noire à l'opercule. Les nageoires paraissent grises ou blanchâtres. JDans l'état frais, selon M. Geoffroy, la caudale et la deuxième dor- sale sont d'un vert jaunâtre. Le dos a des reflets verdàtres, et le ventre des reflets roses. Nous en avons un individu de sept pouces y rapporté d'Egypte par M. Lefebvre. Ceux de M. Geoffroy sont moins grands : il assure les avoir eus à Alexandrie, où les pécheurs les nomment îougalé, c'est-à-dire fuseau. C'est de là qu'il a tiré la dénoinination de l'espèce. Il l'a fait représenter dans le grand ouvrage d'Egypte (Poiss., pi. 24, lig. 3), et M. Isidore Geoffroy l'a décrite dans le texte du même ouvrage. 54 LIVRE IX. SCO^IEÉROÏDES. Le Caranx maté. {Caranx mate, nob.) Dans une sixième espèce, qui se nomme à Pondichéry Jiiaté-paréy la tête est d'un quart plus longue que haute. Le bord inférieur du préopercule est en courbe à peine con- vexe ou même tout-à-fait droit. La courbure de la ligne latérale est plus lente, et sa partie arquée s'é- tend jusque sous le quart antérieur de la seconde dorsale. Les écailles de celte partie, d'abord très- petites, s'agrandissent par degrés. Arrivées à la partie droite, elles se changent par degrés aussi en plaques carénées, et l'on ne compte que de trente -six à quarante de ces dernières. D. 7 — 1/24 ou 25 ; A. 2 — 1/19 , etc. Le dernier rayon , tant en dessus qu'en dessous , est un peu plus long et moins bien attaché que les autres. Sa hauteur, au milieu, est trois fois et demie dans sa longueur. Son épaisseur, deux fois dans sa hau- teur. Sa pectorale est trois fois et un tiers dans sa longueur. Sa tète, quatre fois et demie. Tous les autres caractères de ce poisson lui sont communs avec les précédens. Il a la tache noire à l'opercule et au haut de l'épaule. Son corps est d'un bel argenté, teint de bleuâtre vers le dos, et dans le frais de vert clair. Tout le dessous est argenté, avec des reflets de nacre. La deuxième dorsale et la eau- CHAP. XV. CARANX PROPREMENT DITS. 5o dale sont d'un beau jaune clair. Les pectorales teintes légèrement de jaune. Les autres nageoires blanches. L'espèce parvient à une longueur de dix pouces. M. Dussumier Ta rapportée des Séchelles, où on la nomme caran^ue ronde. MM. Quoy et Gaimard lont rapportée de la Nouvelle- Guinée, et M. Raynaud du détroit d'Antjer. Le Caranx a queue jaune. {Caranx œanthiirus y K. et V. H.) MM. Kulîl et Van Hasselt ont aussi envoyé de Java au Musée des Pays-Bas un poisson qui a les mêmes formes que ce maté y les mêmes nombres (D. 8 — 1/24; A. 2 — 1/19), la même tache noire à l'opercule ; mais le dessin qu'ils en ont fait d'après le frais, montre sur le bleu du dos une suite de huit ou neuf grandes taches d'un bleu plus foncé, dont nous ne voyons pas de traces dans nos échan- tillons. La pectorale, la deuxième dorsale et la cau- dale y sont peintes en jaune. La première dorsale, les ventrales et l'anale y sont blanches. Ces jeunes naturalistes l'avaient appelé ca- ranx xanthuriis y nom que nous avons cru devoir conserver. ÎS6 LIVRE ÏX. SCOMBÉROÏDES. Le Caranx ferdau. (^CaranxferdaUy Riipp.^ S comber ferdau, Forsk.) Le car anx ferdau de la mer Bouge, tel que le lepiësente M. Ruppel (At!., pi. ^5, fig. 6), doit ressembler beaucoup à ce poisson de Java. Il a cinq taches ou demi -bandes verticales brunâtres le long de chaque côté à la hauteur de la ligne latérale, qui a la même courbure que dans le maté; mais son corps paraît plus court, surtout de la partie postérieure. Sa hauteur n'est pas trois fois et demie dans sa longueur. La longueur de ses pec- torales égale cette hauteur. On ne lui remarque point de tache noire à Topercule. Les nombres donnés par M. Ruppel sont : D. 7 — 0?/23; A. 2 — 0?/-20; C. 23? P. 20; V. 1/5. Sa longueur est de seize pouces. Ferdau est son nom vulgaire à Gomfod. Le scoinber ferdau de Forskal, ainsi nommé à Djidda, a bien les mêmes taches verticales, auxquelles s'ajoutent quelques gouttes dorées sur les flancs; mais Forskal lui donne pour nombres : B 7 ; D. G— 1 — 1/29 ; A. 2 — 1/24 ; C, 16; P. 21 ;Y. 1/5; ce qui s'accorde bien mal avec ceux de M. BuppeL CHAP. XV. CARANX PROPREMENT DITS. li/ Le Caranx iré. (^Caranoc ire, nob.) Une espèce très-semblable au maté-parê par sa ligne latérale, mais dont les pectorales sont beaucoup plus courtes (elles n'ont pas tout-à-fait le cinquième de la longueur- totale), se distingue d'ailleurs, et de celle-là et de toutes les autres, par une large tache noire au som- met de la partie antérieure et élevée de sa deuxième dorsale j elle n'en a pointa l'opercule. Tout son corps est argenté et teint d'azur vers le dos. Dans l'état frais, il est très-brillant. Ses nageoires sont jaunâtres. On compte trente-trois ou trente-quatre boucliers à la partie droite de sa ligne latérale. Son profil est légè- rement concave, et le bord très-oblique de son préo- percule un peu arqué en cai. D. 8 ou 7 _ 1 — V-S ; A. 2 _ 1/20, etc. Sa hauteur, au milieu, est trois fois et un tiers dans sa longueur. Son épaisseur, trois fois dans sa hauteur. Sa pectorale et sa tète quatre fois et demie dans sa longueur. Notre individu n'a que six pouces, et l'espèce n'en atteint que huit. On la pêche toute Tannée dans la baie de Pondichéry, oii les indigènes la nomment iré-paré. Elle se mange. iSS LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES, Le Caranx para.. (^Caranoc para, nob.) Nous avons reçu de la côte de Malabar par M. Bëlenger et par M. Dussumier, et par ce dernier de Coromandel, un caranx qui, avec les nombres de boucliers du maté et de Xiréy a le corps beaucoup plus court, plus haut, et plus comprimé; la tête plus courte et plus obtuse, et l'oeil plus grand. Sa longueur ne comprend sa hau- teur que trois fois et un cinquième. La longueur de sa tête égale sa hauteur, et est quatre fois et un tiers dans la longueur totale. Son épaisseur est trois fois et demie dans sa hauteur. Sa pectorale quatre fois dans sa longueur. Sa tête, quatre fois et deux tiers. Le diamètre de son œil est de plus du tiers de la longueur de sa tête, ce qui lui donne une physio- nomie parttcuUère; néanmoins il n'a pas la crête du crâne assez convexe pour être rangé parmi les ca- rangues. Ses dents sont à peine apparentes. Le bord inférieur de son opercule est un peu convexe. Sa ligne latérale se courbe médiocrement et ne reprend la direction droite et les boucliers que sous le cin- quième antérieur de la deuxième dorsale : il y a trente-six ou quarante boucliers. Ses pectorales ont plus du quart de la longueur totale. D. 7 — 1/25; A. 2— 1/21, etc. Notre individu est long de quatre pouces et demi. CHAP. XV. CARANX PROPREMENT DITS. IÎ9 M. Bëleiiger ne le désigne dans son cata- logue que sous le nom générique de para. Le Caranx a petites pectorales. {Caranx microchir , nob.) M. Raynaud a rapporté du détroit de la Sonde de très-petits individus de caranx assez voisins de ce para, mais qui paraissent appar- tenir à une espèce distincte. Leur corps est haut et comprimé. Sa hauteur n'est pas trois fois dans sa longueur. Son épaisseur est trois fois dans sa hauteur. Les pectorales ovales n'ont pas le cinquième de sa longueur. La ligne laté- rale, assez convexe en avant, devient droite sous le quart antérieur de la deuxième dorsale. Cette partie droite a trente-neuf à quarante boucliers, faiblement carénés. D. 8 _ 1/22 ; A. 2 — 1/20 , etc. Les épines de la première dorsale sont fortes. La couleur est un bel argenté, teint de grisâtre vers le dos- il y a une tache noire ovale, bien tranchée sur l'opercule, en dedans de son bord. Les nageoires sont transparentes. Nos mdividus n'ont que dix-huit lignes. 60 LIVRE IX. SCOMBÉROIDES. Le Caranx cambon. i^Caranx cambon , nob. ) Il y a à Batavia une espèce qui s'y nomme canibon, aussi courte et encore plus compri- mée que le para, mais dont la ligne latérale est à peu près la même, c est-à-dire qu'elle ne devient droite que sous le cin- quième antérieur de la seconde dorsale, et compte environ trente-six boucliers; son œil n'a pas le tiers de la longueur de la tête, et ses pectorales n'ont que le cinquième de celle du poisson, D. 8 — t24; A. 2 — 1/21, etc. Sa couleur est d'un bel argenté, un peu plombé vers le dos. Ses nageoires sont jaunâtres. Il y a une taclie noire au haut de l'épaule, tout près du haut de l'opercule, et qui s'étend un peu sur l'opercule même. Nos individus n'ont que de trois à quatre pouces. Le Garanx de l Isle-de-France. {Caranx mauritianus , Q. et G.; Caranoc macrophtalmus , Rupp.) Une espèce trouvée à l'île de Bourbon par M. Leschenault, à TIsle-de-France par MM. Quoy et Gaimard et par M. Desjardins, et aux Séchelles par M. Dussumier, a la ligne latérale encore moins arquée qu'aucune CHAP. XV. CARANX PROPREMENT DITS. 61 des précédentes : c'est à peine si l'on remarque une légère courbure, qui ne finit que sous le tiers an- térieur de la deuxième dorsale. Ses écailles, d'abord petites, prennent par degré quelque accroissement, et même lorsqu'elles prennent la forme de lames ou de boucliers, elles ne deviennent pas si hautes que dans les autres espèces. Les plus larges, qui sont entre la fin de la dorsale et celle de l'anale, ne garnissent pas toute la hauteur de cet endroit, et il en est de même sur le reste de la queue, oii elles diminuent un peu. Une trentaine environ de ces pièces peuvent prendre le titre de boucliers; mais, comme nous l'avons dit, le passage des écailles aux boucliers est presque insensible. Sa hauteur est près de cinq fois dans sa longueur; son épaisseur, deux fois dans sa hauteur; sa tète, quatre fois dans sa longueur; sa pectorale, quatre fois et demie. Le bord inférieur de l'opercule est en hgne droite. Son œil est grand et a le tiers de la longueur de la tête en diamètre. La tache noire est faible et disparait quelquefois. Le corps est argenté, teint de plombé ou de bleu d'a- cier clair sur le dos, et au premier coup d'œil on serait tenté de prendre ce poisson pour un petit hareng. D. 7 _ 1 — 1/26 ; A. 2 — 1,23. Nous en avons des individus depuis quatre pouces jusqu'à sept. Il y en a un de cette dernière taille dans la collection de Broussonnet, étiqueté scoin- ber dimidiatus. MM. Qiioy et Gaimard ont décrit Fespèce dans la partie zoologicjue de 62 LIVRE IX. SCOMBÉROIDES. leur premier voyage (p. Bog), sous le nom de caraiix mauritianus y c'est aussi, à ce quil nous paraît, le caranx macrophtalmus de M. Ruppel (pi. 25, fig. 4)- Le Caranx a grandes paupières. {Caranac crumenophtalmus , Bl., pi. 343 j Lacép., t. IV, p. 107.) Le scomher crumenophtalmus de Blocli (pi. 343) ressemble à ce mauritianus plus qu'à aucune autre de nos espèces ; la direc- tion de la ligne latérale , la largeur de ses boucliers, leur nombre, celui des rayons s'ac- cordent : mais le dessin donne plus de force aux aiguillons des boucliers. D'après ce nom de crumenophtalmus (œil dans un sac) on pourrait croire que l'espèce de Bloclî a quelque cliose de particulier dans ses paupières ; mais ce sont des membranes adipeuses, semblables à celles de tous les au- tres caranx et même de tous les maquereaux. Si Bloch en a été particulièrement frappé dans celui-ci, c'est qu'il n'avait peut-être vu les au- tres qu'à fétat sec. Ce crumenophtalme venait de la côte de Guinée, oii il est abondant, et où sa chair passe pour un mets agréable. CHAP. XV. CARANX PROPREMENT DITS. 65 L'individu était double de nos niauritianus pour la grandeur. Le Caranx de la Nouvelle-Guinée. {Caranoc Novœ Giiineœ, nob.) De petits individus, rapportes de la Nou- velle-Guinëe par MM. O'^^y ^^ Gainiard lors de leur seconde expédition avec M. d Urville, resseml^lent à s'y méprendre au niauritianus par la ligne latérale, et cependant ils ne sont pas de la même espèce, car leur museau est sensiblement plus obtus, et leur œil, plus petit, a son diamètre trois fois et demie dans la longueur de la tête.. Leurs couleurs sont les mêmes; ils n'ont pas de tache noire. Leurs boucliers sont au nombre de vingt-cinq à vingt-sept. D. 8— 1/25; A. 2 — 2/23, etc. Ces poissons n'ont que trois pouces. Le G\RANX A MINCE ARMURE. {Caranoc leptolepis , K. et V. H.) Un des caranx qui ont la ligne latérale le moins cuirassée, a été envoyé de Java au Musée des Pays-Bas par MM. Ruhl et Yan Hasselt sous le nom de caranx leptolepis. 64 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. Sa ligne est très-peu arquée et sa courbure ne finit que sous le milieu de la seconde dorsale. Ses écailles ne commencent à prendre un élargissement sensible que sous le tiers postérieur de celte nageoire, et devenues boucliers, elles ne couvrent pas même moitié de la hauteur de la queue. On peut en compter vingt-cinq de cette nature. Cette espèce est haute et comprimée. Sa longueur ne comprend sa hauteur que trois fois et un tiers. Son épaisseur est près de trois fois dans la hauteur. Sa tète est à peu près aussi haute que longue j mais les lignes en sont d'ailleurs semblables à celles de ces caranx des Indes. Le bord inférieur de son opercule est droit et pa- rallèle à celui du subopercule. D. 8— 1/-25; A. 2 — 1/22, etc. Ce poisson est d'une belle couleur d'argent, irisé de bleu clair vers le dos. Ses nageoires sont blan- châtres ou d'un jaune pâle 5 il a la tache noire très- marquée. Notre individu est long de cinq pouces. Le Caranx de Mertens. ( Caranx Mertensii, nob. ) M. de Mertens nous a fait voir la figure d'un caranx recueilli à Manille , très- semblable au hptolepis pour la forme, le ])G\\ de courbure de la ligne latérale et la petitesse de ses boucliers; mais qui n'a aucune tache noire. Son corps est argenté , irisé , teint de bleu d'acier vers le CIIAP. XV. CARANX PROPREMENT DITS. 65 dos, et orné d'une large bande jaune ou dorée, qui règne tout le long du flanc. D. 8— 1/26; A. 2 — 1/23, etc. Le Caranx de Plumier, (Caranac Plumieri, nob. ; Scomber Plnmieri , Bl.; Caranx Daubentorij Caranoc Plumier, Lacép.) A tous ces caranx des Indes sans fausses nageoires et à profil à peu pr^s droit, nous en associerons un d'Amérique qui leur ressemble presque de tout point, et sûr lequel il y a plusieurs confusions à rectifier dans les auteurs. Sa forme diffère peu de celle du maurilianus ^ et il lui ressemble aussi par sa ligne latérale; mais il est un peu plus haut, et a la tête plus grande à pro- portion. Sa hauteur, au milieu du tronc, est quatre fois et demie dans sa longueur totale; son épaisseur, deux fois dans sa hauteur. La longueur de sa tête est trois fois et deux tiers dans sa longueur totale, et sa hau- teur une fois et deux cinquièmes dans sa longueur. Les profils supérieur et inférieur sont ligèremeat convexes, et à peu près semblables. Le diamètre de l'œil est de plus du tiers de la longueur de la tête. Il a de grands voiles membraneux et adipeux. La bouche est fendue jusque sous son bord antérieur. La mâchoire inférieure avance plus que l'autre. Les dents sont très-fmes et sur une ligne fort étroite. Le préopercule est coupé presque en demi-cercle. 9- 5 ÛQ LIVRE ÏX. SCOMBÉROÏDES. Le bord inférieur de l'opercule est légèrement con- cave, et son échancrure semi-circulaire. La pectorale est tailKe en faux, pointue et presque du quart de la longueur totale. Du reste, ses nageoires sont comme dans les espèces avec lesquelles nous le comparons. D. 8 — 1/26; A. 2—1/22; C. 17; P. 20; V. 1/5. La ligne latérale est à peine sensiblement cour- bée ; elle n'a que des écailles rondes dans sa moitié antérieure. Sous le commencement de la deuxième dorsale elles commencent, à grandir un peu. Sous son quart antérieur, où la ligne devient droite, elles se changent petit à petit en boucliers. L'endroit où ces boucliers sont le plus larges est sous le quart postérieur de la deuxième dorsale j ensuite ils dimi- nuent. On peut en compter de trente à trente-six, - suivant qu'on les prend plus en avant. Ce poisson est très-brillant. D'après M. Plee, qui nous la envoyé de Saint-Barthélemi , il a le ventre argenté, le dessus du dos d'un noir bleuâtre, ses côtés de couleur d'or, avec des reflets qui y forment des espèces de bandes; mais d'après un dessin que je dois à M. 1 Herminier, cette teinte dorée s'affaiblit beaucoup en certains temps ou dans certains individus. Nous voyons des figures oii le dos est simplement verdâire et le corps argenté. Ses nageoires sont jaunâtres ou grisâtres. S il a une tache noire , elle n'occupe que la partie membraneuse dans i'échancrure de l'opercule; mais je crois plutôt qu'il n'en a pas. Je n'en vois pas de trace dans les dessins CHAP. XV. CARANX PROPREMENT DITS. 67 dont je viens de parler. La longueur de nos individus est de huit à neuf pouces. Le squelette de ce caranx de Plumier ressemble assez, pour la tête, à celui du saurel d'Europe, sauf les différences de proportion qui se montrent à l'ex- térieur. Il a de même vingt- quatre vertèbres, dont, dix abdominales et dix caudales. M. Plée dit que la chair de ce poisson est ferme comme celle du maquereau, et qu'il est commun au mois de Décembre près de iile de Saint- Barttiélemi, où on le nomme coulirou. On lui donne le même nom à la Guadeloupe. Selon M. l'Herminier, il y est très- bon et très-abondant, mais sujet à devenir vénéneux, ce dont on s'aperçoit à la rougeur que prennent ses os. Dans cet état son venin est tel qu'on l'emploie pour faire périr les rats, en le saupoudrant de farine de manioc. M. Poey nous en a communiqué un dessin fait à la Havane, oîi on lui a donné le nom galicien du saurel d'Europe , chicliaro. C'est un des poissons les plus abondans de ce port; on l'y prend en troupes , et on peut le man- ger sans crainte : il ne pèse guère plus d'une demi-livre. Cette espèce est, à ce que nous espérons, bien déterminée maintenant, d'après les carac- tères que nous venons de lui assigner 5 mais 68 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. elle a déjà été présentée sous deux noms dif- férens dans les auteurs systématiques , et per- sonne, dans ce qu'ils en ont dit, ne pourrait en reconnaître l'identité , si l'on n'avait la fa- culté de remonter aux sources. Il en existe dans les vélins du Muséum une figure faite par Aubriet d'après les esquisses de Plumier, et qui est parfaite pour l'ensem- ble , ainsi que pour ses couleurs bleue, jaune et blanche, mais oiiles rayons sont mal comp- tés comme d'ordinaire à cette époque, et les boucliers des côtés de la queue mal rendus. C'est sur cette figure que M. de Lacépède (t. III, p. Sg et 71) a établi son espèce du caranx Dauhenton : elle est intitulée sur le vélin : Trachurus argent eo-cœruleus , aureis maciilis notatus , Plum. ; et l'on voit par cette phrase que c'est une copie de la même es- quisse dont s'est servi Bloch pour étabhr son scomber Plumieri ; sa figure (pi. 344) ^^t d'ailleurs conforme à celle d' Aubriet, même pour quelques erreurs, comme les deux épines à la seconde dorsale : mais Bloch y a changé les nombres de rayons 5 il y a exprimé autre- ment les bouchers, et comme il voyait dans la phrase de Plumier ces mots : aureis macu- lis notât us y il a semé sur tout le corps des taches rondes et jaunes. Il n'y a donc aucun CHAP. XV. CARANX PROPREMENT DITS. 69 sujet de douter que le caranx Daubenton et ie caranx Plumier ne soient le même. Le Caranx de Bloch. {Caranx Blochii, nob.j Scomher ruber, Bl.) Il en existe dans le golfe du Mexique une autre espèce , facile à distinguer par sa tête plus courte et son œil plus petit. Sa tête est à peine du quart de sa longueur totale , et son œil n'a guère plus du quart de la longueur de sa tète. Le bord inférieur de son opercule est sen- siblement convexe, et son échancrure peu marquée. Du reste, les proportions de ses nageoires, la cour- bure de sa ligne latérale, ses boucliers, sont à peu près les mêmes. Sa couleur est argentée et teinte de bleu ou de verdàtre sur le dosj ce qui n'empêche pas que nous ne le consi- dérions comme le même que le scomber rii- ber de Bloch (pi. 342) dont nous avons en ce moment sous les yeux l'original , qui nous a été confie par M. Lichtenstein. Bloch j qui avait reçu ce poisson du docteur Isert ^ altéré par la liqueur et devenu un peu roti- geâtre, n'a pas hésité de l'enluminer d'une vive couche de carmin. C'est ainsi qu'il n'a que trop souvent donné des couleurs fausser 70 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. à ses poissons étrangers ; mais ici rexagëration était aussi par trop forte. L'individu de Bloch est long de onze pou- ces et venait de Sainte-Croix. Isert lui avait dit qu'il y en avait de plus grands et que leur goût est agréable. Le Caranx a bandes. {Caranx fasciatus , Coll. mexic.) Il se pourrait au reste qu'il y eût encore quelques espèces voisines dans les mers d'Amé- rique. Nous eu trouvons par exemple dans la collection de MM. Mocigno et Sessë une figure où le verdâtre du dos descend en huit ou dix bandes verticales nuageuses sur le jaunâtre des flancs et du ventre. Sa ligne latérale paraît beaucoup plus forte- ment courbée qu'au précédent, et autant qu'au varij elle devient droite sous le commencement de la se- conde dorsale, et y prend des boucliers à pointes assez acérées. Le profil de sa tête est à peu près rec- tiligne. Je ne puis compter ses rayons, qui ne sont pas assez nettement exprimés. Cette figure porte pour étiquette sconiher fasciatus f vulgo xurel; nous avons vu que xurel est le nom espagnol du saurel. CHAP. XV. CARANX PROPREMENT DITS. 71 Les espèces suivantes commencent à avoir un corps plus haut et plus comprimé que celles dont nous avons parlé jusqu'à présent, et sous ce rapport elles commencent aussi à nous conduire aux caranguesj mais leur pro- fil n'est pas si relevé, ni leur nuque si courbe j la ligne de leur profil descend obliquement. Il y en a d'abord qui joignent à ce corps élevé et comprimé le caractère remarquable d'un espace nu, plus ou moins considérable, sous la poitrine; caractère que nous retrou- verons dans quelques carangues. Le Caranx a gouttes d'or. {^Caranoc auroguttatus , Ehrenb. ; Scomber fuU'oguttatus , Rupp.) M. Ehrenberg a rapporté un caranx de cette division pris dans la mer Rouge, et qui doit ressembler beaucoup au scomher fiilvo- mittatus de Forskal , mais dont les nombres de rayons ne s'accordent pas avec ceux du vovageur danois. Cependant M. Ruppel l'a aussi représenté sous le nom de falvo^utta- tus, et nous l'a même donné sous ce nom. Ses dents sont en très -fin velours ras. Ses pièce» operculaires sont écailleuses comme~ sa joue. L'in- tervalle des yeux, au contraire, est nu comme le 72 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. museau, et ce nu monte en se rétrécissant sur la nuque et s'étend en ligne étroite jusqu'à la première dorsale. Il y a une petite place nue sous la gorge. Sa hauteur est trois fois et un tiers dans sa longueur, et celle de sa tète y est quatre fois. Sa tête est d'un cinquième plus longue que haute. Cette espèce est une de celles dont les pectorales sont les plus lon- gues : elles ont le tiers de la longueur ■ot.tle; mais la première dorsale est petite, et la deuxième, ainsi que la deuxième anale, est plus élevée. Ces deux na- geoires sont presque entièrement écailleuses. La ligne latérale n'est guère plus courbée que le dos jusque sous le milieu de la seconde dorsale, où elle devient droite; elle ne se carène que sous la fin de cette na- geoire ; mais sur le bout de la queue les carènes des boucliers sont plus saillantes et plus tranchantes que dans aucune autre espèce, au point qu'à cet endroit la distance transverse d'un tranchant à l'auire surpasse la hauteur. Il n'y a guère que quinze boucliers, dont les sept ou huit derniers seulement forment ces tran- chans. Il y a de plus comme d'ordinaire deux petites crêtes, une au-dessus, l'autre au-dessous de la carène. Ce poisson est argenté, plombé sur le dos, et semé partout de points jaunes très-brillans. On voit qu'il serait entièrement conforme à la description que Forskal donne de son fuli^oguttat us sans les nombres, qui sont dans notreindividu,D.6— i— V23; A.2 — 1/22, et dans celui de Forskal, D. 7 — i — \/27; A. 2— V24. CHAP. XV. CARANX PROPREMENT DITS. 75 M. Ruppel dans son texte donne à son fuho- guttatus : D. 8 — 0/25 ; A. 2 — 0/23 ; mais sa figure marque D. 7^]/20; A. 2— 1/22; et l'individu qu'il nous a remis, a D. 7 — 1/25; A. 2 — i/22, comme celui de M. Ehrenberg. M. Ruppel a pris ce poisson pour le lima de M. Geoffroy; mais la différence des dents à elle seule les ferait distinguer. Il y a encore dans les collections de M. Eh- renberg un poisson tout semblable , mais sans taches, qu'il a nommé ûnniaculatus. Ce n'est peut-être qu'une variété. Le Qaranx a poitrine nue. {Caranx gjmnostethus j nob.) M. Dussumier a rapporté des Séchelles un caranx qui s'y nomme carangue ronde , et qui a phis d'un rapport avec le précédent, mais où le nu de la gorge prend une bien plus grande extension et occupe toute la poitrine. Sa tête, d'un cinquième plus longue que haute, a, en épaisseur , moitié de sa hauteur. Son profil su- périeur, à peine légèrement convexe, descend à peu près comme celui de sa gorge monte. Le bout du museau est mousse. Le front est large, et l'on sent faiblement la carène longitudinale de son miheu. L'œil, éloigné du museau de deux cinquièmes delà 74 LTVRE IX. SCOMBÉROÏDES. longueur âe la tête, et qui en a lui-même un sixième en diamètre, est bien rond et au milieu de la hauteur. Les deux orifices de la narine sont très-près l'un de l'autre; le premier, en fente verticale, un peu re- bordt, le second , ovale, sans rebord, sont à la hau- teur du bord supérieur de l'œil et à peu près à égale distance de son sommet et du bout du museau. La bouche, au bout du museau, à mâchoires à peu près égales, descend très-peu, et sa commissure est sous l'aplomb de la narine. Le maxillaire, découvert seu- lement en arrière et coupé carrément, va jusque sous le bord antérieur de l'œil. Les dents sont en velours très- ras, sur des bandes fort étroites. Le limbe nu du préopeiCL le est très-large. La ligne de séparation de fopercule et du sous- opercule est légèrement convexe. La pectorale, en faux très-longue et irès- poiniue, a le tiers de la longueur totnle. La ventrale est trois fois plus courte. La première dorsale trian- gulaire a son troisième et son quatrième rayon, qui sont les plus hauts, du quart de la hauteur du tronc. Le premier et le dernier sont fort petits. La pointe antérieure de la seconde nest pas plus haute. Sur presque toute son étendue elle est fort basse. Son dernier rayon se relève en pointe, et a de chaque côté une membrane, qui en fait un prisme trian- gulaire. L'anale correspond à peu près à celte seconde dorsale. Les deux épines qui la précèdent sont fort petites. Les lobes de la caudale n'ont que le sixième de la longueur du poisson. * ID. 7 — 1/28} A. 2 — 1/26 ; P. 1/21 ; V. 1/5} C. 19, et 13 ou 14 petits. CHAP. XV. CARANX PROPREMENT DITS. 75 Les écailles , petites , verticalement ovales , sans cils, dentelures, ni éventail, ne montrent qu'à une forte loupe de très-fines stries circulaires. Un grand espace rhomboïdal nu occupe la poitrine entre les pectorales et depuis la gorge jusque derrière les ventrales. Tout le dessus du crâne est aussi nu, ainsi qu'une grande partie des pièces operculaires ; ce nu monte par une ligne étroite jusqu'à la pre- mière dorsale. La ligne latérale commence à des- cendre sous le commencement de la deuxième dor- sale, et devient droite sous son milieu; mais elle ne commence à prendre des boucliers carénés que sous les trois derniers rayons ; elle en a quatorze ou quinze assez forts. A l'état frais, selon M. Dussumier, ce poisson est d'un vert clair argenté, avec de beaux reflets de nacre , et a les nageoires d'un vert jaunâtre transpa- rent. Il atteint une longueur de deux pieds. Ces t l'un des plus abondans auxSéchelles; il est bon, mais un peu sec. Le Caranx a taches fauves. {Caranx fulvoguttatus , nob. ; Scomber fulvognU tatuSy Forsk.; Caranoc bajady Rupp.?) M. Dussumier a rapporté des Sëchelles en 1827 un autre caranx à poitrine nue comme le précédent, mais à tête moins alongée, et qui n'a pas tant de rayons à la deuxième dorsale. La longueur de sa 76 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. tête ne surpasse pas sa hauteur, et n'est que quatre fois dans celle du poisson. Sa hauteur, au milieu, est un peu plus de trois fois dans sa longueur to- tale. Sa nuque a un léger commencement de con- vexité, qui indique le passage aux carangues. Du reste, le nu de son crâne et de sa poitrine, les pro- portions de ses nageoires, sa ligne latérale et les boucliers qui arment son extrémité , sont à peu près comme dans le gymnoslèthe; ainsi sa pectorale est du tiers de sa longueur, mais les lobes de sa cau- dale sont du cinquième. D. 7 — 1/27; A. 2 — 1/24, etc. A l'état frais il est argenté, avec des rejflets de nacre et de petites taches de couleur d'or. Les na- geoires sont transparentes. La dorsale et l'anale ont leur extrémité d'un vert clair. L'espèce est très- commune aux Séclielles, et peu estimée. Je crois la reconnaître dans la ligure du caranx bajad de M. Ruppel (AtL, pi. 25, fîg. 5). Les couleurs et les autres caractères sont les mêmes, et cette figure marque vingt-six rayons mous à la deuxième dorsale, mais le texte en compte vingt- neuf ; et de plus l'anale, qui en a vingt et un dans la figure, n'en a que vingt selon le texte; en- fin, il n'est pas question du nu de la poitrine. Notre poisson est plus probablement en- core le fuho^uttatus de Forskal , j'oserais même dire que cela est certain, puisque les CHAP. XV. CARANX PROPREMENT DITS. 77 couleurs et les nombres des rayons sont iden- tiques. Forskal parle même du nu du crâne, qui s'étend jusqu'à la première dorsale; mais il n'a point remarqué le nu de la poitrine. Son nom arabe est ^oezzj qui signifie peu. Le Caranx a sourcil d'or. {Caranx chrjsophrjs , nob.) Il nous est encore venu des Sëchelles, et toujours par le zèle éclairé de M. Dussumier, un troisième de ces caranx, à poitrine aussi nue que dans les deux précédens ; c'est le plus élevé des trois , et il ne le cède à cet égard à aucune carangue ; toutefois il n'a pas la nuque aussi relevée, ni le profil aussi vertical. Sa hauteur, au milieu, n'est que deux fois et deux tiers dans sa longueur. La longueur de sa tête y est trois fois et deux tiers, et elle est aussi haute que lon- gue. L'épaisseur du corps est le tiers de sa hauteur. Les pointes de sa deuxième dorsale et de son anale ont moitié de la hauteur du corps entre elles. La première dorsale est moitié moins haute , et a huit rayons, dont les deux derniers sont isolés. La pectorale a, comme dans les précédens, le tiers de la longueur du pois- son. Les lobes de la caudale en ont le cinquième. D. 8 — 1/19; A. 2—1/16. La ligne latérale ne devient droite que sous le tiers postérieur de la deuxième dorsale, et n'a de 78 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. boucliers un peu carénés qu'après avoir dépassé celte nageoire. Sa couleur, dans le frais, est, en dessus , d'un ver- dalre clair; aux côtés et en dessous, d'un argenté brillant. H y a des reflets nacrés à la partie nue. Le crâne est verdâlre; le museau noir; le sourcil et le tour de la bouche jaune doré. Les pectorales sont transparentes, et les autres nageoires verdâtres. L'individu est long de onze pouces; mais l'espèce devient plus grande. C'est un très-bon poisson. M. Ruppel, qui donne à son caranx/i^^o- guttatiis dans son texte vingt -cinq rayons mous à la seconde dorsale , ne lui en marque que vingt dans sa figure (pi. 25, fig. 7). Il serait possible qu'elle eût été faite d'après un individu de l'espèce actuelle* cependant elle marque vingt-deux rayons à l'anale. Le Caranx du Sénégal. ( Caranoc sénégalais , nob.) M. Roger nous a envoyé du Sénégal , et M. Rang de Corée, un caranx qui, sans avoir la nuque saillante, est remarquable par les pointes de la dorsale et de l'anale, aussi alongées et aiguës que dans aucune carangue pro- prement dite. Il a le corps ovale. Sa hauteur, au milieu du tronc, est trois fois et demie dans sa Ion- CHAP. XV. CARANX PROPREMENT DITS. 79 gueur, et sa tête y est cinq fois. Sa première dor- sale est petite. La pointe de la seconde a les quatre cinquièmes de la hauteur du corps. Celle de l'anale en a la moitié. Ses dents sont toutes en velours très- ras. Les lobes pointus de sa caudale ont plus du quart de sa longueur. Le nu du crâne et de la poi- trine est comme dans le gymnosiètlie et la carangue vraie; mais il s'éloigne beaucoup du premier et se rapproche au contraire de l'autre par sa ligne laté- rale qui, d'abord un peu concave, fait une courbe très-convexe, devient droite sous le bord antérieur de la deuxième dorsale, et a de quarante à quarante- trois boucliers, tous fortement carénés, D. 7 — 1/21 j A. 2 — 1/n ou 18, etc. On ne lui voit nulle part de tache noire. Notre plus grand individu est long de dix pouces* C'est particulièrement cette espèce que Ton peut croire avoir été représentée par Barbot (pi. 6) sous le nom de corango. D'autres de ces caranx à corps élevé, mais à profil droit, se font remarquer par cette circonstance que leurs dents maxiilaiies sont non pas en velours ou en cardes, comme dans tous les précédens, mais sur une seule rangée, distinctes, égales, le plus souvent mousses : leurs palatins en ont une bande fort étroite en fin velours j mais au-devant du vomer plusieurs 80 LIVRE IX. SCOMBÉFiOÏDES. les ont si petites, ou les perdent si aisément, que Ton pevit douter quelles y existent; ca- ractère qui, sil avait été constant, nous aurait détermine à en faire un genre à part. Leur forme générale est oblongue, élevée et com- primée, comme dans les espèces dont nous avons parlé immédiatement, Yauroguttatus et les suivantes , mais ils n ont pas de nu à la poitrine. Il y en a une espèce dans la Médi- terranée. Le Caranx lune. (Caranjc luna, GeofF.) M. Geoffroy Saint-Hilaire , qui s'est procuré cette espèce à Alexandrie, en a publié une belle ligure dans le grand ouvrage sur l'E- gypte (ZooL, poiss., pi. 23, fig. 3) sous le nom de caranx lune , et en a donné un individu et un squelette au Cabinet du Roi ; et son fds, M. Isidore Geoffroy, en a inséré la description dans le texte du même ouvrage. Sa hauteur est trois fois et demie dans sa longueur. Sa tête, d'un quart plus longue que haute, est quatre fois et un quart dans la longueur du poisson. Son profil descend obliquement et presque en ligne droite. Son œil, au milieu de la Jiauteur et de la longueur, occupe un cinquième de la longueur. La fente de la bouche ne prend que moitié de l'espace CHAP. XV. CARANX PROPREMENT DITS. 81 «ntre le bout du museau et l'œil; mais le maxillaire, qui est coupé carrément, va jusque sous le bord an- térieur de l'œil. Le museau est légèrement renflé en dessus. La mâchoire supérieure dépasse à peine l'autre. Chaque mâchoire a une rangée d'environ quarante dents , petites, cylindriques, à pointe mousse, bien alignées, et derrière celles du milieu il v en a six ou huit plus petites à la mâchoire supérieure, et quatre très - petites à l'inférieure , qui se cachent même dans l'épaisseur de la gencive. La pectorale est quatre fois et demie dans la longueur, c'est aussi la mesure des lobes de la caudale. La première dorsale et le devant de la seconde sont quatre fois dans la hauteur. D. 8 — 1/24 5 A. 2 — 1/20 : C. Il entiers et quelques petits ; P. 1/18; V. 1/5. Sa ligne latérale demeure à peu près parallèle ati dos jusque sous le tiers postérieur de la deuxième dorsale, où elle devient droite, et prend des bou- cliers carrés et carénés , au nombre de vingt-six ou vingt-huit. Il paraît argenté et a la tache noire à l'endroit ordinaire, quoique la ligure que nous ve- nons de citer ne la marque point, La longueur de nos individus est de onze pouces. Son squelette a tous les caractères de celui d'un saurel , aux différences près que produisent celles des formes extérieures. La crête mitoyenne s'élève beaucoup au-dessus des externes. Les côtes em- brassent presque toute la hauteur de l'abdomen. Il a trois interépineux avant celui auquel appartient l'épine couchée j dix vertèbres abdominales, dont 9- - 6 8z LIVRE IX. SCOMBÉROIDES. les trois ou quatre dernières , et surtout la dernière , ont les apophyses iransverses dirigées vers le bas; quinze caudales; un grand et fort interépineux pour les deux épines détachées avant l'anale. Les interépi- neux de ses rayons mous sont distribués avec beau- coup de régularité, deux pour chaque apophyse épineuse, etc. C'est, à ce qu'il me paraît, cette espèce que M. Eisso (2.^ édition, p. l\ii, n.° 338, et pi. 6, fig. i3) désigne par le nom de citula Banksiij et à laquelle il rapporte avec quelque probabilité le trachurus imperialis de M. Ra- finesque*, qui lui-même est emprunté de l'ouvrage de Cupani, intitulé : Panphjton siculum (t. III, pi. 129). Dans un mémoire manuscrit, communiqué autrefois à l'académie des sciences , M. Risso nommait ce poisson caranx mamiijîque , à cause de la beauté et de l'éclat de ses couleurs 5 qu'il décrit comme azurées et gorge de pigeon sur le dos , resplendissantes de l'éclat de l'argent sirr les côtés, et à reflets nacrés sur le ventre, avec une tache noire à l'opercule. Les membranes écailleuses aux côtés de la base de la dorsale sont jaunes, ainsi que les pectorales. Ses nombres, dans le texte, sont les mêmes que les nôtres; mais sa figure est fautive 1. Caraiteri, p. 42, n.** iiG, et pi. ii , fig. i. CHAP. XV. CARANX PROPREMENT DITS. 83 h. cet égard; elle ne montre que quatorze rayons à la deuxième dorsale et douze à Tanale. L'aiguillon, qui paraît isolé entre la pre- mière et la seconde dorsale, et qui n'est que le dernier rayon de la première, dontM.Risso veut faire le caractère de son genre citule, se retrouve ainsi dans beaucoup de caranx. Ce poisson se montre sur les côtes de Nice en Mai et en Juin. Sa femelle pond à la fin du printemps. L'espèce atteint vingt pouces de longueur; on la nomme à Nice pei-suva- reou, corruption de sciurel. Sa chair est ferme, tendre et d'un goût délicat. La figure du trachurus iinperialis de M. Bafinesque paraît un peu plus alongée ; mais c'est un défaut commun à toutes celles de son ouvrage. L'auteur lui donne plus de trois rayons aux bran- chies; six rayons à la première dorsale, vingt-cinq à la seconde et autant à l'anale; les lèvres grosses; une protubérance sur le museau; la caudale fourchue; la ligne latérale courbée et épineuse dans sa partie postérieure; le corps brun en dessus; une tache noire à l'opercule. Sa taille est de deux pieds. Les pécheurs siciliens le nomment sauru iniperiali, pour le distinguer de leur sauru ordinaire , qui est notre saurel. 84 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. M. Rafinesque ' a forme un genre trachurus pour lequel il n'exige pas que la ligne latérale soit cuirassée, mais seulement que les côtés de la queue soient anguleux , et qu'il y ait deux dorsales sans épines ni rayons libres et une seule anale ; expression par oii il ne veut pas sans doute exclure les deux premières épines de derrière l'anus, puisqu'il place dans ce genre le saurel commun , où cette sorte de première anale est si apparente. Il compte quatre espèces de ces trachurus'^, indépendamment de celle qu'il regarde comme le saurel ordinaire; mais la première seule, ou XimperialiSy nous paraît appartenir à notre genre caranx , tel que nous le définissons. Le Caranx plie. {Caraiioc platessa , nob.) La mer des Indes a aussi une espèce de ce groupe , apportée par Pérou. Elle ressemble beaucoup au luna. Sa hauteur est du tiers de sa longueur. Son épais- seur de moitié de sa hauteur. Sa tête est quatre fois dans sa longueur totale j sa pectorale trois fois et 1. Caraiteri, p. 42, n." ii6, pi. 9, %• i- '2. Rafinesque, Indice d'ittiologia siciliana, p. 20 et 21. CHAP. XV. CARANX PROPREMENT DITS. 85 ^lemie. Sa bouche est peu fendue et n'a que des dents très-petites, mais sur une rangée, excepté au-devant des mâchoires, où la rangée est double. D. 8 — 1/26; A. 2 — 1/23, etc. Il n'y a point de nu à la poitrine. Sa ligne latérale devient droite sous le milieu de la seconde dorsale. Ses écailles, qui sont assez larges, ne se changent en boucliers que vers le tiers antérieur de la partie droite, et il y a encore trente ou trente-deux de ces boucliers. Tout son corps paraît avoir été argenté. Son oper- cule porte à la place ordinaire une tache noire très- sensible. Notre individu est long de neuf pouces. Nous ne savons pas bien dans cpiels pa- rages Pëion se l'était procure. Le Garanx du port du Roi-George. (Caranx georgianus ^ nob.) MM. Quoy et Gaimard ont pris au port du Roi George, à la Nouvelle-Hollande, un de ces caranx qui ressemble à s'y méprendre au luna et au platessa parles formes, les dents, et les couleurs; mais qui a le corps un peu moins élevé et des rayons plus nombreux à la dorsale et à l'anale. D. 8 — 1/28 ou 29; A. 2 — 1/24. Ces individus n'ont que six à sept pouces. 86 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. Le Caranx sole. (Caranx solea^ nob.) Les côtes du Brésil possèdent aussi un ca- ranx fort voisin du liina, qui ne paraît même s'en distinguer que par une légère différence dans le nombre des rayons , et un peu plus de brièveté de la tête. Sa hauteur est trois fois dans sa longueur, et son épaisseur quatre fois dans sa hauteur. Sa tête, du quart de la longueur totale, est d'un cinquième plus longue que haute. Son profil descend obliquement sans s'arquer. Sa bouche n'est pas fendue jusque sous l'oeil. Ses dents sont petites, mais coniques et dis- tinctes. Leur extrémité est un peu mousse. On en compte vingt-cinq de chaque côté. Il n'y en a que quelques-unes en arrière de celles-là au milieu, et point de bande en velours. Ses pièces operculaires, sa tempe et sa joue sont écailleuses; mais le nu du museau remonte en pointe sur le crâne. Ses pectorales sont en faux et du quart de la longueur totale. La première dorsale a son troisième aiguil- s Ion, qui est le plus long, deux fois et demie dans la hauteur du corps. La deuxième et l'anale n'ont pas de pointe saillante, mais sont seulement un peu plus élevées en avant; elles peuvent se cacher en- tièrement entre les deux lames écailleuses qui s'é- lèvent des deux côtés (Je leur base. Sa ligne latérale, médiocrement arquée dans plus de moitié de sa CHAP. XV. CARANX PROPREMENT DITS. 87 longueur, ne commence à devenir droite que sous le milieu de la deuxième dorsale ; elle ne porte que vingt-quatre à vingt-cinq boucliers. D. 8 — 1/26 ; A. 2 — 1/23 , etc. On voit une tache noire, de grandeur médiocre, à la membrane qui remplit l'échancrure de l'oper- cule. Du reste, ce poisson paraît avoir été argenté, teint de plombé, et avoir eu les nageoires jaunâtres ou grises. Celle de la queue pourrait avoir été rou- geâtre. Notre individu , conservé dans la liqueur , est long de dix pouces. Feu Delalande qui l'a apporté du Brésil, n'a laissé aucune note sur les habitudes ni sur la taille à laquelle il parvient. Le Caranx denté. {CaranxdentexjTLO^,-^ Scomher dcntex, Bl. Schn.) Le scomher clentex de Bloch (Syst. posth., p. 3o, n.°25), que nous avons examiné sur le propre original de ce célèbre ichtyologiste, vient aussi du Brésil, et est assez semblable au solea • mais sa tête est bien plus grande et contenue seule- ment trois fois et demie dans sa longueur. Ses dents sont bien plus grosses, en cylindres courts, arrondis au bout, sur une seule rangée, au nombre de treize ou quatorze de chaque côté. Les deux du milieu, à 88 LIVRE ÏX. SCOMBÉROÏDES. la mâchoire inférieure , sont plus fortes, un peu iso- lées des autres et écartées entre elles. Il y a deux rayons de moins à la deuxième dorsale. D. 8 — 1/24 ; A. 2 — 1/-20 : C. 17 et plusieurs petits; P. 20: V. 1/5. L'opercule et le sous-opercule sont écailleux, aussi bien que la tempe et la joue. Le nu du museau re- monte aussi en pointe jusqu'à la première dorsale- La ligne latérale n'a qu'une faible inflexion vers l'ar- rière, et les boucliers commencent à s'y marquer vis-à-vis le milieu de la deuxième dorsale. On aper- çoit un peu de noir à l'échancrure de l'opercule. L'individu est long de dix-neuf pouces. Il avait été envoyé de Rio-Janéiro! Le Caranx a anale jaune. {Caranac analis, nob.) L'ile de Sainte-Hélène a dans les eaux qui la baignent un caranx exactement de la forme du dentex j et qui a les mêmes proportions de corps, de tête, de nageoires, la même armure à la ligne latérale, mais dont les dents sont un peu moindres et au nombre de dix-huit de chaque côté, et qui a deux rayons de plus à la deuxième dorsale et à l'anale. D. 8— 1/26; A. 1/22. Il est ainsi à peu près intermédiaire entre ie solea et le dentex. CHAP. XV. CARANX PROPREMENT DITS. 89 M. Dussumier, à qui nous le devons, a dé- crit ses couleurs sur le frais : Il est verdâtre clair en dessus et aux flancs, et a le ventre argenté, avec une légère teinte de vert. Le dessus de la tête est d'un vert plus foncé. Les pecto- rales, les deux dorsales et la caudale, sont verdâtres. Cette dernière est terminée par du jaune. L'anale est jaune à sa base dans toute sa longueur, et verdâtre à son fond. L'individu est long de quatorze pouces. C'est un très-bon poisson, abondant à Sainte- Hëlène, et qui atteint deux pieds et plus. DES CARANGUES. Il nous reste à parler de ces caranx à crête du crâne relevée et comprimée, auxquels nos marins affectent plus particulièrement le nom de carangues j mais c'est la partie la plus dif- ficile de notre tâche. Ces poissons se ressem- blent si fort, qu'il est presque impossible de leur apercevoir des caractères tels qu'on puisse distinguer les espèces voisines lorsqu'on ne les a pas à la fois sous les yeux pour en faire une comparaison immédiate. Ils ont tous le profil tranchant et en arc de cercle ; des bou- cliers seulement à la partie droite de leur ligne latérale^ des pectorales longues et en forme de 90 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. faux ; une ëpiiie couchée , mais souvent ca- chée sous la peau en avant de leur première dorsale. On en trouve un dans Margrave, son guara tereha (p. 172), un dans Seba sous le même nom (t. III, pi. 27, n.°3). Plumier en avait dessine un, sa caranguCy dont Bloch a donné une copie; c'est le sconiber cainngus de sa grande ichtyologie (pi. 34o). Le sconiber hippos de Linnaeus, le sconi- her Ascensionis d'Osbeck appartiennent in- contestablement à cette subdivision , ainsi que le sconiber chrysos de Mitchill. Nous y rapportons aussi le sconiber Kleinii.^ Il est probable que l'on doit y ranger plu- sieurs des scombres de For^kal , tels que igno- hilisy sansun ; mais son sconiber speciosus, bien qu'ayant la même tête , se distingue des autres par le manque absolu de dents. Russel, dans ces derniers temps, en a décrit et présenté sept ou huit (t. II, pi. i44 ^ ï^^)- Mais la difficulté, c'est de rapporter ces descriptions, et même plusieurs de ces figures, aux espèces que l'on a sous les yeux, et de trouver les moyens de fixer cette concordance , 1. Bloch j pi. 347, fig. 2. CHAP. XV. CARANGUES. 91 en rendant les caractères qui l'amont pour base faciles a saisir par les personnes qui verront les espèces isolées. La Carangue proprement dite. {Caranoc carangus , nob.j Scomher caranguSy Bl.) La carangue de nos îles , représentée par le père Plumier, et gravée d'après lui dans l'ou- vrage de Blocli (pi. 340), sous le nom de scomber carangus, est un poisson à corps comprimé, dont la plus grande hauteur (au milieu du tronc), est trois fois dans la longueur to- tale, et dont la courbe du dos descend en arc de cercle pour former le profil. Son épaisseur est du tiers de sa hauteur. Sa tête, aussi haute que longue, fait le quart de la longueur totale. C'est aussi la lon- gueur des lobes de sa caudale, qui est très-fourchue. La crête mitoyenne du crâne est tranchante et plus saillante que les latérales. Le diamètre de l'œil est du quart de la longueur de la tête : il est placé dans son deuxième quart et au-dessus du milieu de sa hauteur. Les orifices de la narine sont deux fentes verticales, rapprochées l'une de l'autre et près du milieu du bord antérieur de l'orbite. La bouche, fendue au quart inférieur de la hauteur de la tête, se porte, en descendant, un peu jusque sous le mi- lieu de l'œil. La mâchoire supérieure a dans sa partie moyenne une bande de dents en gros velours , et à 92 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. l'exléiieur, un rang de dents coniques, espacées, de grandeur médiocre. A la mâchoire inférieure il n'y a qu'un rang de dents coniques aussi, mais plus nombreuses et plus serrées qu'à la supérieure. Au milieu sont deux canines, du double plus fortes que les autres. Le sous-orbilaire , plus long que haut, a le bord légèrement convexe et sans dentelures. La moitié postérieure du maxillaire reste à découvert j elle est large et tronquée au bout. Le limbe du préo- percule est laige; son rebord antérieur peu saillant, son bord entier; son angle arrondi. L'opercule est de moitié plus haut que large : son bord inférieur est oblique eî rectiligne ; le postérieur a une échancrure en demi-cercle enire deux lobes arrondis. Le sous- opercule et 1 interopercule sont bien découverts. Ce dernier se contourne autour de l'angle du préoper- cule. Il n'y a pas d'armure particulière à l'épaule. La pectorale, longue, pointue et taillée en faux, est trois fois et demie dans la longueur totale. Son attache est au tiers inférieur de la hauteur. Celle des ven- trales a lieu précisément au-dessous; mais leur lon- gueur n'est que du tiers de celle des pectorales. La première dorsale commence un peu plus en arrière que la base de la pectorale; elle est triangulaire et a huit rayons peu robustes, dont le premier et les deux derniers sont fort courts, et le troisième, le plus long de tous, n'a qu'un peu plus du quart de la hauteur du tronc sous lui. Immédiatement après vient la deuxième dorsale. Sa pointe antérieure, for- mée par ses six ou sept premiers rayons mous , est du sixième ou du septième de sa longueur totale. CHAP. XV. CARANGUES. 93 Les rayons suivons sont tous peu élevés et à peu près égaux. Le dernier redevient un peu plus long. Le premier de tous est épineux et caché dans le bord antérieur, dont il fait environ le tiers. Il y a , comme dans les saurels , une première anale de deux rayons. La deuxième anale répond , pour la forme et la gran- deur, à la deuxième dorsale j mais elle commence un peu plus en arrière. D. 7 ou 8 — l/de 19 à 21; A. 2 — 1/17; C. 17 et 5 et 4; P. 22; V. 1/5. Toute la tête est lisse, excepté la tempe et la joue, qui ont de petites écailles; mais le crâne même n'en a point. Le nu du crâne se continue par une ligne étroite jusque près de la première dorsale. Toute la gorge est nue, et ce nu s'étend jusque derrière les ventrales. Il y a seulement un petit losange écail- leux en avant de ces nageoires. Le tour de la base de la pectorale est également nu. Tout le reste du corps a de petites écailles, et on en voit de plus pe- tites encore entre les quatre ou cinq premiers rayons seulement de la deuxième dorsale et de la deuxième anale. La ligne latérale décrit un arc alongé, con- vexe du côté du dos, depuis le haut de l'ouïe jusque sous le cinquième ou sixième rayon de la deuxième dorsale; là elle devient droite et commence à prendre des boucliers d'abord fort petits, mais qui s'élargis- sent et prennent des carènes plus saillantes jusqu'au milieu de la portion de queue sans nageoires, après quoi ils rediminuent très - rapidement , mais sans perdre leurs aiguillons. J'en compte vingt- neuf ou trente, rejetant du compte quelques-uns des anté- 94 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. rieurs qui ne diffèrent pas sensiblement des autres écailles. Il y a de chaque côté de la queue, au-dessus et au-dessous de la carène armée, les petites crêtes ou plis saillans de la peau, que l'on voit dans tant d'autres scombéroides. Ce poisson est d'une belle couleur d'argent, teint de plombé ou de violàtre à la partie supérieure. Une tache d'un noir foncé occupe l'endroit échancré de l'opercule. Les nageoires sont jaunes. L'anale surtout est d'un beau jaune jonquille. Il y a du bleuâtre au bord postérieur de la pointe de la dorsale, et un liséré brunâtre au bord de la caudale. On voit une tache ronde et noire dans l'aisselle de la pectorale, et un trait noir sur son huitième rayon et les suivans, jusqu'au quinzième j mais ce noir manque quelque- fois. Les jeunes individus, comme dans presque tous les scombéroides, ont de larges bandes verticales plus foncées. La carangue devient grande ; elle pèse sou- vent jusqu'à vingt -cinq livres. Un de nos échantillons est long de deux pieds et demi. C'est un poisson très-commun dans toutes les parties chaudes de TAmérique. Nous l'avons du Brésil, de Cayenne, de Porto -Rico, de la Havane. Plumier l'a bien représenté à la Martinique. Il est du nombre de ceux qui traversent l'Océan. M. Rang nous l'a envoyé de Corée. Les colons espagnols nomment la caranguC; CHAP. XV. CARANGUES. 9S comme d'autres poissons de ce genre , jiirel ou xurel , c'est-à-dire saurel. A la Havane on lui donne aussi le nom particulier de yï- ^uagua. A Cayenne nos Français l'appellent dorade. Elle y passe pour un des meilleurs poissons. On la mange avec d'autant plus de plaisir, quelle passe pour ne jamais donner cette maladie dangereuse de la signât era. La FAUSSE Carangue. {Caranx fallax , nob.) La mer des Antilles et celle du Bre'sil pro- duisent un autre poisson de cette subdivision, et tellement semblable à la carangue vraie que l'on s'y trompe quelquefois, bien que l'on ait le plus grand inte'rêt à les distinguer ; car celui-ci est aussi sujet à donner la signalera que l'autre en est exempt. Aussi cette se- conde espèce , qui se nomme à la Havane jurely comme la première , y est défendue quand elle pèse plus de deux livres, et l'on ne permet d'y vendre au marche que les pe- tits individus. Cependant M. Poey nous ap- prend que, selon certains pécheurs, quand ce poisson est dans un état dangereux, on s'en aperçoit à ce qu'il a la tête pleine de vers, et 96 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. que dans le cas contraire il n'y a aucun dan- ger à s'en nourrir, quelle que soit sa taille. La principale différence entre les deux espèces c'est que celle-ci n'a point de tache noire à l'oper- cule; mais une recherche minutieuse y en découvre encore quelques autres. Elle a constamment vingt et un rayons mous à la deuxième dorsale; la partie antérieure et pointue de cette nageoire est noire au bord ; le jaune de toutes ses nageoires est moins vif. La ligne latérale a sa partie antérieure plus arquée, et au lieu de prendre par degrés la direction droite, elle la prend subitement. Le nombre de ses boucliers va quelquefois jusqu'à trente -cinq ou trente -six. Enfin, sa poitrine est écailleuse, et non pas nue comme dans la vraie carangue. Elle arrive aussi à un poids de vingt -cinq livres. Nous en avons un individu de plus de deux pieds. Il nous paraît que c'est ici le véritable giiara tereha de Margrave , car cet auteur ne parle point de tache noire à l'opercule. Il est vrai qiiil ne lui donne que sept à huit pouces de longueur; mais il peut bien n'avoir pas vu les plus grands individus. C'est bien sûrement aussi celui que Seba (t. III, pi. 27 , fig. 3) donne comme le guara tei^eha, et même sa ligure est très-exacte. Nous ne savons pas au reste où Margrave a pris la sienne. Elle n'est ni dans le livre du prince ni dans celui de Mentzel : ce dernier CHAP. XV. CARANGUES. 97 on contient cependant une très-exacte et très- grande de notre espèce, mais sans nom. Dans le livre du prince il y en a une , intitulée giiardguâçu , qui nous paraît s'y rapporter également. Il y est dit que le poisson atteint trois ou quatre pieds de longueur. Il faut remarquer que la première dorsale a été oubliée dans les deux figures; mais les poissons de ce genre la cachent si bien qu'il n'est pas étonnant qu'elle ait échappé à des dessinateurs peu attentifs. La Carangue pisquet. ( Caranx pisquetus , nob. ) Une troisième espèce des mêmes mers , nommée à Saint-Domingue pisquet, et à Cuba cojenudo ou cojinudo, et que nous avons aussi reçue du Brésil, a le corps plus alongé que les précédentes , et la nuque moins arrondie ; c'est de tout ce groupe l'espèce qui approche le plus du groupe précédent. Sa hauteur est près de quatre fois dans sa longueur totale ; elle a la tache noire à l'opercule moins marquée cependant qu'à la vraie carangue. Il n'y a point de canines proéminentes. Sa poitrine est écail- leuse. La ligne latérale est d'abord faiblement arquée, comme dans la carangue; mais elle prend sa direc- tion droite plus tôt et presque sous le bord antérieur 9. 7 98 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. de la deuxième dorsale; aussi a-t-elle des boucliers plus nombreux. On peut en compter quarante-quatre ou quarante-cinq. Les pointes de sa seconde dorsale et de son anale proéminent beaucoup moins. D. 8— 1/245 A. 2 — 1/20. Ses nageoires sont verdàtres, et il n'y a de noi- râtre que les pointes de la caudale. L'espèce paraît demeurer dans des dimen- sions plus petites que les précédentes. M. Poey, qui nous en a donné un dessin, dit qu'elle ne passe pas quatre livres. Nous en avons reçu récemment de Saint- Domingue un individu de quatorze pouces. Peut-être est-ce sur un individu de cette espèce que M. Mitchill aura compté les rayons qu'il attribue à son scomher chijsos. La Carangue jaune. {Scomher chrjsos, Mitcli.; Scomher hippos, Linn.) Le scomher clirjsos ou maquereau jaune du docteur Mitchill, tel que nous l'avons reçu de New -York même, par M. Milbert, ressemble en toute chose à la vraie carangue; je lui trouve vingt et quelquefois vingt et un rayons mous à la deuxième dorsale : M. Mitchill lui en compte vingt -quatre 5 mais il a fait entrer dans ce calcul les deux petites épines CHAP. XV. CARANGUES. 99 du bord antérieur. Le même naturaliste ne lui donne que six pouces et demi de longueur. Mais comme, d'après ce qu'il en dit lui- même, l'espèce ne paraît pas être commune à New-York, il se pourrait que ce ne fut qu'une jeune carangue échappée de parages plus mé- ridionaux. Des individus plus jeunes encore, et de deux et trois pouces seulement, ont sur le dos cinq bandes verticales un peu plus foncées que le fond, comme il arrive dans cette famille à la plupart des très -jeunes poissons. Identique ou non avec la carangue, nous ne doutons pas que ce scomber chrysos ne soit le véritable scomber liippos de Linnaeus. Le squeleue de ce caranx de New-York, comme ceux du reste du genre, ne diffère guère de celui du saurel que par ses formes, qui se voient déjà à l'ex- térieur. Il a les mêmes nombres de parties : dix ver- tèbres abdominales; quatorze caudales, etc. Sa crête mitoyenne du crâne, coupée en arc de cercle, s'é- lève fort au-dessus des latérales. Le grand interépi- neux, qui porte les épines libres de derrière l'anus, est arqué en avant à sa partie inférieure; ce qui pro- duit une petite partie tranchante en avant de ces épines , etc. ÎOO LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. La Carangue de Saint-Barthéleml ( Caranoc Bartholomœi, nob. ) Cette espèce nous a été envoyée par feu Choiis de l'ile de Saint-Barthélemi, avec une figure coloriée d'après le frais. Elle n'est pas si alongée que le pisquet. Sa hauteur n'est que trois fois et quelque chose dans sa lon- gueur. Néanmoins son profil n'est pas si arqué et descend plus obliquement que dans la vraie caran- gue et que dans la fausse. Son œil est presque au mi- lieu de la longueur de sa tête. Le devant de sa deuxième dorsale et de son anale, quoique plus élevé , ne forme pas de pointe saillante. D. 8 — 1/26; A. 2 — 1/22, etc. Sa ligne latérale ne devient tout-à-fait droite que sous le tiers antérieur de sa dorsale. On y compte de trente-trois à trente-cinq boucliers. Sa couleur est argentée, sans aucune tache noire. Ses nageoires sont jaunâtres. L'individu est long de cinq pouces. Le Caranx a museau obtus. {Caranx ambljrhjncJuis , nob.) M. Delalande a rapporté du Brésil une cin- quième espèce, à plus petite têtç, à museau tombant plus rapidement CHAP. XV. CARANGUES. 101 que dans les précédentes; elle a presque l'apparence d'un stromatée. Sa hauteur n'est que deux fois et deux tiers dans sa longueur. Sa tête n'en fait pas le cinquième. Ses dents sont toutes petites et fines. Sa première dorsale, petite et faible, n'a que le sixième de la hauteur du tronc. La seconde dorsale et la se- conde anale n'ont pas de pointe saillante; mais un peu plus hautes à la partie antérieure, elles décrois- sent rapidement. La ligne latérale, courbée d'abord en demi-cercle , devient droite tout d'un coup et sous le bord antérieur de la deuxième dorsale. Il y a à sa partie droite quarante-neuf ou cinquante bou- cliers faciles à reconnaître. B. 1 — y^l ; A. 2 — 1/23. Dans la liqueur, cette espèce paraît argentée, un peu jaunâtre, teinte vers le dos d'un plombé verdâtre. Son opercule est teint de noirâtre plutôt qu'il n'a une vraie tache; mais il y en a une très-noire sur la base de la pectorale, à la face interne. Sa dorsale et son anale sont grises , finement pointillées ou sa- blées de noir. Nos individus n'ont que sis ou sept pouces de long. Nous ignorons à quelle taille l'espèce peut parvenir , ainsi que le nom qu'elle porte dans son pays. ■102 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. Le Caranx de l'Ascension. {Caranx Ascensionis , nob. ; Scomber Ascensionis , Forst.) Nous avons reçu de Tile de l'Ascension par MM. Qnoy et Gaimaid une espèce remar- quable de carangue , que Forster y avait déjà observée et qu'il avait nommée scomber As- censionisj la jugeant la même qu'Osbeck avait décrite sous ce nom. Le dessin de Forster , conservé à la biblio- thèque de Banks , et sa description placée mal à propos sous le scomber glaucus dans le Bloch posthume (p. 33,n.°34) répondent également bien à l'individu que nous avons sous les yeux. C'est de toutes les carangues celle qui a la nuque plus tranchante et plus bombée. Son profil ressemble à celui d'un vomer, et devient même un peu con- cave entre les yeux ; ce qui donne à ce poisson une physionomie assez -différente de ses congénères. Sa hauteur n'est pas tout-à-fait trois fois dans sa lon- gueur, et sa tête est un peu plus haute que longue. La pointe de sa dorsale a moitié de la hauteur du corps. Celle de l'anale l'égale à peu près. La première dorsale est petite. La pectorale est de près du tiers de la longueur du corps. Les lobes de la caudale de- meurent roides et très- écartés j ils ont chacun le CHAP. XV. CAMNGUES. 403 quart de la longueur. La courbure de la ligne laté- rale est médiocre ; elle devient droite sous le troisième ouïe quatrième rayon de la deuxième dorsale, et n'a que trente boucliers. D. 8 — 1/22; A. 2 — i;i8î C. 17 entiers; P. 1/20; V. 1/5.' Tout ce poisson est d'un brun foncé , surtout ses dorsales et son anale. Le repli adipeux postérieur de son orbite est singulièrement large et épais. Notre individu est long d'un pied. Le dessin de Forster a plus de seize pouces. Osbeck donne à son scomher Ascensionis les caractères généraux des carangues, un corps gris en dessus, blanc en dessous, long d'un pied, et les nombres suivans : D. 7 — 25; A. 25; C. 20 ; P. 20 ; Y. 5 ; et bien que plu- sieurs de ces nombres soient mal indiqués, surtout celui de lanale, on ne voit pas trop d'accord entre cette espèce et celle de Forster. On peut voir dans notre chapitre des cen- tronotes, par quelle erreur ce scomher Ascen- sionis d'Osbeck est devenu dans Linnaeus le scomher glaucus. 1. Forster dit D, 24 et A. 18 , parce qu'il ne distingue pas le premier épineux. 1 04 LIVRE IX. sco:mbéroïdes. Le Caranx gris. {Caranx heholus, nob.; Scomher heholus, Forst,) Une autre carangae du même parage a été nommée par Forster scomher heholus , mais Schneider en a placé la description sous le scomher carolinus , qui est un centronote. La courbe de son crâne est beaucoup moins con- vexe que dans la précédente. Sa ligne latérale ne de- vient droite que sous le milieu de la deuxième dor- sale, et ne prend pas de boucliers aussi grands. Ses dents sont petites , serrées j son corps entier est de couleur de nacre de perle. Sa première dorsale est singulièrement petite. Forster donne ses nombres comme il suit : IX 6 — 29 ; A. 21 ; C. 22 ; P. 21 ; V. 5 ; et ajoute que l'anale n'a point d'épine, ce qui est probablement erronné. ^ Schneider trouve encore au scom^her ca- pensis de Forster de la ressemblance avec YheholuSy mais ce scomher capensis n'est autre que le temnodon^ ainsi que nous le verrons à l'article de ce dernier. Après avoir donné ces descriptions des ca~ rangues de l'océan Atlantique^ je crois devoir leur comparer les carangues des Indes , en les rapprochant chacune de celle qui lui ressem- ble le plus dans l'autre hémisphère. CHAP. XV. CARANGUES. 10^ La Carangue sem. {Caranx sem, nob.) Nous parlerons d'abord d'une espèce qui ressemble, à s'y méprendre, à la fausse caran- gue d'Amérique par la taille, par l'absence de tache noire à l'opercule et par tous les de'- tails des parties, au point qu'il nous a fallu la plus grande attention pour y découvrir quel- que difFërence, qui même paraîtra bien légère; c'est que la ligne de son profil tombe plus rapide- ment, ou en d'autres termes, que sa nuque est plus élevée que dans l'espèce d'Amérique; mais cet excé- dant ne va pas à un dixième. Le nombre des rayons mous de sa deuxième dorsale varie de dix -neuf à vingt. Du reste , tout est commun entre ces deux es- pèces. M. Leschenault, à qui nous devons celle des Indes , nous dit qu'elle parvient à trois pieds et demi de longueur, et qu'elle est azurée, avec des nageoires jaunes. Avec fâge , ces teintes se rembrunissent un peu. Il y a du noirâtre à la pointe de la deuxième dorsale, comme dans la fausse carangue d Amérique. Son sous-orbitaire est lisse. Sa hauteur est trois fois et demie dans sa longueur; la pointe de sa première dorsale, deux fois dans sa hauteur. Cette fausse carangue des Indes, si l'on peut s'exprimer ainsi , ne paraît pas sujette aux inconvéuiens de l'autre. M. Leschenault 1 06 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. nous assure qu'elle est très-bonne à manger, et ne fait mention d'aucun danger dans son emploi. On la nomme à Pondichéry sem- paré. De toutes les espèces de Russel, c'est le wo- tini-parah ( pi. 1 4^ ) qui lui ressemble le plus. Selon cet auteur, le dos et la tête de ce woiim-parah jusqu'à la hauteur de la pectorale, sont d'une cou- leur changeant en vert, bleu et or. Son ventre est blanc, teint de jaunâtre. La dorsale et le lobe supé- rieur de la caudale sont bruns ; le lobe inférieur est couleur de soufre, avec un bord brun, et les autres nageoires sont jaunâtres. Tout annonce que c'est aussi le kirm des Arabes, ou le sconiher i^nohilis de Forskal (p. 55, n.** 72); du moins tout ce qu'il dit de ce kirm convient à notre poisson ; mais ce qu'il en dit se réduit malheureusement à des choses presque génériques. Outre ce nom de kirm que ce caranx porte à Djidda, Forskal cite encore ceux de djann ou §irb, et assure qu'à Lohaia on l'appelle korah quand il est petit, et djim quand il est grand; mais ces noms désignent peut-être des espèces plus différentes que Forskal ne l'a cru. Tout attentif qu'il était, il a fort bien pu croire identiques des poissons aussi sem- blables que ceux qui composent ce groupe, CHAP. XV. CARANGUES. 1 07 surtout s'il ne les a pas vus à côté les uns des autres. Lui-même, au reste, en fait la re- marque (page 56). Nous avons sous les yeux quelques autres espèces qui ressemblent à cette première, et par conséquent à la fausse carangue , par leur profil arqué et tranchant et par la plupart de leurs détails , et n'en diffèrent que par quel- ques petits caractères à peine sensibles, qu'il faut chercher surtout dans la courbure du profil, dans celle de la ligne latérale, dans la largeur de ses boucliers , dans le plus ou moins de proéminence des pointes de la dor- sale et de l'anale. La Carangue de Forster {Caranx Forster i, nob.), l'une d'elles, est venue de l'Isle- de -France, de la côte de Malabar, de Célèbes , de la Nouvelle-Guinée, de la Nouvelle -Irlande et de Vanicolo , et se trouve par conséquent dans toute la mer des Indes. Elle se reconnaît à ce que son profil est encore moins relevé que celui de la fausse carangue d'Amé- rique, par conséquent notablement moins que dans notre espèce précédente. Ses boucliers sont un peu 108 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. plus étroits ; mais il faut voir ces trois poissons en- semble, et des individus à peu près de même taille, pour saisir ces différences. A grandeur égale, l'espèce actuelle a aussi les dents plus fines et plus égales ; ce qui peut lui fournir un caractère plus marqué. La portion arquée de sa ligne latérale est un peu flexueuse. Son sous-orbitaire est lisse et moins haut à propor- tion qu'au sem. Le bout de la pointe de sa dorsale est noirâtre, et il y a un liséré faible de cette teinte à son bord et à celui de la caudale. Le haut de l'o- percule est marqué d'une petite tache noire. D. 8 — 1/20; A. 2 — 1/16. Il y a trente boucliers, etc. Nous avons des individus depuis cinq pouces et demi jusqu'à un pied. Nous ignorons à quelle taille ils auraient pu parvenir. Forster avait décrit et dessiné, à la Nou- velle-Zélande , un poisson qu'il prenait pour le scomber hippos de Linnaeus; Schneider en a inséré la description dans le Système post- hume de Bloch, et nous en avons trouvé la figure dans la bibliothèque de Banks. L'une et l'autre répondent parfaitement à notre es- pèce actuelle. L'individu de Forster était long de dix pouces. CHAP. XV. CARANGUES. 109 La Carangue jarra. {Caranx jarra^ nob.) Le poisson que nous venons de décrire est celui de nos espèces qui ressemble le plus au jarra- dandrée-parah de Russel (pi. 147)? et toutefois nous n'oserions affirmer qu'elle soit la même : les boucliers du poisson de Russel sont dessinés plus petits , et il ne lui donne que dix-huit rayons à la seconde dor- sale. Russel fait remarquer spécialement les ondulations de la ligne latérale : il indique les couleurs comme d'un argenté brunâtre , changeant sur le dos en vert et en bleu; toutes les nageoires jaunâtres; le bout du lobe supé- rieur de la caudale noir. Sa taille ordinaire est de dix pouces. La Carangue a anale jaune. (Caranjc œanthopjgus , nob.) L'Isle-de-France a fourni à M. Dussumier une carangue assez voisine des deux précé- dentes, mais à nuque un peu plus relevée , à profil un peu plus droit, à museau un peu plus comprimé, àsous- orbitaire un peu plus haut et plus sillonné , et qui a 110 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. des pointes un peu plus hautes et un rayon de plus à la dorsale et à l'anale. D. 8 — 1/21; A. 2 — 1/17. Il y a trente-trois ou trente-quatre boucliers à sa ligne latérale ; elle paraît argentée, teinte de verdâtre vers le dos, avec quelques petites taches brunes, rares €t éparses irrégulièrement sur le dos et sur les flancs. Dans le frais , les dorsales et le lobç supérieur de la caudale sont verdâtres; le lobe inférieur, l'anale et les ventrales, d'un beau jaune jonquille. L'individu est long de treize pouces. Nous croyons pouvoir lui rapporter un individu plus petit, presque sans aucuns points bruns, et qui a vingt-deux rayons mous à la dorsale et dix -huit à l'anale; mais qui, du reste, ressemble entièrement au grand. Ce poisson est assez commun à Tlsle-de- France et excellent à manger. La Carangue a six bandes. {^Caranx sexfasciatus , Q. et G.) Le caranx sexfasciatus de MM. Quoy et Gaimard * ressemble au caranx Forsteri pour les formes et même pour les inflexions de la ligne latérale; mais il est un peu plus élevé de la nuque. La partie droite de sa ligne latérale est un peu 1. Zoologie du Voyage de Freycinet, pi. 65, fig. 4- CHAP. XV. CARANGUES. 1 H plus longue à proportion et contient vingt -huit boucliers. Son sous-orbitaire est aussi étroit et aussi lisse D. 1 — 1/20; A. 2 — 1/15, etc. Sa première dorsale est noire , les autres sont jau- nâtres ou grises. Six ou sept bandes verticales noi- râtres se détachent sur l'argenté de son corps; la première descend à Tceil. Ses dents sont fines, mais bien prononcées. Ces bandes noirâtres sont un caractère des jeunes caranx, aussi bien que des jeunes scombres, ainsi que nous lavons déjà observé à l'article du chrjsos ou de la vraie carangue d'Amérique. Ce caranx sexfasciatus pourrait donc bien n'être qu'un jeune d'une autre espèce ; mais il nous serait difficile de le rapporter à aucune des nôtres : à coup sûr, ce n'en est pas un du rim ou caranx speciosus, et les dents que montre la figure citée , ne sont pas une faute du graveur, comme le soupçonne M. Ruppel', Nous l'avons de Waigiou , de Vani- colo et de Batavia. Les plus grands individus ont trois pouces et demi. 1. Atlas zoologique ; poissoiW; p- 96. «112 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. La Carangue de Péron. {Caranx Peroniij nob.; Scomber sansun , Forsk.?) Un caranx du voyage de Péi on et rapporté plus nouvellement par MM. Quoy et Gaimard de Vanicolo, venu aussi d'Amboine, de Java et du Malabar, qui ressemble beaucoup au jarra par le profil , par le nombre et la grandeur des bou- cliers, par le noirâtre de la pointe de la dorsale, et même un peu par le liséré de l'anale, en diffère par le nombre des rayons de la seconde dorsale, qui est de vingt-deux, et parce que la partie courbe de sa ligne latérale, qui n'a point de flexuosités, prend un peu plus d'espace relativement à la partie droite, la partie postérieure du corps étant aussi un peu moins alongée; cependant la courbe de la ligne latérale est plus convexe, et l'est surtout plus que dans l'espèce qui va suivre. D. 8 — 1/-225 A. 2 — 1/17. Notre individu est long de trois pouces et demi. 11 y a grande apparence que c'est le scom- ber sansun de Forskal (p. 56, n.° 'y 4)- Sa des- cription est entièrement confot^me à ce que nous observons, excepté qu'il donne un rayon de moins à l'anale (A. i/l6). Les noms arabes rapportés par ce voyageur, ahu-sansun, abu-leila y ha^lie , dheirak , hokas , donnent lieu a la même observation que ceux de notre CHAP, XV. CARANGUES. 415 sem : ils appartiennent peut-être à des espèces voisines. Cest de tous nos caranx celui qui ressemble le plus au scomber Kleinii deBloch , et nous le croirions entièrement le même, si la figure de Bloch (pi. 347, fig- 2) ne représentait les bou- cliers plus larges. Bloch compte, à la vérité, vingt et un rayons à l'anale, et ne marque point de noirâtre à la dorsale; mais il peut sur le premier point avoir mal compté , et la liqueur peut avoir altéré les couleurs. Ce poisson avait été envoyé par le médecin de la colonie danoise de Tranquebar, nommé Klein, et c'est le nom de ce médecin qu'il porte, et non celui du célèbre zoologiste. A Tranquebar on l'appelle walen-parei. Sa taille ordinaire y est de onze pouces , mais l'indi- vidu de Bloch n'en avait que quatre. La Carangue de Lesson. {Caranx Lessonii, nob.) MM. Lesson et Garnot ont rapporté de la Nouvelle-Hollande une carangue très-sembla- ble à notre première espèce des Indes, même pour les proportions et pour la force des dents ; elle a seulement le corps un peu plus haut dans le 9- 8 1 1 4 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. milieu et moins élevé à la nuque , dernière circons- tance qui la rapproche des deux précédentes j de plus, elle est toute entière d'une couleur argentée, légèrement dorée , et a toutes les nageoires jaunâtres sans noir; à peine voil-on un peu de brun vers la pointe de l'opercule. On lui compte à peu près trente boucliers, plus petits qu'à la première espèce. Son sous-orbitaire est lisse et non marqué de tubulures ou de sillons. D. 8 — 1/19 ou 20 ; A. 2 — 1/16. L'individu n'est long que de cinq pouces. M. Dussumier en a rapporté un de six et demi de la côte de Malabar. C'est au ^undi-parah de Russel (p. i44) que cette espèce ressemble le plus pour la forme et pour la courbure de la ligue latérale, et c'est à ce gimdi-parah que M. Ruppel rapporte son caranx sansun, qu'il juge le même que celui de Forskal. Eu effet, toutes ces espèces sont si voisines, que des figures, même très-bonnes, ne suffisent pas toujours pour les faire distinguer : Russel donne à son ^undi-parah D. 8 — 2i ; A. 2 — 1 8; M. Ruppel à son sansun, D. 8 — 1/20; A. 2 — i/'ï^? ^^ Forskal au sien , D. 7 — I — i/21 ; A. 2. 4/1 5. Forskal décrit son sansun comme argenté, sans taches, à nageoires brunes, excepté les pectorales et les ventrales, qui sont blanches. CHAP. XV. CARANGUES. i 1 5 Le bord de la deuxième dorsale est noir; celui de l'anale et de la caudale jaune. Le sansun de M. Paippel serait d'un vert de mer sale vers le dos, argenté au ventre; toutes ses nageoires seraient verdàtres et transpa- rentes ; la seconde dorsale aurait un bord noir. Il assigne sa taille à vingt et un pouces , et dit qu'il est très-commun dans toute la mer Rouge, d'un bon goût, et qu'il paraît faire par- ticulièrement la chasse aux athérines. Le gimdi-par^ah a le crâne et la face verts; le dessus du corps d'un vert plus foncé, chan- geant en jaunâtre ; la gorge et la poitrine couleur de perle; le ventre blanc, teint de jaunâtre ; la deuxième dorsale et le lobe su- périeur de la caudale obscurs; les pectorales, les ventrales, l'anale et le lobe inférieur de sa caudale, jaunes. Sa taille est d'un pied. C'est un poisson sec et insipide. C'est d'après ces indications que j'ai pensé que le sansun de Pxuppel et celui de Forskal est de l'espèce précédente , et le gundi-parah de celle-ci. 1 i 6 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. La Carangue de Bélenger. {^Caranoc Belengerii ^ nob.) Un caranx du Malabar, envoyé par M. Bé- lenger, se distingue par ses dents plus fortes qu'à aucun autre. Sa hau- teur, surtout à la nuque, est un peu moindre qu'au sern. Son sous-orbitaire un peu moins haut, et quoi- que la courbure de sa hgne latérale soit à peu près la même, il n'a à sa partie droite que vingt-sept ou vingt-huit boucliers un peu moins larges que ceux du sem. D. 7 — l/:0; A. 2 — 1/16, etc. Son anale et sa caudale sont jaunes, ses autres nageoires grises, et il a du noirâtre à la pointe de sa dorsale, comme le sem. Nos individus n'ont que cinq pouces. La Carangue a anale noire. {Caranx melampjgus , nob.) MM. Lesson et Garnot ont apporté des îles de Waigiou et Rauwack et de celle de Bou- rou , MM. Quoy et Gaimard de Vanicolo , et M. Desjardins a envoyé de l'Isle- de -France une carangue à peu près dans les proportions de notre première espèce, mais qui a les pointes de sa dorsale et de son anale CHAP. XV. CARANGUES. 417 plus saillantes et plus aiguës , et les premiers bou- cliers de la partie droite de sa ligne latérale plus pe- tits et plus plats à proportion des suivans. Il y en a trente-quatre ou trente-cinq. Les nombres de ses rayons différent davantage. D. 8 — 1/23 ou 24; A. 2 — 1/19. Ses dents sont moins fortes et presque en velours dans les jeunes. Les deux pointes de ses nageoires sont noirâtres ; mais celle de l'anale plus que l'autre. Ce poisson paraît d'ailleurs avoir été argenté, et teint vers le dos d'un plombé verdàtre. Nos individus sont longs de neuf pouces. C'est celle de nos espèces qui nous paraît ressembler le plus au ku^uroo - parah de Russel (pi. 145)5 cependant les boucliers de ce kiiguroo sont dessinés trop petits, et il n'est pas question dans le texte du noirâtre de l'anale. Russel le décrit simplement comme ayant le crâne vert ; la face d'un vert plus clair ; la gorge et la poi- trine couleur de perle; le tronc et les nageoires comme dans le gundi-parah. i La Garangue ékala. {Caranx ekala^ nob.3 Ekalah-parah, Russ., n." 1^6) Uekalah-parah de Russel (pi. il\Ç>) est aussi élevé, et a les nageoires aussi pointues que le kuguroo-parah ou melampygus ^ avec des boucliera 1 î B LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. à peu près semblables, et des dents aussi fortes au moins que dans le sem. Son sous-orbitaire, un peu plus haut à proportion, est marqué de sillons ou plutôt de tubulures plus prononcées. Il n'a que vingt rayons mous à la deuxième dorsale. B. 7; D. 7 — 20 (ou plutôt 1/19?); A. 2 — 17 (ou 1/16?); C. 25? P. 20; V. 1/5. Son crâne est verdâtre. Son dos change du vert au bleu et au pourpre sur un glacé d'or. Les oper- cules et les flancs sont de couleur de perle; le ventre est blanc -jaunâtre. Les dorsales et le lobe supérieur de la caudale sont d'un vert obscur. Les ventrales, l'anale, le lobe inférieur de la caudale, jaunes. Les pectorales , transparentes. Cette description, tirée de Paissel (t. II, p. 35), est faite d'après un individu long d'un pied ; mais il y en a de beaucoup plus grands. Nous croyons avoir retrouvé cette espèce dans quelques individus venus du Malabar et de Bombay, et qui en ont tous les caractères. Leur ligne latérale devient droite sous le tiers an- térieur de la deuxième dorsale, et a vingt-six bou- cliers. Il y a du noirâtre à la pointe de la seconde dorsale. L'anale et la caudale sont jaunes, D. 7 — 1/1 9 ou 20; A. 1/16. Ses rapports avec le caranx Lessonii sont fort grands, mais outre les diflérences des na- geoires et du sous-orbitaire, ïekalah a aussi le profil moins tombant. CHAP. XV. CARANGUES. H 9 La Carangue d'Heber. i^Caranx Heberi, Benn.) Nous croyons pouvoir placer ici la carangue représentée par M. W. Bennett dans ses Pois- sons de Ceilan (n.° 26), et dédiée par cet auteur à la mémoire du célèbre évêque de Calcutta, Heber. Par les formes, ce poisson ressemble à Yekalah; il a les nombres du sem et de la plupart des espèces voisines. D. 8 — 1/20; A. 2 — 1/16, etc. Son corps est argenté, sans taches, mais avec des reflets dorés sur le dos et les opercules. La première dorsale est brune. Ses autres nageoires sont d'un beau jaune, et, ce qui paraît distinguer l'espèce, le lobe supérieur de la caudale est noir à son extré- mité. Sa taille va quelquefois jusqu'à deux pieds. Les Cingalais nomment ce poisson rat ou goroo-parawah. On le pêche dans la pro- fondeur, et il est très-estimé. La Carangue a nageoires bleues. {Çaranx cœruleopinnatus , Rupp.) Une belle carangue , découverte à la Nou- velle-Guinée par MM. Quoy et Gaimard lors -1 20 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. de leur second voyage, et qu'ils ont nomme'e caranx punctatus , a les dents aussi fortes , les boucliers aussi larges que le sem, et les pointes de la seconde dorsale et de l'anale aussi saillantes que le melampfgus. Après la courbure de la nuque, son profil descend oblique- ment, mais en droite ligne. Sa ligne latérale devient droite sous le quart antérieur de sa deuxième dorsale. On y compte trente-cinq ou trente-six boucliers. Sa hauteur est du tiers de sa longueur, et sa cau- dale n'en a que le cinquième. Sa poitrine est écail- leuse , etc. ; tous caractères qui la rapprochent du sem: mais sa deuxième dorsale, sa caudale et son anale, sont d'un bleu foncé, ce qui lui fait un ca- ractère très-distinctif, qui cependant s'efface dans la liqueur ou par le dessèchement. Son corps est ar- genté, teint de verdàtre sur le dos, et semé irréguliè- rement de points, les uns bleus, les autres noirâtres. C'est une des espèces qui ont le plus de rayons à ieur deuxième dorsale. D. 7 — l;24; A. 2— 1/20. La longueur de notre individu est de quinze pouces. Il nous paraît que c'est le caranx cceruleo- pinnatus de M. Ruppel ^ , dont la description convient entièrement , si ce n'est que les points sur le dos sont indiqués comme de 1, Atlas zoologique, poissons, p. loo. CHAP. XV. CARANGUES. 421 couleur jaune. Sa taille va à dix-huit pouces. Les nombres s'accordent assez (D. 8 — 23; A. 2 — 19). Il a été pris à Djidda. ha Carangue de Malabar. ( Caranx malaharicus, noh.; Scombermalabaricus^ BL, Sjst., p. 5i, n.'' 2'].) L'espèce qui a à la fois le corps le plus comprimé, la crête du crâne la plus tran- chante, et les boucliers les plus petits, nous a été envoyée de Pondichéry par M. Lesche- nault sous le nom de talam-paré, et elle nous semble être aussi le talem - parali de Russel (pi. i5o). Nous nous sommes assurés, par l'inspection de l'individu sur lequel Bloch a établi son scomher malabaricus^ qu'il est entièrement le même. ^ Sa hauteur, au milieu, n'est que deux fois et demie dans sa longueur. Ses dents sont toutes en fin ve- lours aux deux mâchoires, et il n'y en a pas de rangée extérieure plus forte. Sa ligne latérale ne de- vient droite que sous le tiers postérieur de sa seconde dorsale, après avoir décrit un arc très-ouvert. Elle n'a pas moins de trente boucliers dans cette partie 1. Bloch donne au sien des opercules écailleux; mais on ne voit rien de semblable dans son individu, à moins qu'il n'ait con- fondu la joue avec l'opercule. 4 22 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. droite ; mais ils sont très-petits comparalivement à ceux des espèces précédentes. Sa couleur est un bel argenté, teint delilas versle dos. Toutes ses nageoires sont jaunâtres; mais il a une tache noirâtre à l'oper- cule, à l'endroit ordinaire. D. 8— 1/22; A. 2 — 1/18. Notre plus grand individu n'a que dix pouces. M. Russel ne lui donne que huit pou- ces, et M. Leschenault que neuf; cependant un individu de la mer Rouge, donné au Ca- binet par M. Ruppel, en a treize. On pêche abondamment ce poisson pen- dant toute l'année dans la rade de Pondi- chéry, et on Ty mange volontiers. Il paraît qu'à Vizagapatam on e.st plus difficile. M. Rus- sel dit quil n'y paraît pas sur les tables an- glaises, mais qu'on le sale pour les villages de l'intérieur. La Carangue a ventrales noires. ( Caranx nigripes^ nob.) Une espèce de carangue commune dans le golfe du Bengale est remarquable par ses lon- gues ventrales noires. M. Leschenault nous l'a envoyée de Pondichéry sous le nom de can- ni~paré, et Russel l'a représentée (pi. iSa) sous celui de mais-parah. Nous l'avons trou- CHÀP. XV. CARANGUES. 425 vee dans le Musée de Bloch, étiquetée scom- her ciliaris et hrama inelampuSy mais ce n'est ni un scoinbre ni un brama ; c'est un caranx. Sa tête est plus petite, et son corps plus haut du milieu que dans la plupart des autres. Sa hauteur est à peine deux fois et demie dans sa longueur. Les pointes de sa dorsale et de son anale s'élèvent fai- blement. Elle a les dents en fin velours. Son opercule n'est presque pas écbancré, et l'on n'y voit pas de tache distincte. La moitié antérieure de sa ligne la- térale est plus convexe que le dos; elle devient droite sous le cinquième ou le sixième rayon de la deuxième dorsale. Les écailles paraissent dès -lors et s'élargis- sent assez en arrière, mais n'y prennent que de faibles carènes. Ses pectorales sont en longues faux. Ses ventrales sont noires et ont la base et le bord extérieur blancs; elles égalent les pectorales en lon- gueur et atteignent la naissance de l'anale. Russel ne les représente pas tout-à-fait assez longues. Leur épine n'a pas le sixième de la longueur de leur premier rayon. D. 8 — 1/22; A. 2 _ l/;0 ; C. 17 et 5 ; P. 19 ; V. 1/5. Sa couleur est argentée et teinte de bleuâtre vers le dos. Nous en avons des individus de huit à neuf pouces; mais l'espèce atteint quinze pouces, selon M. Les- chenault. Elle est abondante dans la rade de Pondi- cliéry et très-bonne à manger. l^es deux épines de la première anale sont 124- LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. petites, et se cachent aisément dans un sillon de l'abdomen : cest ce qui fait que Russel, qui d'ailleurs n'a décrit son poisson que de mémoire, nie qu'il possède ces épines, ce qui n'est pas exact. La Carangue met^tonnière. {Caranx mentalls ^ Ehrenb.) Parmi les carangues de la mer Rouge, rap- portées par M. Ehrenberg, il s'en trouve une qui se fait remarquer par une mâchoire inférieure plus avancée que l'autre de près du quart de la longueur de la bouche ; ce qui l'a fait nommer par ce naturaliste caranx men- talis. Les pointes de sa deuxième dorsale et de sa deuxième anale sont fort aiguës; les épines de sa première anale très-petites. Sa ligne latérale se courbe sous le tiers antérieur de sa deuxième dorsale, et com- mence à se caréner après la moitié de cette nageoire. D. 7 — 1/22 ; A. 2 — 1/18 ; P. 18 ; C. 17 , etc. Elle est longue de deux pieds. La Carangue tillé. {Caranx tille, nob.) Il nous reste à parler d'un caranx des Indes de la plus grande ressemblance avec notre pre- mière espèce, CHAP. XV. CARANGUES. ] 25 mais dont le crâne prend une forme plus arrondie en dessus, parce que sa crête mitoyenne ne s'élève presque pas au-dessus des latérales, en sorte que le dessus du crâne est plat ou arrondi , au lieu d'être tranchant. Du reste , ses formes et ses détails sont tel- lement semblables, que M. Leschenault dou- tait d'abord que ce fut une espèce différente; mais les pécheurs , toujours bons à consulter dans les cas douteux, lui assurèrent qu'ils les distinguaient très-bien. Ils nomment celle-ci à Pondichéry koton tillé. Ses nombres sont : D. 8 — 1/21 ou T — 1 — 1/^1 ; A. 2 — 1/17. Notre individu est long de vingt pouces. L'espèce parvient à deux pieds et demi; elle est bonne à manger. Les citules ne sont que des carangues où les pointes de la dorsale et de fanale sont très -prolongées; mais elles se lient par des nuances intermédiaires aux carangues ordi- naires, en sorte que ce sous -genre ne peut guère être maintenu. 4 26 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. La Garangue a longs fils. ^Caranoc citula, nob. ; Garance cirrhosuSf Ehrenb.) L'individu sur lequel nous l'avions établi, vient de l'ancien Cabinet du Stadliouder, et sa patrie originaire est inconnue; mais M. Eh- renberg en a rapporte plusieurs semblables de la mer Rouge , et MM. Quoy et Gaimard de la Nouvelle-Guinëe. Ses formes sont celles d'une carangue à nuque très-relevée ; elle en a aussi l'épine couchée en avant et tous les autres caractères. Sa hauLeur n'est que deux fois et demie dans sa longueur. Sa tête est d'un quart plus haute que longue, et prend moins du quart de la longueur totale. Ses dents sont en velours aux mâchoires, au-devant du vomer , sur une bande étroite à chaque palatin et sur une autre au milieu de la langue, qui est fort libre et obtuse. L'angle de son préopercule est arrondi. Le bord inférieur de son opercule est droit et descend rapidemenl. Les pectorales sont en faux pointue, de près du tiers de la longueur totale. Les ventrales n'ont que le tiers des pectorales. Le premier rayon mou de la deuxième dorsale et de l'anale s'alongent au point de passer le milieu de la caudale, qui, elle- même, est fourchue, et a des lobes du quart de la longueur totale. D. 7 — 1/20 5 A. 2— 1/n ; C. 17 et 5; P. 19; V. 1/5, CHAP. XV. CARANGUES. 127 Sa ligne latérale , courbée à peu près parallèlement au dos, ne devient droite que sous le milieu de la seconde dorsale, et n'est armée de boucliers que sur les côtés de la queue; ils y sont assez larges, ovales et carénés. On voit aussi à la base de la caudale les deux plis ordinaires. Ce poisson est argenté et irisé de la manière la plus brillante. Ses écailles sont fort petites; il ny en a aucunes à la poitrine ni à la tète, excepté derrière l'œil et sur une partie de la joue. Son opercule montre un peu la tache noire , si commune parmi les caran- gues; il y a aussi une tache noire dans l'aisselle de la pectorale. Les individus du cabinet et de M. Ehrenberg ont huit pouces de longueur. M. Ruppel en a donné un de dix. La Carangue armée. {Caranoc armatus, nob. ; Citula armata, Rupp.) M. Ruppel a donné de plus au Cabinet du Roi une citule fort semblable à la première; mais dont le corps est plus élevé du milieu , et la nuque, au contraire , moins saillante. Une ligne noire marque le devant de sa dorsale et de son anale; il y a du noir vers le bout' des ventrales. Du reste, les caractères des deux espèces et les nombres de l^urs rayons sont les mêmes. D. 7 — 1/-20; A. 2 — 1/18, etc. L'individu est long de six pouces. \ 28 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. Ce n'est point là , comme M. Ruppel le dît dans son ouvrage ^ , le tchawil-parah de Rus- sel : ce tchawil-parah va revenir plus bas sous le nom de caranx cilidens. La Carangue oblongue. {Caranx oblongus, nob.) Un poisson de Vanicolo, rapporté par MM. Quoy et Gaimard , et qui tient de près aux citules précédentes , en diffère néanmoins par un corps plus alongé (sa hauteur est trois fois dans sa longueur totale), par une nuque moins sail- lante, un profil plus oblique; par des boucliers assez forts, couvrant toute la partie droite de sa ligne latérale, et au nombre de quarante, au moins; enfin, parce que la pointe de son anale ne paraît pas s'a- longer comme celle de sa dorsale, qui, elle-même, paraît avoir à peine atteint la caudale : tous caractères par lesquels il se rapproche des carangues ordinaires, D. 7 — 1/22; A. 2 — 1/19. Ce poisson paraît avoir été entièrement argenté y sans taches noires. Le nu de sa poitrine a peu d'é- tendue. Sa longueur est de treize pouces. La même espèce a été prise à Oualan par M. de Mertens. 1. Ruppel, atlas, poissons, p. io3. CHAP. XV. CARANGUES. i 29 La Carangue a dents fines. {Caranx ciliaris , nob.) Le tchawil-parali de Russel (pi. i5i) ap- partiendrait aussi à cette petite division par l'alongement du premier rayon mou de sa dorsale. Son corps est assez élevé. Sa hauteur n'est guère plus de deux fois dans sa longueur. Ses dents sont très-fines, très-serrées et sur une bande si étroite qu'on les croirait volontiers sur une seule rangée comme des cils. Les pointes de sa dorsale et de son anale ne s'alongent pas autant que dans les deux ou trois précédentes. Ses ventrales ont les deux tiers de la longueur des pectorales. Sa ligne latérale se courbe en f\J, et ne devient pas droite subitement. Les petits boucliers des côtés de sa queue commencent sous le tiers postérieur de sa seconde dorsale. On voit un peu de noir à son opercule. Le corps est argenté, teint de violâtre vers le dos. Les nageoires sont jaunâtres ; il y a une ligne noirâtre fort étroite au bord antérieur des dorsales. L'intervalle des rayons des nageoires est teint de noirâtre, et il y a aussi un liséré un peu noirâtre au bord postérieur de la cau- dale. D. 8 — 1/21; A. 2— 1/15; C. n et 5; P. 19; V. 1/5. Notre individu rapporte de Pondichéry par feu M. Sonnerat, n'est long que de quatre pouces et demi; Piussel n'en donne guère da- vantage à l'espèce. 'î oO LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. Ce poisson a été aussi envoyé de Java par MM. Ruhl et Van Hasselt. i La BELLE CarANGUE. {Caranx speciosus , nob.; Scomber speciosus^ Forsk.) Nous terminerons enfin cette longue énu- mération par un poisson de la mer des Indes qui a toutes les formes des carangues, et même le prolil demi -circulaire de leurs premières espèces ; mais qui se distingue dans tout le genre par le manque absolu de dents , du moins à l'âge adulte. Cest le sconiher speciosus de Forskal (p. 54? n." 70), ou le caranx très-beau de M. de La- cépède (t. III, p. 73), que les Arabes nom- ment rim^ c'est-à-dire degré, escalier. Com- merson l'a vu deux fois à llsle- de -France, en Mars 1770, et en a laissé une description fort détaillée et une figure que M. de Lacé- pède a fait graver (t. lïl, pi. 1, fig.- 1). Cest très-probablement aussi le polooso- parah de Russel (pL. 149)? quoique les bou- cliers y soient dessinés un peu trop petits. Sa hauteur est trois fois dans sa longueur totale. Sa tête en fait le quart et est aussi haute que longue. CHAP. XV. CARANGUES. \ M Son piolil est presque en quart de cercle. Sa pre- mière dorsale n a que des rayons faibles. Sa deuxième anale prolonge peu ses rayons antérieurs. Ses pec- torales, en longues faux, ont leur longueur trois fois et demie dans celle du corps. Son oeil n'a que le quart de la longueur de la tète en diamètre. Sa ligne latérale , courbée en arc peu convexe dans sa première moitié, ne prend de vrais bou- cliers que vers son quart postérieur. On en peut compter une vingtaine, dont dix sont assez larges ; mais leurs carènes ne saillent pas autant et leurs pointes ne sont pas aussi aiguës que dans la plupart des carangues. D. 7 — 1/18 ou 19 ou 20 ; A. 2 _ 1/15 ou 16 ; C. 17 et 7 ; P. 19 ; V. 1/5. Sa couleur paraît argentée dans les individus de huit pouces et au-dessus, et plus ou moins jaune dans les jeunes, avec des bandes verticales brunes, alternativement plus larges et plus étroites ; savoir : une large à l'œil, une à l'épaule, trois sur le tronc et une sur la queue, et, dans les intervalles des quatre dernières, des lignes plus étroites j il y a de plus une tache noire au bout de chacun des lobes de la cau- dale, et quelquefois une sur le chanfrein. Toutes les nageoires sont jaunes. M. Geoffroy Saint-Hilaire a rapporté cette espèce de Suez, et en a donné un individu au Cabinet du Roi ^ M. Ehrenberg et M. Rup- pel l'ont prise à Massuah, M. Raynaud à Trin- quemaléy MM. Quoy et Gaimard à Vanicolo. 1 32 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. M. Busseuil, naturaliste de l'expëdition de M. de Bougainville le fils, l'a aussi rapportée de la Nouvelle-Hollande. Comme dans beaucoup d'autres poissons, les bandes s'effacent par degrés à mesure que les individus grandissent, et il nous paraît que le caranx sauteur ou petaurista du grand ouvrage sur l'Egypte (pi. 23, fig. i) n'est qu'un adulte de cette espèce. M. Isidore Geoffroy est à cet égard du même avis que nous, et a même fait reparaître quelques traces de bandes sur un individu long d'un pied. ^ Mais M. Ruppel paraît croire l'espèce diffé- rente : il en décrit et représente un individu de dix-huit pouces % et nous en a donné un de dix-neuf, assurant que c'est le poisson le plus commun en hiver au marché de Massuah, où on le désigne par le nom de bajad, qui à la vérité est générique. 1. Description de l'Egypte, histoire naturelle, poissons^ p. 525. 2. Atlas zaologique, poissons, p. 96, pi. 25, fig. a. CHAP. XVI. GENRES VOISINS DES CARANX. 1 55 CHAPITRE XYI. De plusieurs petits genres voisins des Caranœ, dont la plupart aidaient été placés parmi les Zens , savoir : les Olistes, les Scjris, les Blépharis, les Gais, les Argyréioses, les Vomers et les Hynnis. A la suite des carangues , et surtout des citules , se placent naturellement plusieurs petits groupes de poissons à corps comprimé^ à profil tranchant, et de plus en plus élevé, qui conduisent au genre des vomers, où cette compression et cette élévation du profil sont en quelque sorte portées à Textrême. Les citules, comme nous l'avons dit, méri- taient à peine d'être séparées des carangues, dont elles ne se distinguent que par une se- conde dorsale et une anale prolongées en faux : disposition dont on voit déjà un com- mencement dans quelques vraies carangues. Les olistes ne diffèrent des citules que parce qu'outre les pointes de leur deuxième dorsale et de leur anale, ces nageoires ont -154 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. plusieurs de leurs rayons mitoyens réduits à des lilamens simples, mais très-prolongës. Les hlépharis ont le corps aussi haut qu'il est long^ leur profil ne s'élève point encore d'une manière extraordinaire; pour toute pre- mière dorsale on leur voit plusieurs petits aiguillons qui percent à peine la peau. Une partie des rayons antérieurs de leur seconde dorsale se prolonge en longs fîlamens simples; les suivans sont courts et branchus; leurs ven- trales ont aussi leurs rayons mous fort prolongés. Dans les o^als, dont le corps n'est pas moins haut que celui des bléphaiis, il n'y a aussi que de courts aiguillons au lieu de première dorsale ; les rayons antérieurs de la seconde dorsale et de l'anale se prolongent aussi en partie en filamens simples; quelques-uns des suivans, qui sont branchus, prolongent seu- lement un de leurs rayons; leur profil est très- élevé, et leurs ventrales sont très-prolongées. Les scyris ont le profil à peu près comme les gais; leurs épines, en petit nombre, sont encore mieux cachées et comme noyées dans le bord de la seconde dorsale, qui a, ainsi que l'anale, une partie de ses rayons prolongés en filamens simples, et les suivans branchus et prolongés seulement par un de leurs rayons; mais leurs ventrales ne se prolongent point. CHAP. XVI. GENRES VOISINS DES CARANX. i 03 Dans les argji^éioses le profil est encore plus relevé que dans tous les précédens, mais fuit obliquement ; leur première dorsale se prononce tout-à-fait, et même ses rayons se prolongent en partie en filamensj les premiers de la seconde et ceux de l'anale , et même leurs ventrales, se prolongent aussi. Dans les vomers proprement dits, les deux dorsales sont peu élevées et sans filamens , ainsi que toutes les autres nageoires ; leurs ventrales surtout sont très-courtes. Enfin, les hynnis, avec les caractères des vomers, manquent entièrement de première dorsale. Au reste, il faut savoir que dans tous ces genres les rayons faibles et prolongés s'usent promptement, et- que les grands individus en conservent d'ordinaire peu de chose 5 les épines même et quelquefois toute la première dorsale, quand elle existe, disparaissent sou- vent à la longue, en sorte que c'est surtout par la configuration que Ton discerne alors les espèces. La carène écailleuse des côtés de la queue, caractéristique de la tribu des carangues, est encore très -marquée dans les citules , les olistes , les irex , les gais , etc. ; elle diminue par degrés, de manière à n'être plus dans les ] 36 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. vomers qu'une série de petites écailles un peu supérieures à celles du reste de la ligne la- térale; mais dans les hynnis elle reprend le caractère d'une suite de véritables boucliers épineux. La hauteur du profil de ces différens pois- sons tient surtout à l'extrême hauteur de la crête mitoyenne de leur crâne , qui s'étend depuis l'occiput jusqu'à l'ethmoïde, et dont le bord antérieur est vertical sur le museau. L'élévation et la forme comprimée de tout leur corps dépend de la hauteur de leurs os du bras, de leurs apophyses épineuses et de leurs interépineux, et de ce que leurs os cora- coïdiens descendent jusqu'au bassin, et leurs côtes jusqu'à une espèce d'avance en forme de sternum , qui est une production du premier interépineux inférieur, de celui qui limite Tabdomen en arrière. Il résulte de cet arran- gement que l'abdomen est enveloppé de toute part d'une espèce de cage osseusC;, élevée et étroite. La protractilité de leur museau est mé- diocre, et n'approche pas de ce que nous la verrons dans les vrais zeus, c'est-à-dire dans les dorées et les sous-genres qui s'en rappro- chent le plus. CHAP. XVI. OLISTES. i 57 DES OLISTES. / Sous le nom d'oliste^ qui est dans Oppien (Hal., t. I, p. 1 13), mais sans indication qui puisse faire connaître le poisson auquel il appartenait, nous désignons principalement ' un poisson nouvellement rapporté de la cate de Malabar et des Séchelles par M. Dus- sumier, et qui mérite de former un petit groupe particulier, fondé sur ce caractère remarquable, que les rayons mitoyens de sa seconde dorsale ne sont pas branchus, mais seulement articulés, et se prolongent en longs filamens; du reste il offre la même conforma- tion que les citules. jL'Oliste du Malabar. {Olistus malaharicus , nob.) Il a le corps liant, comprimé, la nuque en quart de cercle , le profil très-tombant ; ce qui, joint à ses filamens, lui donne une pre- mière apparence de gai ou de blépharis. Sa hauteur est deux fois et un tiers dans sa lon- gueur totale j son épaisseur trois fois et demie dans sa hauteur. La longueur de la tête est d'un cinquième moindre que sa hauteur, et ne fait pas tout-à-fait le quart de 458 LIVRE IX. SCOMBÉROIDES. celle du poisson. L'œil est au milieu de la longueur et au-dessus du milieu de la hauteur. Les deux ori- fices de la narine sont ovales, très - rapprochés , sans rebord , à moitié distance de l'œil au profil. La bouche , fendue vers le bas du profil , descend un peu obliquement en arrière, sans dépasser le devant de 1 œil. Le maxillaire ne va que jusque sous son milieu. Le sous-orbitaire ne se montre point à l'extérieur; sa forme est rectangulaire, son bord mince et entier. La mandibule supérieure est peu protractile; la mâchoire inférieure avance un peu plus qu'elle ; chaque mâchoire a une bande étroite de dents en velours. Il y en a aussi une plaque ronde au-devant du vomer, une bande étroite à chaque palatin et une sur le milieu de la langue, qui est large, obtuse et assez libre. Le limbe du préoper- cule se marque à peine; son bord est libre, mince, entier; son angle et son bord inft rieur forment en- semble un arc de cercle. Le bord inférieur n'a que moitié de la longueur du bord montant. L'opercule, deux fois plus haut que long, a à son bord libre un arc rentrant, qui sépare deux ^rcs saillans. Son bord inférieur descend obliquement et est légèrement concave. Le subopercule est fort étroit dans le haut. Les ouïes sont très -fendues; leur membrane n'em- brasse point l'isthme et a sept rayons, dont les su- périeurs larges et plats. La pectorale, attachée un peu au-dessous du mi- lieu de la hauteur, est en longue faux pointue, de près du tiers de la longueur totale. Elle a vingt rayons, dont les derniers sont très-petits. Les ven- CHAP. XVI. OLTSTES. 459 traies sont de moitié moins longues; leur épine est faible, mais presque égale au premier rayon mou, qui est aiguisé en pointe. La première dorsale , placée vis-à-vis du premier tiers de la pectorale , est fort petite. Son premier aiguillon se voit à peine; le deuxième et le troisième, qui sont les plus longs, n'ont que le septième de la hauteur; le sixième, et surtout le septième, qui est fort petit , sont libres entre "cette nageoire et celle qui la suit. Celle-ci, la deuxième dorsale, commence sur le milieu du tronc. Elle a d'abord une épine grêle et courte , cachée dans son bord antérieur ; puis deux rayons mous, prolongés en une pointe grêle, qui atteint l'extrémité de la caudale; le troisième n'a que le quart de leur longueur; le quatrième et le cinquième diminuent encore. Tous les trois sont rameux; mais le sixième, le septième et les suivans jusqu'au treizième, sont simples, quoique articulés, et se prolongent en filamens à peine d'un cinquième moindre que la première pointe. Les huit derniers sont de nouveau courts et branchus. L'anale oifre une disposition toute semblable. Après les deux aiguillons libres qui la précèdent, comme dans les autres caranx, elle en a une petite cachée, une pointe aussi longue que celle de la dor- sale formée par les deux premiers rayons mous, et à compter du cinquième jusqu'au douzième, ils sont simples et se prolongent en filamens; les cinq der- niers reprennent la forme ordinaire. Un repli écail- leux de la peau règne des deux cotés le long de la base de ces nageoires; mais leur membrane propre i40 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. n'a point d'écaillés; le bout de queue derrière elles est fort mince, du seizième à peu près de la lon- gueur totale; il n'a que moitié de cette dimension en largeur et en hauteur. La caudale est fourchue, et ses lobes ont le quart à peu près de la longueur du poisson. B. 7;D. 8— 1/21; A. 2 — 1/17;C. 17; P. 20; V. 1/5. Tout ce poisson est couvert de petites écailles qui disparaissent même à la poitrine et à la tête , la joue, la tempe et le haut de l'opercule exceptés. Sa ligne latérale suit à peu près la courbure du dos jusque sous le milieu de la seconde dorsale, où elle devient droite. Ses écailles grandissent par degrés, mais ne commencent à devenir des boucliers caré- nés que sous le tiers postérieur de cette dorsale. On peut en compter environ vingt - cinq ; c'est du sei- zième au vingtième ou au vingt-deuxième qu'ils sont le plus grands, sans couvrir guère que moitié de la hauteur du tronçon de queue auquel ils sont attachés. Il paraît entièrement d'une belle couleur argen- tée; une très -petite tache noire se montre à peine dans l'échancrure de l'opercule; mais il y en a une très-foncée à la base interne de la pectorale dans son aisselle. La longueur de l'individu venu du Malabar est d'un piedj sa hauteur, de cinq pouces. Plus récemment M. Dussumier en a apporté des Sëchelles un autre individu, de neuf à CHAP. XVI. OLISTES. 141 dix pouces. Il en décrit les teintes comme il suit : Corps argenté , teint de verdâtre dans toute la moitié supérieure ; les opercules et la région pectorale, qui manque d'écaillés , d'une belle couleur dorée , avec des reflets nacrés très-brillans. Toutes les na- geoires verdâtres , excepté les pectorales , qui sont jaunâtres. On nomme l'espèce carangue aux SécheîleSy où elle n'est pas très-commune. On l'y mange. jL'O LISTE A VENTRALES NOIRES. (Olistus atropus, nob.; Brama atropus ^ Bl., Schn., p. 98, pi. 23.) Bloch, dans son Système posthume, nous paraît avoir décrit un véritable oliste sous le nom de brama atropus j mais il le réunit avec la castagnole de nos mers dans son genre hraiiia, sans consulter assez l'analogie, car la castagnole est d'une autre famille; aussi son éditeur, Schneider, reconnaît-il que ces deux poissons n'ont rien de commun, et porte-t-il de celui dont il s'agit ici un jugement plus sain, en disant qu'il lui paraît réunir le genre des scombres avec celui des zeus. * 1. Ce qui montre à quel point Bloch, et Schneider lui-même, consultaient peu les vrais rapports des êtres, c'est qu'ils placent / ]A2 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. La figure de l'atropus de Bloch ue s'accorde pas entièrement avec sa description, et cette description même n'est pas d'accord avec les observations qu'y ajoute Schneider, en sorte qu'il n'est pas facile d'en déterminer l'espèce avec certitude. Selon la figure (pi. 2 5), tout le corps serait cou- vert d'écaillés uniformes et assez grandes ; il n'y au- rait point de trace de première dorsale , et il se trou- verait au-devant de l'anale deux épines libres, comme dans beaucoup de caranx. Selon la description (p. 98), les écailles seraient très-petites; la tête en aurait à sa partie supérieure. Selon l'éditeur (p. 99), il y aurait en avant de la dorsale deux épines cachées dans une fossette, que Bloch n'a point remarquées; il n'y aurait point d'écaillés sensibles à la tète, ni à la poitrine, si ce n'est quelques-unes derrière l'œil. Du reste, ce poisson de Bloch a le corps trois fois aussi long que haut, la ligne du profil en quart de cercle jusque vis-à-vis l'œil, ensuite un peu con- cave, mais d'une élévation médiocre. La tête est à peine représentée plus haute qu'elle n'est longue; les premiers rayons de la dorsale et de l'anale ne à la suite de ce genre brama , à la vérité comme espèce tlonteuse, le raoiruhhia genizara de Pana, pi. 21, fig. 1, qui ressemble encore beaucoup moins à son atropus que la castagnole, et que nous ferons connaître plus amplement quand nous traiterons de la famille des labroides, à laquelle il appartient, et où nous en avons formé un genre sous le nom de cïepiicus. CHAP. XVI. OLTSTES. I 45 forment que des pointes médiocres; les rayons de la dorsale , à compter du liuiiième jusqu'au dix- septième, se prolongent en fils du triple ou du qua- druple du reste de leur longueur. Les pectorales sont en faux de près du tiers de la longueur totale; les ventrales, d'un quart plus courtes que les pectorales. La carène des côtés de la queue paraît peu sensible. La caudale est fourchue. Tout le poisson est argenté, teint de bleuâtre vers le dos ; les nageoires sont jau- nâtres, excepté les ventrales, qui sont noires et ont leur bord externe, formé par leurs deux premiers rayons , d'une teinte blanche. L'individu de Bloch venait de Tranquebar, et était long de neuf pouces (sans la caudale). S'il a en effet une première dorsale, l'on ne peut y voir qu'un oliste, qui différerait de celui du Malabar par la brièveté de la pointe de sa deuxième dorsale, et par Tabsence de filamens à son anale. Cependant, comme ces caractères pourraient être le produit d'une mutilation , et Bloch ayant bien souvent établi ses espèces et même ses genres sur des individus incomplets, nous aurions désiré recourir à son original; mais on n'a trouvé dans sa collection, sous le nom de brama atropus , qu'un individu de notre ci- tiila nigripes ou du may-parah de Russel, lequel est d'une toute autre espèce. Cest le ré- sultat d'une confusion dont on ignore la cause. 444 livre ix. scombéroïnes. L'Oliste de Ruppel. ( OUstus? Ruppelii, nob. -, Citula ciliaria^ Ruppel.) Nous soupçonnons fortement le citula ci- liaria de M. Ruppel ( Atl. zool., poiss., p. 102, pi. 25, fig. 8) d'être aussi un oliste; à la vérité sa figure ne montre que des fils très-gréles, qui ont l'air de sortir de rayons qui ont encore d'autres branches courtes; mais la description ne mentionne point cette particularité, elle se borne à dire que les huit ou dix rayons mitoyens de la deuxième dorsale se prolon- gent en filamens. Du reste, ce poisson, comme l'oliste du Malabar, ressemble beaucoup à la ckule commune par l'en- semble, par la forme de la tête et la coupe des pièces operculaires , par le prolongement du premier rayon mou de sa deuxième dorsale et de son anale, par ses longues pectorales en faux , etc. La carène des côtés de la queue est mieux armée. Au-dessus et au-dessous se voient les deux plis ordinaires. Les ventrales n'ont que le tiers de la longueur des pec- torales. B. 6? D. 7 — 1/185 A. 2 — 1/16; C. 23? P. 20; V. 1/5. Le corps est argenté , brillant ; le haut de l'oper- cule a une tache bleuâtre j le bord antérieur de la dorsale et de l'anale est noir. Il y a des dents en ve- lours aux endroits ordinaires. L'estomac est un sac CHAP. XVI. SCYRIS. 145 musculeux; sa branche latérale prend à son tiers inférieur. Il y a beaucoup de petits cœcums au py- lore. Le canal intestinal n'a que les deux tiers de la longueur du corps et ne fait qu'un repli. La vessie na- tatoire est simple et assez grande. Ces détails sont tirés de M. Ruppel, qui les a pris sur un individu long de huit pouces, observé à Massuah, et que Ton y nommait marner. DES SCYRIS. Les scjris pourraient être appelés des ca- rangues, ou plutôt des citules à profil élevé, tranchant, à première dorsale tout-à-fait ca- chée j mais dont la seconde a une partie de ses rayons prolongés en fils. Nous avons aussi tiré ce nom d'Oppien. Le ScYRis DES Indes. {Scjris Indica, nob.) Tel est un poisson qui nous a été envoyé de Pondichéry par M. Leschenault sous le nom dHoutel-paré, et dont nous avons retrouvé des individus parmi ceux que MM. Ruhl et Van Hasselt ont envoyé de Java au Muséum royal des Pays-Bas. M. Ehrenberg Ta aussi 9. 10 146 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. dessiné à Massuah. Son profil élevé comme au gai, l'absence de toute dorsale antérieure et d'épines au-devant de l'anale, le caractérisent suffisamment dans cette famille. La plus grande élévation du corps est entre la naissance de la dorsale et celle de l'anale, et cette hauteur est comprise deux fois et deux cinquièmes dans la longueur totale. Quoique le profil soit pres- que vertical, le sommet de la tête n'est pas si élevé; elle n'a en hauteur que le tiers à peu près de la lon- gueur totale. Sa longueur depuis le museau jusqu'à l'ouïe est des trois cinquièmes de sa hauteur. L'épais- seur du corps n'est que du cinquième de sa hauteur. A compter de la dorsale , qui commence à peu près au deuxième cinquième de la longueur, la ligne du dos descend en avant et encore plus en arrière, dans deux directions à peu près droites. La ligne anté- rieure, bien plus courte que l'autre, lorsqu'elle ar- rive au sommet de la tête, se courbe en arc de cercle , et le profil descend par une ligne un peu concave et un peu dirigée en avant. L'œil est à peine au-dessus du milieu, et son centre est au tiers antérieur de l'horizontale de la tête. Son diamètre est du tiers de cette longueur; entre lui et le tran- chant du profil sont les orifices de la narine, rap- prochés l'un de l'autre, le supérieur un peu plus en arrière, ovale, plus grand; l'autre rond et petit. Un sous-orbitaire très-élevé, presque rectangulaire, descend de l'œil à la bouche; la peau couvre sa liaison avec la joue; il couvre la moitié antérieure CHAP. XVÎ. SCYRIS. i 47 du maxillaire; l'autre moitié est large et tronquée obliquement. La bouche est fendue au bas du mu- seau, presque horizontale; son ouverture va à peine jusque sous l'œil. La mâchoire inférieure, compri- mée, avance plus que l'autre, qui nest que mé- diocrement protractile. Une bande fort étroite de dents en velours ras garnit le bord de chaque mâ- choire. Il y a en avant du vomer une légère âpreté plutôt que des dents; mais la langue, oblongue , obtuse et assez libre, est toute couverte d'àpretés. Le limbe du préopercule est large, plat , et les bords de cet os ne forment avec son angle et entre eux qu'un arc de cercle presque continu. L'opercule est deux fois aussi haut que long, à bord légèrement rentrant à son tiers supérieur. Le subopercule et l'interopercule , longs et étroits, forment une bande depuis l'échancrure de l'opercule jusqu'à l'angle de la mâchoire inférieure. L'ouie est très-fendue, et sa membrane, étroite et cachée par les pièces opercu- leuses, ne se joint à Tisthme qu'entre les angles de la mâchoire. Elle contient sept rayons. Toute l'épaule est lisse; la pectorale représente une longue lame de faux très -pointue, qui a près du tiers de la longueur du corps. Elle a dix -neuf rayons, dont le premier est très-court. Ils grandis- sent jusqu'au neuvième, qui fait la pointe, et re- diminuent ensuite. Les ventrales , attachées près l'une de l'autre sous le tranchant du ventre, un peu plus en avant que la base des pectorales, sont du septième de la longueur totale; leur rayon épineux a le tiers de la longueur du premier mou, et tous 448 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. deux sont comprimés et tranchans. Le long du tran- chant antérieur du dos on peut extraire avec le scal- pel six petits rayons épineux courts et grêles, mais ils sont couchés contre les interépineux qui les portent, et la peau du corps les embrasse étroite- ment dans une rainure profonde, en sorte qu'ils ne forment pas même à l'extérieur un vestige de na- geoire. C'est la deuxième dorsale seulement qui se montre. Elle commence par une épine courte , que suit un rayon articulé, mais sans branches, pro- longé en un fil d'à peu près moitié de la longueur du corps. Les trois rayons suivans diminuent par degrés et n'ont encore aucune branche. Le cinquième et le sixième qui les suivent sont branchus, et un de leurs rameaux se prolonge en fil. Il y en a ensuite onze branchus , sans fil , et tous formant une na- geoire longue et basse, dont la partie antérieure s'é- lève en pointe. Il y en a donc en tout dix-neuf de mous. L'anale répond à peu près à la dorsale; mais elle n"a que son premier rayon mou de prolongé en fil , d'une longueur qui n'excède guère le quart de celle du corps. Il est précédé d'une petite épine. Les rayons qui le suivent diminuent jusqu'au quatrième, passé lequel ils demeurent à peu près égaux comme à la dorsale; leur nombre total est de seize. Entre les ventrales et l'anale est un espace tranchant et osseux, où l'on n'aperçoit que deux très-petits ves- tiges d'épine libre. Le bout de queue , après les deux nageoires verticales , est du neuvième à peu près de la longueur totale, grêle et presque rond. La caudale est fourchue, et ses lobes, roides et pointus, ont CHAP. XVI. SCYRÎS. 149 chacun à peu près le quart de la longueur totale. Ses rayons entiers sont, comme à l'ordinaire, au nombre de dix -sept. Les écailles de ce poisson ne se voient guère que vers la queue, où elles paraissent un peu et sont rondes et petites. La tête et toute la partie anté- rieure ne semblent couvertes que d'une peau satinée et argentée. La ligne latérale a son tiers antérieur courbé en arc de cercle convexe vers le dos. Près de l'ouïe on y voit des écailles rondes et assez sen- sibles , ensuite elle ne montre que de petites élevures linéaires ; mais aux côtés de la partie grêle de la queue ses écailles grossissent, prennent une forme arrondie et une arête longitudinale, peu saillante cependant. D. 1/19; A. 1/16; C. IT; P. 19; Y. 1/5. Tout ce poisson est argenté , un peu teint de gri- sâtre vers le dos. Il a une petite tache noire à l'échan- crure de l'opercule. Les nageoires semblent avoir été jaunâtres; l'iris de l'œil est doré. Le foie de ce scyris est large et épais; le lobe gauche est triangulaire et repose sur l'œsophage; le lobe droit s'étend jusque sur l'estomac et sur le pylore. Ce lobe est divisé en plusieurs lobules. L'œsophage est large, cylindrique; sa surface in- terne est chargée de gros plis longitudinaux. L'estomac est triangulaire et comprimé; ses pa- rois sont épaisses et charnues. Sa veloutée est très- irrégulièrement plissée. De l'angle inférieur descend vers la carène du ventre une branche charnue , d'un petit diamètre; à •150 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. son extrémité est le pylore, entouré d'un grand nombre d'appendices cœcales, grêles, assez longues et réunies en groupes sur des pédicules. Le duodé- num remonte sous le foie jusqu'auprès du cardia; il se contourne ensuite, et suivant la courbure du fond de l'abdomen, il descend jusqu'auprès de l'anus, se plie brusquement et remonte, en s'appuyant sur le premier repli, jusque sur le côté droit de l'esto- mac; de là il descend près du pylore, et en s'élar- gissant un peu, il débouche à l'anus. La rate est placée derrière l'estomac, entre les deux plis de l'intestin. La vessie aérienne est très-grande, à parois min- ces et membraneuses, profondément bifurquée en arrière. Les reins sont très -gros; leur uretère a un dia- înètre assez gros, et il se dilate en une vessie ob- longue, qui débouche en arrière du rectum. Nous avons trouvé dans l'estomac des anchois d'une espèce particulière. Le Cabinet royal des Pays-Bas possède un squelette de ce scyj^is des Indes dont nous avons pris la description. La crête mitoyenne du crâne est très -élevée et épaisse ; les deux autres sont basses. Le surscapulaire s'appuie sur le crâne à l'extrémité de la seconde crête; il se porte de côté, se plie un peu et descend vers le scapulaire en un corps oblong; du milieu de ce corps naît une apophyse qui se porte sur la fin de la troisième crête , et du milieu de cette apophyse CHAP. XVI. SCYRIS. 151 sort un petit stylet qui reste libre par l'autre extré- mité. Le scapulaire est grêle et alongé. L'huméral est très -long et forme avec le radial une grande gouttière peu large , mais profonde. Le coracoidien est aussi très-long et se porte en arrière vers la pointe abdominale antérieure du premier interépineux de l'anale. On compte neuf vertèbres abdominales et quatorze caudales. Les premières vertèbres sont très-courtes; les dernières sont alongées et quatre fois plus lon- gues que la première. Les trois premiers interépi- neux, au-devant de la dorsale derrière le crâne, sont chacun terminés par une massue osseuse. Le premier rayon de la dorsale est sur le huitième interépi- neux. Les interépineux des nageoires dorsales et anales sont tous renflés à leur articulation près de la na- geoire , et ont de chaque côté une forte carène. L'individu que nous avons décrit est long de quinze pouces. Il vient de Java et est conservé dans l'esprit de vin; c'est celui qui nous a fourni ses viscères. Ceux qui ont été envoyés de Pondichéry sont desséchés; l'un des deux est long de trois pieds, l'autre de neuf pouces seulement. M. Leschenault, a qui nous les devons, dit que l'espèce parvient à une longueur de cinq pieds et quelle est bonne à manger. 1 02 LIVRE IX. SCOMBEROIDES. Le ScYRis d'Alexandrie. (Scjris Aleocandrina , nob.) La Méditerranée a aussi des espèces de cette famille, mais dans sa partie orientale seule- ment. On trouve près d'Alexandrie un scyre et un vrai gai. Le scyre a été gravé dans la grande des- cription de l'Egypte (Zool. , poiss. , pi. 22, fig. 2) sous le nom de ^al d'Alexandrie. M. Ehrenberg, qui l'en a rapporté en dernier lieu, nous a mis à même d'en faire une com- paraison soignée avec le scyris de la mer Rouge et de la mer des Indes. Il est sensiblement moins alongé ; sa hauteur n'est que deux fois juste dans sa longueur totale. On parvient , avec un peu d'attention , à relever et à faire ressortir deux ou trois des très-petites épines qui sont cachées dans le tranchant de son dos. Sa dorsale n'a que six rayons prolongés en filamens, tandis que l'espèce des Indes en a neuf Le nombre total des rayons est au contraire plus considérable dans l'espèce d'Alexandrie , de trois à la dorsale et de quatre à l'anale. D. 1/22; A. 1/19; C. 17; P. 20; V. 1/5. Les filamens des premiers rayons de la dorsale et de l'anale paraissent aussi plus fins : ils finissent par l'être plus que des cheveux. CHAP. XVT. SCYRIS. 155 Pour tout le reste il est difficile que deux pois- sons se ressemblent davantage. Notre individu est long de dix pouces. M. Rang nous en a envoyé un de Gorée que je ne peux croire d'une autre espèce, quoiqu'il ait un filament de moins à la dorsale, savoir six seule- ment, et en général un rayon de moins tant à la dorsale qu'à l'anale. D. 1/21 ; A. 2 — 1/18. Il est long de sept pouces, d'un bel argenté; les nageoires un peu jaunâtres; le bout des ventrales pointillé de noirâtre. DES BLEPHARIS.î Les blépliaris ant de très-petites épines à leur première dorsale ; les premiers rayons de la seconde et de l'anale prolongés en fils dé- liés , les ventrales très-prolongées , et le profil tranchant, mais courbé en arc convexe d'une élévation médiocre. Ils sont du petit nombre des poissons dont l'histoire et la synonymie ne donnent lieu à aucune discussion, par la 1. Zeus ciliaris , Bl., pi. 196; Gmel., p. i225; Sbaw, t. IV, part. 1 1 . p. 283. Le zée longs-cheçeux , Laccp., t. IVj p. 572. ^54 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. raison qu'il n'en a été décrit encore qu'un seul et par un seul auteur, duquel tous les autres ont emprunté ce qu'ils en ont dit. C'est Bloch qui l'a fait connaître (ïchtyoL, part. VI, p. 29), et il en a donné une bonne figure (pi. 192), d'après un individu qui lui avait été envoyé de Surate par le docteur Kœnig. Il n'en est question ni dans Valentyn ni dans Renard, et cependant on en trouve aux Moluques une espèce au moins très-semblable, que Pérou a rapportée de Timor; mais il ne parait pas qu'il en pénètre dans le golfe du Bengale, ou du moins ils doivent y être rares, puisque nous n en avons point reçu de Pondi- chéry, et que M. Russel n'en a point parlé. Comnierson n'en a pas non plus rencontré à risle-de-France, ni M. Ehrenberg dans la mer Rouge. Le Blépharis des Indes. {Blepharis indiens, nob.) Nous allons décrire le blépharis rapporté des Moluques par Pérou, qui pourrait bien n'être pas entièrement identique par l'espèce avec celui de Bloch. Son corps peut être comparé à un rhombe, dont le museau et la queue forment deux angles et dont CHAP. XVI. BLÉPHARIS. 1 6^ les deux autres sont, l'un au milieu de la ligne du dos, l'autre au milieu de la ligne du ventre. La dor- sale et l'anale occupent les deux côtés postérieurs du rliombe, qui sont presque rectilignes; les côtés antérieurs sont en courbe plus convexe, surtout le supérieur, qui comprend le devant du dos descen- dant en ligne droite, la nuque et la crête du crâne qui forment un arc de cercle, et le museau qui des- cend presque perpendiculairement. La bouche des- cend aussi fort rapidement, en sorte que la mâ- choire inférieure remonte presque verticalement j elle fait du moins avec le museau un angle extrêmement obtus. La longueur totale, en y comprenant la caudale, contient presque une fois et demie la hauteur. L'é- paisseur n'est que le septième de cette hauteur. La longueur de la tête est trois fois et demie dans sa longueur totale, et sa hauteur surpasse sa longueur de moitié. L'œil est à peu près au milieu de la hau- teur et au tiers antérieur de la longueur de la tête, en sorte que le profil du museau n'a point cette élévation extraordinaire que nous lui verrons dans les genres suivans. Le diamètre de l'œil est deux fois et demie dans la longueur de la tête. Les orifices de la narine sont deux petits trous ovales , égaux , voisins l'un de l'autre et assez rapprochés du bord antérieur de l'orbite. Un large sous-orbitaire lisse couvre en partie le maxillaire dans l'état de repos. La fente de la bouche égale à peine le diamètre de l'œil. Sa protractilité est médiocre; le maxillaire est plat, élargi et tronqué en dehors. Une bande étroite 1 56 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. de dents en velours ras garnit chaque mâchoire. Il y en a un groupe au-devant du vomer et une bande à chaque palatin; la langue est large, obtuse, assez libre et charnue, excepté à sa base, pu elle est âpre. Le voile membraneux derrière les dents des mâ- choires existe comme à l'ordinaire. Le préopercule a son bord montant assez élevé et son angle arrondi sans aucune dentelure ; les pièces operculaires et l'épaule sont également sans armure. L'opercule est obi us et a en hauteur à peu près le double de sa largeur. La membrane branchiostège est fendue jusque sous l'articulation de la mâchoire inférieure, où elle se joint à la pointe de l'isthme. La crête du crâne commence entre les narines et est assez aiguë : elle forme , comme nous l'avons dit , un arc de cercle. Ce sont les interépineux qui soutiennent les lignes qui forment l'angle saillant du dos. A la ligne anté- rieure adhèrent les très-petites épines qui représen- tent la première dorsale. Je n'en ai compté que six, dont la première est vis-à-vis l'orifice des ouïes. Une septième, plus forte, est le rayon épineux de la se- conde dorsale. Le premier rayon mou de la même nageoire se prolonge en un filament deux fois et demi plus long que le corps ; les deux suivans ont des filamens presque aussi longs, mais un peu plus grêles; ils diminuent ensuite jusqu'au septième, passé lequel les rayons sont courts et de forme ordinaire. Il y en a douze de ceux-ci, en sorte que le nombre total est de dix -neuf L'anale est toute semblable à la deuxième dorsale en forme, en étendue et même CHAP. XVI. BLÉPHARIS. i 57 par la longueur de ses premiers filamens; mais elle n'a que cinq de ces prolongemens et onze rayons courts, en tout seize rayons mous, précédés d'une épine courte; mais en avant de cette épine et entre elle et l'anus , à la ligne antérieure ou montante du ventre, il y en a quatre ou cinq très-petites , sortant à peine de la peau et répondant à celles de la pre- mière dorsale. La pectorale s'attache un peu au-dessous du mi- lieu de la hauteur, et égale le tiers de la longueur totale. Sa forme est pointue ; on y compte dix-huit rayons, dont le quatrième et le cinquième sont les plus longs. Les ventrales adhèrent un peu plus en avant que les pectorales, au milieu de la ligne ven- trale antérieure. Leur rayon épineux est comprimé et flexible. Dans notre individu elles n'atteignent qu'à la base antérieure de l'anale, mais elles parais- sent mutilées. La portion de queue en arrière de la dorsale et de l'anale est d'un peu moins du septième de la lon- gueur totale et très-menue. La caudale est fourchue , et ses lobes pointus se maintiennent fort écartés , en sorte que d'une pointe à l'autre il y a près de moitié de la longueur totale; chacun d'eux en a près du tiers. Ses rayons entiers sont au nombre de dix-sept. D. 6 — 1/19 ; A. 5 _ 1/16; C. 17; p. 18; V. 1/5. Tout ce poisson est revêtu d'une peau brillante, où l'on n'aperçoit des écailles qu'à une forte loupe. La hgne latérale en a de plus sensibles, d'aLord en- core assez petites, mais devenant sur les côtés de t> 458 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. la queue larges , arrondies et carénées , comme dans les caranx. Elle fait d'abord un demi-cercle, dont la convexité est dirigée vers le haut et qui s'étend de- puis le haut de l'ouïe jusqu'au milieu de la longueur du tronc; ensuite elle se rend en droite ligne jus- qu'au bout de la queue. Les nageoires n'ont point d'écaillés. La couleur du blépharis est un plombé métallique sur le dos , et un bel argenté sur les côtés de la tête , les flancs et le ventre. H y a quelques teintes jaunes à son opercule. Ses nageoires sont d'un brun jau- nâtre , mais il y a du noirâtre à la partie antérieure de la dorsale et aux ventrales. Les iris des yeux sont dorés. Notre individu a près de cinq pouces du museau au bout de la caudale, et trois pouces et demi de l'angle du dos à celui du ventre. Ses longs filamens ont sept pouces et plus. La figure de Blocii (pi. 191), est très-sem- blable au poisson que nous avons sous les yeux, si ce n'est dans les points suivans : La proportion de sa hauteur à sa longueur est plus grande; la crête du crâne est moins convexe. Il y a onze épines en avant de la dorsale. La pectorale est moins pointue. Les écailles des côtés de la queue sont beaucoup plus petites. Cependant il est difficile de dire si quel- ques-unes de ces différences ne tiennent pas à l'inattention du dessinateur. CHAP. XVI. BLÉPHARIS. 459 Les ventrales de celte figure s'étendent jusqu'au- delà de la pointe membraneuse de l'anale j mais nous avons déjà dit que dans notre in- dividu elles ne sont pas très-bien conservées. C'est manifestement aussi un blepharis que le scomher filament o sus de Sumatra, que Par- kinson a décrit en abrégé dans les Mémoires de la Société linnéenne (t. III, p. 36, et Bl. Schn., p. 34), et nous ne doutons guère qu'il ne soit le même que le nôtre. Cet auteur le décrit à tête obtuse, à grands yeux, à dents très -petites, serrées, à très -petites écailles fermement adhérentes , de couleur argentée , bleuâtre vers le dos, à pectorales en faux, à caudale fourchue, à première dorsale se cachant dans une fossette, et la seconde, ainsi que l'anale , filamenteuses. Ses nom- bres sont un peu différens. B. 7;D. 6— 22; A. 2—18; C. 22; P. J9; V. 5. Mais il est si aisé de les mal compter dans des espèces si frêles, que nous ne regarderions pas cette différence comme une objection. La chair du blépliaris , selon le docteur Kœnig, cité par Bloch , est maigre, coriace et fade; les habitans de Surate, nen font au- cun cas. M. de Lacépède, recherchant l'usage de ces longs filamens qui terminent plusieurs des 'Ï60 LIVRE IX. SCOMP.ÉROÏDES. rayons de ses nageoires, demande si ce poisson ne pourrait pas s'en servir pour s'attacher aux pointes des rochers , ou aux branches des herlDcs marines, et s'il ne les emploierait pas pour attirer les petits poissons qui les pren- draient pour des vers. Comme ces filets ne paraissent pas avoir de muscles propres, la première de ces conjectures est peu vraisem- blable; quant à la seconde, elle serait plus plausible; mais les poissons, et surtout ceux qui, comme le blëpharis, doivent nager avec rapidité, trouvent si aisément leur nourriture dans une mer qui fourmille d'animalcules de tout genre, et d'un autre côté il y a dans la classe des poissons tant d'appendices de toute sorte auxquels il est impossible d'attribuer d'autre usage que celui de les distinguer les uns des autres, que ces sortes de conjectures seront toujours trop vagues pour qu'on ne puisse pas leur opposer des conjectures toutes différentes. Le blépharis a le foie gros , composé d'un seul lobe, qui descend du diaphragme jusque auprès de l'anus. Au-devant du pylore il est plié en gouttière sur sa face supérieure, et il reçoit dans cette gout- tière la vésicule du fiel et l'œsophage j au-dessous du pylore il est arrondi. L'œsophage est gros, large, et se continue en un CHAP. XVI. BLÉPHARIS. 1 Gi sac cylindrique, fermé en cul-de-sac, arrondi à l'extrémité de la cavité abdominale. C'est l'estomac, dont les parois sont assez charnues et chargées en dedans de gros plis parallèles et longitudinaux. Vers le milieu de la longueur de ce tube, et dessous, naît une branche courte qui descend verticalement vers les parois inférieures de l'abdomen. A son extrémité est l'ouverture étroite du pylore, muni d'un très- grand nombre d'appendices cœcales courtes et dis- posées de chaque côté en rayons, qui se portent vers le haut de l'abdomen. Le canal intestinal est court et caché entre les deux masses de cœcums, qui cachent aussi la rate. La vessie aérienne est très-grande, mince, et donne en arrière deux petites cornes. Les reins sont gros; l'uretère passe entre les deux cornes de la vessie aérienne, et se dilate en un gros tube qui longe l'interëpineux de l'anale et qui est la seule vessie urinaire que l'on aperçoive. Le Blépharis des Antilles, appelé Cordonnier à la Martinique. {Blépharis sutor, nob.) Difficilement un poisson ressemblerait-il à un autre plus que ce blépharis ne ressemble au précédent; ce sont les mêmes caractères en tout et les mêmes nombres de rayons. Seulement sa hauteur est plus considérable à proportion de sa longueur, où elle n'est comprise 9. 11 Ib2 LIVRE IX. SCOMBEROIDES. qu'une fois et un tiers. Dans les jeunes individus, sur le plombé de son dos on remarque quatre larges bandes verticales plus noirâtres, mais également mé- talliques. Ses ventrales sont aussi longues à propor- tion que dans la figure de Bloch. Le demi-cercle de sa ligne latérale est un peu ondulé. Nous devons un petit individu de cette jolie espèce à feu M. Plëe; il ne nous paraît point qu'il en soit question dans aucun ouvrage. Le foie de ce blepharis a moins de longueur et moins d'épaisseur que celui du blepharis de l'Inde, mais il lui ressemble par sa forme. L'œsophage et l'estomac constituent également un tube, mais qui ne se porte pas aussi loin dans l'abdomen. Le pylore est placé de même à l'extrémité d'une branche des- cendante, qui naît aux deux tiers postérieurs de la longueur du tube, et non pas au milieu. Les appendices cœcales sont nombreuses et placées comme dans l'autre blepharis, mais elles ne cachent que la rate. L'intestin se porte au-delà du groupe des appen- dices cœcales, remonte sous le foie, après quelques ondulations sur le côté droit de l'estomac il se porte un peu au-delà de ce viscère et descend verticalement à l'anus. La vessie aérienne est plus petite, et ses cornes aussi. Les reins donnent, comme à l'ordinaire, un ure- tère qui passe entre les cornes de la vessie et qui débouche dans une vessie urinaire cylindrique, à parois minces et transparentes. CHAP. XVI. BLÉPHARIS. 165 Le GRAND Cordonnier. {Blepharis major ^ nob.) Un poisson de ce genre , aussi des Antilles , et qui porte également le nom de cordonnier à la Martinique, mais qui est beaucoup plus grand , diffère tellement du précèdent par les proportions, que nous ne pouvons le croire de la même espèce. D'après un individu sec qui nous a été en- voyé par M. Plée, et un dessin fait sur le frais, que nous devons à M. Lerminier, sa hauteur ne fait que moitié de sa longueur. Les épines de la première dorsale ont disparu; mais les nombres de ses autres rayons sont les mêmes. La seconde dorsale en a de très -longs, en filamens simples (quoique articulés), au nombre de six, dont le premier dépasse la caudale, et douze rayons courts et branchus. L'anale en a quatre en filamens, et douze courts et branchus. Ainsi l'on doit écrire : D. 2 — 1/18; A. 2 — 1/16, etc. Les boucliers de la ligne latérale ne deviennent un peu forts et leurs pointes un peu aiguës que sur les côtés de la queue. Sa courbure est la même. Tout ce poisson est argenté, à nageoires d'un gris noirâtre; il y a une forte tache noire à l'oper- cule vers le haut. 'Î64 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. A la Guadeloupe on nomme cette espèce carangue à plume. Elle passe pour suspecte. DES GALS. Les Espagnols etles Portugais, qui appellent la dorée {zeusfahery L.) poisson-coq, ^al.jau, etc. , ont transporte ces noms à des poissons des deux Indes auxquels ils trouvaient quel- que ressemblance avec la dorëe ; et Linnaeus , d'après eux , a inscrit dans son genre zeus une espèce à laquelle il a donné l'épithète de ^al- luSy mais, à l'exemple d'Artedi, il a réuni dans les synonymes de ce ^allus des indications relatives à des poissons de la mer d'Amérique , tels que Xabacatuia de Margrave % qui est une argyréiose, et le rhomboïdes de Brovs^n% qui est un vomer à nageoires courtes, avec d'autres qui concernent des poissons de l'océan Indien, tels que le zeus cauda bifurca de Gronovius^ et celui de Seba"*, qui sont de vrais gais dans le sens que nous donnons à ce nom, en sorte qu'il devient d'autant plus difficile de savoir quel est au juste le poisson que Linnaeus en- 1. Margr. , Bras., p. 161. — 2. Brown, Jam., p. 455. — S. Gronoy., Mus., 1. 1, n." »o8. -- 4. Seba, 1. 111^ pi. 26, p. 54- CHAP. XVI. GALS. IGS tendait par ce nom de zeus galliis^ que le caractère même qu'il lui assigne, ne répond à aucune des espèces que nous avons pu ob- server, et que tout en citant une figure de Seba (t. III, pi. 26, p. 34), qui représente un poisson des Indes, il disait son espèce d'Amé- rique. Bloch a renforcé cette assertion en annonçant que sa figure (pi. 192, fig. 1), qui est vraiment celle du gai des Indes, est en- luminée d'après les peintures laissées par le prince Maurice % et il a fort augmenté la confusion en ajoutant aux synonymes déjà trop nombreux, rapprochés par Artedi et par Linnaeus, le tétragonopterus de Klein ^, qui est un vomer à nageoires courtes, le serduk de Forskal^ poisson de Malte que Forskal ne décrit pas , mais qui pourrait bien être le gai trouvé à Alexandrie par M. Ehrenberg, et le ko m usinier nak des Groénlandais, pois- son dont Fab ricins ne rapporte que le nom, qu'il n'a même pas vu et qu'il croit être le 1. Ichtjol.j part. VI, p. 29. M. Lichtenstein , à qui je me suis adressé pour avoir des renseignemens sur ce passage de Bloch , m'écrit que Bloch a fait dessiner son gai d'après nature ; mais qu'il l'a colorié en effet d'après un dessin de la collection du prince^ qui représentait non pas le gai, mais l'argjréiose, et nous aAons rérifié ce fait sur l'original méine du prince Maurice. 2. Mise., t. ly., pi. \2 , fig. 1. — 3. Descr. anim., pi. i8. 166 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. acillus, seulement d'après la description vague que lui en ont faite les habitans de ce pays sauvage, mais qui est beaucoup plus proba- blement le lampris de Retzius ou zeus luna de Gmelin. Gest cependant sur des rapprochemens faits avec cette légèreté, que Bloch et Gmelin avan- cent sans hésiter que le gai habite toutes les zones de la mer des Indes et de celle d'A- mérique {^habitat in maris americani et in- dici, zonis oniîiihus). M. de Lacépède adopte sans discussion cette liste de synonymes et les conclusions qui en résultent. <, Dans quelles mers, s'écrie- t-il, ne « se trouve pas le gai verdâtre ! on l'a vu au « Brésil, à la Jamaïque, aux Antilles, auprès « du Groenland, dans les Indes orientales, « dans la Méditerranée, *" et, renchérissant encore sur ses devanciers, il nous assure que sous tous ces climats si dijférens et même si opposés, il présente les mêmes habitudes, les mêmes formes, les mêmes couleurs, les mêmes dimensions^. Ne dirait-on pas qu'il en a ob- servé et soigneusement comparé des individus de tous ces parages? Or, le fait est, qu'il n'en avait pas même vu de la mer des Indes; car 1. Lacépède, t. IV, p. 584 et 585. CHAP. XVI. GALS. 167 le Cabinet du Roi n'en a reçu que par M. Sonnerat en 181 4 et par M. Leschenault en 1818. Pour éviter à l'avenir toute confusion sem- blable, nous restreignons le nom de gai aux poissons qui joignent à un corps haut et com- primé, à un profil très-élevé, à de longues ven- trales, à une queue fourchue (caractères com- muns au plus grand nombre de ceux dont nous traitons dans ce chapitre), une première dor- sale extrêmement basse, ou réduite à une suite d'épines courtes, et les premiers rayons de la deuxième dorsale et de l'anale excessivement prolongés. Leur différence principale d'avec les blé- pharis consiste dans la hauteur de leur profil; et c'est l'existence d'une première dorsale qui les sépare des scyris que nous venons de décrire, et auxquels ils ressemblent par pres- que tous les détails de leur forme. Il n'en existe à notre connaissance que dans la mer des Indes et dans la partie orientale de la Méditerranée. 468 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. he GRAND Gal des Indes. {Gallichtjs major 3 nob.) Nieuîiof a représenté un gal et le nomme coq-de-rner ou dorée des Indes. ^ Il y en a un semblable, représenté dans Rnysch^, dans Valentyn ^ et dans Renard"^, mais grossièrement, à leur manière. Le premier le nomme ikan-ka pelle, ce qui m'a bien l'air dW nom moitié malais, moitié hollandais, et de signifier poisson-papillon; le second l'appelle en pur malais ikan-batoe- jang-niaha-asingy ce qui selon lui veut dire poisson de roche fort étrange; le troisième enfin lui donne le nom hollandais de bonjte- laertje ou le nom français de rameur. La figure de Seba ^ est un peu meilleure que celles qui l'ont précédée ; elle marque du moins les épines dorsales, mais la carène de la queue n'y est point exprimée. Celle de Bloch ^ ne ressemble complètement à aucune des au- 1. Nieuhof, Oosiind., t. I, p. 270. Copié Willughb., app., pi. 7j fig. 1 • — 2. Theatr. anim. , 1. 1, pi. 9, fîg. 7. — 3. Valent., t. III, n.° 376 et p. 465. — 4. Renard, Poiss. des Indes, t. II, pi. 26, fig. 128. -- 5. Seba, t, m, pi. 26, fig. 04. — 6. Bloch ^ pi. î 92, fig. 1. CHAP. XVI. gals. 169 1res; ni la carène de la queue ni les vraies couleurs n'y sont rendues. Ce n'est que dans Russel que nous trouvons une figure qui corresponde à ce que nous offre la nature. Cest son ^urrah-parah , n.° 5 7. Il le nomme zens ^allus, et donne immédiate- ment après, n.° 58, une espèce très-voisine, qu'il appelle chewola parah, et qu'il croit le zeiis vomerj mais sur ce dernier point il est bien sûrement dans l'erreur : le zens vomer, tel que Linnœus la décrit d'abord [^Mus. Ad. FrecL, pi. 3i, fig. 9) est une espèce d'Amérique dont nous parlerons bientôt. Nous avons reçu de Pondichéry , par MM. Sonnerat et Leschenault , un gai c[ui corres- pond pjarfaitement au premier de ceux de Russel, à son gurrah-pcn^ah ou zeus gallus. M. Leschenault dit qu'il se nomme à Pondi- chéry naséré-paré ; qu'il s'y pêche en abon- dance pendant toute l'année ; qu'il parvient à un pied de longueur et est bon à manger. Ce nom générique de parah ou paré est com- num aux gals, aux caranx et aux liches; genres dont le premier se rapproche en effet des deux autres par ses caractères , et il n'est pas inutile de faire remarquer ici avec quelle sagacité les Indiens ont quelquefois saisi des rapports qui ont échappé à nos naturalistes d Europe. 1 70 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. Nous ne sommes pas aussi certains que ce gai soit précisément ni celui de Linnaeus ni celui de Bloch. On ne peut, comme nous ve- nons de le voir, rien conclure de leurs cita- tions. Linnaeus donne à son espèce pour ca- ractère, d'avoir le dixième rayon le plus long; dans notre individu c'est le huitième qui l'est. Bloch, ayant fait colorier le sien d'après une figure du prince Maurice qui représentait non pas le gai, mais le vomer, ne marque ni les bandes verticales qui colorent notre poisson et celui de Russel, ni le grossissement des der- nières écailles de la ligne latérale , et cependant c'est la teinte verte dont il le colore , qui a déterminé M. de Lacépède à l'appeler ^al verdâtre. Ses nombres sont : D. 7 — 1/17 ; A. 1/14. Voici une description exacte de notre grand gai des Indes, du zeus ^allus de Russel. Le corps de ce poisson est comprimé et rhom- boidal. Le milieu du dos et le milieu du ventre forment des angles saillans. Sa hauteur depuis l'ori- gine de la deuxième dorsale ou depuis l'angle du dos jusqu'à celui du ventre, c'est-à-dire jusqu'à lori- gine de l'anale, est comprise une fois et deux tiers dans la longueur totale , et en retranchant la queue et la caudale , elle y est comprise une fois et un sep- tième. L'épaisseur n'est guère qu'un neuvième de la CHAP. XVI. GALS. 171 îiauteur. La ligne antérieure du dos descend obli- quement depuis la deuxième dorsale jusqu'à la crête occipitale, et à compter du sommet de cette crête jusqu'au-dessous de la mâchoire inférieure, la hau- teur de la tête est encore de près des trois quarts de celle du corps. Sa longueur ne fait que moitié de sa hauteur. La ligne du profil , un peu convexe depuis la nuque jusque vis-à-vis de l'œil, un peu concave depuis Toeil jusqu'à la bouche, représente une S italique peu courbée. L'œil répond au milieu de cette hauteur, dont son diamètre fait à peu près le sixième. Les orifices de la narine sont l'un près de l'autre, entre le bord antérieur de l'œil et le tran- chant du profil. Un sous - orbilaire plus haut que long, sans dentelures ni autre armure, s'étend de l'œil à la bouche, et ne laisse à découvert que la moitié postérieure du maxillaire, qui est élargie et tronquée. La bouche est peu protractile. Sa fente égale à peine le diamètre de l'œil. La mâchoire infé- rieure avance un peu plus que l'autre. Toutes deux sont garnies d'une bande fort étroite de dents en velours, et il y en a une semblable en travers du devant du vomer. L'angle du préopercule est si ob- tus que ses deux bords semblent ne former qu'une ligne légèrement convexe. L'opercule est une fois plus haut que large. Un léger arc rentrant entame un peu son bord vers le haut. Le sous-opercule et l'interopercule sont longs et étroits. La fente des ouïes, qui commence derrière l'œil, se termine sous l'angle de la mâchoire inférieure. Leur membrane est étroite, couverte par les pièces operculaires et ^ 72 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. soutenue par sept rayons. Les os de l'épaule, longs et étroits, n'ont point d'armure particulière. On sent sous la peau que le coracoidien descend jusqu'à l'es- pèce de sternum qui résulte de l'union du bassin avec la proéminence du bas du premier interépi- neux de la queue. La pectorale , en forme de faux et fort pointue , égale le tiers de la longueur totale; elle est attachée un peu au-dessous du milieu de la hauteur et a seize ou dix-sept rayons ; c'est le cinquième qui est le plus long. Le premier est simple et court; les derniers se raccourcissent extrêmement. Les ventrales adhèrent à la ligne antérieure du^ ventre , à peu près à son milieu , un peu plus avant que la base des pectorales. Leur épine est médiocre, mais leur premier rayon, mou, comprimé et assez fort, se prolonge de manière à atteindre un peu au- delà de la base de l'anale. Vers le milieu de la ligne montante du dos il y a une petite épine fine, couchée en avant. Le reste de cette ligne en montant porte six petites épines mo- biles, unies par une courte membrane, et qui re- présentent la première dorsale. Au sommet du dos commence la seconde, et elle règne sur toute la ligne postérieure. Son premier rayon est une épine petite encore, quoique trois fois plus grande que celles de la première dorsale. Viennent ensuite quatre rayons simples, quoique articulés et très-prolongés; puis deux branchus , mais dont une des branches se prolonge; les autres sont branchus et courts, et au nombre de douze. C'est en tout dix -huit rayons, CHAP. XVI. GALS. 175 mous. Le premier est presque aussi long que le corps, et le sixième a encore moitié de cette lon- gueur. A la ligne de l'abdomen, entre les ventrales et le commencement de l'anale, est une petite épine fine, mais dirigée en arrière. L'anale occupe la ligne pos- térieure de l'abdomen j elle a une petite épine, deux rayons simples et alongés , un rayon branchu dont un des rameaux s'alonge, et treize rayons branclius et courts : en tout seize rayons mous. La longueur du premier est de moitié de celle du corps. La ligne du dos et celle du dessous de la queue sont dente- lées dans tout l'espace où elles portent ces nageoires, et il y a une dentelure pour chaque rayon. La por- tion de queue derrière les nageoires a elle-même une dent en dessus et une en dessous ; elle est grêle et du neuvième à peu près de la longueur totale. La caudale est fourchue ; chacun de ses lobes a le quart de la longueur. On y compte dix -sept rayons en- tiers et cinq ou six en dessus et en dessous. Ainsi les nombres de ses rayons peuvent s'expri- mer comme il suit : B. 7; D. 6— 1/18; A. lou2 — l/16jC. HjP. ITjV. 1/5. La ligne latérale est la seule partie où l'on voie distinctement des écailles; elle n'en a d'abord que de très - petites , monte pour former un demi- cercle irrégulièrement ondulé, redescend au milieu de la longueur et se rend alors droit à la queue, sur les côtés de laquelle ses écailles grossissent et prennent une forme ronde, relevée d'une carène. La 174 LIVRE IX. SCOMBEROÏDES. base de la caudale est garnie d'écaillés petites, mais encore assez visibles. Tout le reste du corps paraît couvert d'une peau lisse, comme satinée, et du plus bel éclat d'argent. Le haut de la tête et du dos a une teinte plombée ou violâtre, et cinq bandes verticales un peu plus foncées descendent et se perdent sur les flancs. Les nageoires sont jaunâtres , excepté les ventrales , qui sont noirâtres. Nos individus ont de quatre à cinq pouces de longueur. M. Dussumier vient de nous en rapporter qui en ont près de huit. Il paraît que les bandes verticales de ce poisson ne se montrent qu'après la mort. Russel le dit expres- sément et décrit la couleur des individus frais comme dorée sur le dos, argentée sur le reste du corps, avec des reflets irisés semblables à ceux de la nacre de perle. M. Leschenault lui donne une couleur argentée, tirant sur le dos au bleu clair; mais je suis persuadé que ces différences tiennent à l'instant précis où l'on en a fait la description. Le foie du gai est petit et composé de deux lobes aplatis, réunis sous l'œsophage, et appuyés sur chaque côté de ce canal. L'œsophage est court , large, et se dilate en un estomac en forme de sac obtus, dont les parois sont très-minces. Au milieu de sa face inférieure naît une branche courte, à parois épaisses, qui descend ver- ticalement contre les parois de l'abdomen, et à l'ex- trémité de laquelle est le pylore. Nous ne pouvons CHAP. XVI. GALS. 175 rien dire des cœcums ni du canal intestinal, parce que le poisson que nous avons pu ouvrir était trop gâté pour que cette portion du canal intestinal se fût conservée. La vessie aérienne est assez grande et donne en arrière deux très -petites cornes peu pointues. Ses parois sont minces et peu brillantes. Les reins sont assez gros; l'uretère passe entre les deux branches de la vessie et se continue en un canal assez étroit jusqu'à l'anus, en sorte qu'aucun renflement sensible ne marque le commencement de la vessie urinaire. L'estomac était plein de très-petits crustacés du genre des salicoques et de petits diptères. Le PETIT Gal. {Gallichtjs chev o la j,noh.; Chewola-parah, Russel, t. I,p. 46, n,°58.) Nous ne connaissons cette espèce secon- daire de gal que par M. Russel. Sa forme est un peu plus haute à proportion de sa longueur. Les pointes formées par les premiers rayons de sa deuxième dorsale et de son anale sont, ainsi que ses ventrales , aussi longues à proportion; mais les filamens qui viennent après dans la dorsale, paraissent plus courts. La pectorale est assez poin- tue, sans avoir la forme d'une faux, et chaque lobe de la caudale se termine par un petit filet. M. Russel dit que la ligne latérale n'est poijit carénée, ce qui ^ 76 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. signifie peul-être seulement que ses dernières écailles ne grandissent pas autant que dans le grand gai. B. 7 ; D. 6 — 1/20; A. 2 — 1/16 , etc. La couleur est, comme dans le précédent, un bel argenté, teint en plombé sur le dos. Une ligne obs- cure descend de la nuque à l'œil , et trois ou quatre autres se rendent du dos vers la ligne latérale. Les filamens des nageoires sont verts, ce qui les fait res- sembler à des ramifications de conferves. Sa lon- gueur n'est que de deux pouces et demi. Le Gal des côtes d'Egypte. {Gallichtjs œgyptiacus j, Elir.) Nous avons vu que les côtes d'Egypte, près d'Alexandrie, possèdent un scyris; elles pos- sèdent aussi un gal , qui en a été rapporté par M. Ehrenberg; mais seulement en petits indi- vidus d'un et de deux pouces. Il a, comme la deuxième espèce de Russel, une bande noirâtre montant de l'œil à la nuque, et comme la première, quatre bandes grisâtres et verticales sur le fond argenté de son corps; mais ce qui le dis- tingue de l'une et de l'autre, c'est l'extrême hauteur de son corps, qui égale sa longueur en n'y compre- nant pas la caudale, tandis que dans le premier gal cette longueur a un quart , et dans le second un CHAP. XVI. ARGYRÉIOSES. \77 cinquième de plus. Ses rayons capillaires dépassent de beaucoup sa caudale. D. 7 — 1/20, dont les quatre premiers alongés; A. 1/18, dont les trois premiers alongés j C. 17; P. 15 j V. 1/5, dont les trois premiers alongés. DES ARGYRÉIOSESy Et particulièrement de /'Abacatuia. {Argjrejosus uomer, Lacép.j Zeus vomer^ Linn.) M. de Lacëpède a entendu comprendre sous son genre argjréiose, le zeus vomer de Lin- naeus, et l'espèce de ce poisson n'est sujette à aucun doute, puisque Linnaeus lui-même en a donné la figure dans le Musée d'Adol- phe-Fréderic, pi. 3i , fig. 9. Mais ce qui n'est pas douteux non plus, quoique Linnaeus ne l'ait pas aperçu, c'est que c'est ce zeus vomer et non pas le zeus gallus qui est le véritable abacatuia de Margrave. Laét l'avait représenté (Ind. occid. , p. ^74) sous ce nom brésilien, écrit à la hollandaise, d'awah-kattoe-jahwe. En faisant imprimer Margrave , il replaça à côté de la description de Xabacatuia, p. 161 , qui est le même pois- sou et le même nom écrit à la portugaise, la figure qu'il avait déjà donnée 5 mais il mit une 9. 12 \ 78 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. autre figure de la même espèce , p. 1 4^) à côté de la description d'un guapen^a, qui est le chœ- todon aj^cuatus^ description répétée p. 178, avec la vraie figure de ce chétodon. Cette méprise de l'éditeur n'ayant point été remar- quée , les uns , comme Plumier \ Bloch^, Lacé- pède^, ont cru que guapen^a était aussi l'un des noms du zeiis vonier; d'autres ont fait de ce guaperva une seconde espèce. C'est notam- ment le zeus niger de Bloch (édit. de Sclin., p. 98), et cette épitliète de niger est prise de la description du cliétodon. Ainsi voilà une espèce doublée uniquement à cause d'une er- reur d'imprimeur. On en compte malheureu- sement encore beaucoup trop dans toutes les branches de la zoologie qui n'ont pas de fon- dement plus solide. D'un autre côté on a confondu, comme nous l'avons dit précédemment, cet ahacatuia avec le gai, et ce qui est plus singulier, Bloch a ré- pété en partie sous le zeus vonier les mêmes synonymes qu'il avait déjà cités sOus le zeus gallus, et nommément celui du tetragonop- terus de Klein (Miss. IV, pi. 12, fig. 1 ). Mais ce qu'il a fait de bien plus fâcheux encore j 1. App., Lacép. , t. IV, p. 562. — 2. Ichtyol. . part. VI,. p. 3~. ■ 3. Lacép.; t. ly. p. 56q. CHAP. XVL ARGYRÉIOSES. i 79 c'est d'avoir rapporté à ce v orner , d'après une conjecture légère de Muller, le zeus cauda hifurca^ etc., que Muller* avait emprunté de Strœm^, dans sa description du bailliage de Sœndmer en Norwége, et qui n'est autre que le zeus lima ou chrysotose. Gmelin, qui a fidèlement copié la liste des synonymes de Blocli, s'est cru avec assez d'ap- parence en droit d'en conclure que le zeus voilier habite à la fois la mer du Brésil et celle de Norwége^; Bloch lui-même, dans son Sys- tema, quoiqu'il y reporte avec raison le pois- son de Strœm sous le zeus luna, probable- ment d'après l'indication donnée par Wal- baum en 1792 ^ j n'en conserve pas moins sous l'article du zeus vonier l'ancienne assertion ^ : habitat in mari hrasiliensi et non^egico. En- fin M. de Lacépède non-seulement adopte le fait sans hésiter, mais il en trouve de bonnes raisons : « La grande différence, dit-il, qui « sépare le climat glacial de la Norvège et le « climat brûlant du Brésil, n'influe pas même « d'une manière très-sensible sur les indivi- 1. Prodrom. zool. dan. , p. /,4 , n." Syo ; il se borne à dire zeus vomerî affmis 2, Strœmi Sœndmer, t. I , tab. 323 , pi. i , fig. 20. — 3. Linn., Gmel., p. 1221. — 4. Walbaum, Artedl rénovât., 1. 1, tab. 3g9; il j nomme même le zeus luna^ zeus Streemii. — 5. Bloch, éd. de Schn.;, p. gS. 180 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. « dus de cette espèce. Les uns et les autres « se nourrissent de crabes et d'animaux à co- «( quilles , et comme ils trouvent en très-grande « abondance de ces crustacés et de ces mol- ^ lusques sur les rives de la Norvège aussi « bien que sur celles du Brésil, ils vivent avec « une égale facilité dans les mers de ces deux « contrées; ils y parviennent à la même lon- « gueur, etc., etc. ' ^' Qui croirait cependant que tout cela n'a d'autre fondement que ces mots ajoutés par Muller au nom du poisson de Strœm : zeo vomeri affmis? Mais, nous le répétons, c'est trop sou- vent ainsi que l'on a éclit Ihistoire naturelle. La vérité est que le zeus vomer ou ahaca- tuia n'habite que les côtes orientales de l'Amé- rique, dans leurs parties chaudes et tempérées ; mais qu'on le trouve depuis New-York jusqu'à Buénos-Ayres. Nous en avons reçu de presque tous les points intermédiaires, et jamais d'au- cun autre parage. Les individus nombreux que nous avons sous les yeux ne diffèrent entre eux que par le plus ou moins de prolongement de leur pre- mière dorsale et de leurs ventrales; mais en les examinant avec attention, on voit que dans 1. Laeép., t. IV, p. 567 et 568. CHAP. XVI. ARGYRÉIOSES. 181 les individus où ces parties frêles sont courtes, c'est qu'elles ont été usées ou rompues par quelque accident arrivé soit pendant la vie du poisson, soit après sa mort, parce qu'il a été mal conservé. C'est ainsi que nous expliquerons les diffé- rences que présentent les figures des divers auteurs. Celle de Bloch (pi. gS, fig. 2.) est faite d'a- près un individu des plus complets; il n'y a d'abrégé qu'une portion du prolongement de la seconde dorsale, mais il me paraît que le dessinateur a ajouté des prolongemens trop nombreux aux rayons de la première dorsale. Celle de Linnœus (^Mus. Ad. Fred., pi. 3i, fig. 9) pèche par la rupture des filets de la première dorsale. Dans une des figures de Margrave ' la se- conde dorsale et l'anale ont aussi leurs prolon- gemens trop courts; mais dans l'autre ( i45) il les a bien rendus , et n'a mis avec raison qu'un filet à la première dorsale. ^ Ce que nous devons surtout faire remarquer, c'est que la sélene argentée de M. de Lacépède 1. Bras.,^. 161; pnsecleLaët,p. 574,etrépéféeparPison,p.55. 2. Nous ignorons l'origine de ces deux figures; elles ne sont tirées ni du Liber principis ni du Liber MentzsUi. i 82 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. (t. IV, p. 56o et 562 , et pi. g , fig. 2), établie sur une figure copiée par Aubriet d'après un cro- quis de Plumier, nest rien autre chose qu'un ahacatida qui avait usé sa première dorsale et ses ventrales, et comme la sélene quadran- ^iilaire du même auteur, ou le zeiis quadratus de Linnaeus, emprunté de Sloane ( Jam., t. II, p. 290, pi. 25i , fig. 4)? est identique avec le chœtodon faber ou notre epliippus forgeron, ainsi que Broussonnet l'a déjà annoncé, le genre sélene doit être entièrement rayé de l'ichtyologie. On peut trouver l'espèce dans d'autres états par rapport aux prolongemens de ses na- geoires, ce qui pourrait encore la faire multi- plier par les nomenclateurs : ainsi l'on voit dans le Recueil du prince Maurice, une figure^ où la deuxième dorsale, l'anale et les ventra- les, sont très-alongées , mais où la première dorsale ne paraît pas , et il y en a une dans le Recueil de Mentzel (p. 3i) où l'on ne voit ni ventrales, ni anale. Toutes les deux sont intitulées ahacatida ou avacatuaia^ comme celle de Margrave. Uahacatuia se nomme lune dans nos colo- 1. I/'^ partie, p. ôgg. C'est de celte figure que Bloch a pris renluminurc de son gai. CHAP. XVI. ARGYRÉIOSES. 1 83 nies françaises des Antilles^, tête de cheval 2i Cajenne'^, peixe gallo ou poisson-coq dans les colonies espagnoles et portugaises, où il partage aussi le nom de corcovado ou bossu avec le vomer de Brown dont nous parlerons bientôt.^ La description que nous allons faire de ce poisson, est prise de plus de trente individus, péchés à toutes les latitudes, depuis le 45-^ de- gré nord jusqu'au 35.^ sud; et de dessins faits dans plusieurs ports situés dans ce grand in- tervalle , notamment à New-York, au Mexique, à Cuba, et à la Martinique. Sa forme générale ne diffère de celle du gai qu'en deux points principaux : i.° la ligne de son profil est plus droite, plus longue, et elle descend plus obliquement en avant; 2° la partie antérieure de la ligne de son dos ne monte pas, mais il y a de la nuque à la deuxième dorsale un espace presque horizontal, dont la seconde moitié supporte la pre- mière dorsale. Il résulte de là qu il ne représente pas un rliombe aussi régulier. Son corps est aussi plus haut relativement à sa longueur, et encore plus comprimé. La plus grande hauteur n'est comprise qu'une fois et demie dans la 1. PJumier; el Labat, Voj. de Desmarchais, t. I, planche de la page 3i2. — 2. M. Frère. — 3. Dessins faits au Mexique par MM. de Sessé et Mocigno. 1 84 LIVRE IX. SCOIVIBÉROÏDES. longueur totale. La ligne du profil, depuis le sommet de la crête du crâne jusqu'à la bouche, égale les quatre cinquièmes de la plus grande hauteur du corps. La largeur de la tête est deux fois et demie dans sa hau- teur. Elle se trouve ainsi plus haute , plus étroite que dans le gai, et à cause de l'obliquité du profil, le museau se porte plus sensiblement en avant. Du reste c'est la même structure : une crête du crâne descendant jusque entre les yeux; un très-haut sous- orbiiaire; une petite bouche; une mâchoire infé- rieure remontant et avançant un peu; le préoper- cule en forme d'arc, et d'arc très-ouvert; l'opercule haut et étroit; aucune armure à ces pièces, ni aux os de l'épaule ; une membrane branchiostège étroite et à sept rayons, etc. Les deux orifices de la narine sont un peu l'un au-dessus de l'autre, et placés entre l'œil et la partie tranchante du profil qui est à sa hauteur. La portion de queue derrière la deuxième dorsale et l'anale, est aussi grêle que dans le gai, et du dixième de la longueur totale. Le corps est, comme dans le gai, revêtu d'une peau fine satinée, où les écailles ne se voient point; la ligne latérale a d'abord la même courbure en demi-cercle un peu ondulé, et se dirige en ligne droite jusque sur les côtés de la queue; mais ses écailles n'y grandissent point comme dans le gai : c'est à peine si elles y excèdent celles du reste de la ligne, et toutefois la loupe y fait encore apercevoir une carène. Outre cette différence et celle du profil, l'argy- réiose , lorsqu'elle est bien entière, se distingue par CHAP. XVI. ARGYRÉIOSES. 48a sa première nageoire , composée d'abord d'une très- courte épine; ensuite d'une seconde épine, haute à peu près comme le huitième du corps sous elle, et prolongée en un filament membraneux, qui a quelquefois le double de la longueur totale du corps, mais qui le plus souvent n'en a guère que la moitié. Les deux rayons épineux suivans se raccourcissent déjà beaucoup, et il y en a derrière eux quatre qui sont réduits à de très-courtes épines libres. Ce sont en tout huit aiguillons à celte première dorsale. Je n'ai jamais vu de filament prolongé qu'au deuxième, et je ne puis deviner si Bloch a copié d'après na- ture ceux qu'il donne aux trois rayons suivans, ou si c'est une de ces corrections arbitraires qu'il a trop souvent introduites dans ses figures. Celles de Margrave sont d'accord avec ce que j'ai observé, et même celle de sa page 14^ rend très-exactement la première dorsale telle que je la vois. En avant de cette première dorsale, sur la pre- mière moitié de la portion horizontale du dos, on sent avec le doigt trois petites tubérosités qui ap- partiennent à autant d'interépineux sans rayons. La seconde dorsale occupe la seconde moitié de la ligne du dos, qui va en descendant jusqu'à la queue. Elle a d'abord une épine assez courte. Ses autres rayons, au nombre de vingt-deux, sont arti- culés et branchus, excepté le premier, qui se pro- longe en un filet qui atteindrait le milieu de la cau- dale. Ils décroissent rapidement jusqu'au cinquième, après lequel ils sont tous également courts. Entre l'anus , qui est immédiatement derrière les ventrales i 86 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. et l'anale, sont deux petites épines fines, qui re- présentent à quelques égards une première anale. L'anale proprement dite correspond à la deuxième dorsale, qu'elle surpasse un peu en longueur, et occupe toute la ligne montante du ventre. Elle a une épine courte, et dix-neuf rayons branclius. Le premier se prolonge aussi en un filet, mais plus court qu'à la dorsale; les quatre suivans diminuent, et tous les autres sont courts. B. 7; D. 8 — 1/22; A. 2 — 1/18; C. 17; P. 17; V. 1/5. La caudale est fourchue, et ses lobes ont à peu près le quart de la longueur totale 3 elle a aussi dix- sept rayons entiers. La pectorale est en forme de faux, et sa longueur n'est que trois fois et demie dans la longueur totale. Elle a dix-sept rayons, dont les premiers simples et croissans jusqu'au quatrième et au cinquième, qui font la pointe. L'épine des ventrales est courte ; mais leurs rayons mous se pro- longent en une lanière étroite qui atteindrait jus- qu'au milieu de la longueur de l'anale. Elles sont noi- râtres, aussi bien que le filet de la première dorsale. Tout le reste du poisson paraît d'une belle couleur d'argent. Nos individus ont depuis trois jusqu'à six pouces de longueur. C'est cette dernière taille que leur assigne le prince Maurice; mais l'espèce la dépasse beaucoup. M. Ricord nous assure qu'à Saint- Domingue elle atteint deux pieds de longueur. Margrave dit que l'espèce égale la limande CHAP. XVI. ARGYRÉIOSES. 187 (passer) pour la grandeur. Il assure que c'est un bon poisson et fort sain. Pison ajoute que lorsqu'on le prend, il grogne comme un porc, qu'il habite la mer et les rivières; mais que ceux de mer sont plus estimés, parce que leur chair est plus ferme et de meilleur goût. On le mange frit ou bouilli. A Saint-Domingue on le fume et on le sale comme les pleuronectes en Hollande. Bloch dit qu'il se nourrit de co- quillages et de petits crabes ; mais la confor- mation de sa bouche rend cette opinion peu vraisemblable. Le squelette de largyréiose présente quelques par- ticularités dignes d'attention. Cette crête si élevée, qui rend son crâne et son profil tranchans , appartient à son interpariétal et à ses frontaux , et occupe toute la longueur de ces os. Les os propres du nez, étroits et longs, s'attachent à son extrémité antérieure. Excepté le premier, les sous-orbitaires sont fort petits; mais un des surtemporaux prend un grand développement et se prolonge vers le haut au point d'aller rejoindre le sommet de la crête du crâne. Le surscapulaire et le scapulaire sont très-courts, mais l'huméral est très -haut; sa pointe inférieure soutient la carène du ventre; le cubital, qui est aussi très-haut , la soutient également. Le radial est au con- traire fort petit. La pièce supérieure du coracoidien est petite et plate; lautre, grêle et très-longue, ] 88 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. descend jusqu'aux os du bassin. Ceux-ci sont com- primés et ont une longue apophyse qui monte entre les deux cubitaux pour s'attacher au milieu de la hauteur des huméraux. Il y a dix -neuf vertèbres abdominales et treize caudales. Les apophyses épineuses inférieures des caudales sont fortes et hautes , ainsi que leurs interépineux , qui de plus sont dilatés d'avant en arrière et se tou- chent les uns les autres. Leurs extrémités inférieures, recourbées en arrière, forment les dentelures du tran- chant inférieur du corps. Le premier interépineux , très- grand et dilaté à sa partie inférieure, se joint par un ligament aux os du bassin. Il y a neuf paires de côtes, dont plusieurs descendent jusqu'au tran- chant inférieur et s'attachent soit au ligament qui joint le bassin au premier interépineux, soit à cet interépineux lui-même. Les dernières vertèbres de l'abdomen ont des apophyses transverses descen- dantes, dont les bases s'unissent par une traverse, pour commencer le canal vasculaire qui règne sous le corps des vertèbres caudales. Les interépineux supérieurs sont moins dévelop- pés que les inférieurs. Leur nombre est de vingt- neuf Les trois premiers remplissent l'intervalle entre la crête du crâne et la première dorsale, et n'appar- tiennent proprement à aucune vertèbre. Les apophyses épineuses de la queue en portent chacune deux. M. Mitchill décrit et représente dans ses Poissons de New -York deux argyréioses, dont il nomme l'une, qui na qu'un rayon dorsal CHAP. XVI. VOMERS. ] 89 prolonge en filament, zeus rostratus^ ,, et l'autre , qui en a deux , zeus capillaris. ^ Nous sommes certains que la première dont nous avons reçu de New-York plusieurs échan- tillons, est la même que nous venons de dé- crire, et par conséquent que le zeus vomer de Linnaeus; quant à la seconde, nous n'oserions affirmer si ce deuxième filament lui donne un caractère spécifique suffisant; mais ce dont il est facile de s'assurer, c'est que ce n'est pas le zeus capillaris de Bloch, qui est un de nos blepharis. DES VOMERS, Et particulVerenient du Vomer de Brown. {^Vomer Browniij nob.^) Ce poisson habite les mêmes mers que l'ar- gyréiose. Nous l'avons reçu de New- York, de la Havane, de Saint-Domingue, de la Martini- que, de Surinam, du Brésil, et même il est du petit nombre de ceux qu'on trouve dans l'océan Atlantique et dans le Pacifique; car MM. Lesson et Garnot l'ont rapporté de Paita au Pérou. Ce qui n'est pas moins remarquable, 1. Mém. de la Soc. de New- York, 1. 1, pi. 2 , fig. i 2. Ibid. , pi. 2, fig. 2. — 3. Rhomboïda alepidota, argeniea, pinnis omnibus hnvibus. Brown, Jam. , p. 455. 1 90 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. c'est qu'il habite les deux côtés de l'océan Atlantique , car c'est le poisson lune vu à Juida par Desmarchais * , et dont Labat donne la figure, et le poisson de Sestro, représenté par Barbot^. M. Rang vient de nous l'envoyer de Gorée, mais nous n'en trouvons aucune trace aux Indes ni dans leur Archipel. Le prince Maurice en avait laissé une très- bonne figure dont ni Margrave ni Bloch n'ont fait usage. Brown l'avait décrit^ assez en détail, mais on ne l'en avait pas moins confondu avec l'argyréiose jusqu'à M. Mitchill, qui le premier l'a fait paraître comme une espèce à part sous le nom de zeus setapinnis ^ et qui en a donné une figure '* d'après laquelle il ne peut rester aucun doute que son poisson ne soit le même que le nôtre. Selon le prince Maurice, on l'appelait au Brésil ahacatuia tacapa, pour le distinguer de ïar^yréiose ou ahacatuia ordinaire. On le nomme assiette dans nos colonies françaises d'Amérique^; à Saint-Do- mingue on l'appelle lune comme fargyréiose, et il partage aussi avec elle dans les colonies espagnoles le nom de corcovado ou bossu.^ 1. Voj. de Desmarcliais , t. II, p. 2 3. — 2. Barbot , pi. F, p. 128. — 3. Brown, Jam., p. 455. — 4. Mitch., p. 584, pi- 1 ? fig. g. — 5. Labat, Yoj. de Desmarchais, t. I,p. 5i2. — 6. Notes manuscrites de M. Poej^. CHAP. XVI. VOMERS. 191 Sa forme est moins courte que dans aucun des précédens; son profil un peu concave, mais au total presque vertical, et sa crête du crâne disposée de manière que le sommet de la tête est le point le plus élevé de la ligne du dos, lui donnent une physiono- mie aisée à reconnaître. A compter de ce sommet jusqu'à la deuxième dorsale, cette ligne est presque droite ; ensuite elle descend par une convexité légère jusqu'à la partie grêle et nue de la queue. La ligne du ventre forme un arc plus continu et d'une con- vexité légère depuis la bouche jusqu'à la queue, en sorte que tout le corps forme un ovale rétréci en arrière, et comme tronqué en avant par la ligne concave du profil. Sa hauteur au milieu est un peu moins de la moitié de sa longueur totale. Comme la ligne du ventre re- monte un peu en avant, la tête, quoique son som- met saille plus que le reste du dos^ a au total un neuvième de moins en hauteur que le milieu du corps. L'épaisseur est quatre fois et demie dans la hauteur. La tête est du double plus haute que large. L'œil est au milieu. Son diamètre est d'un peu plus d'un septième de la hauteur de la tête. Entre l'œil et le bord tranchant du profil sont les deux orifices de la narine, oblongs, près l'un de l'autre, le posté- rieur un peu plus grand et plus élevé. La fente de la bouche descend très-rapidement en arrière, pres- que jusque sous l'œil, dont elle est séparée par un sous-orbitaire rhomboïdal et très-élevé, qui ne laisse paraître , dans l'état de rétraction, que le bout élargi du maxillaire. La pro traction est très-peu de chose. 1 9£ LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. Il y a à chaque mâchoire une bande extrêmement étroite ou plutôt une rangée de dents en velours très-ras, qui se sentent mieux qu'elles ne se voient. Le vomer en a une ligne semblable en travers de son extrémité antérieure. Le voile membraneux des mâ- choires est comme à l'ordinaire. La langue, très-libre, étroite, pointue, est garnie d'une âpreté assez rude. Le préopercule a son angle dans son milieu et très- obtus (de 160). Le sommet en estémoussé. L'oper- cule , trois fois plus haut que long , a un arc ren- trant à la moitié supérieure de son bord, et finit inférieurement en pointe, derrière laquelle le subo- percule monte obliquement. L'interopercule est assez long; toutes ces pièces sont entières. Elles recou- vrent entièrement la membrane branchiostège, qui est fendue jusque entre les angles de la mâchoire inférieure et est soutenue par sept rayons. La struc- ture des os de l'épaule et du bassin est comme dans les précédens, et ils soutiennent de même la carène aiguè du ventre. La pectorale, attachée au milieu de la hauteur, est en forme de faux arquée et pointue de près du tiers de la longueur totale. Elle a dix- neuf rayons; le premier très -court, le cinquième le plus long. Les ventrales, extrêmement courtes, n'ont que le septième de la longueur des pectorales. La première dorsale est excessivement faible et basse. Son second, son troisième et son quatrième rayon sont même seuls assez élevés pour avoir une membrane aisément visible; encore le second n'a-t-il pas le dixième de la hauteur du corps. Le pre- mier et les quatre derniers ne sont que de petites CHAP. XVI. VOMERS. 493 épines. La seconde commence à peu près sur le mi- lieu de la ligne du dos. Après un rayon épineux court, caché dans son bord antérieur, elle en a un mou, de la hauteur environ du quart de celle du corps. Les suivans baissent rapidement jusqu'au sixième, après lequel ils restent courts et égaux. Il y en a en tout vingt-deux. L'anale correspond à cette seconde dorsale; mais elle n'a avec son épine que dix-neuf rayons mous, et les premiers ne sont pas aussi longs que ceux de la dorsale. La portion grêle de la queue a en longueur le dixième de la longueur totale, et est trois fois moins haute ; chacun des lobes de la caudale est d'un peu plus du cinquième de la longueur totale. Les écailles se voient mieux dans cette espèce que dans les précédentes, et même, dans les grands in- dividus, elles sont prononcées dans toute la moitié inférieure et postérieure, et surtout aux côtés de la queue. La ligne latérale a sa partie antérieure un peu moins convexe vers le dos que dans les précédens , mais elle y est également un peu ondulée. Ses écailles caudales ne grossissent pas beaucoup, et leurs ca- rènes sont peu sensibles. Tout le poisson est argenté , avec une teinte plombée le long du dos. Les nageoires paraissent ■d'un gris jaunâtre. L'espèce doit devenir assez grande. Nous en avons des individus d'un pied et au-delà. Elle est sujette à quelques variétés dans la hauteur proportionnelle, mais qui n'ont rien d'assez marqué, 9. l3 494 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. ni d'assez constant, pour que l'on puisse en déduire des caractères spécifiques. Le foie de ce vomer est étendu , mais il n'a pas beaucoup d'épaisseur. Le lobe gauche est très-petit et a plutôt l'air d'une simple digitation du lobe droit que d'un véritable lobe. Celui-ci est divisé en plu- sieurs lobules, qui s'étendent sur l'estomac, sur le pylore et sur une partie des appendices cœcales qui entourent l'origine du duodénum. La vésicule du fiel est oblongue, cachée entre le foie et l'estomac. Le canal cholédoque se replie sous le foie et va déboucher derrière le pylore, entre les cœcums. L'œsophage et l'estomac forment un canal cylin- drique également large, terminé en un cul-de-sac obtus. De la partie inférieure de ce canal aux trois quarts de sa longueur descend une branche étroite, à l'extrémité de laquelle le pylore est ouvert. Un très- grand nombre d'appendices cœcales plus nombreuses dans riiypocondre gauche accompagnent l'intestin. Celui-ci remonte entre les lobes inférieurs du foicj il descend ensuite vers l'anus , en décrivant un cer- cle, remonte sous le pylore, s'y replie brusquement et descend à l'anus sous la forme d'un tube droit. La rate est aplatie, triangulaire, en partie cachée sous les appendices cœcales. Les ovaires sont rejetés vers l'arrière de l'abdo- men. Les œufs qu'ils contiennent sont excessivement petits. La vessie natatoire est très- grande; la partie an- térieure de sa première tunique est très-épaisse. La CHAP. XVI. VOMERS. i 95 seconde tunique est mince dans 1:; partie supérieure, et a la forme d une membrane chargée de vaisseaux. Elle sïpaissit dans la région abdominale, et prend un tissu fibreux de couleur argentée. Elle donne en arrière deux cornes médiocres, qui font hernie dans les muscles de la queue. Les reins sont médiocres, alongés, et débouchent dans la vessie par un uretère très-long, qui passe entre les branches de la vessie aérienne. Le squelette du vomer ne diffère de celui de l'ar- gyréiose que par les contours de ses parties, les- quels sont déjà indiqués par la forme extérieure du poisson , en sorte que la description de l'un peut tenir lieu de celle de l'autre. DES HYNNIS, Et paj'ticidiej^ement de /'Hynnis de Gorée. {Hynnis Goreensis , nob.) Outre un vomer parfaitement pareil à ce- lui d'Amérique, M. Rang nous a envoyé de Gorée un poisson qui, semblable presque en tout aux vomers, en doit cependant être dis- tingué génériquement, parce qu'il n'a pas même de vestige de première dorsale. Il est bien moins court. Sa hauteur est deux fois et demie dans sa longueur. Son profil est plus oblique, moins concave au chanfrein, moins sail- î 9o LIVRE IX, SCOMBÉROÏDES. lant au vertex. Sa tête a en hauteur une fois et uiî cinquième sa longueur; dans le vomer, elle l'a une fois et demie. Son œil, plus grand à proportion, est placé moins bas. Il y a aux deux mâchoires, au vomer et aux palatins des dents en fin velours; celles des pharyngiens sont en pavés arrondis. Je ne puis découvrir, même avec le doigt, ni par la dissection, aucune trace de première dorsale ; la pointe de la deuxième et surtout celle de son anale sont plus longues que dans le vomer : la première est deux fois et demie dans la hauteur du corps au milieu ; la seconde deux fois. La partie courbe de sa ligne latérale est moins convexe. Les boucliers de l'extré- mité de sa partie droite sont plus forts et ont des pointes aiguës; au-dessus et au-dessous de la carène qu'ils forment sont deux crêtes marquées. Ses ven- trales sont beaucoup plus prononcées que dans le vomer, et ont le tiers de la longueur des pectorales, qui, elles-mêmes, ont près du tiers de celle du corps. Dans le vomer les ventrales n'ont que le dixième des pectorales. Les lobes de la caudale ont plus du quart de la longueur totale. B. 8; D. lj'2-2; A. 1/19; C. 17; P. 18; V. 1/5. Tout ce poisson est verdàtre sur le dos, argenté au ventre, avec une tache noire prononcée sur la base extérieure de la pectorale, et une autre sur la membrane de l'opercule. Le foie de l'hynnis est étendu en une grande lame mince festonnée, dont la plus grande portion re- couvre le côté gauche de l'estomac. L'œsophage se dilate promptement en un vaste sac comprimé , CHAP. XVI. HYNNIS. 197 triangulaire. De la pointe inférieure de cet estomac descend verticalement la branche pylorique. A son extrémité, marquée par le rétrécissement du pylore, on voit de nombreuses appendices cœcales, courtes, simples et réunies par un tissu cellulaire dense : il y en a bien vingt-cinq ou trente. L'intestin, replié sur lui-même, est situé dans lliypocondre droit; et le rectum remonte sous l'estomac le long de la massue triangulaire du premier interépineux de l'anale; il débouche sous la branche de l'estomac. La vessie aérienne est très -grande, et se prolonge en deux longues cornes le long des vertèbres de la queue. Les reins sont gros, séparés, noirs comme de l'encre; ils se terminent à la bifurcation de la vessie aérienne, et donnent deux longs uretères, qui passent entre ses cornes et versent l'urine dans une vessie oblongue simple, située sur l'interépineux de l'anale. L'ostéologie de l'hynnis diffère beaucoup de celle des vomers, et est plus singulière encore que celle , des cliétodons et des éphippus à interépineux renflés. Plusieurs des apophyses épineuses , soit supérieures soit inférieures, de ses vertèbres caudales, ont dans leur milieu un renflement ovale; mais la première des inférieures est comme soufflée à sa base en deux vessies osseuses, à lames minces, vides dans leur intérieur, de forme ovale irrégulière, et qui em- brassent postérieurement l'apophyse épineuse de la vertèbre suivante. L'interépineux qui adhère à cette première apophyse , est lui-même dilaté dans le bas en une grosse massue triangulaire, comprimée, os- seuse et très-solide. Les deux épines, ordinairement ^98 LIVRE NEUVIÈME. libres au-devant de l'anale, sont ici soudées à cette masse et font corps avec elle. Un très-grand nombre des interépineux de la dorsale et de l'anale, surtout ceux de leur moitié postérieure, sont aussi renflés en grosses massues. La crête interpariétale est très- longue, très-épaisse, et va rejoindre en avant la crête frontale, en laissant un vide entre leur point de coniacl et le crâne. Ce qui est remarquable, c'est que le nombre, la grandeur et même la position d'une partie de ces renfleniens ne sont pas constans, et que le volume des vessies osseuses de la première apophyse épineuse de l'anale n'est point en propor- tion avec la taille des individus. La colonne verté- brale se compose de vingt-six vertèbres, dont les dix premières portent des côtes longues, grêles, peu arquées. L'espèce devient grande, nous en avons un individu de vingL-six pouces, et un de deux pieds. Elle se nourrit de petits crustacés et de zoopliytes; car lestomac de lindividu que nous avons disséqué était rempli de débris de ces deux sortes danimaux. SCOMBÉROÏDES. ] 99 QUATRIÈME GRANDE TRIBU. LES SCOMBÉROÏDES SANS FAUSSES PINNULES, SANS ÉPINES LIBRES AU DOS, SANS ARMURE AUX COTÉS DE LA QUEUE. Ces poissons ne sont réunis que sur des caractères négatifs , et l'on doit s'attendre qu'ils auront entre eux des rapports moins étroits que ceux des tribus précédentes. En eftet, si les sérioles et les temnodons tiennent de près aux liclies , les stromatées ont une ressemblance au moins extérieure avec plusieurs squammipennes. Les coiyphènes semblent se détacher des uns et des autres par la compression et la hauteur verticale de leur tète ; mais les lampuges et les centro- lophes forment des liens intermédiaires entre elles et les liches d'une part, et les stromatées de l'autre. Cest encore ici un de ces groupes formés par continuité, une de ces séries telles qu'il y en a beaucoup dans la nature, dont l'harmonie est évidente, quoiqu'il soit difficile de leur attribuer un caractère commun et précis. LIVRE IX. SCOMBÉROlDES, CHAPITRE XYII. Des Sérioles , des Temnoclons , des Lac- taires, des Pasteurs, des JSauclaireSy des Porthmées et des Psènes. DES SERIOLES. Les sërioles ne diffèrent des caranx que parce que leur ligne latérale n'est pas cuiras- sée, ou que du moins les écailles qui la gar- nissent surpassent à peine celles du reste du corps. D'un autre côté, elles diffèrent des liches, parce que les épines de leur première dorsale sotat réunies par une membrane, et générale- ment plus hautes et plus grêles; d'ailleurs elles ont l'épine couchée en avant, et tous les autres caractères communs aux caranx et aux liches : ce sont, si l'on veut, des caranx sans boucliers aux côtés de la queue, ou des liches dont les épines dorsales sont unies en nageoires et ne demeurent pas isolées. Ce genre comprendra donc les scombé- roides à deux dorsales sans fausses pinnules, sans boucliers à la queue j dont les mâchoires, CHAP. XVII. SÉRIOLES. 201 le Yomer et les 2>alatins sont pourvus de dents en velours ou en cardes fines. La Sériole de Duméril. {SeriolaDumer un, Tioh.; Caranx Dumeril, Risso.) Nous avons adopté pour ce genre le nom que l'on donne à Tespèce de la Méditerranée, sur les cotes où elle a été décrite la première fois, c'est-à-dire à Nice. M. Risso est le natu- raliste qui l'a bien (ait connaître, et malgré la grandeur remarquable à laquelle elle par- vient, aucun de ses prédécesseurs ne l'avait indiquée ou au moins suffisamment caracté- risée. Il lui a donné le nom de M. Duméril. Son corps est en ellipse alongée. Sa hauteur au milieu est trois fois et deux tiers dans sa longueur totale, et trois fois, en n'y comprenant pas la caudale; son épaisseur est deux fois et demie dans sa hau- teur. La courbe de son dos , à peine plus convexe que celle de son ventre , descend obliquement jus- qu'au nmseau. Le profil fait partie de la même ligne, et est par conséquent légèrement convexe. La longueur de la tête fait le quart de la longueur to- tale, et sa hauteur à la nuque les cinq sixièmes de sa longueur. L'œil est à peu près au milieu de la longueur et au-dessus du milieu de la hauteur de la tète; son diamètre est d'un peu plus du cinquième de la longueur de cette même partie du corps. Le 202 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. front est obtus et non tranchant , et il y a dun œil à l'autre deux de leurs diamètres. Les orifices de la narine, placés à la hauteur du milieu de l'œil et à égale distance entre l'œil et le bout du museau, sont très-rapprochés l'un de l'autre, petits et ronds; l'antérieur, encore plus petit que l'autre, a un petit lobe membraneux à son bord postéiieur. La bouche est fendue presque jusque sous l'œil. Le maxillaire s'élargit beaucoup en arrière par l'addi- tion d'une pièce à son bord supérieur; son extré- mité est un peu arrondie. Les mâchoires sont pres- que égales; cependant il y a quelque chose de plus à l'inférieure : elles portent des dents en velours sur une larse bande , et l'on en voit aussi sur le devant du vomer, aux palatins, sur une bande le long du milieu de la langue, et sur une ligne à chacun de ses bords. Le limbe du préopercule est assez large, avec quelques inégalités; son bord est arrondi. L'o- percule a quelques stries inégales, disposées en rayons vers son articulation; son bord inférieur est oblique et à peu près rectihgne; le postérieur, dans sa par- tie osseuse, a une échancrure arrondie entre deux pointes mousses. Les branches de la mâchoire et les interopercQÎes des deux côtés se touchent sous la gorge quand les ouïes se ferment : en les écartant, on voit que les ouies sont fendues jusque sous le tiers postérieur des mâchoires; leur membrane con- tient sept rayons. La pectorale est ovale et n'a pas le septième de la longueur totale : il n'y a point d'écailles particulières à sa base ; le nombre de ses rayons est de vingt. Les ventrales sortent un peu plus en arrière. CHAP. XVIT. SÉRIOLES. 205 €t ont un cinquième de plus en longueur que les pectorales : leur membrane est plus épaisse ; un tiers de sa longueur au bord interne s'atLtche à l'abdo- men. L'épine est faible et de moitié plus courte que la nageoire. La première dorsale répond au-dessus du milieu des ventrales. Elle est petite ; sa longueur n'^st que le neuvième de celle du poisson , et sa hau- teur moitié de sa longueur. Elle a sept rayons épineux assez faibles,, et au-devant de sa base est une épine cou- chée : son septième rayon est très-petit, on ne peut pas dire cependant que ce soit une épine isolée , il a en avant et en arrière une portion de membrane. La deuxième dorsale est en avant du double plus haute que la première; mais elle s'abaisse ensuite d'un tiers et conserve cette hauteur jusqu'au bout : elle a trente-deux rayons mous. Son épine est faible et de moitié plus courte que le rayon qui la suit, lequel est du tiers de la hauteur du corps. L'anale conmience sous le milieu de la deuxième dorsale, et est à peu près de même forme. Le nombre de ses rayons mous varie de dix-neuf à vingt-un; je crois que le nombre normal est vingt. Son épine est faible comme à la dorsale, et précédée de deux très-petites épines libres ou à peu près. Les deux nageoires ont le long de leur base un repli écailleux de la peau, comme dans les caranx; la portion de queue der- rière elles n'a que le dix-huitième de la longueur totale, et est encore d'un tiers moins haute; mais la peau écailleuse se porte plus loin en arrière, entre les rayons de la caudale : celle-ci est d'un peu moins du quart de la longueur totale, et fourchue jusqu'aux 204 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. deux tiers de sa propre longueur; outre les dix-sept rayons entiers , elle en a cinq ou six sur ses bords, D. 7 — 1/32; A. 2 — 1/:0; C. 17 ; P. 20; V. 1/5. La tête de ce poisson n'a d'écaillés qu'à la joue; tout le corps en est couvert de petites , ovales , minces, entières, et où la loupe découvre des stries concentriques d'une finesse excessive. La ligne laté- rale, légèrement convexe en dessus dans sa première moitié, prend insensiblement la direction droite; elle se marque par une suite d'élevures linéaires , et rien n'y approche ni dune carène ni d'une armure quelconque. Celte sériole est d'une belle couleur d'argent, teinte de bleu violâtre sur le dos et légèrement dorée sur les flancs. Ses nageoires sont jaunâtres. Il me paraît que sa caudale a le bord extrême noirâtre. Nos individus y conservés dans l'eau-de-vie, mon- trent une bande brune plus ou moins effacée sur la tempe, depuis l'œil jusqu'à l'opercule. Les très- jeunes individus ont cinq ou six larges bandes verticales noirâtres, comme dans la plupart des poissons du grand genre scombre. Elle a le foie médiocre, dont la plus grande par- tie est placée à la gauche de l'œsophage. Le lobe droit, assez pointu, se porte plus en arrière dans riiypocondre droit; il verse la bile dans une vésicule très-étroite et prolongée jusqu'aux trois quarts pos- térieurs de la longueur de l'abdomen. L'œsophage se termine en un long cul- de-sac pour former l'estomac, dont la partie postérieure atteint aux CHAP. XVII. SÉRIOLES. 205 deux tiers de l'abdomen. Sous le tiers antérieur de ce sac on voit naître la branche pylorique, qui est très-courte et arrondie. L'intestin, de longueur et de grosseur médiocres , ne fait que deux plis. Le pylore est muni d'une très -grande quantité d'appendices cœcales (au moins une cinquantaine), portées sur cinq troncs principaux , et réunies en une masse épaisse par un tissu cellulaire très-dense, La rate est très-grosse, trièdre, placée dans la crosse du second pli de l'intestin. La vessie aérienne est simple et grande; sa portion antérieure est arrondie, et la pos- térieure pointue. Les reins sont réunis en un seul lobe fort gros, trièdre, qui donne par un long uretère dans une vessie urinaire étroite et assez lonsue. Le squelette a vingt- quatre vertèbres, dont dix appartiennent à l'abdomen. Les sixième, septième, etc. , ont des apophyses transverses qui descendent vers le bas , et dans la dixième elles se réunissent en anneaux. Son crâne ressemble à celui des thons. La crête mitoyenne s'étend sur toute sa longueur; elle est plus élevée du triple que les latérales. Excepté la division du maxillaire en deux pièces, les os de la tête n'ont rien de bien remarquable. Les individus que nous avons décrits n'ont que treize pouces; mais Tespèce devient très- grande, et l'on en pêche quelquefois du poids de cent soixante livres. Cette sëriole de la Méditerranée habite la plupart des parties de cette mer : nous lavons de Nice, par MM. Risso et Laurillard; de 206 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. Naples, par M. Savigny; de Sicile, par M. Bibe- ron; de Morée, par M. Bory de Saint- Vincent. M. Viviani nous en avait donné un squelette de Gènes, qu'il nommait scomher chrjsurus. Sa chair, dit M. Bisso, est rougeâtre, ferme et d'un goût exquis. Elle se tient d'ordinaire dans des lieux inac- cessibles, et ce n'est que rarement, et lorsque la faim l'attire, qu'elle s'approche des côtes. J'avais soupçonné depuis long-temps que le trachuriis allcioliLS de M. Bafmesque ' ne diffé- rait pas réellement de la sériole, et ce qui me conhrme dans cette opinion , c'est que je la vois partagée par M. Bisso^ Mais, en ce cas, il faut avouer que les caractères que M. Ba- fmesque lui assigne, sont bien incomplets et en partie bien erronnés. Ce poisson n'aurait, selon lui, que trois rayons à la membrane des ouies ; sa nageoire anale en a vingt. Il est rougeâtre en dessus, argenté en dessous. Ses nageoires sont jaunâtres, et il a quelquefois des lignes longitudinales, mais peu marquées, sur les flancs. Sa longueur est d'un pied. On estime sa chair. Il se nomme en sicilien alicciolciy aricciola, arricinola. 1. Rafinesquç, Caratteri, etc., p. ^2; il cite Cupani, Panph. Sic, V. 3, l. 59; Mongitorc, 676., t. 2, p. 75. '2. Risso, 2." édition, p. 424- CHAP. XVII. SÉRIOLES. 207 Le même auteur a un tracliurus fasciatus , que les pécheurs nomment ariciola iniperiali.^ Sa membrane branchiale n'aurait aussi que trois rayons, son anale vingt. Sa caudale est fourchue. Le premier rayon de sa dorsale est comme dtlaché et retourné vers la tête (il entend sans douie par là l'épine couchée, commune aux caranx, aux llclies, etc.). Sa couleur est jaune; mais il a le dos et quatre ou cinq larges bandes transversales brunâtres. Sa ligne latérale est arquée en avant. Toutes ses na- geoires sont jaunes, D. 8 — SO5 A. ^0; P. 10; V. 5. L'auteur fait observer qu a sa petitesse près, il ressemble beaucoup au précédent; et, en snp- jDOsant qu'il n'a pas mieux compté les rayons des ouïes à l'un qu'à l'autre, ce doit être ici la jeune sériole avec ses bandes noirâtres. La Sériole de Rivoli. {Seriola Rivoliana^noh.) M. le duc de Rivoli a donné au Cabinet du Roi une sériole de l'Archipel, qui nous parait diftérente par l'espèce de celle que nous ve- nons de décrire. Elle est plus courte à proportion. Sa liauteiii' 1. Rafinesque, Indice, p, 21, n." 108; et App., p. 55, n." i2~ 208 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. n'est que trois fois et un tiers dans sa longueur. La bouche est moins fendue ; les bandes des dents palatines plus étroites; la vomérienne est un peu plus longue. Sa deuxième dorsale est plus haute de l'avant, son premier rayon mou ayant les trois cin- quièmes de la hauteur du corps sous lui; les écailles sont plus grandes. Nous ne comptons à cette na- geoire que vingt-huit rayons mous. La large bande brune de la tempe avance au-devant de l'œil; elle est plus marquée que sur la sériole commune. Du reste , les autres caractères de cette nouvelle espèce sont les mêmes que ceux de la première. D. 7— 1/-28; A. 2 — 1/20, etc. Notre individu est long de neuf pouces. La sériole de Rivoli a le foie plus petit, la vési- cule du fiel aussi longue, mais plus étroite; l'esto- mac plus large et plus long, les cœcuais beaucoup moins nombreux que ceux de la sériole ordinaire; le reste de leur splanchnologie se ressemble. La Sériole de Lalande. {Seriola Lalandiy nob.) L'Atlantique nourrit sur les côtes du Brésil une sëiiole qui ressemble prodigieusement à notre première espèce de la Méditerranée; mais , après un examen attentif, nous lui avons trouvé le corps plus alongé; les stries de l'opercule iracées CHAP. XVII. SÉRIOLES. 209 sur une bande plus large. Le scapulaire plus large; la branche inférieure de Ihunicral moins étroite; et, ce qui est surtout un caractère notable, les côtés de la queue sont relevés en une carène pro- noncée, sans quil y ait cependant aucun bouclier, D. 7— 1/33; A. 1/20. La couleur paraît argentée, glacée de bleu, plus ou moins rembrunie sur le dos. Je ne vois pas de bande sur la tempe. La longueur de nos individus varie depuis un pied jusqu'à trois et au-delà. Nous les avons reçus du Brésil d'abord par M. de La- lande, et ensuite M le duc de Rivoli nous en a donné un qui est long de trois pieds et demi. La Sériole de Bosc. {Seriola Boscii, nob.) Une seconde espèce des côtes septentrio- nales de TAinérique est également déposée dans le Cabinet du Jardin des plantes. Elle a le corps plus large, plus trapu; l'œil plus grand; la nuque plus basse; les stries de l'opercule ' moins prononcées; la ligne latérale plus courbe. Les épines de la première dorsale plus grosses et plus courtes, la seconde dorsale plus avancée. Les lobes de la caudale plus larges, parce qu'ils sont composés défrayons aplatis plus divisés. D. 7— 1/31; A. 2 — 1/20. g. l4 21 LIVRE ÏX. SCOMBÉROÏDES. La couleur tst argentée avec l'apparence d'une bande brune sur la tempe. Nous n'avons qu'un seul individu rapporté de la Caroline par M. Bosc. Il est long de cinq pouces et demi. La Sériole a dorsale en faux. {Seriolafalcata, nob.) Nous avons trouvé dans les dernières col- lections de M. Plée, faites dans le golfe du Mexique, une sériole de la ressemblance la plus suivie avec notre première espèce, si ce 11 est en un seul point : c'est que la partie antérieure de sa deuxième dorsale et de sa deuxième anale s'élève en pointe aiguë, et est dans la première de ses nageoires presque aussi éle- vée que le corps; tandis que dans 1 espèce ordinaire cette partie, quoique plus élevée, se coniinue par une seule ligne avec le bord de la nageoire. Du reste, tout est pareil; la légère différence de nombre n'excède pas les variétés qui arrivent souvent dans une même espèce. D. 'ï-' 1/31; A. 2 — 1/21. Notre individu est long de vingt-huit pouces. Dans le (rais le corps est argenté et teint de bleuâ- tre sur le dos. M. Plée nous apprend, que ce poisson se CHAP. XVII. SÉRIOLES. 21 1 nomme à Poito-Rico el mereal, et qu il y est fort estimé. La Sériole de Buénos-Ayres. (^Seriola Bonariensis , nob.) Une petite sériole , apportée de Buénos- Ayres, offre à peu près les proportions de celle de Rivoli, et la même bande noirâtre sur la tempe ; mais elle est plus comprimée, et elle a le front plus tranchant. Sa ligne latérale est plus courbée vers le dos dans sa partie antérieure. D. 7 — 1/29; A. 2— 1/21, etc. L'individu est long de trois pouces et demi. Il parait avoir été argenté , teint de brunâtre en dessus. La Sériole rubannée. {Seriolajcisciataj noh.j Scomber fasciatus , Bl.) Le scomher fasciatus de Bloch ne diffère des espèces précédentes, quant à la forme, que parce qu'il a la tête un peu plus courte et le profil un peu plus convexe. Sa ligne latérale est fortement relevée sur la queue. Sa dorsale ni son anale ne s'élèvent pas en pointe. Les épines d'avant l'anale sont assez visibles, et ses nombres de rayons sont D. •< — 1/30 ou 31 ; et A. 2 — 1/20 ou 21. 2'1 2 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. Il se fait reconnaître sur-le-champ à seize rubans bruns étroits, irréguliers, rapprochés par paires; ces paires de rubans, arrivées à la deuxième dorsale et à l'anale, y forment autant de grandes taches- la deuxième dorsale en a cinq, et l'anale trois : il y a aussi une bande transversale noirâtre d'un oeil à l'autre. Sa caudale est jaunâtre, teintée de verdâtre sur le lobe supérieur; ses pectorales grises avec quel- ques teintes vertes, La face supérieure de ses ven- trales est noire j l'inférieure n'a de noir que les inter- valles des rayons, et ceux-ci sont d'un beau vert. C'est aussi la couleur du fond des deux dorsales et de l'anale. Le dos est d'un beau brun doré à reflets mé- talliques verdàlres; tout le côté du corps au-dessous de la ligne latérale est d'un jaune doré très-brillant. Blocli a représenté un individu de cette es- pèce long de neuf pouces, et dont il ignorait l'origine. M. Bosc en a rapporté un de la Caro- line, qui na guère que six pouces; mais d'ail- leurs il est entièrement semblable à celui de Bloch. Nous avons appris par là dans quelle mer il habite. Au reste, il pourrait se répandrp dans beaucoup d'autres; car il suit fort loin les navires pour recueillir ce qui en tombe. Le capitaine Friers nous en a doniié une figure faite en pleine mer dans lOcéan, et M. Bosc, qui le prenait pour le pilote, notis assure qu'il est fort connu des matelots sous le nom de poisson de gouvernail. CHAP. XVII. SÉRIOLES. 2Î5 La Sériole a anus désarmé. {Seriola leiarchus, nob. ; Scomber zoiiatus ,M\tch.^ Une sëriole envoyée de Philadelphie par M. Lesueur, ressemble aussi beaucoup à notre première espèce, et a comme elle sa deuxième dorsale et son anale sans pointes aiguës; mais on compte trente-cinq rayons à la nageoire du dos, et les deux épines libres en avant de l'anale sont tellement petites et cachées sous la peau, qu'on a besoin du scalpel pour les découvrir : c'est ce qui nous a fait donner à l'espèce l'épithète de leiarchus. D. 7 — 1/35; A. 2 — 1/20. Le poisson paraît avoir été argenté et plombé sur le dos. On dislingue encore trois larges taches noirâtres sur sa dorsale et deux sur son anale j cette dernière a un liséré blanc , et on voit du blanchâtre à la pointe de sa deuxième dorsale et à celles des lobes de sa caudale. Ses ventrales ont la membrane noire, et les rayons blanchâtres. Notre individu est long de neuf pouces. La Sériole a ceintures. {Seriola zonata, nob.; Scomber zonatiis, Mitch.) M.Mitchill décrit et représente, sous le nom de scomber zonatus\ un poisson de New-York, 1. Mitch., Fish o/Ne^-Yorck, in Phil tram, of New-Yorck^ vol. I, p. 427, pi. 4; %. 3. 214 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. qui ressemble à peu près en toute clio^e à cette sériole à épines anales cachées , si ce n'est qu'il a sept bandes verticales noirâtres, qui lui traversent la hauteur du corps. Sa figure ne les proh>nge pas sur l'anale ; mais elle en marque trois à la deuxième dorsale, comme dans notre es- pèce précédente, et Ion y voit aussi très-bien le blanc de la pointe de la dorsale et de celles de la caudale. H y a une bande oblique qui descend de la nuque à l'œil, qui s'unit avec sa correspondante pour former une espèce de croissant. D. 7— 1/36; A... — 1/21. L'auteur ne parle pas des épines de derrière l'anus; mais il peut très-bien ne les avoir pas remarquées. Il dit que ce poisson ne se prend que de temps en temps, pendant la saison chaude, dans la baie de New-York, et quil en a vu de sept pouces et demi et de neuf pouces. Sans cette dernière circonstance je l'aurais presque regardé comme un jeune individu de l'espèce précédente. Il arrive souvent, et sur- tout dans la famille des scombres, que les bandes verticales disparaissent avec iâge. La mer des Indes nourrit des poissons assez semblables aux sérioles par l'ensemble de leur CHAP. XVII. SÉRIOLES. 215 caractère pour que nous ne les distrayions pas clans un genre particulier; cependant elles forment un petit groupe remarquable par la hauteur de leur front, par des dents un peu plus crochues, par la petitesse de leur pre- mière dorsale , et par la grandeur de leurs ventrales. La Sériole a deux taches. {Seriola binotata, nob.) La première de ces sérioles des Indes a la tournure d'une petite coryphène, sauf la dorsale. C'est un poisson argenté , avec six ou sept bandes verticales noirâtres. Un Irait brun passe sur le sour- cil et se joint sur le devant du front à celui du côté opposé. Le corps est couvert d écailles à peine sen- sibles à la loupe. Son front large et arrondi n'est pas tranchant. Son profil est plus rond; ses ventrales atteignent les premiers rayons de l'anale : elles sont à peu près doubles des pectorales. Trois de ses bandes s'étendent sur la dorsale, mais non sur lanale : il y en a une sur la base de la caudale, et une tache noire peu marquée sur ses lobes. La deuxième dor- sale et l'anale ont un liséré noirâtre. Les ventrales ont la membrane noire et les rayons blancs. La ligne latérale s'arque un peu vers le dos dans sa moitié antérieure. B. 7 ; D. 7 — 1/30 ; A. 2 _ 1/15 ;C. n et 5 ou 6; P. n ; V. 1/5. IXous avons pris cette description d'un indi- 21 6 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. Yidii rapporte par Pérou, et qui n'est long que de deux pou( es. Il paraîtrait que l'espèce reste petite; car nous en avons reçu dernièrement un second exempl tire toul-à-fait sendjlable et de même taille par les soins de M. Dussumier. Il vient de la rade de Pondichëry. Im Sériole de Ruppel. {Scriola Buppelii, nob. ; Nomeus nlgrofasciatus , Rupp.) M. Ruppel a une belle espèce de la mer Bouge, appelée nomeus rngrq/àsciatus\ sur laqut'lie nous sommes obligé d'attendre de nouveaux renseignemens; car cet observateur dit que la langue et le palais sont lisses. Ces caractères sont ceux de nos psènes; ils éloi- gneraient alors ce poisson du genre sériole, et cependant, quoique plus grand, il est facile de juger que ses forints sont les mêmes que dans les deux petits in- dividus de 1 espèce précédente. Les ventrales poin- tues sont plus étroites et plus longues. Cinq bandes noires descendent du dos en se dirigeant oblique- ment en avant , la première vers l'œil , la seconde vers l'opercule, les trois suivantes vers le flanc. 1. Ruppel, Atlas zoologique, poissons, p. 82, pi. 24; %• i- CHAP. XVII. SÉRIOLES. 217 Entre les moyennes il y a des séries de taches noirâtres, et une isolée sur le dos de la queue. La seconde dorsale est roussâtre , noirâtre vers la pointe, qui elle-même est jaunâtre. L'anale est aussi roussâtre, avec une tache noire à son bord un peu en arrière de sa pointe. La première dorsale, la cau- dale et les grandes ventrales sont noirâtres ; les pec- torales jaunâtres. Une bande de petites dents en cro- chets garnit chaque mâchoire. D. 8—1/36; A. 1/15; C. 24? P. 20; B. 1/4? M. Riippel n'a vu que deux individus pris à Massuah au mois de Février, dont le plus grand avait sept pouces. On leur donnait le nom de gaz, qui est générique en ce lieu pour les scombéroides. La Sériole de Dussumier. {Seriola Dusswnieri, nob.) C'est un petit poisson que M. Dussumier a pris dans le milieu du golfe du Bengale. Sa forme est autant celle d'un pilote que d'une sériole; mais on ne lui voit point de carènes aux côtés de la queue, et sa première dorsale, quoique très-petite, a ses épines liées par une membrane. Il ressemble aussi aux pilotes par ses couleurs; et il a les deux épines libres au-devant de l'anale. D. 5— 1/2' 5 A. 2 — 1/18. 218 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. La ligne latérale a une inflexion irès-obtuse au- dessus de la pectorale. Sa couleur est un argenté tirant au bleu d'acier vers le dos. Sep! bandes verti- cales noirâtres l'enveloppent en entier : la première, plus étroite, au bord du préopercule; la seconde immédiatement derrière l'ouïe et la pectorale ; la troisième sous la première dorsale; les quatrième, cinquième et sixième s'étendent sur la seconde dor- sale, et les cinquième et sixième sur l'anale ; la sep- tième et dernière est à la base de la caudale. Il y a de plus une tache noire plus ou moins étendue sur chaque lobe de la caudale. Les ventrales, grises à leur face inférieure, sont noires à celle qui regarde le ventre. Nos individus ne passent pas deux pouces, et M. Dussuinier assure ne les avoir jamais vus plus grands. Cependant, comme toutes leurs parties sont dans un grand état de mollesse, nous ne répondrions pas qu'ils ne fussent les jeunes de quelque espèce plus grande , et même que leurs bandes ne lussent la livrée de leur âge. La Sériole cerclée. {Seriola succincta, nob. ) Nous devons au même voyageur une seconde espèce de sériole à cinq épines dorsales, qui en diffère par un corps plus étroit, plus alongéj CHAP. XVII. SÉRIOLES. 21 9^ par une ligne latérale encore moins arquée au-dessus de la pectorale. Ce sont d'ailleurs les mêmes couleurs disposées par bandes noires en même nombre sur un fond bleuâtre argenté. L'individu d'après lequel nous établissons cette espèce est long de deux pouces, et a été jîiis entre le Cap et lile Sainte-Hélène. Nous ferons la même observation que sur le précé- dent. Peut-être n'est-ce qu'un jeune de quel- que scombre qui nous est inconnu? La Sériole cosmopolite. {Seriola cosmopolita, nob.; Scombcr chloris , Bl.) Une troisième division des sérioles com- prend celles qui ont de petites ventrales et de longues pectorales taillées en faux. Nous n'en connaissons qu'une espèce remarquable par son cosmopolitisme, et que nous mettons au petit nombre des poissons qui nous pa- raissent se retrouver dans les deux océans sans différences sensibles : cependant c'est du Brésil que nous l'avons reçue en plus grande abon- dance. M. Agassis a trouvé ce poisson parmi ceux rapportés de cette côte par Spix , et il en a donné une fort bonne figure, pi. Sg. Ce savant iclît3^ologue a cru devoir changer 220 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. le nom de Sëriole, déjà donné par Linnaeus à un genre de plantes, en celui de Microp- teryx, à cause de la petitesse des ventrales, et il a nommé l'espèce micropterix cosmo- polit a. Elle nous est venue aussi des Antilles et de New -York. M. Ricord la apportée de Saint-Domingue , où on la nomme pot-pot. On en voit dans la collection de MM. Sessé et Mocigno une belle figure, faite au Mexique et intitulée zeus maculatus, vul^o cazave. Ce dernier nom se reproduit à la Havane dans celui de cazaviUo, sous lequel M. Poèy nous a procuré la même espèce. Clioris la entendu appeler carangue plate à San-Jago de Cuba. M. Rang vient de nous l'envoyer de Corée. C'est aussi le scomber chloris (BL, pi. SSg) qui avait été recueilli sur la côte d'Acara, en Guinée, par le docteur Isert. Enfin,M. Les chenault lapé chée dans la rade de Pondiclîéry, et nous n'avons pas trouvé de différence entre des individus de même taille venus des Antilles, et celui qui faisait partie des collections de l'Inde. Il faut faire attention à comparer des poissons de même grandeur; car les proportions relatives de la hauteiu^ à la longueur du corps changent avec l'âge dans cette espèce. Le salkoutoiik de Renard, t. I, pi. 6, lig. 4'3 , et de Valentyn, n.° 4^? ^^ CHAP. XVIL SÉRIOLES, 22! Bloch rapporte à la carangue, me parait re- présenter plutôt notre poisson actuel; en sorte que cette espèce se serait trouvée dans trois parties du monde. Son corps est haut et très-comprimé ; et au pre- mier coup d'œil on serait tenté de la prendre pour un E(]uuJa. Sa hauteur est deux fois et deux tiers dans sa longueur; son épaisseur près de cinq fois dans sa hauteur. La longueur de sa tête en éiiale la hauteur , et est quatre fois et trois quarts dans la longueur totale. La courbe du dos descend réguhè- rement au museau, qui est court j celle du ventre, un peu plus convexe que l'autre, monte aussi régu- lièrement à l'extrémité antérieure. Il y a derrière la dorsale et l'anale une portion de queue très-mince, sur un espace de moins du dixième de la longueur totale. L'œil a un peu plus du tiers de la longueur de la tête en diamètre, et est un peu plus près du museau que de l'ouïe ; mais quant à la hauteur , il est entièrement au-dessus du museau. Les orifices de la narine sont assez près de la ligne du profil. Dans l'état de repos la fente de la bouche approche de la verticale et atteint jusque sous le bord anté- rieur de l'œil ; mais la mandibule est presque aussi protractile que dans les equuïa. Chaque mâchoire, les palatins et le chevron du vomer n ont qu'une ligne étroite de dents en velours ras. La langue est fort libre, étroite, pointue, et a en dessus une plaque âpre. Le maxillaire est élargi et tronqué au bout. Le préopercule a son angle arrondi, et ses 222 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. bords droits et entiers. L'opercule est deux fois plus haut que long; son bord inférieur est très-oblique, et il a à sa partie supérieure une échancrure semi-cir- culaire entre deux pointes mousses. Le subopercule est en bande étroite; l'interopercule en arc de cercle. La longueur de la pectorale est trois fois et demie dans celle du corps ; celle de la ventrale ne fait pas le quart de la pectorale. L'épine, couchée en avant de la première dorsale, ne se découvre que diffici- lement Cette nageoire est petite (elle n'a pas le cinquième de la hauteur) et se cache dans un sillon dont les bords, formés par ceux des têtes des inter- épineux, sont durs et osseux. Les deux épines der- rière l'anus sont assez fortes. La deuxième dorsale et la deuxième anale sont à peu près semblables , assez basses, et un peu plus hautes à leur partie antérieure seulement , où la première a un peu moins du tiers de la hauteur du corps. Une mem- brane écailleuse suit leurs bases, et le tranchant du dos et du ventre y offre des espèces de dentelures, mais moins prononcées quaux equuJa. La caudale est fourchue; ses lobes ont près du quart de la longueur totale. B. 7 ; D. 1 — 128 ; A. 2 — 1/27 ; G. 17 ; P. 18 ; V. 1/5. Les écailles sont fort petites et enveloppées dans l'argenté de la peau : on n'en voit point à la tête. La ligne latérale a son tiers antérieur arqué vers le dos; le reste est droit; elle se marque par de légères éle- vures un peu plus sensibles aux côtés de la queue. Tout ce poisson est argenté et a le dos verdàtre, plombé ou violâtre. Une tache d'un plombé plus CHAP. XVII. SÉRIOLES. 225 foncé et quelquefois noirâlre se fait remarquer sur le dessus de la queue, près la base de la caudale, et il y en a une noire dans l'aisselle de la pectorale, qui manque quelquefois, et une autre sur le bord membraneux de l'opercule. Le fond des nageoires verticales est jaunâtre. La partie antérieure de la se- conde dorsale est pointillée de noirâtre. Le foie de cette sériole forme une seule masse creusée en dessus en gouttière pour le passage de l'œsophage. La partie moyenne se prolonge en une pointe trièdre qui avance dans le bis de l'abdomen jusque près du rectum. La vésicule du fiel est petite et argentée. L'œsophage se plie et ne se rétrécit que sur le bord du lobe du foie. H y a dix cœcums au- tour du pylore, deux dans le côté droit, et huit du côté gauche; de ceux-ci les quatre premiers sont longs et grêles; les quatre autres sont repliés sur eux-mêmes en cercle , et ont lapparence à l'ou- verture de labdomen de petits ascarides; mais je me suis assuré que ces corps sont réellement des appendices cœcales. La vessie aérienne est très- grande, un peu fourchue au-delà du premier inter- épineux de l'anale. Les reins sont réunis et donnent dans une longue et étroite vessie urlnaire un peu renflée en fuseau dans le milieu, et dont les parois', d'un argenté mat , se détachent très-nettement sur celles de la vessie aérienne, qui ont le brillant de l'argent poli. Dans le squelette la crête mitoyenne du crâne s'élève trois ou quatre fois plus que les latérales, qui sont fort basses; elle se bifurque en avant pour 224 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. laisser un espace aux pédicules des intermaxillai- res, quand la bouche se retire. Il y a, comme dans les sérioles, dix verlèbres abdominales et quatorze caudales. Les côtes ceignent tout l'abdomen, et les six dernières viennent coller leurs extrémités infé- rieures aux côtés des premiers interépineux de la queue, en dépassant le premier de ces os, qui est fort grand et porté les petites épines de derrière l'anus- leurs appendices sont fort petits. Le bassin est comprimé et serré entre la partie inférieure des os de l'épaule. La taille de nos individus ne va pas à plus de dix pouces. Le sconiher chloris de Bloch , pi. SSg , n'offre d'autre différence que la couleur, qui, comme ou sait , est presque toujours fausse dans les figures de cet auteur, quand elles ne représentent pas des poissons du pays, parce qu'il la donnait telle que le dessèchement ou l'action de la liqueur l'avait faite. Il peint son poisson de vert jaunâtre, lui rougit la base de la pectorale et de la caudale, et lui donne les nombres suivans, dont le pre- mier bien sûrement n'est pas exact. B. 6; D. 7 — 1/-28; A. 2 _ 1/27; C. 23; P. 16; V. 1/6. Quant à son assertion, qu'il ny a qu'un ori- fice à chaque narine, nous n avons pas besoin de dire que nous n'en tenons aucun compte. Enfin, ce qui doit lever tous les doutes, CHAP. XVII. TEMNODONS. 225 j'ai comparé à Berlin l'individu de Blocli avec notre espèce, et je me suis assuré de leur identité. Cet individu était long de dix pouces et haut de trois. Selon le docteur Isert, de qui Bloch le te- nait, ce poisson venait de la cote de Guinée. Sa chair est molle , grasse , et se corrompt aisément, ce qui ne fait que la rendre plus agréable aux indigènes. M. Ricord nous dit, au contraire, que sa chair est sèche et mau- vaise. DES TEMNODONS ( Temnodon, noh.), Et en particulier du Temnodon sauteur. {Temnodon saltator , nob.; Perça saltatrioc, Linn.; ChéUodiptère heptacanthe y Lacép.) Les temnodons sont presque des sérioles, ou, en d'autres termes, ce sont des sérioles à dents tranchantes, comme celles de quelques cybiums. Leur corps oblong, leur queue sans carènes et sans armures , et jusqu'à la fai- blesse de leur première dorsale , sont des caractères de sérioles, en même temps que leurs petites écailles et les deux épines au- devant de l'anale , sont des caractères plus 9. i5 226 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. généraux, qui leur sont communs avec beau- coup d'autres scombëroïdes. A la vérité, ces deux petites épines sont presque cacbées sous la peau; mais elles n'en existent pas moins séparées de la nageoire. L^ facilité avec laquelle les temnodons ca- client leur première dorsale , les petites écailles qui garnissent la seconde ainsi que l'anale, leur donnent aussi des rapports avec plusieurs sciénoides; mais leurs dents palatines et vo- mériennes les en écartent, et le manque de fausses pinnules les éloigne de la première tribu des scombéroïdes. Ce qui les distingue donc dans cette famille, c'est la forme de leurs dents de la rangée ex- térieure, toutes séparées, plates, tranchantes et pointues comme des lancettes; et c'est aussi de là que nous avons tiré leur nom (de rsfxvsiv, couper). Ils ont en outre une rangée de dents beau- coup plus petites et plus serrées derrière celles-là. Le vomer, les palatins et la langue en portent des plaques en velours ras. La faiblesse de la première dorsale est plus qu'ordinaire. Ses rayons sont également courts et grêles; la membrane qui les unit est frêle, presque comme une toile d'araignée; et ils se cachent aisément dans le sillon du dos où ils CHAP. XVII. TEMNODONS. 227 sont implantés. La deuxième dorsale et l'anale sont médiocrement élevées et assez écailleuses. Nous avons des temnodons de plusieurs points des deux mondes, et nous n'oserions soutenir que leurs espèces diffèrent. Nous n'a- vons pu du moins apercevoir d'autres diffé- rences entre les individus venus des parages les plus éloignés de l'orient et de l'occident, que de légères variations dans le nombre des rayons des nageoires verticales. On a observé ces poissons depuis long-temps, et on les a ballottés de genre en genre, comme presque tous ceux qui ne rentraient dans au- cun des genres connus , et que l'on voulait contraindre cependant de s'incorporer dans quelqu'un de ces cadres qui n'avaient pas été faits pour eux; quelquefois même on les a placés, sans s'en apercevoir, dans deux genres différens du même ouvrage, faute de remar- quer la concordance des articles écrits à son sujet par les divers auteurs. Le temnodon d'Amérique est la sauteuse ou saltatrix de la Caroline, de Catesby (t. II, pi. i4). Linnœus l'avait reçu de Garden sous les noms anglais de skip-jack (de skip , sauter), que lui donnent les habitans de la Caroline. Il Fa introduit dans sa douzième édition (p. 491)? ^^ ^^^ ^ ^^^^ ^^'^ ^asterosteus 228 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. saltatrixy bien qu'il reconnût lui-même que ses épines dorsales n'étaient pas libres comme le voulait le caractère générique des gastéros- tées. L'identité de son espèce est attestée par la citation qu'il fait de la figure de Catesby. Gmelin (p. iSsô), Bonnaterre % Shaw** l'ont laissé dans le même genre et avec la même épithète, en se bornant à copier Linnœus. M. de Lacépède, à cpii M. Bosc en avait donné un dessin, et toujours sous ce nom de skip-jack, n'a point eu lidée de recourir ni à Linnaeus ni à Garden; il a considéré ce dessin comme appartenant à un genre et à une espèce nouvelle, qu'il a nommée pomatorne skip.^ Ce nom de pomatome devait indiquer quel- ques incisions à l'opercule, que la figure des- sinée peu correctement lui semblait annoncer, mais qui se réduisent en réalité à une simple échancrure, telle qu'il y en a dans beaucoup d'autres poissons. Cependant M. de Lacépède, comme il ne lui était que trop ordinaire, parlait dans un autre endroit du temnodon des mers orien- tales, bon chéilodiptère heptacantlie^ , tiré 1. Encjcl. méth., pi. d'icht^Yol., p. iS/ et pi. 67, fig. 224- 2. Gen. zooL, t. IV, part. II, p. 60g. 3. Lacépède, t. IV, p. 456 et pi, 8, fi^. 5. 'L Idem, t. III, p. 542 et pi. 21 , fig. 3. CHAP. XVII. TEMNODONS. 229 d'un dessin laissé par Commerson, n'est mani- festement pas autre chose. M. de Lacépède, oubliant cette fois 1 étiquette du dessin , sup- pose vaguement que ce poisson avait été ob- servé dans le grand océan liquatorialy mais c'est au fort Dauphin de Madagascar que Com- merson l'avait vu, et nous en avons trouvé, dans sa Faune de Madagascar manuscrite, une description très-détaillée, correspondante à ce dessin, et faite en Novembre 1770. Il y décri- vait le poisson tel qu'il habite dans l'océan In- dien , et que nous l'en avons reçu de plusieurs endroits, comme nous le dirons tout à l'heure; mais il habite aussi autour du Cap, et Forster l'y avait dessiné et décrit , lors du second voyage de Cook, sous le nom de scomber capensis. Sa figure, conservée dans la bibliothèque de Banks , ne laisse aucun doute sur l'espèce , qui est confirmée d'ailleurs par le nom {\elft (alose) qui, dit-il, est celui que ce poisson porte au Cap. Nous avons reçu en effet du Cap, par M. Verreaux, plusieurs individus de tem- nodons , intitulés elft^isch ( poisson alose ). Schneider^ a rapproché à la fois ce scomber capensis de Forster, du scomber helvolus du même Forster, que nous avons vu être un 1. Sjst. posth. de Bloch , p. 35, n.° 4o. 250 LIVRE TX. SCOMBÉROÏDES. caranx, et du gasterosteus carolînuSj envoyé à Linnceus par Gard en, sous le nom de cre- valle^ en même temps qu'il en recevait le temnodonsous celui de skip-jack, ce qui rend déjà l'identité de ces deux poissons douteuse, quoique leurs nombres de rayons soient in- diques de même*. De plus, la crevalle est dite avoir la dorsale et l'anale en faux, et la ligne latérale un peu carénée, ce qui ne peut convenir au temnodon 5 c'est plutôt aussi quelque caranx. Aujourdhui le temnodon se nomme à New- York horse-makerel (maquereau de cheval), ce qui est proprement en anglais la dénomi- nation du saurel [caranx trachurus). M. Mit- cbill le représente fort bien sous ce nom (pi. 4» fig- 1)' ^^ ^^^ donne en latin celui de scombei^ pliunheus^ ne se doutant point que déjà Linnaeus lui en avait donné un autre. Ce poisson se trouve au Brésil comme aux États-Unis^ et le prince de Neuwied a bien voulu nous en donner un fort grand individu pris à Bahia. Il y en a même jusqu'à Monté- vidéo , d'où M. d'Orbigny vient de nous Fen- 1. Dans le gasterosteiis carolhms ou crevalle : D. 8 — 26 ; A. 3/'24. Dans le gasterosieus saltairix ou skip-jack .• D. 8 — 26; A. 3/24, selon notre notation, Linn., éd. i2, p. 490 et 491 j et ensuite dans Gmel.^ dans Bl. Schn._, etc. CHAP. XVII. TEMNODONS. 231 voyer. Cependant je n'en trouve de mention ni dans Margrave, ni dans Spix; il n'en est pas question non plus dans Renard et dans Valentyn , bien qu'il ait été trouvé dans 1 océan Oriental, à Amboine, par MM. Lesson et Garnot , et jusqu'au port Jackson , fort anciennement par Pérou, et depuis par MM. Quoy et Gainiard. Ce qui est plus remarquable encore , c'est que, comme quelques autres poissons de la mer des Indes, il se rencontre aussi dans la partie orientale de la Méditerranée. M. Geof- froy Saint-Hilaire et M. Ehrenberg font rap- porté d'Alexandrie. Le savant voyageur alle- mand nous apprend que les Arabes lui don- nent le nom de suhr. Il viendrait même jusque sur les côtes de Sicile, si, comme nous avons lieu de le soup- çonner, le gonenion serra de M. Rafinesque {Caratt., p. 53, pi. lo, fig. 3) n'est qu'un jeune temuodon; mais jamais nous ne l'avons reçu daucune de nos côtes de France. Le teinnodon est oblong et légèrement comprimé. Sa hauteur au milieu est à peu près quatre fois et demie dans sa longueur, et son épaisseur trois fois dans sa hauteur. La longueur de sa tête fail le quart de sa longueur totale; elle a en hauteur à la nuque les deux tiers de sa propre longueur. Le profil des- 232 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. cend obliquement en ligne légèrement conveixe, le long de laquelle est une crête à peine tranchante, La mâchoire inférieure avance plus que l'autre, et sa symphyse obtuse forme le bout du museau. L'œil, placé au tiers antérieur et un peu au-dessus du mi- lieu de la hauteur, a environ le sixième de la lon- gueur de la tête en diamètre. La distance d'un œil à l'autre est de deux de leurs diamètres, et le front entre eux est arrondi. Les orifices de la narine sont au tiers de la distance entre l'œil et le bout du mu- seau, un peu plus haut que le bord supérieur de l'orbite et très -près l'un de l'autre. L'antérieur est petit et rond ; le postérieur est une fente verticale trois fois plus longue. Le sous-orbitaire est étroit et sans dentelure. Le maxillaire, élargi et coupé carrément en arrière, se porte jusqu'à l'aplomb du bord postérieur de l'orbite : mais la bouche n'est fendue que jusque sous le bord antérieur de cette cavité ; elle descend un peu en arrière et est garnie de lèvres charnues. La mâchoire supérieure est légèrement protractile; l'inférieure s'articule plus en arrière que l'extrémité du maxillaire. Chaque mâchoire a une rangée de dents droites , comprimées , en forme de lancettes tran- chantes et pointues , au nombre d'environ douze de chaque côté. Derrière le milieu de la rangée supé- rieure il y en a une autre de très-petites, serrées les unes près des autres , et à peu près en même nombre. Au palais il y en a trois plaques en velours ras ; une triangulaire en avant du vomer, et une oblongue plus grande à chaque palatin. La langue est très- libre, oblongue, obtuse et lisse dans sa plus grande CHAP. XVII. TEMNODONS. 255 partie; mais il y a sur sa base deux plaques paral- lèles de dents en velours ras. Le préopercule a son bord montant légèrement convexe en arrière; son angle est arrondi, et au-dessus est un arc un peu rentrant ; son limbe est finement strié , ce qui produit comme des cils à son bord , qui est mem- braneux. L'opercule a en longueur le quart de celle de la tête, et moitié de plus en hauteur; son bord osseux est échancré dans le haut par un petit arc rentrant qui y produit deux pointes. Le sous-oper- cule et Tinteropercule sont assez larges , et leur bord membraneux est cilié à la manière du préo- percule. La membrane des ouïes est fendue jusque vis-à-vis ! articulation de la mâchoire inférieure, aux branches de laquelle elle laisse une grande li- berté; l'isthme reste aussi entièrement à découvert. Derrière la symphyse sont deux grandes fosses ovales , très-creuses , mais sans issue. Il y a sept rayons branchiostèges , tous assez forts. L'opercule porte une demi-branchie. La première paire des arcs branchiaux porte des râtelures assez longues; les autres n'ont quune légère âpreté. Les dents pha- ryngiennes sont en velours ras. L'épaule n'a de remarquable qu'une lame trian- gulaire écailleuse dans l'aisselle de la pectorale, na- geoire coupée en demi-ovale, attachée un peu au- dessous du milieu de la hauteur, et qui n'a pas tout- à-fait le septième de la longueur du poisson : on y compte dix-sept rayons, dont le troisième est le plus long. L'attache des ventrales est un peu plus en arrière que celle des pectorales. Leur longueur est 254 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. d'un cinquième moindre; elles sont très-rapprochées l'une de l'autre et, par leur bord interne, adhèrent à l'abdomen et entre elles. Leur épine égale presque leur premier rayon mou. La première dorsale com- mence vis-à-vis le milieu de la pectorale, et occupe une longueur égale au huitième de celle du poisson. Elle a non pas sept, mais réellement huit rayons épineux et pomtus; mais si grêles et si flexibles, qu'ils peuvent à peine piquer. Le quatrième, qui est le plus élevé, n'a que le cinquième de la hauteur du corps. Le dernier est quelquefois presque im- perceptible. La membrane qui les unit est si frêle, qu'elle se déchire au moindre tiraillement. La deuxième dorsale commence sur le milieu de la longueur, et en occupe un peu moins du quart j elle a une épine et vingt-cinq ou vingt-six rayons mous. Le premier de ceux-ci est sans branches, et d'un peu moins de moitié de la hauteur du corps. Les autres diminuent graduellement. Le dernier n'a pas le tiers de la hauteur du premier. L'épine qui précède celui-ci, n'a que moitié de sa hauteur. L'anale répond absolument à la deuxième dorsale pour la position, pour la forme et pour l'étendue. Je lui compte vingt-sept et vingt-huit rayons mous. En avant de son épine il y en a deux autres très- courts, cachés dans la peau, et que l'on ne découvre qu'avec de l'attention et même en s'aidant un peu du scalpel. La caudale est fourchue jusqu'aux deux tiers de sa longueur, qui est elle-même cinq fois et demie dans sa longueur totale. Le nombre des écailles, comptées de l'ouie à la CHAP, XVII. TEMNODONS. " 23S caudale, est de plus de cent, et il y en a au moins trente rangées longitudinales. La deuxième dorsale et l'anale en sont couvertes, ainsi que les pièces operculaires , la joue et la tempe; mais il n'y en a point au front , ni au museau , ni aux mâchoires. Elles sont transversalement ovales, c'est-à-dire plus hautes que longues, minces, entières, très-finement striées par des ovales concentriques , un peu poin- lillées dans leur partie visible : leur partie cachée a un éventail peu réguher d'environ quinze rayons. La ligne latérale, à peu près parallèle au dos par le quart supérieur de la hauteur en avant, se mar- que par une suite continue de tubulures simples et étroites. La couleur générale de ce poisson est plombée, brillante; et il est teint de verdàtre sur le dos, au point qu'en Virginie , selon Catesby , on le nomme greenfish (poisson vert). Les rangées longiiudinales des écailles y forment des lignes de reflets. Ses na- geoires sont grises. Nous en avons des individus de toute taille, jus- ques cà deux pieds et plus. Les viscères du temnodon ressemblent beaucoup à ceux des pélamides , des sérioles et des autres scombéroïdes à appendices pyloriques, divisés en un très grand nombre de branches réunies par un tissu cellulaire dense et serré. L'estomac n'est qu'un sim- ple sr.c cylindrique alongé. Le lobe gauche du foie est mince et divisé en deux lobules, dont le supé- rieur est prolongé en une longue languette; 1 infé- rieur est phé, et supporte dans l'angle de ce pli la 236 LIVRE IX. SCOMBÉROlDES. plus grande portion de la masse des cœcums. Le lobe droit du foie est plus petit, moins divisé; il porte une vésicule du fiel très-longue et repliée sur elle-même, de manière à remonter plus haut que le dernier tiers de sa partie droite. La rate est épaisse, trièdre et très- grosse. Les laitances sont médiocres. La vessie aérienne est simple et à parois très-minces. Les reins sont réunis en une seule masse épaisse. Son squelette a douze vertèbres abdominales et quatorze caudales. Les côtes en sont médiocres ; les interépineux grêles, surtout ceux de la première dorsale. M. Mitcbill nous apprend que ce poisson est lun des plus savoureux de la côte de New- York, et que l'on y en prend abondamment, surtout des jeunes, qui pénètrent au mois d'Août dans le port , où les enfans s'amusent à les pécher à la ligne le long des quais. A la Caroline, selon M. Bosc, il se trouve, mais rarement, dans les baies et aux embouchures des rivières : on y fait aussi grand cas de sa chair. Catesby rapporte la même chose, et ajoute que son nom de skip-jack vient de l'habitude qu'il a de sauter hors de l'eau. Commerson se borne à dire de celui de Madagascar, qu'il est assez commun au fort Dauphin , et que son gotit n'est pas mauvais. CHAP. XVII. LACTAIRES. 237 DES LACTAIRES (Ljctjrius, nob.) Nous séparons des sërioles un poisson qui olïre dans son organisation une disposition remarquable de sa vessie natatoire, qui a l'air d'être perforée par le premier intere'pineux de l'anale. Cet organe a quelque rapport de forme avec celui de certaines sciènes, et nous trouvons au poisson des caractères dentaires qui rappellent ceux des otolithes. Les lactaires n'ont plus seulement des dents en velours ras aux deux mâchoires et aux palatins, comme les sërioles auxquelles ils ont été jusqu'à présent associés. La mâchoire su- périeure porte en outre à l'extrémité anté- rieure deux ou quatre crochets longs, arqués et pointus. L'inférieure n'a qu'une seule ran- gée de petites dents fines, aiguës, un peu crochues et serrées l'une contre l'autre. On y trouve souvent un ou deux crochets. Il y a un petit groupe de dents fines et petites sur le chevron du vomer, et une bande fort étroite sur le bord externe de chaque palatin. Les deux bords de la langue sont couverts d'âpretés. Ce genre diffère aussi des sérioles par l'absence d'épines libres au-devant de l'anale. Nous avons emprunté à Bloch le nom spé- 258 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. • cifique quil lui avait donné pour en faire la dénomination générique de ce singulier poisson. Le Lactaire délicat. {Lactarius délie atulus , nob. ; Scomher lactariuSy Bl. Schn., p- 3i, n." 26.) On ne connaît encore qu'une seule espèce de ce genre, nommée par nos colons de Pon- dichéry pêche -lait y à cause de l'excessive délicatesse de sa chair, et à qui cette pro- priété a procuré des noms analogues dans toute la péninsule en -deçà du Gange. Blocli, qui l'avait reçue de Tranquebar, l'a nommée dans son Système posthume scom- he?^ lactarius. Sur la côte de Coromandel on l'appelle en tamoule soudojnhou ou souronbou , John et M. Leschenault s'accordent à cet égard. C'est le chimda-wah de la côte d'Orixa, dont Russel a fait assez mal à propos un sparus.^ Elle nous a aussi été envoyée de la côte de Malabar par M. Bélenger, lequel dit qu'on l'y nomme adove, et M. Dussumier vient de la rapporter du même pays en assez grande quantité. 1. Russel, t. II, pi. io8. CHAP. XVII. LACTAIRES. 2o9 Sa hauteur est trois fois un tiers dans sa longueur totale; son épaisseur près de cinq fois dans sa hau- teur. La longueur de sa tête est du quart de la lon- gueur totale , et sa hauteur de quelque chose de moins. Le tranchant du profil continue régulière- ment la courbe du dos. L'œil a près du tiers de la hauteur de la tête. La bouche est fendue très -obli- quement. L'angle du préopercule est arrondi, et son limbe élargi et strié. L'opercule a son bord inférieur légèrement concave, et près de l'angle une échan- crure ronde entre deux pointes. Cette espèce se distingue aisément par ses dents petites, très-fines, aiguës, un peu crochues, serrées sur une seule rangée à la mâchoire inférieure, et dont celles du miUeu, au nombre de deux ou de quatre en haut, et de deux ou quelquefois d'une seule en bas, sont plus longues et plus grosses, et forment des crochets assez forts. Les dents de la mâchoire supérieure sont en velours très-ras. Ses pectorales ont à peu près le quart de la lon- gueur totale. Ses ventrales sont de moitié plus courtes, La hauteur de la première dorsale est de moitié de celle du tronc sous elle; la seconde est un peu plus basse. L'anale est plus longue qu'elle. Ses trois épines adhèrent à son bord antérieur, et il n'y en a point de libres. Entre l'anus et la première des trois épines est une partie tranchante, soutenue par une dilata- tion du premier interépineux. B. 7 ; D. 8 — 1/21 ; A. 3/25 ou 26 j P. 16 ; V. 1/5. La ligne latérale est parallèle au dos au tiers de la hauteur. Le corps est couvert d'écaillés très-minces, 240 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. qui tombent et se perdent facilement. Celles de la ligne latérale sont un peu plus fortes que les écailles voisines, et leur bord libre est échancréj c'est ce qui rend la ligne latérale très-visible. Ce poisson est argenté et teint de plombé verdàtre sur le dos. Ses nageoires sont jaunâtres. La caudale a un liséré noirâtre, fort peu marqué. Il y a une petite tache noire à l'échancrure de l'opercule. Nous en avons des individus de six et de sept pouces. L'espèce atteint neuf pouces. Le foie, divisé en deux lobes fort inégaux, offre une masse assez considérable, surtout dans le côté droit. Le lobe gauche est pointu, le droit est arrondi. La vésicule du fiel est très -longue et très -étroite, accolée le long de l'intestin qu'elle suit jusque dans son pli en se recourbant avec lui. L'estomac forme un grand sac cylindrique. Sa branche montante est fort courte; il y a six cœcums longs et grêles, deux à gauche et quatre dans le côté droit. La rate est noire et cachée sous l'estomac au-dessus du lobe droit du foie dont elle est séparée par le repli du duodénum. Les organes de la génération sont rejelés vers l'arrière de l'abdomen. La vessie aérierme est longue, à parois fortes, fibreuses, argentées; elle donne en avant deux petites cornes dont la pointe est recourbée. Elle se bifurque aussi en arrière, et elle offre du côté droit une très-petite corne mousse, qui dépasse un peu rinterépineux et qui s'unit par un tissu cellulaire très-serré à la corne gauche, laquelle se prolonge sous les apophyses épineuses des vertèbres caudales jusqu'à la septième vertèbre non loin de la termi- CHAP. XVII. LACTAIRES. 241 naison de l'anale. Cette partie conique est très-poin- tue. Les deux cornes, ainsi réunies, ont l'air de former, au milieu de la vessie, une sorte de bouton- nière traversée par l'os. Il faut la disséquer avec soin pour ne pas se méprendre sur cette disposition sin- gulière. Les reins sont minces, noirâtres, et donnent par un long uretère dans la vessie urinaire, qui est petite. Son squelette a dix vertèbres abdominales et qua- torze caudales. Les apophyses transverses des der- nières abdominales descendent presque verticale- ment. Les côtes sont grêles et à peine de moitié de la longueur de l'abdomen. Au-dessus de la première vertèbre sont trois interépineux "très- grêles , sans rayons. Le premier interépineux de l'anale, attaché à la première vertèbre caudale, est droit, assez grêle, et s'élargit dans le bas en une crête triangulaire, qui porte à son angle postérieur les trois épines. Les interépineux suivans sont courbés en arc du côté gauche pour s'appuyer sur la pointe conique de la vessie aérienne. En général, les interépineux et les apophyses épineuses des vertèbres sont fort grêles. Les crêtes intermédiaires du crâne se prolongent sur les orbites et encei£;nent ainsi sur le crâne un espace concave, au miheu duquel se termine la crête mitoyenne, qui est assez élevée et très-mince. On en pèche pendant toute l'année dans la rade de Pondichéry. 242 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. DES PASTEURS {Nomeus^ Cuv.)- M. Cuvier a séparé, dès sa première édition du Règne animal', un petit genre de poissons voisin des sérioles, auquel il assignait la gran- deur des ventrales comme caractère distinctif; ce qui est loin d'être suffisant , lorsque l'on examine la grandeur des nageoires paires in- férieures de plusieurs sérioles , notamment de la sériole à deux taches ou de la sériole de E-uppel. Cependant le poisson que Margrave a figuré p. i53, sans lui donner de nom en particulier, est le type d'un genre de scom- béroïdes voisin des sérioles ; mais nous lui devons des caractères plus précis que ceux qui lui avaient été assignés par M. Cuvier. Il leur a donné ou plutôt laissé le nom de pasteur, parce que, Margrave ayant comparé une de leurs espèces avec le nuige, qui se nomme en hollandais harder ou ber^erj plu- sieurs auteurs l'ont appelé pastor. Les pasteurs se distinguent des sérioles par la petitesse de leur bouche, et parce que les dents de leur mâchoire sont un peu crochues, écartées l'une de l'autre et sur un seul rang. Il n'y a pas de bande, de dents en velours ras 1. Règne anim., t. Il, p. 3i5. CHAP. XVII. PASTEURS. 243 derrière. Ils manquent aussi complètement de première anale, c'est-à-dire des deux épines libres placées en arrière de l'anus. Leurs ven- trales, plus grandes que dans aucune sériole, donnent à ces poissons un aspect particulier et notable quand ces nageoires sont déve- loppées. Repliées , elles peuvent se cacher entièrement dans une sorte de sillon creusé sous l'abdomen. Nous avons des pasteurs des parties chaudes des deux océans. Le Pasteur de Maurice. {Nomeus Mauritii, Cuv.; Harder, Margr., p. i53; Eleotris Mauritii ^ Gronov.) Cest M. Rang qui nous a donné ce poisson intéressant à connaître , puisqu'il a servi à retrouver celui de Margrave , qui avait été placé arbitrairement dans le genre des gobies avant les travaux de M. Cuvier. 11 a été pris sur les rivages de Me du Prince , non loin de la côte de Guinée, de sorte que ce poisson nous paraît être du petit nombre de ceux qui traversent l'Atlantique. Le profil du dos s'élève par une courbe régulière, et s'abaisse ensuite beaucoup vers la queue, de ma- nière que la hauteur du corps à la racine de la eau- 244 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. dale n'est que du quart de celle mesurée au-devant de la première dorsale. Le corps est quatre fois plus long qu'il n'est haut. Le museau est obtus et arrondi, La tête ne fiât guères que le cinquième de la longueur totale. La bouche est petite et peu fendue. Les dents sont fines , crochues , placées à la suite l'une de l'autre sur les deux mâchoires. Il y en a quelques- imes sur le vomer et sur les palatins ; elles sont semblables à celles des mâchoires et sur un seul rang. La première dorsale est plus élevée que la se- conde; ses rayons sont grêles. La caudale est four- chue, et a les lobes arrondis. La ventrale forme un grand triangle équilatéral , dont chaque coté égale les trois quarts de la hauteur du corps. Sa surface est encore augmentée par la large membrane qui unit le dernier rayon au ventre. D. 11 — 1/265 A. 2/24 5 C. 17 j P. 23; V. 1/5. Les écailles sont extrêmement petites. La ligne la- térale est un simple trait. La couleur est brune ou noirâtre sur le dos, et découpée par de larges fes- tons arrondis, qui tranchent sur l'argenté brillant et irisé de pourpre et d or des cotés et du ventre. De grosses taches ou points noir foncé sont épars sur cette couleur. La première dorsale est noirâtre; la seconde, un peu jaunâtre, a quelque teinte de la couleur du dos sur la base des rayons. L'anale, jaune, a deux taches noires. La caudale est jaunâtre. Les ventrales ont les rayons blanchâtres : ils sont réunis par une membrane noire comme de l'encre; et il y a entre le premier et le second , et celui-ci et le troisième, une tache oblongue blanche, qui est CHAP. XVII. PASTEURS. 245 très-exactement représentée sur le dessin du prince Maurice ; mais il en marque entre chaque rayon , ce qui porte à cinq le nombre des traits blancs. Ces poissons me paraissent être du nombre peu commun des scombéroïdes qui n'ont pas de vessie natatoire. Leur foie est petit, l'estomac assez grand, et les cœcums sont très-nombreux et réunis par houppes sous la partie antérieure de l'abdomen. Leur estomac était vide. Margrave dit que ceux des cotes d'Amé- rique se nourrissent des immondices rejetés des navires. La grandeur des individus varie de deux pouces à trois et demi. Il nous parait que c'est la même espèce dont Margrave a une figure p. i53. Cet au- teur , ainsi qu'on la vu plus haut , ne lui donne pas de nom , et dit seulement qu'il ressemble au harder des Hollandais, c'est-à- dire au muge : mais il n'en a pas fallu davan- tage pour que Eai l'appelât mugil americci- nus\ et que RIein le rangeât parmi ses ces- treus^. Gronovius en a fait un gobie, tout en convenant que sa tournure est celle d'un 1. Rai, ^7z. pisc, p. 85, n.° g. — 2. Klein, Mise-, p. 24? n.°Z. 24G LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. scoiPibre ^ , et son opinion ayant ëtë suivie par Gmelin^, ce poisson est devenu Xeleoti^is Mauritii du Système posthume de Bloch (p. 66), et le ^ohiomore Gronoi'ien de La- cépède (t. II, p. 584)- Cependant l'un des motifs de Gronovius , les cinq rayons qu'il comptait aux branchies, est faux : il y en a sept, comme dans les séiioles, les caranx et les scombres; et l'autre, celui de l'adhérence des ventrales par leur bord interne à l'abdo- men, est commun à presque tous les poissons de la famille des scombéroïdes : à ce degré il a lieu nommément dans toutes les sérioles. Selon Margrave, cette espèce n'arriverait qu'à sept pouces de longueur; mais l'original d'oii la ligure est tirée, et que nous avons vue parmi les peintures du prince Maurice i^Lib. princip.y t. II , p. 386) , porte ces mots : wie ein Salin (comme un saumon), ce qui semblerait indiquer une grande taille, si toutefois, comme l'observe M. Lichtenstein , le dessinateur n'a pas entendu par ce mot de Salm un jeune saumon : l'adulte se nommant Laclis en alle- mand. ^ 1. Gronov., Zoophjh, p. 82, n.° 278. 2. Gohius Gronovii, Gmel., p. i2o5, n." 25. 8. Lichtenstein, Mém. de l'Acad. de Berlin, j820;>p. 286. CHAP. XVn. PASTEURS. 247 Le Pasteur de Péron. {Nomeus Peronii, nob.) Péron a rapporte un petit poisson semblable au précédent, mais où le fond est d'un argenté très-éclatant. Ses ventrales portent sur un fond blanc deux bandes transversales noires. Son profil est moins arqué qu'au pasteur de Maurice. Les individus, longs seulement de deux pouces, sont trop mal conservés pour que nous donnions le nombre exact de leurs rayons. Le Musée royal des Pays-Bas a reçu la même espèce des mers de Java, par les re- cherches de MM. Ruhl et Van Hasselt. DES NAUCLÈRES {Nauclerus, nob.)- Nous venons de décrire des scombéroïdes sans fausses pinnules, qui, semblables à la sériole de la Méditerranée, ont des dents en carde ou en velours ras aux mâchoires et aux palatins, et dont les pièces de l'opercule n'offrent aucune épine ni dentelures. La petite se'riole, dédiée à M. Dussumier, a tous les caractères que nous énonçons ici. Elle ressemble d'une manière frappante à des 248 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. petits poissons qui ont, avec dentition sem- blable à celle des séiioles, un caractère no- table dans l'épine , sortant du sommet de l'angle obtus formé par les deux bords du préopercule. Cette épine est accompagnée le plus souvent de deux autres plus petites , placées de chaque côté de celle-ci. La ressemblance de leur couleur les a fait confondre jusqu'à ce jour avec le pilote [nau- craies cliictor)'^ mais le manque de carène aux côtés de la queue est un caractère qui vient se joindre à celui fourni par fépine du préopercule pour les en séparer. Nous avons donc été obligé de faire de ce groupe un genre particulier, que nous désignons sous le nom de Nauclère [nauclerus)^ pour rappeler leurs affinités avec le poisson si connu sous le nom de pilote; emploi que les Grecs dési- gnaient par le nom de vccvy.K^oç. Nous en décrivons plusieurs espèces établies d'après l'examen d'un grand nombre d'individus. Les nauclères sont de petits poissons qui ne vivent qu'en haute mer; ce sont en quel- que sorte les épinoches du grand Océan. MM. Quoy, Gaimard et Dussumier sont jus- qu'à présent les seuls navigateurs qui aient eu le soin de les recueillir. De nouvelles re- cherches en feront peut-être découvrir de CHAP. XVII. NAUCLÈRES. 249 nouvelles espèces, ou feront mieux connaître celles que nous indiquons, et nous appren- dront si elles comprennent des individus qui restent dans les petites dimensions oii nous les avons reçus, ou si nos observations ont été faites sur de jeunes individus. M. Dussu- rnier dit qu'il en a pris fort souvent dans divers parages, et qu'il n'en a jamais vu de plus grands. Les caractères qu'ils nous ont offerts les excluent dans tous les cas des genres voisins dans lesquels on voudrait les placer. Le Nauclère comprimé. {Nauclerus compressas , nob.) Ce petit poisson ressemble , comme ses congénères, à un jeune pilote. Saplus grande hauteur fait le quart de sa longueur, et son épaisseur en est le huitième. La longueur de la tête égale la hauteur du corps. L'œil, assez saillant, a un diamètre qui mesure près de la moitié de la longueur de la tête. La distance d'un œil à l'autre égale aussi ce diamètre. Le bord vertical du préoper- cule tombe sous un angle obtus sur le bord hori- zontal. L'épine qui saille du sommet de cet angle, est longue et forte. Il y en a une petite au-dessus, à la base du bord vertical, et une troisième plus grosse que celle-ci, mais moindre que la première, sur le bord horizontal. 250 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. L'opercule a quelques stries verticales près de sa réunion avec le préopercule, et d'autres stries plus fines, parallèles aux sinuosités du bord postérieur. On n'y voit point d'épines ni de dentelures. La mem- brane branchiostège est assez large, et soutenue par ' sept rayons. Les ouies sont bien fendues. La bouche l'est peu. Les deux mâchoires sont d'égale longueur; elles portent quelques petites dents crochues sur le bord antérieur d'une bande de dents en velours ras. Le chevron du vomer et les palatins en ont aussi de fort petites. Les épines de la première dorsale s'élè- vent au tiers de la longueur totale; elles sont très- basses et rapprochées , de sorte que la nageoire n'a de hauteur que le neuvième de celle du corps sous elle, et de longueur que le dix-huitième de la longueur totale du poisson. La seconde dorsale suit de tout près celte première nageoire épineuse. Sa hauteur égale la moitié de celle du corps, et sa lon- gueur à peu près le tiers de celle du poisson. L'anale est plus courte, mais de même forme que la seconde • dorsale; elle est précédée par deux épines. La cau- dale, fourchue, a ses lobes larges et arrondis. Les ventrales sont larges , sans atteindre cependant à l'anus. Les pectorales sont arrondies. B. 1 ; D. 5 — 1/25; A. 2 — 1/16; C. 17; P. 18; V. 1/5. Le corps est couvert de très -petites écailles, à peine visibles à la loupe. Tout le préopercule en est également chargé; mais le reste de la tête est nu. La ligne latérale va de l'angle supérieur de la fente de l'ouie à la queue, en faisant une légère courbe et quelques inflexions. Arrivée sous la dor- CHAP. XVII. NAUCLÈRES. 251 sale, elle s'abaisse et passe par le milieu des côtés de la queue; elle n'est pas relevée, et il n'y a au- cune carène en avant de la caudale. Le corps est argenté brillant, un peu plombé sur le dos et tra- versé par sept bandes bleues noirâtres, qui descen- dent du dos et s'effacent sur le bas des flancs. La première est étroite et passe sur la tête et le bord du préopercule. La seconde est à la hauteur de l'épaule. La troisième colore la petite dorsale épi- neuse. Les trois suivantes forment des taches noi- râtres sur la dorsale. La cinquième et la sixième re- paraissent sur l'anale et y forment deux taches noires, semblables aux trois de la dorsale. La caudale offre. deux petites taches arrondies, peu marquées sur l'extrémité de chacun de ses lobes. Le fond de ces nageoires est jaunâtre. Les ventrales sont presque entièrement noires. Les pectorales n'ont aucunes taches , et leur couleur est pâle. Ces poissons ont de nombreux cœcums fort courts, le foie petit, et une vessie aérienne médiocre. Telle est la description de notre première espèce, qui a été prise dans la mer des Mo- luques par MM. Quoy et Gaimard, pendant leur navigation avec M. d'Urville. Nos individus n ont qu'un pouce neuf lignes. Z.e Nauclère kaccourci, {Nauclerus abreviatus , nob.) est une seconde espèce, qui a le corps moins comprimé, sans qu'il soit ce- 252 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. pendant arrondi. Il paraît aussi plus trapu. Les épines de l'angle du préopercule sont plus petites. Les dents paraissent un peu plus fortes. Les épines de la dorsale plus faibles. La ligne latérale plus droite. Les bandes plus étroites. D. 4 —1/25; A. 2— 1/15, etc. D'ailleurs, il ressemble beaucoup au précédent- mais il est facile à distinguer parce qu'il a une épine de moins à la dorsale. La taille de nos individus varie dun pouce et demi à deux pouces. Pérou en avait déjà rapporté depuis long-temps, lorsque l'espèce fut retrouvée dans l'Atlantique par les mêmes voyageurs qui nous ont procuré la précédente. Le Nauclère a épines courtes. {Nauclerus hrachjcentrus , nob.) Cette troisième espèce a des caractères plus précis que la seconde. Elle en a un flicile à la faire reconnaître dans la pelitesse des épines de sa dorsale. Je n'en compte que quatre sur les trois individus conservés dans le Cabinet du Jardin des plantes. Cette dorsale est si basse qu'elle n'a guères qu'un quinzième de la hau- teur du corps sous elle, D. 4 — 1/25; A. 2 — 1/15, etc. L'épine de l'angle du préopercule est très-courte, et il n'y en a qu'une seule. Les dents sont très- CHAP. XVII. NAUCLÈRES. 255 petites. Les écailles plus visibles. La ligne latérale a un petit chevron au-dessus de la pectorale; elle descend ensuite obliquement, mais sans courbures, jusque sur le milieu de la queue , où elle forme une légère saillie ou carène. La couleur est moins brillante que celle des deux autres nauclères, précédemment décrits, parce que le ventre est plombé comme le dos. Les taches de la caudale forment une bande sur cette nageoire, de sorte que le poisson est traversé par huit bandes noirâtres. Nous en avons des individus longs de deux pouces un quart : ils viennent de locëan In- dien ou de la mer des Moluques, où MM. Quoy et Gaimard les ont péchés. Le Nauclère triacanthe. (^Nauclerus triacanthus ^ nob.) Les mêmes naturalistes ont rapporté de l'Atlantique une quatrième espèce, qui se dis- tingue des précédentes parce que ses deux dorsales sont plus rapprochées , et la pre- mière n'a que trois épines. L'épine de l'angle du préopercule est très-courte, à peine sensible. D. 3 — iy-5; A. 2— 1/19, etc. Les bandes noirâtres s'effacent plutôt sur les flancs, et se terminent en pointe. La tache antérieure de l'anale est à peine sensible. La dorsale a les siennes 254 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. réunies par un liséré noir; la caudale a deux larges taches arrondies en arrière, très-noires, qui rendent la caudale plus noire; ce qui contraste avec l'argenté bleuâtre qui est la couleur dominante dans cette espèce. L'individu est long de deux pouces. Le Nauclère annulaire. {Nauclerus annularis, nob.) Celui-ci a le museau plus gros et plus obtus. Le corps plus trapu, et les six bandes du corps, larges et noires, sont nettes, bien tranchées, et réunies sous le ventre, de manière à former des anneaux qui entourent le ventre. Sur la caudale il n'y a qu'une petite tache noirâtre , plus ou moins étroite. D. 4 — 1/27 5 A. 2 — 1/14, etc. Cette espèce a ëtë prise entre le Cap et Sainte- Hélène par M. Dussumier. La longueur des individus est d'un pouce trois quarts. Le même naturaliste a pris dans le milieu du golfe de Bengale trois autres individus plus petits, et qui ont les bandes moins bien mar- quées sous le ventre , et les épines opeiculaires longues et grêles. Nous les regardons comine des variétés des précédens, parce que les bandes forment ce- pendant des anneaux autour du corps. CHAP. XVII. NAUCLÈRES. 255 Le Nauclère a queue blanche. {Nauclerus leucuruSj nob.) Enfin M. Dussumier a pris dans les mêmes parages une petite espèce, qui se distingue de toutes les autres par sa caudale sans taches. Les bandes du corps sont étroites. Le corps est plus haut que dans aucun autre. Le nombre des épines de la dorsale est de cinq , comme dans le premier de ces nauclères ; mais la caudale sans tache l'en distingue facilement. D. 5 — 1/26; A. 2 — 1/15, etc. Nos individus dépassent à peine un pouce. DES PORTHMÉES (Porthmeus, nob.). Nous formons encore un genre particulier d'un petit scombéroïde, voisin des nauclères, et ayant comme eux les couleurs disposées par bandes brunes sur un fond argenté : c'est ce qui nous a engagé à leur donner le nom de Tzo^QfjLsvç [gondolier), a cause de leur affinité avec les précédens. Ils en diffèrent par leur corps comprimé, par leur dorsale unique, par les armures du préopercule, dont le bord est entièrement dentelé; par les scabrosités du mastoïdien, et par les crêtes surcilières 256 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. dentelées. Ce caractère peut rappeler celui des priopis % genre de poisson établi par MM. Ruhl et Van Hasselt, mais dont nous n'avons pas encore pu nous procurer d'espèces. Ces priopis ont la dorsale double et de grandes écailles, ce qui montre leur affinité avec les ambasses et les apogons , et en éloigne de beaucoup les petits poissons que nous décri- vons aujourd'hui. Le nu de leur peau et leur anatomie prouvent que c'est dans la famille des scombéroïdes qu'ils doivent être placés. Nous n'en connaissons encore qu'une seule espèce, qui a été rapportée de focéan Indien par les naturalistes de la corvette l'Astrolabe. Le PORTHMÉE ARGENTÉ. {Porthmeus argenteus j, nob.) Ce petit poisson a le corps comprimé et de forme ovalaire. La courbe du dos est plus arquée que celle du ventre. La hauteur surpasse un peu le quart de la longueur totale. Celle de la tête fait un peu plus du tiers de la longueur du corps. Le museau est très- pointu, et sa poirte est formée par favance de la mâchoire inférieure, qui dépasse la supérieure. L'œil est grand, placé sur le haut de la joue, sans que l'orbite entame la ligne du profil. Il est au contraire 1. Vol. VI, add,, p. 5o3. chap. xvit. porthmées. 2o7 recouvert par le bord surcilier et osseux du frontal, qui est finement dentelé. En dedans de celte arcade surcilière il y a une petite crête saillante , qui va se joindre sur le bout du museau avec celle du côté opposé, et forme sur le crâne un ch^^vron. alongé. L'extrémité postérieure de ciiaque branche de ce chevron se termine sur le côté du crâne, en arrière de l'orbite, sur un espace sculpté par plu- sieurs stries divergentes. Sous cette première hgne saillante on en volt une seconde plus relevée, plus rugueuse, étendue depuis le bord [josiérieur de Tor- bite jusqu'cà larliculation du préopercule; elle en dépasse même un peu le bord montant, et touche presque au mastoïdien, qui a de même sa surface rugueuse, et forme sur les tempes une petite élévation triangulaire. Le sous-orbitaire mince, très -étroit, a le bord inférieur rentrant, pour donner place au maxillaire. Le bord droit du préopercule descend verticalement, fait un angle très-ouvert avec le bord liorizonial , qui avance très-obhquement vers l'angle postérieur de la nicàchoire inférieure. Ces deux bords ont de fines dentelures, qui, près de l'angle, s'alongent et prennent la force d'épines. Les trois autres pièces operculaires n'ont ni épines ni dentelures. Les deux ouvertures de la narine sont grandes, rondes, rap- prochées l'une de l'autre et du bord antérieur de l'orbite. La bouche est grande et très -fendue. La réunion des deux intermaxillaires forme sur le de.^sus de la tète un petit museau conique comme celui du maquereau, du thon, et de la plupart des scombé- 9- '1 258 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. roïdes de notre première iribu. Ce museau est alongé par la mâchoire inférieure, qui le dépasse beaucoup. Les dents sont Unes , pointues , séparées sur une bande à chaque mâchoire, aux palatins et à tout le vomer. Les ouies sont très-lendues. La langue est libre et lisse. L'ossature de l'épaule a quelques cise- lures. La pectorale est petite. La portion épineuse de la dorsale est tellement continue avec la portion molle, qu'il est difficile de dire qu'il y ail deux na- geoires sur le dos de ce poisson. Les rayons épineux sont rigides, pointus, un peu arqués. Les mitoyens cm un peu plus de hauteur que les anténeurs ou que les postérieurs j mais ils en ont beaucoup moins que ceux de la portion molle de la nageoire, qui est arrondie vers l'arrière. On voit en avant de la dorsale une forte épine pointue, couchée et dirigée vers la tête. L'anale est précédée par deux longues épines , réunies par une membrane , et peu éloignées du premier épineux. Les rayons mous sont plus hauts sur l'avant que sur l'arrière de la nageoire, qui a la même longueur que la seconde dorsale. La caudale est fourchue. Les ventrales sont assez grandes et pointues. B.TjD.T— I/2O5A.2 — l/i9;C.8— 15 — 8;P. 19;;V. 1/5. Je ne puis apei'cevoir aucune écaille. La peau est entièrement lisse. La ligne latérale se marque par une forte strie tracée obliquement depuis le haut de l'huméral jusque sur le milieu de la queue. La couleur est du plus bel argent, glacé de bleu d'acier, avec cinq bandes noirâtres verticales, plus ou moins efifacées. Les dorsales et l'anale sont bleues CHAP. XVIÏ. PORTHMÉES. 2S9 OU noires, avec du blanc vis-à-vis l'intervalle des bandes. Les pectorales et la caudale sont jaunes. Les ventrales ont du noir entre les rayons, qui sont blancs. L'extrémité du museau est noire. L'anatomie de cette espèce ressemble beaucoup à celle du pavteur et plus encore à celle du nauclère, parce que le poisson a une grande vessie aérienne. Le foie est petit. Les cœcums nouibreux sont réunis en masse. L'intestin est court et replié sur lui-même. Nous en avons plus de douze individus qui n'ont tous que deux pouces au plus. Il parai- ■trait donc que ce poisson fort curieux reste toujours petit. M. Verreaux vient de nous en donner deux individus entièrement semblables à ceux de MM. Quoy et Gaimard, et de même taille, pris dans la rade du cap de Bonne-Espërance. DES PSÈNES {PsE?fES, nob.). Nous devons enfin séparer des genres prë- cédens un petit groupe de poissons qui en diffère, parce que leur palais est lisse et sans aucunes dents. Celles des mâchoires sont courtes, crochues, un peu élargies, séparées et disposées sur un seul rang à chaque mâ- choire. Le museau, très-obtus, leur donne la 260 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. figure de trachiuote; mais ils n'en ont aucun autre des caractères. Leurs nageoires verticales sont en partie couvertes d'écaillés. Le PsÈNE AUX SOURCILS BLEUS. {Psenes cjanophrjs , nob.) L'espèce sur laquelle nous avons établi ce genre , a été observée sur les côtes de la Nouvelle-Irlande par MM. Lesson et Garnot. Le corps a la forme d'une ellipse régulière, dont la hauteur, prise à la naissance de la seconde dor- sale, fait à peu de chose près la moitié de la lon- gueur, sans y comprendre la caudale, qui n'est que du cinquième de la longueur totale. L'épaisseur n'est que le quart de la hauteur. Le museau est tronqué et obtus comme dans nos trachinotes. La longueur de la tète est à peu près le quart de la longueur totale. L'œil est arrondi, éloigné du bout du museau d'une distance égale à la longueur de son diamètre, qui est contenu quatre fois dans la longueur de la lête. Le pourtour de l'orbite est bordé d'une pau- pière épaisse qui entoure circulairement la cornée transparente. Le sous-orbitaire, mince et caché dans l'épaisseur de la peau, est peu apparent. La pièce antérieure est étroite, alongée et placée oblique- ment en avant et au-dessous de l'œil , de manière qu'elle arrive à l'extrémité du museau, et qu'elle couvre en grande partie le maxillaire et même le CHAP. XVII. PSÈNES. 201 bord supérieur de l'inlermaxillaire, quand la bouche est fermée. Le préopercule, grand et très-mince, couvre pres- que loule la joue. Le bord vertical est sinueux, l'horizontal très -arqué. L angle que font ces deux bords est arrondi. L'opercule est aussi grand et aussi mince que le préopercule. La surface est sillonnée par de nom- breuses stries fines et longitudinales. Le bord pos- térieur, arqué et oblique, atteint un peu au-dessus de l'alisnement du haut de l'orbite, où il est forte- ment écliancré. Il donne ensuite une saillie dont l'extrémité est arrondie. Le bord inférieur descend obliquement en ligne droite et vers l'angle du préo- percule. Les deux autres pièces operculaires sont également très -minces. L'interopercule est large, arqué , et suit le contour du bord inférieur du pré- opercule. Le sous -opercule, assez large, s'arrondit sur son bord postérieur, qui complète le bord de l'ouverture supérieure des ouïes. Le bord membra- neux de l'opercule est mince , étroit ; il remplit l'échancrure que nous y avons fait remarquer. La fente des ouïes est très-large : il y a six rayons à la membrane branchioslège. La bouche est petite ; quand la mâchoire infé- rieure s'abaisse, elle dépasse un peu la supérieure. Les deux mâchoires sont garnies d'une seule ran- gée de dents petites et pointues, peu serrées l'une contre l'autre. Il y a quelques pores sous chaque branche de la mâchoire inférieure. On ne voit que la partie postérieure du maxillaire j la plus grande 262 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. partie de cet os étant cachée sous le sous-orbi- taire. La narine est grande; ses deux ouvertures sont percées l'une à côté de l'autre et à Texlrémité du museau. L'antérieure est un trou rond , petit ; l'autre est une fente verticale et linéaire. La première dorsale commence à l'aplomb de l'ex- treniiié de Topercule; elle est basse et soutenue par neuf rayons épineux grêles, dont le dernier est pres- que caché dans les muscles dorsaux. La seconde dorsale s'élève au tiers de la longueur totale. Le premier rayon épineux est court et un peu plus fort que ceux de la première dorsale. Les autres rayons sont presque tous égaux entre eux; ils sont bifides à leur extrémité : mais comme les deux fourches sont irès-étroitement unies, les rayons ar- ticulés sont roides et très-forts : on en compte vingt- cinq. Ils sont recouverts, dans la plus grande partie de leur hauteur, par la peau, qui est écailleuse. L'anale a tout autant de longueur que la seconde dorsale. Ses ravons mous sont aussi forts et en même nombre; ils sont encore plus engagés dans la peau écailleuse des flancs qui s'étend sur eux. Il y a trois rayons osseux , dont le premier est très-pe- tit , et le second l'est beaucoup aussi. La caudale est fourchue, peu écailleuse. La pectorale est alongée, arrondie à son extré- mité. Sa longueur est un peu plus grande que celle de la tête. Elle a dix-neuf rayons. Les ventrales sont petites, et peuvent, quand elles sont repliées, se cacher entièrement dans une fos- CHAP. XVII. PSÈNES. 263 sette creusée sous la carène du ventre, ainsi que cela a lieu dans la plupart de nos scombéroïdes. Le rayon épineux est beaucoup plus grêle et beaucoup plus faible que les cinq rayons mous qui suivent. Les nombres sont : B. 6; D. 9 — 1/25; A. 3/25; C. 17; P. 19; V. 1/5. La ligne latérale est un simple trait parallèle à la courbe du dos, et qui la suit à peu près par le cinquième de la hauteur du corps. Les écailles sont petites , et si minces et si lisses , qu'on les sent à peine au toucher. Vues à la loupe, on n'y aperçoit que de nombreuses stries concen- triques très-fines. Le dos paraît avoir été d'un brun rougeàtre un peu plombé, le ventre argenté. Sur chaque écaille il y a un point brunâtre, dont la série forme dix à douze lignes longitudinales au- dessous de la ligne latérale. Les pectorales sont jaunes et transparentes. Les autres nageoires sont un peu plus brunes que le dos. Le bord supérieur de l'orbite est coloré par un trait bleu, qui se prolonge jusque sur le devant du museau , et forme avec celui du côté opposé un chevron sur le dessus de la tête. Nous n'avons pu voir des viscères que la vessie aérienne, grande et prolongée en arrière par deux fourches avançant le long des apophyses épineuses des vertèbres caudales dans l'épaisseur des muscles de la queue. L'individu est long de cinq pouces. 264 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES, Le PsÈNE DE Java. {Psenes Javanicus , nob.) MM. Kulîl et Van Hasselt ont envoyé au Musée royal des Pays-Bas une espèce voisine de la précédente, mais qui a le corps plus alongé , les écailles striées , et qui manque du irait, bleu au-dessus de l'orbite. Le fond de la couleur paraît plus jaune, et les lignes brunes sont plus nombreuses ; car on en compte dix-neuf au-dessous de la ligne latérale. Les nombres des rayons sont les mêmes. La lon- gueur de nos individus n'atteint pas quatre pouces, M. Reynaud a rapporté de Batavia de très-petiis individus de cette espèce. Le PsÈNE DORÉ. {Psenes auratus , nob.) M. Dussurnier a recueilli pendant son der- nier voyage une troisième espèce de ce genre. Elle a le corps à peu près semblable à celui du psène de Java, mais l'œil est un peu plus grand; les rayons des nageoires, plus grêles d'ailleurs, sont en même nombre. Mais les couleurs sont diffé- renies; car, d'après les observations faites sur le poisson frais par ]M. Dussumier, tout le corps est d'un beau jaune doré, prenant une teinte verdâtre CHAP. XVII. PSÈNES. 26^ sur les yeux et sur le devant du museau. La pre- mière dorsale est verdàtre; la seconde et l'anale sont jaunes, bordées de vert foncé. Les ventrales sont vertes , et les pr ctorales jaune clair. La caudale a du verdàtre. L'iris est jaune. L'individu rapporte par M. Dussumier est long de cinq pouces, et il ne paraît pas que l'espèce atteigne à de plus grandes dimensions; car cet observateur l'a rencontrée en grande abondance dans le golfe du Bengale par 20 degrés latitude nord. Il en a pêche plus de trois cents individus, groupés et arrêtés autour d'un arbre flottant au milieu des eaux. Malgré la petitesse de ce poisson, ce naturaliste a trouvé qtie la chair en est bonne et agréable à manger, parce qu'elle n'a presque pas d'arêtes. Le PSÈA^E A QUEUE BLANCHE. ' (Psenes leucuriis, nob.) Le même voyageur a pris dans les mers de l'Inde, sous l'équateur, plusieurs petits psènes qui nous paraissent d'une espèce particulière. Leur corps est régulièrement elliptique; mais ils n'ont pas le front aussi relevé que dans notre pre- mière espèce. La hauteur est contenue deux fois et demie dans celle du corps. Les ventrales sont assez longues et atteignent à la naissance de l'anale. Ce poisson paraît jaunâtre, marbré de noirâtre 266 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. et finement rayé de traits longitudinaux noirâtres. Les nageoires sont noires, excepté la caudale, qui est blanchâtre. M. Dussumier dit dans ses notes manus- crites, que le dos de ce poisson était noirâtre, et les flancs dorés. Les nageoires avaient la couleur que nous avons encore observée. La longueur de nos individus n'est que de deux pouces. Nous reconnaissons la même espèce dans des individus de même taille rapportés du port Jakson par les naturalistes qui ont accom- pagne le capitaine Freycinet. Le PSÈNE DE GUAM. (Psenes Guamensis j, nob.) MM. Quoy et Gaymard ont encore trouve, pendant la même expédition, un petit psène à lile Guam , qui ressemble un peu au pse- nes javanicus; mais qui a le corps plus court et plus haut, ce qui dépend surtout de la plus grande courbure de la ligne du profil du ventre. La plus grande hauteur, prise à l'aplomb des pectorales, n'est guères que deux fois et un quart dans la longueur totale. Les nombres sont D. 9 — 1/22 ; A. 2/29 ; C. 17 ; P. 19 ; V. 1/5. C'est un petit poisson brillant , dont le dos est roussâtre; les côtés ont des reflets dorés, et la poi- CHAP. XVII. PSÈNES. 267 trîne des reflets argentés. Les côtés seuls sont rayés de noirâtre. On compte neuf raies au-dessous de la lisne latérale ; mais le dos et le ventre n'en offrent pas de traces. Les pectorales sont blanches , la caudale rougeâ- tre, et les autres nageoires noirâtres. L'individu n'a que deux pouces et demi de lon- gueur. 268 LIVRE IX. SCOIVIBÉROÏDES. CHAPITRE XTIII. Des Coryplienes [Corypliœna , Linn.). Le caractère naturel du genre des cory- plienes est bien aisé à exprimer : ce sont des poissons tlioiachiques, a petites écailles, à corps comprimé et alongé, à léte tranchante à sa partie supérieure , à dorsale unique , étendue sur presque toute la longueur du dos jusque aupiès de la caudale, et composée de rayons presque tous également flexibles, bien que le plus grand nombre soit sans articula- tions, et qu'ils doivent, en conséquence, être considérés comme des rayons épineux. Pour plus de précision on peut les subdiviser en corjplienes proprement dites y qui ont la tête très-élevée, le profil courbé en arc et tombant rapidement de l'avant, les yeux fort abaissés, la bouche bien fendue et armée de dents en carde, et la dorsale beaucoup plus haute an- térieurement; en lanipu^es j qui ont la même dentition, mais dont la tête est oblongue, peu relevée , les yeux placés à une hauteur moyen- ne, et la dorsale égale et basse sur toute son étendue; et en centroloplies , qui, avec une forme un peu moins alongée, ont le palais CHAP. XVIII. CORYPHÈNES. 269 dënuë de dents et un intervalle entre l'occi- put et le commencement de la dorsale. Ces trois sous-genres, quoique dissemblables dans la coupe de leur tète et même sur quel- ques points plus importans, sont néanmoins assez voisins les uns des autres et forment un groupe naturel^ mais les auteurs leur ont réuni, sous le nom commun de coryphènes , une quantité de poissons non-seulement très-dif- férens , qui appartiennent même à d'autres familles et, qui plus est, à d'autres ordres. Ainsi, Artedi y avait joint le razon (^corj- phœna novacula)^ qui est de la famille des labres, et Gmelin y a ajouté jusqu'au ?na- cj'oure {corjphœna ruspestids, L. ), qui est un malacoptérygien de la famille des gades. Avec le razon ordinaire doivent être éloignés le corjphœna pentadactyla , le corjphœna cœrulea, le corjphœna lineata et le corj- phœna psittacus , qui sont des labroïdes du même genre. Nous devons surtout signaler une erreur de Bloch (j'oserais presque dire une espèce de fraude, s il ne lavait pas ensuite reconnu lui- même*), en faisant graver un dessin de Plu- mier, représentant le poisson nommé \}u>e à 1. Sysl. poith. , p. 299, il rejette la faute sur sou dessinateur. 270 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. la Martinique ; lequel est de notre genre ma- lacanthe et de la famille des labres; il en a altéré le profil pour le rendre semblable à celui des coryphènes, et a établi ainsi son es- pèce du corjphœna Plumiein^ \)\. 17 5. Shaw a fait copier cette figure falsifiée {GeJi. zooL, t. IV, part. 2, pi. 32, fig. 2). M. de Lacépède a donné le dessin de Plumier, sous sa forme primitive (t. IV, pi. 8, fig. 1); mais il n'enta pas moins laissé le poisson dans le genre des coryphènes (t. III, p. 201) : c'est encore un retranchement qu'il est nécessaire d'y faire. Le coryphène chinois de M. de Lacépède (t. III, p. 20g) ne peut pas y rester davantage : c'est notre latilus argentatus^ , qui est de la famille des sciènes. Il faut retrancher égale- ment les espèces ajoutées dans le système posthume de Bloch, sous les noms de corj- phœna lutea, c'est notre denté jaune ^; de coryphœna nigrescenSj c'est le même poisson que le perça atraria ou notre centropriste noir^j de coryphœna torva, c'est notre agrio- piis torsfus'^j de coryphœna spinosa, c'est un apiste, et de coryphœna galilœa , c'est un chromisj mais ce n'est pas tout encore : 1. Cuv. et Val. , t. V, p. 5G9. — 2. Idem, t. VI, p. 25o. — 3. Idem, t. m, p. 57. — 4. Idemf t, IV; p. 382. CHAP. XVIII. CORYPHÈNES. 271 outre ces poissons , qu'il est nécessaire de trans- porter dans d'autres genres, il y eu a qui ne peuvent rester dans celui-ci, et que cepen- dant on ne sait où placer; ce sont les six es- pèces que Linnœus, dans sa douzième édition, p. 44^7 ^ mises à la fin du genre des cory- plîènes , et sur lesquelles il n'a donné que de courtes phrases , non comparatives avec les nombres des rayons. Il est presque impossible aujourd'hui, d'après des renseignemens si in- complets, de deviner même à quel genre elles appartiennent; mais, quoique la plupart de ceux qui ont écrit après Linnoeus les aient rangées comme lui, on peut bien affirmer que ce ne sont pas des coryphènes, telles que nous les avons définies, et même que plusieurs ne peuvent être comprises dans les genres ou sous-genres que nous en avons démembrés. Ainsi, le corjphœna hemipter a, qui n'a que quatorze rayons (D. 14; A. 10; C. 18; P. 15; Y. 8) à sa dorsale, mais dont les ventrales en ont huit, ne pourrait être cherché dans la division des acanthoptérygiens que parmi les holocentrum ou les myripristis; jnais il fau- drait supposer que les rayons épineux du dos ont été oubliés. C'est sur cette espèce que M. de Lacépède a établi son genre hémiptéroîiote, en y joignant 272 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. le corjphœna pentadactjla, qui est un vrai razon. ^ Le coryphœna bjYinchwstega^ qui n'a que vingt-quatre rayons (1). 24; A. 5/10; C. il]; P. 1 5 ; Y. 1/0) ? ^^ dont l'ouverture branchiale se réduirait à une simple Tente, nous est en- tièrement inconnu. On a cru que le cory- phœna japonica cVHouttuyn avait la même circonstance d'organisation; mais c'est une erreur, qui vient de ce que Gmelin n'a pas entendu le hollandais de Houttuyn ; cekii-ci dit seulement que son espèce ressemble à celle de Linnœus par le nombre des rayons. ^ M. de Lacëpède n'en a pas moins établi sur ces deux espèces son genre corjpliénoïde, auquel il suppose tous les caractères des co- ryphènes, sauf cette forme d'ouverture bran- chiale. ^ Le corjphœna virens, qui n'a que vingt- six rayons (D. 20; A. 13; G. 1G; P. 13; V. 6), et dont la dorsale, l'anale et les ventrales se terminent en filamens, semble être un chromis. Nous en avons des espèces qui réunissent les conditions et tous les nombres indiqués à un 1. Lacépède, t. III, p. 2i4 et 2i5. — 2. Voyez Houttiijn dans les Mémoires de Harlem, t. XX, p. 5i5 et 5i6. — 3. Lacép., t. III, p. 219 et 220. CHAP. XVIII. CORYPHÈNES. 273 profil assez vertical pour qu'on ait pu être tente d'en faire des coryphènes; telle est celle que nous nommerons chromis surinaniensis. Le corypliœna cfypeata, qui a trente-deux rayons (D. 52; A. 12; C. 7 ? P. 14; Y. 5), et une lame osseuse entre les yeux , nous parait encore entièrement indéeliiftiable. Le coryphœna sima , qui, avec le même nombre de rayons (D. 52; A. 16; C. ÎH; P. lO; Y. 6) , a la mâchoire inférieure plus avancée et la caudale entière, serait assez semblable à la première espèce de notre genre latilus , si Ton pouvait croire qu'on a écrit D. 52 pour D. 22. Enfin, le corjphœna acuta , qui a qua- rante-cinq rayons (D. 45; A. 9; C. -^16; P. 16; Y. 6), et la caudale pointue, est très-pro- bablement quelque sciène, peut-être \epama. Dans tous les cas, il est impossible de con- server de pareilles indications dans un cata- logue où Ton ne doit admettre que des êtres certains et assez connus pour pouvoir être classés conformément aux règles de la méthode naturelle. 274 LIVRE IX. SCOIMBÉROÏDES. DES CORYPHÈNES PROPREMENT DITES ( CORYPHMNA y nob . ) . Les caractères que nous venons cVindiquer pour ce genre, cest-h-dire sa tète comprimée, tranchante, dont le profil est coupé presque en quart de cercle ou en portion d'ellipse; ses yeux abaissés et rapprochés de l'angle de la bouche; sa dorsale s'élevant sur le crâne même et régnant jusque sur la queue où elle s'abaisse beaucoup, lui donnent une physio- nomie toute particulière, qui en rend les es- pèces très-ressemblantes entre elles; aussi les auteurs systématiques les ont-ils souvent con- fondues les unes avec les autres; et leur erreur sur ce point est d'autant plus excusable que ces poissons , fort remarquables par leur beau- té, leur grandeur et la vivacité de leurs mou- vemens, ont été plus souvent décrits par de simples navigateurs que par de vrais natura- listes, et que leurs caractères spécifiques ont été rarement exposés avec précision. Ce qu'ils ont de plus singulier dans leur structure, c'est- à-dire la forme élevée et tranchante de leur tête, est produit par l'extrême élévation de la crête mitoyenne de leur crâne, qui appartient à l interpariétal et au frontal, «t qui, prenant naissance entre les branches des intermaxil- CHAP. XVIII. CORYPIIÈNES PP.OPREM. DITES. 275 îaires , règne jusque sur l'occiput. Gest sou élévation qui fait paraître IVeil si al^aissé. Le premier interépineux vient immédiatement derrière le bord postérieur de cette creLe, et fait paraître la dorsale comme aLlacliée sur le crâne. On a cru devoir appliquer aux poissons de ce genre les noms de coryphœna et (ïliip- purus, tirés le premier d Aristote et le second d'Athénée , qui , sur fautorité de Dorion et d'Epanœtus^ le dit synonyme de faufre; mais cette application s'est faite assez arbitraire- ment; car tout ce qui est dit dans les anciens, soit du coryphœna, soit de Xhippiirus , cest que c était un bon poisson, qui avait l habitude de sauter, et avait été en conséquence nommé arneiLtis (d'a^vcs-, agneau^); qu'il jetait ses ceufs au printemps; que son accroissement était fort rapide^, et qu'il se retirait en hiver, en sorte que dans tous les lieux où Ton en pochait, ce n'était que pendant des intervalles bien marqués et toujours les mêmes "*. Ovide lui domie fépithète de sapide^; Oppien le range parmi les cétacés, et dit qu'il n approche point du rivage^, quil suit en troupe tout ce qui flotte sur la mer, et surtout les débris 1. Athén., 1. VII, p. 3o4. — "2. Idem, ihid. ~ 3. Aristote, Hist. anim. , 1. Y, c. lo. — 4. Idtm, ibid. , !. VIII, c. i5. — r5. Ovid., liai, V. 96. ~ 6. Oppien, Hal, 1. j84. 276 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. des navires iiauiïagcs \ que la gireîle lui sert d'appàl, et qu'il en sert lui-même au xipbias." Ce même nom dhippurus se donnait aussi à l'éphémère.^ Pour suppléer à des traits si peu distinc- tifs, Rondelet a eu recours à Tétymologie, et a supposé qiiîuppurus {Ititth^oç , queue de cheval) était l'expression de la forme alongée de ces poissons et des nombreux rayons grêles qui supportent leur dorsale, et que -m^v^c^p-ii venait de '/,o^v(py] , sommet , sommité , parce que cette dorsale commence dès le sommet de la tête. îl n'est pas nécessaire de dire combien ces conjectures sont hasardées, surtout quand il ne reste aucune trace de ces noms dans le langage vulgaire. En effet, la coryphène de la Méditerranée est rare dans les parties sep- tentrionales de cette mer, et n'avait pas même de nom français du temps de Rondelet. Ce naturaliste, en supposant que son espèce fut la même que la nôtre , l'avait fait venir d'Es- pagne, où elle porte le nom de Lampugo^ M. Risso dit qu à Nice on appelle fhippurus , ferOy et M. Rafinesque assure que ses noms 1. Oppien,H«/., l.lV,p. 4o4clsulv. — 2./Je-m,l.m,p. 186. - 3. i£lien; 1. XY, ci. — 4. Rondelel, p. 355. CHAP. XVIII. CORYPHÈNES PROPREAF. DITES. 277 siciliens sont cappone oucappune, el lanibacu ou lanipiigu. Bélon ne paraît pas l'avoir connue, et soup- çonne même que Ihippurus des anciens pour- rait être la dorëe ou poisson Saint -Pierre (zeiisfabej^)\ Salvien n'en lait non plus aucune mention; il n'en est pas même parle dans Cetti. Ce sont les navigateurs de FOcêan et surtout les Portugais qui paraissent avoir imposé à ces poissons le nom de dorade j, qui appartenait primitivement à la daurade de la Méditerranée (le cluysopliris des anciens et le spams au- rata de Linneeus); ce qui a produit dans les ouvrages des compilateurs beaucoup d'équi- voques et de confusions ^ On le trouve em- ployé : en i633, par DaeP; en lô^S, par Margrave "* ; en i658, par Pison^ et par Roche- fort^; en 1667, par Dutertre^; en 1682, par Barbot^; celui de dauphin ou de dolfjn^ qui parait avoir été donné aux corypliènes par les navigateurs hollandais, n'a pas donné lieu à moins d'équivoques. 1. Bélon, Aquat., tr. fr. , p. 147. 2. Vojez par exemple la Chesnaje- des -bois, Dict. des anim., au mot dorade, et celui de Valmont de Bomare, même mot. 3. Laët, lSoi:us orhis, p. S-ji. — 4. Bras. , p. 180. — 5. Hist. nai. et med. Brasil. — 6. Hist. nat. des AnlilJes , p. 1 70. — 7. Hist, des Antilles, p. 212. — 8. Collai, ofvoj. and trav,, l. V. 278 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. Margrave et Pison l'indiquent aussi, et l'on n'en vil pas d'autres dans les Hollandais qui ont parlé des poissons des Indes ^ Lebrun^, Valentyn.^ La GRANDE CORYPHÊNE DE LA MÉDITERRANÉE. {Cojyphœna hippurus , L.) La grande corypliène de la Méditerranée a le corps en forme de lame. Sa plus grande hauteur (aux pectorales) est six fois dans sa longueur totale, et va en diminuant presque en ligne droite jusqu'à la racine de la caudale, où elle n'est plus que du vingt- deuxième. L'épaisseur, aussi aux pectorales, est d'un peu plus du tiers de la hauteur au même endroit. La longueur de la tête est d'un sixième du loliil. Sa hauteur à la nuque est d'environ un neuvième moindre que sa longueur. Le profil s'abaisse ensuite un peu plus, et, arrivé au-dessus des narines, il fait un arc de cercle et descend rapidement à la bouche. La partie supérieure est presque tranchante. La partie antérieure et tombante s'épaissit à mesure qu'elle descend. L'œil est placé de manière que son bord postérieur est à peu près au milieu de la lon- gueur, et le supérieur au milieu de la hauteur; ainsi il est très-bas, relativement h. la crête du crâne. La fente de la bouche descend un peu en arrière jus- que sous le bord antérieur de l'œil, et le maxillaire, qui est p'u élargi, atteint jusque sous le milieu, La 1. Vojage aux Indes, p. 525. — 2. Val., fîg. io5. CHAP. XYIII. CORYPHÈNES PROPREM. DITES. 279 bouche s'ouvre beaucoup, quoique la mâchoire su- périeure soit peu protrnclile. L'inférieure avance un peu plus que l'autre. Toutes les deux sont garnies de dents en crochets, rangées extérieurement sur une ligne, et accompagnées par derrière d'une large bande de dénis en cardes, qui, à la mâchoire supé- rieure, n'occupe que le tiers antérieur, et qui, à l'inférieure, s'étend, mais en se rétrécissant, presque jusqu'à la commissure ; il y a aussi des dents en cardes sur l'espace rhomboïdal de l'avant du vomer sur une bande longitudinale à chaque palatin. La langue, large, obtuse, à bords minces et très-libres, a une large plaque de dents en velours, et l'on en voit aussi en velours très-ras sur les racines des arcs branchiaux; mais les pharyngiennes sont en cardes. Tout ce qui est plus élevé que l'œil, appartient au crâne, et les pièces mobiles de la face et des ouïes ne commencent qu'au niveau du sourcil, c'est-à-dire au milieu de la hauteur. Le sous-orbitaire est étroit et n'offre qu'un léger rebord pour recevoir une partie du maxillaire. Les orifices de la narine sont presque contigus , à dis- tance égale entre l'œil et le bout du museau, et fort près du bord de la mâchoire supérieure. Tous les deux sont ovales. Le postérieur est le plus large. L'isthme qui les sépare a une légère saillie membra- neuse. Le bord montant du préopercule est légère- ment dirigé en arrière, mais à peu près droit. Son bord inférieur est fail)len ent convexe. L'angle qu'ils forment ensemble, est arrondi, et tout leur pour- tour, mince et presque membraneux, finement strié âO LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. et crénelé. Il n'y a point de rebord saillant pour sé- parer de la joue le limbe du préopercule. L'opercule osseux a une légère échancrure vers le haut; il se termine en pointe vers l'angle du préopercule, et sa hauteur est double de sa largeur. Le bord inférieur de l'interopercule est parallèle à celui du préoper- cule et de mêtne mince et finement crénelé; ce qui est vrai aussi du subopercule, qui complète l'ensem- ble operculaire et y forme un angle arrondi. Toutes ces parties sont nues et lisses, aussi bien que le crâne et le museiiu. On voit quelques stries rayonnantes, mais légères , sur le haut de l'opercule. Les ouies sont fendues jusque sous l'œil. Leurs nien)branes sont presque entièrement à découvert, et ont chacune sept rayons plats, dont le supérieur s'écarte des autres pour suivre la courbure de l'in- teropercule. La membrane de gauche croise en avant sous celle de droite, qui a même, pour la recevoir, un sillon formé par un repli de la peau; celle-ci est elle-même reçue dans un sillon de la membrane de gauche, mais plus petit. L'isthme ou pédicule pec- toral, fort étroit et fort pointu, soutenu, comme à l'ordinaire, par le corps de l'hyoïde, passe sur ces doubles membranes sans s'y attacher, pour atteindre les branches de l'hyoïde. L'épaule n'a rien de parliculier, sinon un petit triangle nu au-dessus de la pectorale. Celle-ci, placée au-dessous du milieu de la hauteur, est en forme de faux et très-pointue , mais n'a guère que le neuvième de la loniiueur totale. Sa largeur à la base est le quart de sa longueur; elle a vingt rayons. CHAP. XVÎII. CORYPHÈNES PROPREM. DITES. 281 Les ventrales sortent vis-à-vis la base des pecto- rales, el elles les dépassent de près d'un tiers, leur longueur ttant du srptième de celle du corps. Leur épine est grêle, de moitié moins longue que le pre- mier rayon mou, contre lequel elle se colle. Le qua- trième et le cinquième rayon diminuent rapidement; et ce dernier s'attache presque par toute sa longueur au ventre, au- moyen d'une membrane qui se fixe presque à la même ligne que celle du côté opposé. La dorsale commence au-dessus de l'œil. Son pre- mier ravon est tiès-court; les suivans croissent gra- duellement jusqu'au dixième, qui est le plus long, et dont la hauteur est un peu plus de moitié de celle du corps. Le dixième et le onzième, qui légale, sont au-dessus de la partie supérieure des ouies. Les suivans diminuent graduellement, mais lente- ment, et même à compter du troisième, qui a encore moitié de la hauteur du premier, il n'y a plus guère de diminution. Leur nombre total est de soixante, tous assez minces, assez élastiques. L'anale commencerait au milieu de la longueur, si l'on n'y comprenait pas la caudale : c'est a. peu près vis-à-vis le trente- sixième ou le trente-septième rayon de la dorsale. Son premier rayon est très-court. Le troisième est le plus long, et n'a cependant guère que le tiers de la hauteur du corps au-dessus de lui. Les autres, au reste, ne diminuent pas beaucoup. Le nombre total est de vingt-huit. Le dernier répond à celui qui termine la dorsale. L'espace entre ces deux nageoires et la caudale est du vingtième de la longueur totale. La caudale, divisée jusqu'à sa base en deux lobes 282 LIVRE TX. SCOMBÉROÏDES. étroits et pointus, est comprise quatre fois et demie dans la longueur du corps. Ses rayons entiers sont, comme d'ordinaire, au nombre de dix- sept, et elle en a six ou sept en dessus et autant en dessous, dont la plupart très-petits. B. 7;D. 6O5 A. 285 C. 17 et6ou7— 6ou7;P. 20;V. 1/5. La joue, une petite partie de la tempe, et tout le corps, sont recouverts d innombrables écailles, minces, oblongues, arrondies à l'extérieur, trilobées à la racine, et sur lesquelles une forte loupe dé- couvre des stries concentriques, très-fmes; elles s'étendent même sur la caudale, mais les autres na- geoires verticales n'en ont point. Leur membrane offre seulement de fines stries obliques. La ligne latérale ne consiste qu'en une série d'écailies plus petites. Partie du haut de l'orifice de l'ouïe, elle fait au-dessus du milieu de la pectorale un angle obtus, dont le sommet est dirigé vers le haut; puis elle reprend sa direction en ligne droite et en suivant le milieu de la hauteur jusqu'à la queue. Les couleurs de cette coryphène sont très-agréa- bles. Un gris argenté ou plutôt un p'J.ombé bleuâtre, avec des reflets argentés et dorés, règne sur la partie supérieure et sur la dorsale et la caudale. Toute la partie inférieure est d'un jaune citron. Des taches bleues plus foncées sur le dos, plus claires sur le ventre, sont éparses sur ces deux couleurs et même sur la dorsale. La pectorale est moitié plombée et moitié jaune. Les ventrales, jaunes à leur face infé- CHAP. XVIII. CORYPHÈNES PROPREM. DITES. 285 rieure, sont noirâtres à la supérieure. L'anale est jaune. L'iris de VœW est doré. Telle est du moins la notice donnée de ses couleurs par M. Biberon, a qui nous devons Imdividu c[ue nous avons décrit. Cet individu, péché près de Syracuse, est long de deux pieds. Son anatomie nous a fourni les observations suivantes : Le foie est situé en travers, sous l'œsophage; sans être épais, il est assez large, et il donne une pointe qui s'étend dans lliypocondre gauche jusqu'à la naissance de la branche montante. Le lobe droit est large et arrondi , et ne descend pas beaucoup sur les appendices cœcales. La vésicule du fiel est petite. L'œsophage, très-large, se continue en un long estomac, qui a la forme d'un boyau occupant toute la longueur de l'abdomen. Du tiers antérieur sort la branche montante, peu grosse ^ et qui se porte vers le diaphragme assez haut sous le foie. Le pylore est entouré d'une innombrable quan- tité de cœcums capillaires, réunis en grappes et formant ainsi une masse amygdaloide, semblable à celle de la pélarnyde. L'intestin n'est ni très-grcs ni très-long, et il se rend à l'anus après s'être replié deux fois h des dis- tances inégale^. La rate est noire, ovale, de la grosseur d'une noisette, et attachée sur le bord du rectum plus bas que les appendices cœcales; elle n'est point cachée, et se voit tout d'abord à l'ouverture de l'abdomen. 284 LIVRE TX. SCOMBÉPiOÏDES. Les laitances étaient très- peu développées dans cet individu, pris au mois de Février, et rejetées vers l'arrière de l'abdomen. Nous n'avons pas trouvé de vessie aérienne. Les reins sont très-gros, occupant toute la lon- gueur de l'épine, et réunis dans presque toute leur étendue ; ils versent l'urine dans une vessie fort petite, près de l'anus. La ligure que Eondelet doune de son liip- punis f page 255, ressemblerait assez au pois- son que nous venons de décrire par la forme du museau et la plupart des détails; mais son ceil est trop grand et placé trop haut, et la partie antérieure de sa dorsale et de son anale est représentée comme la plus basse ; en sorte quil m'est dillicile de décider si c'est l'espèce acttielle oti celle du lampuge pélagique, qui a servi de modèle au dessinateur. Cepen- dant c'est cette figure qui a été copiée par Gesner, p. 4^3; par Aldrovande, p. 3o6; par Jonston, pi. 1 , fîg. 12; par Wiilughby, pi. O, i , lig. 5 , et même on peut dire qu'il n'en existe pas d'autre, exécutée sur une corypbène de la Méditerranée, Bloch n'ayant fait cjue co- pier celle de Plumier, qui a été dessinée aux Antilles, et sur une espèce clifterente. CHAP. XVIII. CORYPHÈNES PROPREM. DITES. 285 Des Corjphhnes de la Méditerranée voisines de rilipp liras. Nous n'avons vu par nous-mêmes de coiy- pliènes proprement dites que l'espèce piëce- demment décrite. Les iclitbyologistes des temps antérieurs n'en indiquent pas davantage; mais MM. Risso et Rafinesque en nomment et en décrivent sommairement une ou deux, qui paraissent à peu près de la même forme et de la même grandeur que la précédente, et sur lesquelles il est nécessaire que nous entrions dans quel- ques détails. Nous devons supposer que c'est notre pois- son qui est le coryphcena hippurus de ces deux naturalistes; car c'est l>ien certainement l'es- pèce vulgaire sur les côtes de la Méditerranée. M. Risso considère la seconde espèce comme Yequisetis de Linnœus ou le doradon de fja- cépède ^, et il la caractérise, indépendamment des couleurs, par un opercule double et cin- quante-trois rayons à la dorsale; mais s'il n'a pas pris simplement ces caractères dans Lacé- pède, il semble en résulter qu'il n'a pas vu l'hippurus; car bien sûrement son opercule 1. Risso, Ichtj'ol. de Nice? p. 17g. ^8G LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. n est pas moins double que celui des autres , ou plutôt il a, comme celui de tous les pois- sous osseux, les quatre pièces que nous avons nommées opercule y préopercule , suhopercule et inter opercule. M. Piafmesque ^, outre Yhippurus, qu'il ne fait que nommer, compte dans le nombre des poissons de Sicile un corjphœna imperialis et un corjphœna liippuroides. l limperialis , d'après la courte description qu'il en donne ^, aurait la dorsale attachée dès avant les yeux, soutenue par soixante rayons environ, bleuâtre en arrière, et le corps cendré, oans taches; la ligne latérale flexueuse antérieurement, tandis que dans Xliippurus le corps est tacheté; la ligne latérale n'a qu'une courbure a sa base , et la dorsale ne commence que derrière les yeux. Il dilïererait aussi de lequisetîsj, parce que ce dernier a le corps tacheté et cinquante rayons: c'est un excellent poisson de trois ou quatre pieds de longueur, qui visite les côtes de Sicile en automne, et qui sy nomme capone impériale. Le corjphœna liippuroides , dont M Rafi- iiesque avait (ait d abord une espèce de son 1. Piafînesquc, Indice d'iliiul. SicîL, p. ?g. 2. Idem, Caratteri, p. o5, n." y4. CHAP. XVin. CORYPHÈNES PROPREM. DITES. 287 genre lepiwphis^, se nomme en Sicile pesce capone, et s'y montre en abondance à la lin de Fétë et en automne , dans le golfe de Pa- lerme, où il nage en grandes troupes à la suilace de l'eau j on ly prend avec les pilotes et l'espèce d'exocet que cet auteur nomme exocetus hetururus. Son corps est taclietë , et la ligne latérale courbée à sa base comme dans l'hippurus ; mais son opercule serait double et ses ventrales seraient réunies à leur base par une écaille intermédiaire; il panient à la longueur d'un pied et demi. Sa couleur est argentée, semée de points et de petites taches bleuâtres 5 il en règne une rangée ré- gulière de plus grandes le long du dos. Sa dorsale est bleuâtre, et ses ventrales noires à la pointe. Sa dorsale a plus de soixante rayons. J'avoue que d'après cette description je soupçonne que M. Rafinesque, ainsi que M. Risso, n'a jugé l'hippurus que sur les des- criptions imparfaites de ses prédécesseurs, et que c'est ce qui l'a empêché de le reconnaître dans son liippuroides. Quant à son corjphœna imperialis j, si ce n'est pas une variété d'âge de Thippurus, on 1. Lepimphis liippuroides, Rafinesque, Carafieri, \i. 54- n." 86. Coryphœna hippuroides y Idem, Indice, p. 29; n." 212. 288 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. peut y voir une espèce particulière. Il serait alors bien intéressant d'en obtenir une des- cription plus détaillée. Des Coryphènes voisines de VHippurus décrites par les auteurs. Rien n'est pkis difficile à déterminer en ichtyologie que Tidentité ou la ditférence des coryphènes des deux océans entre elles et avec celle de la Méditerranée. Leur ressembiance est trop grande, et les descriptions que Ton en a, sont trop peu comparatives pour donner un résultat certain; il n'est pas morne facile d'en assigner les caractères, en les rapprochant dans un cabinet, parce quelles ont perdu alors leurs couleurs, qui forment leur distinc- tion la plus sensible. Hernandez est, je crois, le premier qui ait décrit une cor\^phène de FOcéan. Son article parut en i635 dans l'ouvrage de Nierend^erg^; il le nomme piscis auratus : il représente la couleur de ce poisson comme changeante en or et en bleu, avec beaucoup d'autres reflets, et des taches bleues sur tout le corps. Ce qu'il dit de sa forme n'est pas assez précis pour servir à la détermination de l'espèce. 1. Ilisior. mit. peregr. , p. 2 5.5. CHAP. XVIII. CORYPHÈNES PROPRES. DITES. 289 Margrave vint ensuite (en 1648), et fut le premier après Rondelet, qui donna une figure originale d'un poisson de ce genre (p. 160); il l'appelle du nom brésilien de guaracapenia, et dit que les Hollandais le nommaient dau- pliin {clol/ijn). Sa figure montre un corps plus court et une tête plus haute à proportion que notre espèce de la Méditerranée, et les cou- leurs sont indiquées un peu différemment dans le texte : vert , glacé d'argent sur le dos et les nageoires, blanc au ventre et semé par- tout de taches bleues de diverses grandeurs depuis celle dun pois à celle d'un grain d'orge. Cet article est reproduit avec la même figure dans Pison, page 48. La figure peinte du prince Maurice est conforme au texte pour les couleurs; mais ce n'est pas elle qui est gravée. L'éditeur Laét s'est contenté d'une gravure différente et moins bonne , qu'il avait déjà insérée dans sa description des Lides occidentales, page S^i. Une autre figure parut en i685 dans l'Ich- tyologie de Willughby , pi. O, 2, fig. i , mais sans aucune indication du lieu de son ori- gine ni des couleurs ; elle est plus alongée et a le profil presque exactement en quart de cercle. Le corps est tacheté, surtout à sa partie inférieure. On compte distinctement soixante- 9- 19 290 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. quatre rayons à sa dorsale; mais je n'oserais dire si c'est un effet de l'attention du dessi- nateur ou du hasard, car il y en a trente-six à Tanale; ce qui excède tout ce que nous con- naissons. Quelques années auparavant, en 1682, notre compatriote Barbot en avait dessiné trois sur la côte d'Afrique , et préparait des matériaux fort utiles, si les ichtyologistes en avaient profité. Ces ligures ne parurent qu'en 1-^32 dans la collection de Churchill, et l'une d'elles représente, à n'en pas douter, notre corjphœna equisetis; les deux autres sont plus difficiles à déterminer , mais plusieurs de leurs caractères les rapprochent de notre corjphœna doi^ado, ou de notre corjphœna azorica. Barbot les confond toutes les trois sous le nom de dorado. Le traducteur anglais fit une confusion plus nuisible, en traduisant ce nom de dorade par celui de gilthead, qui est la dénomination anglaise de la daurade de nos côîes. Corneille Lebrun (en 1718) représenta le premier une coryphène des Indes. Son pois- son , qu'il nomme dauphin ^ fut pris le long de la côte de Malabar, vis-à-vis Cananor. La tête en est semblable à la figure de Willugliby; mais le corps est plus court. Sa couleur res- CHAP. XVIII. CORYPHÈNES PROPREM. DITES. 291 semble à celle de l'espèce de la Méditerranée : « Ils ont (dit l'auteur) le ventre jaune, tacheté « de bleu jusqu'aux yeux ; le reste en est d'un « bleu clair, avec des taches d'un bleu plus ^ foncé, surtout autour de la tête; les na- « geoires sont violettes, vertes et blanches, « avec du jaune aux extrémités. * " Renard, en 1754, en donna un individu des Moluques, à dos bleu uniforme, à ventre orangé, tacheté de bleu; toutes les nageoires bleues, excepté la dorsale, qui est violette. La forme en est encore très-semblable à celle de Willughby. ' Nous ne parlerons de la figure de Duhamel (pubhée en 1777) que relativement au con- tour, parce quelle est faite sur un sujet des- séché, et que Ton n'y a pas marqué les rayons. L'individu avait été rapporté des Antilles , et sa forme est celle de la figure de Willughby, même pour l'alongement. La figure d'une coryphène, prise en 1782, et publiée en 1786 par Guettard^, se rappor- terait assez bien à notre coryphène dorade ou à celle des Azores; mais les proportions 1. Corneille Lebrun, Vojage par la Moscovle et la Perse aux Indes orien laies, t. 11, p. 52 5 et pi. 189. M. Renard, t. I, pi. 22, fig. i23. 3. Guetlard, Nouy. obsery. sur les se. et artS; t. IV, p. 4^7- 292 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. mesurées sur l'animal vivant ne conviennent ni à Tune ni a l'autre, et à aucune de celles que nous possédons. Sa longueur totale est celle de nos coryphènes équisetsj mais celle de l'anale surpasse d'un tiers la longueur de cette nageoire de ce même corjphœna er/ui- setis. C'est probablement une espèce de lAt- lanlique qui reste encore à caractériser. Plumier avait aussi dessiné aux Antilles une coryphène. Sa figure a été reproduite en 1757 par Gautier, dans ses Observations périodiques sur la physique , t. II , p. 1 58 , et par Bloch , pi. 174 '• celle-là est toute différente des autres par les couleurs. Son dos est d'un bleu verdâtre, tacheté, non de bleu , mais de jaune ; son ventre argenté et sans taches; toutes ses nageoires jaunes, et la dorsale bordée de bleu verdâtre. Son profil est encore moins relevé qu'à la figure de Willughby. C'est sur cette figure que Blocli établit sa description de \hippurus, et c'est elle que Shaw ^ copie, pour en donner l'idée, quoi- qu'elle diffère beaucoup du véritable hippurus de la Méditerranée. 11 ne donne même à l'es- pèce, d'après cette figure, que quarante-huit 1. Shaw; Gcn. zooL , t. IV; paît. 1, pi. Sa, fig. i. CHAP. XVIII. CORYPHÈxNES PROPREM. DITES. 295 rayons dorsaux, tandis que déjà Linnaeus en marquait soixante à son hippurus. Mais une chose plus curieuse encore, c'est qu'une autre copie de ce dessin de Plumier, faite par Aubriet, et peinte, comme à son ordinaire, de couleurs vives et crues, a été donnée par M. de Lacépède pour Xequisetis^, bien qu'il ait cité la planche de Bloch sous l'hippurus. M. de Lacépède donne aussi un dessin de coryphène, fait dans la mer des Indes par Jos- signy, et laissé par Commerson, qui a la tête en demi-cercle, comme tous les précédens, et des taches sur la dorsale, aussi bien que sur tout le corps. La description de Commer- son le représente comme entièrement doré, mais avec une teinte bleuâtre, paraissant au travers de l'éclat de l'or. La gorge et la poi- trine seules sont argentées. Des gouttes bleues sont répandues sur tout le corps. La dorsale et les pectorales sont d'un beau bleu; les ventrales aussi, mais leurs rayons sont teints de jaune en dessous; l'anale est d'un doré re- flétant en bleuâtre , et la caudale toute d'une belle couleur d'or et lisérée de bleu. Les nom- bres des rayons sont indiqués avec soin. La 1. Lacépède, t. lU, p. i84j et pi. lo, fîg. 2. 294 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. dorsale en a cinquante-huit, et l'anale vingt- huit. M. de Lacëpède a nommé cette espèce co- ryphœna clirysurus. Il y a de plus dans les manuscrits de Com- meison la description très-dëtaillëe d\in pois- son quil nomme ostéoglosse^ ou langue os- seuse , de la mer du Sud , et dont M. de Lacëpède a fait sa coryphène scombëroïde. Nous en ferons fobjet d'un article particulier. Ce n'est pas sur une comparaison de ceux de ces documens dont il pouvait se servir, encore moins d'après l'inspection des poissons eux-mêmes, que Linn9eus a ëtabli ses deux espèces du corjphœna hippurus et du cory- phœna equisetis^, adoptëes ensuite par ses successeurs, mais uniquement sur deux des- 1. Pline emploie le mot equisetis (oans cette phrase : incisa et equisetis est, a similitudine eqiiinœ setœ , XVIII, p. 28) comme synonjme de equisetum , dont il se sert ailleurs [equisetum, hippuris a grœcis dicta, XXVI, p. i3) pour exprimer la plante appelée par les Grecs hippuris (notre prèle). Dans les éditions de Pline antérieures à celles du P. Hardouin, on trouve equiselis. Gaza, dans sa traduction d'Aristote, s'est servi de cette dernière forme pour rendre VIt^ttupoç, poisson que les latins appelaient du même nom hippurus; mais il est évident que le mot equiselis, formé contre toute analogie, et ne pouvant se rapporter à l'étjmologie donnée par Pline (« similitudine equinœ setœ), est une fausse leçon , que le P. Hardouin a retrancliée avec raison du texte de Pline. Nous en faisons l'observation parce que depuis Artedi les ichtjologistes n'ont pas nmanqué de copier cette faute d'impression. CHAP. XVIII. CORYPHÈNES PROPREM. DITES. 295 ciiptions faites dans* l'ocëan Atlantique par Osbeck'. Le résultat en fut inséré dans le Sjs- ter/ia natiirœ sous cette forme : Corjphœna liippurus cauda hifida, radiis dorsalibus 60; corjphœna eqidsetis cauda hifurca radiis dorsalibus 53^, ajoutant assez arbitrairement au premier comme synonyme, \hippurus de la Méditerranée, et au second le guaracapema du Brésil. Osbeck donne à son hippurus un corps verdâtre, ponctué de bleu; soixante rayons à la dorsale, vingt-sept à l'anale. Il n'en dif- férencie Xequisetis que par les nombres des rayons; cinquante- trois à la dorsale, vingt- trois à l'anale; ce qui est d'autant plus loin de rien éclaircir, que ces nombres varient sans cesse de deux, trois ou quatre d'un individu à l'autre. Aussi Bloch reporte-t-il le guaraca- peina sous fhippurus, sans plus de motifs que Linnœus n'en avait eu de le placer sous Xequi- setis (5.'' part., p. 1 16); ensuite il ne fait plus de ce dernier qu'une variété de l'autre (Schn. , p. 293). Nous espérions au moins trouver dans Parra ou dans M. Mitcliill quelques descrip- tions des corypliènes d'Amérique, qui nous 1. Osbeck, Voyage, p. Soj et 5o8, Irad. allem., p. 4oô et 4o4- I.Sjst. nai., éd. lo, t. I,p. 261 5 éd. x2,p. 4465éd. xo, p. 1189. 296 LIVKE IX. SCOMBÉROÏDES. missent à même de les mieux distinguer de celles de la Mëditenanëe ou des Indes; mais le premier n'en cite aucune, et le second ne fait que nommer Xhippurus , disant qu'il est trop connu pour qu'il soit nécessaire de le décrire/ Ce serait bien en vain que Ton essayerait aujourdhui de résoudre entièrement ces diffi- cultés et de reconnaître les espèces décrites par chaque auteur. A peu près toutes ces descriptions sont incomplètes, et il ne reste plus aucune trace des objets sur lesquels elles portaient, ni par conséquent de moyen de les compléter. Tout ce que nous pouvons faire, c'est donc de recourir à la nature, de comparer les corypliènes venues des diffé- rentes mers, de fixer tous les caractères qu'elles présentent dans fétat où nous les possédons, et de préparer ainsi à nos successeurs des moyens plus assurés de bien appliquer notre nomenclature, lorsqu'ils voudront en faire des descriptions sur le frais; mais ce ne sera que par conjecture que nous rapprocherons les espèces des auteurs de celles que nous avons sous les yeux. Cette méthode ne fait point illusion; ne laisse point croire que l'on connaît ce que Ton ne connaît réellement pas, et elle 1. Mitchill, Mém. de New-York, t. I, p. SyS et 57g. CHAP. XVm. CORYPHÈNES PROPREM. DITES. ^97 nous a toujours paru infiniment préférable à celle des écrivains qui, recueillant de difFérens côtés et d'après des synonymes hasardés, les traits dont ils peignent un poisson, s'exposent à composer , par ces réunions forcées , une espèce imaginaire. Descriptions des Coryplienes étrangères que nous aidons observées. La CORYPHÈNE ÉQUISET. {Corjphœna equisetis, Linn.) La coryphène dont nous croyons pouvoir faire notre première espèce étrangère , est celle qui a le corps et la tête plus ^élevés. Sa longueur ne comprend que quatre fois et demie, ou cinq fois, sa hauteur, et sa tète est d'un dixième plus haute qu'elle n'est longue : ce qui établit deux différences très -sensibles avec l'espèce de la Médi- terranée. La courbure de son profil est aussi très-différente : il monte dabord verticalement sur le tiers à peu près de son contour; puis il monte obliquement jusqu'à la racine de la dorsale. La partie verticale est tronquée en avant, large et non tranchante, c'est- à-dire que la largeur de sa base est des trois quarts de sa hauteur. Les lobes de sa caudale sont compris trois fois et demie dans sa longueur totale. Sa dorsale 298 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. est haute de l'avant, et va en diminuant insensible- ment jusquà son dernier rayon, qui n'a que le tiers de la hauteur des rayons antérieurs, La hauteur de ceux-ci est comprise quatre fois et demie dans la longueur de la nageoire. D. 57; A. 27, etc. Nous avons reçu d'abord cette espèce en squelette seulement, et nous la dûmes au capitaine Houssard, marin instruit et expéri- menté, qui l'avait prise dans l'océan Atlanti- que, en revenant des Indes; mais nous l'avons reconnue ensuite dans un individu envoyé de l'Amérique méridionale , par M. Sieber, au Ca- binet de Berlin. Il offre cependant des diffé- rences dans le nombre des rayons de sa dorsale et de son anale. ^^ c* » c,, D. 51; A. 24. Le dos en paraît bleuâtre, et l'on voit par-ci par- là, tant sur le dos que sur le ventre, de petits points noirs; il y en a jusque sur la caudale. Les pectorales sont jaunes, et les ventrales noirr.:res. Depuis M. Dussumier en a donné au Cabinet du Jardin des plantes un bel individu, pris à vingt-cinq lieues au norddelile Sainte-Hélène. Les nombres des ravons sont intermédiaires entre ceux des deux individus dont nous venons de parler. D. 53; A. 25, etc. M. Dussumier, qui l'a vu frais, dit qu'il avait le CHAP. XVIII. CORYPHÈNES PROPREM. DITES. 299 dessus du corps vert, avec des reflets argentés. Les flancs et le ventre argentés et dorés, sans taches. Toute la dorsale d'un beau bleu changeant. Les pectorales, d'un blanc transparent, ont leurs quatre premiers rayons verdàtres. Les ventrales, bleues ou verdàtres, ont leurs rayons blancs en dessous. La caudale, ver- dàtre, change en doré et en argenté; et l'anale montre les reflets du nacre. Je ferai remarquer que les petites taches noires doivent paraître très-peu sur le poisson frais, puisqu'elles ont échajyë à M. Dussu- mier, observateur très -exact; quoique son individu desséché en montre d'absolument semblables à celles qui existent sur l'individu du Cabinet de Berlin. Nous trouvons une excellente figure de cette espèce dans Barbot'. Il la confond avec deux autres, comme nous l'avons dit plus haut, et ne nous apprend rien autre chose sur ce pois- son, sinon que sa chair est de bon goût. Il nous paraît assez vraisemblable que cette espèce est celle nommée par Osbeck, et d'après lui par Linnœus, corjphœna equiselis.l^ous lui rapportons aussi un dessin fait par M. Lesson , d'après un poisson pris dans l'Océan par les ig° de latitude sud et les 28'' de longitude ouest. 1. Coll. of voj. and trav. , t. \ , pi. 2f). 500 ' LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. La forme en est exactement celle des poissons que nous avons sous les yeux. Les nombres y sont marqués D. 55; A. 25; P. 20; V. 6. Tes couleurs sont un bleu tendre sur le dos; un jaune d'or sur le ventre, avec des points bleus et dorés. Nous retrouvons aussi cette espèce dans un dessin qui nous a ëtë communiqué par M. Mertens. Le poisson fut pris dans le grand Océan, sans autre indication plus précise. Les formes et les couleurs sont entièrement sem- blables à celles du poisson de M. Dussumier. L'individu deM. Lesson était long de trente pouces. Notre squelette en a vingt-huit; le poisson de Berlin vingt-six; celui de M. Dussumier vingt-cinq. Son squelette, le seul de ces coryphènes propre- ment dites que nous possédions, a trente-trois ver- tèbres, dont treize appartiennent à l'abdomen. Leurs corps ont à la partie supérieure , entre les apophyses épineuses, de petites crêtes, par lesquelles ils s'unissent entre eux. Ils ont chacun à leurs bords inférieurs une petite pointe, indépendamment de l'apophyse transverse descendante, qui porte la côte. Les cinq dernières de ces apophyses descendantes s'unissent en anneaux, et les dernières cotes sont fort rapprochées. Toutes sont assez grêles. Les antérieures sont un peu aplaties. A leur base sont les côtes su- périeures, de moitié plus courtes, et qui entrent horizontalement dans les chairs. CHAP. XVIIL CORYPHÈNES PROPREM. DITES. 301 La quatorzième vertèbre, au lieu de côtes, porte une lame unique, comprimée, à laquelle se suspen- dent les premiers interosseux de l'anale. Ensuite viennent les apophyses épineuses inférieures, comme à l'ordinaire. Sur le dos il y a huit interosseux entre la crête du crâne et l'apophyse épineuse de la pre- mière vertèbre. Puis il y en a alternativement un ou deux entre deux vertèbres; mais sur la queue ils alternent régulièrement, un interosseux pour une vertèbre. La CORYPHÈNE DE MarGRAVE. {Corjphœna Margravii, nob. ; Guaracapema , Margr.) Une seconde espèce, venue d'Amérique, nous parait bien répondre, par la forme de sa tête, au ^uaracapeina de Margrave. Son profil monte par une ligne d'abord un peu concave, jusqu'au haut de la tête, où il devient convexe. Le bord vertical du préopercule descend plus obliquement en arrière j ce qui donne plus de largeur au limbe. La hauteur du corps aux pectorales est cinq fois dans la longueur. La hauteur et la longueur de la tète sont égales. Les rayons antérieurs de la dorsale sont moins hauts qu'à la précédente, et la dorsale est plus longue, à cause de l'alongement du corps du poisson; elle est, au contraire, plus élevée vers l'arrière; car la hauteur des derniers rayons égale la moitié de la hauteur des antérieurs , laquelle est 502 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. comprise cinq fois et trois quarts dans l'étendue de Ja dorsale. D. 58; A. 28. La figure que le prince Maurice de Nassau a laissée dans la collection de la bibliodièque de Berlin, est, comme nous l'avons déjà dit, meilleure que celle de Laé't, insérée dans l'ouvrage de Margrave. Elle a été faite d'après un individu long de trois pieds, et dont le dos était vert glacé d'or; le ventre blanc ar- genté. Tout le corps était couvert de taches bleues. La hauteur proportionnelle de la dorsale est bien rendue, et est parfaitement conforme à ce que nous observons sur le poisson empaillé que nous lui comparons. Il a trois pieds de long. La CORYPHÈNE DE LeSUEUR. {Corjphœna Suerii^ nob.) M. Lesueur a envoyé de Philadelphie, au Cabinet du Roi, une coryphène très-semblable à la précédente par la courbure et l'élévation de la crête du, front; mais les différences que nous observons dans les pièces de l'opercule et dans la hauteur proportionnelle, se com- binent avec des différences assez notables dans le nombre des rayons pour que nous croyions ChXp. XVIII. CORYPHÈNES PROPREM. DITES. 505 devoir la regarder comme d'une espèce par- ticulière. Le bord vertical du préopercule descend moins obliquement vers Farrlère, de sorte que le limbe est plus étroit. Les rayons de la dorsale sont un peu plus grêles, et la hauteur des antérieurs, étant comprise sept fois et demie dans la longueur de la nageoire, montre qu'elle est plus basse que celle des cory- phènes précédentes. D. 64; A. 26, etc. Les fourches de la caudale paraissent plus étroites et plus courtes. Nous ne pouvons donner aucun détail sur les couleurs de cette espèce , dont le seul individu desséché, déposé dans le Cabinet, est long de trois pieds. La CORYPHÈNE DORADE. ( Coryphœna dorado , nob. ) Le Brésil nous a envoyé une troisième espèce , dont le profil est encore un peu différent, parce que l'occiput est moins relevé. Le corps est surtout beaucoup plus alongé. Les rayons de la dorsale sont forts, et la hauteur des plus longs fait, à peu de chose près, le sixième de la longueur de la nageoire. Les écailles oblongues sont plus grandes que dans aucune autre coryphène. 304 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. La hauteur du corps est six fois et demie dans sa longueur. Sa tête est d'un septième moins haute qu'elle n'est longue. Son profil monte très-peu obli- quement jusqu'au milieu de son contour, où il se courbe davantage pour achever de monter. Au total sa courbure s'éloigne peu d'un quart de cercle. La dorsale a soixante-un rayons. L'anale vingt-sept. On voit encore sur l'individu sec des mouches noirâtres ou bleues, semées sur toute la partie inférieure du corps. L'individu est long de trois pieds huit pouces. Il a été apporté de Rio-Jaiiéiro par les na- turalistes de Texp édition de M. Freycinet. Un autre individu tout semblable, et bien certainement de la même espèce, s'est trouvé parmi les collections faites aux Antilles par M. Plée. On Ty nomme el doj^ado (le doré). Il n'a que soixante rayons à la dorsale. Le corps, et principalement le ventre, paraît encore tout ta- cheté. Sa longueur surpasse quatre pieds. M. Menestrier parait avoir vu cette espèce en approchant des côtes du Brésil, car il nous a envoyé un dessin dont le contour est bien celui que présente le profil de notre poisson. Il nous paraît aussi que cette espèce va au sud jusqu'à Montevideo , où M. d'Orbigny l'a dessinée. Ces deux dessins confirmeraient que cette coryphène a pendant la vie le dos vert, sans taches j le ventre d'un jaune brillant, ta- CHÀP. XVIII. CORYPHÈNES PROPREM. DITES. 30o cheté de points bleus; la dorsale et les ven- trales d'un beau bleu; la caudale et 1 anale verdâtres. Cest l'espèce qui ressemble le plus aux figures données par Willughby, pi. O, 2, sous le nom de dauphin des Hollandais, et par Duhamel, sect. IV, pi. 1 , Hg. 1, sous celui de dorade d' Amérique , et il n'y a guère à douter que ces ligures n'aient été faites d'après des individus pareils aux nôtres. La CORYPHÈNE DAUPHIN. ( Corjphœna doljjn , nob. ) Il y avait aussi parmi les collections faites aux Antilles par M. Plëe, une coryphène sous le nom de dolfjn j que nous croyons être une espèce distincte. Elle a la crête moins haute, les rayons de la dor- sale plus grêles, les ventrales moins larges et moins longues, les écailles sensiblement plus petites j les lobes de la caudale beaucoup plus étroits. D. 59; A. 27. L'individu est long de trois pieds trois pouces. C'était une femelle, d'après le rapport de M. Plée. Nous lui rapportons un dessin qui nous a été donné par M. le capitaine Friers. Il a été fait sur un poisson long de deux pieds dix 9. 20 306 tIVRE IX. SCOMBÉPxOÏDES. pouces. Il montre que les couleurs sont peu différentes de celles de l'espèce précédente. Le clos est vert, le ventre jaune doré; la dorsale bleue, l'anale jaune; mais tout le corps, et même la dorsale , sont couverts de taches bleues. Nous croyons encore retrouver cette espèce dans un dessin de MM. Quoy et Gaimard^ fait sur une coryphène prise dans l'Atlantique près de l'équateur. Elle avait la dorsale et l'anale d'un beau bleu; la première tachetée de plu- sieurs points bleus plus clairs. Le corps est couvert de taches bleues, brillantes, sur le fond azuré du dos et doré du ventre. La Coryphène des Açores. {Coryphœna azorica, nob.) M. Dussumier a pris, à cinquante lieues à l'ouest des Açores, une grande coryphène, qui ne nous paraît rentrer dans aucune des précédentes. Sa hauteur aux pectorales, qui égale la longueur et à peu près la hauteur de la tête, est six fois dans sa longueur totale. Son profil représente assez bien un quart de cercle. Son tiers inférieur s'élargit et s'aplatit en triangle. Sa dorsale n'a que cinquante- trois rayons. Les plus élevés (du dixième au qua- torzième) ont plus des deux tiers de la hauteur du «orps sous eux, et sont compris cinq fois et deux CHAP. XVÏII. CORYPHÈNES PROPREM. DITES. 307 tiers dans la longueur de la nageoire. Vers le milieu ils s'abaissent de plus d'un tiers et se relèvent un peu vers la fin; ceux-ci ont les deux tiers de la hauteur des rayons antérieurs. Les pectorales ont les trois quarts de la longueur/ de la tête, et les ventrales égalent cette longueur. Les lobes de la caudale sont du cinquième de la longueur du poisson. L'anale fait en avant une petite pointe, et ses derniers rayons s'alongent aussi un peu. D. 53j A. 25, etc. Le dessus du corps est d'un verdâtre ardoisé, avec des points bleus peu apparens; le dessous argenté, semé de points ou de petites taches bleues. La dor- sale change en vert et en bleu; l'anale est plus pâle, etc. L'individu est long de trois pieds huit pouces. La CORYPHÈNE DE LeSSON. {Çorjphœna Lessoniiy nob.) A toutes ces coryphènes de rOcéaii nous devons en ajouter une , dont nous avons trouvé l'indice dans un dessin fait par M. Les- son. On l'avait prise par les 23° 22' de latitude sud et par les 3^° 5' ouest, à peu près à la hauteur de Rio-Janëiro. L'observateur qui l'a dessinée, compte cinquante rayons à sa dorsale, vingt-trois à son anale, et re- présente toute sa partie supérieure d'un bleu d'azur, et l'inférieure de couleur d'argent, sans taches, et il ajoute que dans l'eau sou cox'ps paraît comme s'il 508 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. était recouvert partout d'une teinte de cuivre rosée. L'individu avait vingt et un pouces de long. Sa chair fut trouvée excellente. Ce poisson se prenait si aisément, qu'il suffisait d'un flocon de laine pour lui servir d'appât. La CORYPHÈNE RAYÉE. {Coiyphœna virgata, nob.) Le dessin de coryphène, fait par Plumier à la Martinique, et donne par Blocli pour l'hippurus , ne convient à aucune des es- pèces précédentes pour les formes , non plus qu'elle ne ressemble pour les couleurs aux descriptions de Margrave, d'Osbeck ou de M. Lesson. Son profil n'est guère plus arqué que dans celle delà Méditerranée j elle a, comme nous l'avons déjà vu, le dos bleu ou verdàtre, et tacheté de jaune; les cotés de la tête et le ventre blancs; toutes ses na- geoires jaunes, excepté la dorsale, qui est divisée en deux moitiés : celle de la base jaune, celle du bord bleue. La copie qu'en donne Bloch (pi. 174) i^'» ^^^ quarante- huit rayons à la dorsale et vingt- cinq à l'anale : celle d'Aubriet, publiée par M. de Lacépède, n'en a que quarante-quatre et seize. Mais ce serait vainement que l'on croirait pouvoir compter sur lesquisse qui a servi CHAP. XVIII. CORYPHÈNES PROPREM. DITES. o09 d'original à ces deux gravures. Plumier ne mettait nulle exactitude aux nombres des rayons, et Ton ne pourra se faire une' idée nette de cette espèce, si cen est une, que lorsqu'on l'aura reçue en nature des Antilles. Nous n'avons point encore réussi à nous la procurer. ha CORYPHÈNE QUEUE d'oR. {Corjphœna chrjsurus , Lacép.) Les coryphènes des Indes, telles que nous les avons reçues de M. Lesclienault et de M. Dussumier, ont leur hauteur comprise six fois dans leur longueur. Leur tête est un peu plus haute que longue. La ligne de leur profil a peu de concavité ou d'endroit plus convexe que le reste , et sa courbure est un arc de cercle moindre qu'un quart, et qui monte obliquement. M. Dussumier nous a rapporté deux de ces coryphènes de la mer des Lrdes, à cinquante- huit ou cinquante-neuf rayons dorsaux, et à vingt-six à l'anale; mais qui n'ont pas tout- à-fait les mêmes formes de têtes. La plus grande, longue de trois pieds six pouces, a été prise par i degré de latitude nord j elle a : D. 58 ; A. 26. 510 LIVRE IX. scombî;roïde^. Sa hauteur aux pectorales et la longueur de sa tête, sont six fois et demie dans sa longueur totale. Les lobes de sa caudale y sont cinq fois. Sa tête est presque aussi haute que longue. Son profil serait un quart de cercle, s'il ne tombait un peu trop rapidement en avant. Ses pectorales et ses ventrales sont d'un quart moins longues que sa tête. Sa dorsale a en avant les deux tiers de la hauteur du corps; elle s'abaisse un peu et puis se relève en arrière. L'anale fait en avant une petite pointe. C'est une femelle. A l'état frais, selon M. Dussumier, le dessus de la tête et les opercules sont d'un vert-jaunâtre bronzé, très-brillant. Le dessous de la mâchoire est blanc. Le corps, d'un gris verdàtre jusqu'à la ligne latérale, était semé des points bleus peu apparens. Au-dessous tout est argenté, avec des points d'un beau bleu et des nuances dorées. La dorsale est verte, variée de bleu; la caudale verdàtre et dorée; la pectorale d'un beau bien bordé de vert bronzé en dessus. Sa face interne est blanche et bleue. Les ventrales sont en dessous blanches et jaunes, et le dessus en est vert, varié de bleu. L'anale est blanche, variée de vert doré. Son estomac contenait des exocets. Sa chair était excellente, facilement divi- sible et très-lëgère- elle pesait quatorze livres. Un autre individu, pris dans les mêmes pa- rages et dans la même saison, est long de trois pieds, et a la tête d'un huitième plus longue que haute, et cinquante-neuf rayons à la dor- CHAP. XVlII. CORYPHÈNES PROPREM. DITES. 31 1 sale. Tout d'ailleurs est semblable dans les propor- tions. On pourrait soupçonner que c'est le mâle, et il serait intéressant de vérifier si cette différence dans la hauteur du crâne serait toujours un caractère de sexe. M. Dussumier en décrit les couleurs comme il suit : Le dessus du corps noir verdâtre; les flancs ar- gentés et dorés. Le dessous de la tête et du ventre blanc et doré. Le tout moucheté d'un beau bleu. Le dessus de la tète changeant en vert doré. Les oper- cules variés de blanc et de vert bronzé. La dorsale bleue; la caudale verdâtre, variée de doré; l'anale blanche et jaune; les ventrales blanches en dessous, vertes et bleues en dessus; les pectorales variées de vert et de bleu, avec une tache jaune à la base et en dessous. Enfin, M. Leschenault nous a envoyé une coryphène prise dans la rade de Pondichëry, où elle porte le nom de parla. La hauteur de sa tête et la force des rayons de la dorsale la rendent semblable aux deux précédentes. Les nombres sont les mêmes, D. 58; A. 26. Il en décrit les couleurs comme variées de bleu, de jaunâtre et de verdâtre, avec des taches noires et bleues. Sa taille va à quatre pieds , et elles sont très- bonnes à manger. Ces trois poissons nous paraissent se rap- 312 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. porter à celui dont Commeison a laissé la figure. A en juger par ce dessin de Commerson, gravé dans M. de Lacépède , t. II, pi. 18, fig. 2, ces individus mouchetés sembleraient répondre au corjphœna chrjsurus de ce der- nier naturaliste. Commerson lui auribue cinquante-huit rayons à la dorsale; vingt-huit à l'anale : il le dit doré, glacé de bleu, sur le dos et sur les côtés; argenté à la gorge et à la poitrine, avec des gouttes bleues, rép ndues sur tout le corps. La dorsale et les pec- toiales très- bleues; les ventrales bleues, à rayons jaunes; lanale changeant du dpré au bleu; la caudale dorée, mais avec un liséré bleu. Le reste de sa description, toute détaillée et toute exacte qu'elle est, ne s'étend guère que sur des caractères communs à toutes les coryplîènes. Il trouva dans l'estomac de son individu un exocet volant et quelques autres petits poissons. Les intestins contenaient plu- sieurs vers filiformes d'un pouce ourà peu près de longueur. On lavait pris dans le milieu de la mer Pacifique, par les 1 5 ou 16 degrés de lati- tude atistrale et de i65 ou 170 degrés de longitude, sur la fin d'Avril 1768 : c'est un des poissons dont Commerson vante le plus CIIAP. XVm. CORYPHÈNES PROPREM. DITES. 315 le bon goût. Une fois que les matelots en avaient un, ils le tenaient suspendu à la sur- face de l'eau, comme s'il eut encore nage, et de cette manière ils en attiraient beaucoup d'autres, qu'ils perçaient de leur trident. On trouve aussi parmi les dessins de Forster, celui d'une coryphène , qu'il nomme hippurus, mais qui me parait appartenir à notre clirj- siirusj il en a du moins les proportions et la forme générale, et même celle de la tête de l'individu oii elle est le moins élevée. La cou- leur du corps est indiquée verdàtre en avant, jaune vers l'ariière et sur la caudale; la dorsale est en avant teinte de vert et de violet, et en arrière de bleu : c'est probablement aussi d'après des poissons semblables qu'a été faite la figure de Renard, i."^^ part., pi. 22, fig. i23, où Ton trouve à peu près les formes de têtes de nos deux individus. Il est enluminé de bleu foncé et d'orange tacheté de bleu; l'anale l'est en bleu, et la dorsale en rouge brique. L'original de cette figure, que je trouve dans le Recueil de Corneille de Vlaming, est en- luminé de vert très-foncé sur le dos, et la dorsale de violet. 314 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. La CORYPHÈNE QUEUE d'ARGENT. {Corjphœna argjrurus , nob.) La mer de Coromandel nourrit d'autres coryphènes , qui peuvent appartenir à une espèce distincte de la précédente, si elles n'en sont pas des variétés sexuelles. Elles se font toutes remarquer par leur tête peu élevée; par la petitesse de leurs écailles, et par la finesse des rayons de la dorsale. L'anale n'a pas ses rayons antérieurs prolongés et dépassant en pointe le bord de la nageoire' D. 57; A. 26. L'individu rapporté par M. Dussumier, avait, à l'état frais, tout le corps argenté et doré, parsemé de petits points bleus. La dorsale bleu verdâtre, légè- rement bordée de blanc à sa partie postérieure; l'anale jaune verdâtre; les ventrales blanches à l'extérieur, vertes à l'intérieur; les pectorales transparentes; la caudale verdâtre et argentée. Ce poisson, long de dix-huit pouces, a été pris au milieu du golfe de Bengale. Je crois devoir réunir à cette espèce deux individus secs, envoyés par M. Leschenault, et confondus avec le précédent sous le nom de parla. Ils ont le profil et surtout la crête occipitale également surbaissés; les mêmes rayons grêles à la dorsale, et l'anale sans pointe. La dorsale de l'un a CHAP. XVIIl. CORYPHÈNES PROPREM. DITES. 515 cinquante-neuf rayons , et celle de l'autre soixante. Le corps est encore couvert de mouchetures. La CORYPHÈNE DE VlAMING. {Corjphœna Vlaniingii^ nob.) Renard a encore donné une figure de co- ryplîène, i!" part., pi. 16, fig. 76, enluminée de vert clair avec un anneau rouge près de la caudale; mais dont l'original, examiné dans Vlaming, a les mêmes couleurs que la pré- cédente : le dos et toutes les nageoires étant vertes, et le ventre rouge avec quelques taches nuageuses. Ce dessin montre d'ailleurs une tête si élevée, et une dorsale si haute, que nous ne doutons pas qu'il représente une espèce des mers de l'Inde que nous ne possédons pas en- core dans nos collections, et sur laquelle nous appelons l'attention des naturalistes voyageurs» La CoRYPHÈNE SCOMBÉROÏDE. (Corjphœna scomheroides, Lacép.j Osteoglossus, Commers.) Nous terminerons la liste des coryphènes par celle que Commerson a décrite sous le nom d^ostéo^losse ou langue osseuse de la mer du Sud , et dont M. de Lacépède a fait sa coryphènescombéroïde. D'après les mesures détaillées, données par l'infatigable observateur 316 LIVRE IX. SCOMBÉROIDES. qui la découverte , on en a esquissé un dessin, Oii l'on voit qu elle s'éloigne un peu des es- pèces précédentes par le peu de hauteur de la portion antérieure de la dorsale. Mais, jus- qu'à ce qu'elle soit mieux connue, nous la plaçons toujours ici provisoirement. Sa hauteur est comprise cinq fois dans sa longueur totale, qui n'est que de onze pouces, et son épaisseur deux fois dans sa hauteur; elle a cinquante -cinq rayons à la dorsale et vingt-cinq à l'anale. Sa ligne latérale est flexueuse dans sa première moitié. Tous ses caractères de forme sont d'ailleurs ceux des coryphènes. Ce qui avait frappé Commerson, et lui avait fait imaginer ce nom d'ostéoglosse , c'est un espace carré, revêtu de dents en velours ras sur le milieu de la langue; mais toutes les coryphènes en ont l'équivalent. La couleur générale était un argenté pur, teint d'un peu de brun bleuâtre vers le dos. Le crâne était d'un bleu plus noirâtre, avec quelques reflets dorés autour des yeux et aux opercules. Toutes les nageoires sont brunes, excepté les ventrales, qui sont très- blanches, et ont seulement le bord interne brun. Il n'est question ni de points ni de taches. On voit que par les couleurs cette petite coryphène ressemble beaucoup à celle de Lesson; mais ses nombres de rayons ne sont pas tout-à-fait les mêmes, et elle ne devient pas moitié si grande. Elle fut prise en Mars 1768 dans la mer CHAP. XVIII. CORYPHÈNES PROPREM. DITES. 517' Pacifique, par 18 degrés de latitude australe et i34 degrés de longitude à l'ouest de Paris, Il y en avait des milliers qui suivirent pen- dant plusieurs jours les vaisseaux, vivant de poissons volans d'une espèce qui surpassait à peine des papillons en grandeur. L'individu, long de onze pouces, qui a servi de sujet à la description, et qui ne pesait que sept onces, était le plus grand de ceux que l'on prit, et Commerson le juge bien certainement adulte; car les femelles avaient l'abdomen presque entièrement rempli par les ovaires. M. de Lacëpède a inséré dans son ouvrage, t. III, p. 193, une traduction fort exacte de l'article de Commerson , et a imposé à l'es- pèce Tépithète de scombéroïde^ parce que Commerson l'avait trouvée intermédiaire par la taille entre le maquereau et le hareng. DES LAMPUGES (Ljmpugus, nob.). Nous venons de décrire les coryphènes à dorsale haute de l'avant, et qui se font toutes remarquer par leur tète élevée et tranchante. Nous avons à parler de poissons fort semblables à ces coryphènes par Fen- semble de leur organisation; mais qui peuvent 518 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. être caractérises par rabaissement de la crête mitoyenne sur le devant du front , et dont la dorsale, égale et basse dans toute sa longueur, change l'aspect du poisson et nous conduit vers le genre des centrolophes. M. de Lacépède avait associé l'espèce com- mune de la Méditerranée à un caranx de la mer des Antilles, comme nous le dirons tout à l'heure, dans son genre des caranxomores; mais cette association prouve que le genre ne peut subsister en ichtyologie , et le nom lui-même est si mal composé, que je n'ai pas cru devoir le conserver; j'ai prétéré, pour faire un nom générique, latiniser celui sous lequel on con- naît les poissons semblables aux coryphènes dans toute la Méditerranée. Le Lampuge pélagique. {Lampugus pelagicus , nob. i) La première espèce est abondante dans la Méditerranée ; elle ressemble presque en tout à la coryphène , si ce n'est par sa petite taille et sa tête alongée et peu élevée. Elle n'a encore été décrite exactement par personne; mais sa res- semblance avec la figure donnée par Linnœus 1. Scomber pelagicus , Linn.j Caranxomore pélaglifueg Lacép. ; Cychlia pelagka, Bl. Schn. CHAP. XVIII. LAMPUGES. 519 (dans le Musée d'Adolphe-Frédeiic, pi. 3o, fig. '^2), sous le nom de scomber pela^icus, est telle que, malgré la différence du nombre de rayons indiqués par Linnseus, nous ne pou- vons douter que ce ne soit un poisson de la même espèce qu'il ait eu sous les yeux. L'ex- pression même dont il se sert, radii circiter 4o, montre qu'il n'était pas bien sûr de son compte, et pour peu que son individu fût des- séché, il n'y aurait rien d'étonnant qu'il se fut trompé sur ce point. Ce qui est certain , c'est que si le sconiber pela^icus n'est pas le même que cette petite coryphène, il est du même genre et ne peut en être éloigné. M. de Lacépède, supposant, comme à son ordinaire, ses prédécesseurs infaillibles dans leurs classifications, et voyant ce poisson rangé parmi les scornbres, l'a placé, en lui conservant fépithète de pélagique, dans ses caranxoTiio- reSy qu'il définit comme des scombres ou des caranx à dorsale unique. L'autre espèce qu'il y joint, est bien un caranx ou une sériole , mais qui ne paraît différer des autres que parce que Feuillet et Aubriet, dbù il est tiré, n'ont pas marqué sa première dorsale. Ainsi le genre caranxomore ne peut pas sub- sister. Bloch , dans son système posthume , a fait 520 LIVRE IX. SCO:\ÎBÉROÏDES. du scomher peïa^icus de Linné une cichîe ; mais c'est une de ces classilications arbitraires dont cet ouvrage est plein , et auxquelles un vrai naturaliste ne peut avoir aucun égard. Ce scombre pélagique a été malheureux en synonymes; car Gronovius (Zoopbyl. n.° 3o6) lui donne pour tel un ecjuula (Seba, t. III, pi. S'y 5 fig. 4)7 ^^ 1^»^ ^^^6 vingt- quatre rayons à la dorsale, et le korango de l'Histoire des voyages (t. III, in-4-''j «^ P^§- -^i 0? ^^^^ a deux dorsales et n'est qu'un caranx, comme son nom même le dit. Schneider non-seule- ment laisse su]:)sister ce rapprochement, mais il y ajoute un vrai thon, tiré de Sloane (Jam., pi. 1, lig. 3). On ne revient pas détonnement, quand on remonte aux sources, sur la légèreté et l'assurance avec laquelle tant d'auteurs les citent. Le lampuge pélagique a sa hauteur près de six fois dans sa longueur, son épaisseur deux fois et demie dans sa hauteur. La longueur de sa têle est cinq fois "dans celle du corps, et surpasse sa hauteur déplus d'un quart. Le profil est peu saillant, et demeure ho- rizontal presque jusqu'au bout antérieur, où il se courbe pour former un nmseau obtus, et arrondi dans le sens transversal. La mâchoire inférieure avance plus que l'autre , mais de très-peu de chose. L'œil est au milieu de la hauteur et presque au mi- heu de la longueur, dont il occupe un quart. Son CHAP. XVIII. LAMPUGES. o2 î orbite a un bord membraneux, mais circulaire, et qui n'avance pas sur l'œil comme clans les maque- reaux. La narine a pour orifices deux petits trous très -rapprochés, dont l'antérieur est le plus étroit et a un léger rebord saillant. La bouche est un peu arquée, fendue jusque sous le bord antérieur de l'œil. Le maxillaire va plus loin, jusque sous le milieu. Les dents sont, comme celles des corvphènes propre- ment dites, en cardes sur les deux mâchoires, le rang extérieur plus fort; en vfîlours sur le devant du vomer, sur les palatins et sur le milieu de la langue. Les opercules et la membrane des ouïes sont disposés comme dans les corjphènes. On y compte aussi sept rayons. Les pectorales et les ventrales ont la même forme et la même proportion relative, c'est- à-dire que la pointe des ventrales dépasse d'un quart celle des pectorales; elles sont attachées de même à l'abdomen. La dorsale règne depuis la nuque jusque fort près de la caudale , mais elle ne s'élève pas de sa partie antérieuqp; elle a presque partout un peu plus du tiers de la hauteur du corps. On y compte cinquante-huit rayons; l'anale, moins haute que la dorsale, en a vingt-cinq, aussi à peu près égaux entre eux. C'est à peine si l'intervalle entre ces deux nageoi- res et la caudale est du quatorzième de la longueur totale. Les lobes droits et pointus de cette nageoire, fourchue jusqu'à sa base, font un peu moins du cinquième de cette longueur. La pectorale ne fait que le neuvième de la lon- gueur; les ventrales en ont le seplième. g. 21 (22 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. La joue, la tempe et le corps sont couverts de irès-pelites écailles molles, difficiles à détacher de la peau. La ligne latérale se courbe, comme dans l'hip- purus, d'abord en un angle obtus vers le haut; puis en deux ou trois légères ondulations, après lesquelles elle se rend droit à la queue. Dans la liqueur ce poisson paraît argenté et a tout le dessus plombé. La dorsale et l'anale ont la même couleur , avec un bord blanchâtre. Les ventrales , blanches en dessous, ont leur face supérieure noire. Un dessin de la même espèce, communiqué par M. Risso , nous apprend que dans l'état frais le plombé est bleu violet, et l'argenté glacé de jaune. Les viscères de cette espèce ressemblent entière- ment à ceux de l'hippurus. L'oesophage est long et étroit; il se continue en un vaste cul-de-sac, qui oc- cupe le reste de la longueur de l'abdomen jusqu'au- delà de l'anus. Les appendices cœcales forment une masse glanduliforme jaune, difl^cile à séparer par pe- tites houppes. L'intestin est court, ne fait que deux replis rapprochés avant de déboucher à l'anus, qui ne s'ouvre pas tout-à-fait à l'extrémité de la cavité abdominale. Le foie est petit, d'un jaune plus foncé que la masse des cœcums; il se compose d'un lobe gauche étroit, et d'un droit un peu plus large, mais aussi long. La rate est petite, noirâtre, ovale, fixée sur la crosse du premier repli de l'intestin. Il n'y a pas de vessie aérienne. Les reins sont réuni* en un seul lobe caché dans CHAP. XVIIÎ. LAMPUGES. 525 un sillon profond, pratiqué sous Tépine dorsale j la vessie urinaire est très-petite. La tête osseuse de ces poissons ressemble à celle d'un scombre plus qu'à celle d'une corypliène, à cause du peu d'élévation de sa crête mitoyenne; toutefois cette crête se porte en avant presque jusque sur le bout du museau. Les premiers interosseux vont aussi en avant jusque sur l'occiput entre les mastoïdiens. Il y a trente et une vertèbres, dont quatorze ap- partiennent à l'abdomen; les cinq ou six dernières de celles-ci portent les côtes sur des apophyses des- cendantes, qui, sous les deux ou trois dernières, se réunissent en anneaux comme dans les vertèbres caudales. Les apophyses épineuses sont grêles , sauf les trois ou quatre premières. Les côtes sont aussi très-grêles et assez courtes. Nos individus n'ont que neuf ou dix pouces de longueur. Il serait intéressant de connaître la taille à laquelle l'espèce peutani\ ei ; mais nous n'avons à cet égard aucun renseignement. Le Lampuge de Sicile. {Lampugus Siculiis , nob.) Les côtes de la Sicile nom rissent un lampuge que nous ne trouvons décrit dans aucun des auteurs qui ont parlé des poissons de la Médi- 524 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. teiranée, et qui offre un profil d'une hauteur intermédiaire entre la coryphène de la Mé- dite n3inée (cor jpJiœna hippurus) et le lam- puge pélagique [scoinher pelagiciiSj, Linn. ). Cette nouvelle espèce lie ces deux genres et rend leur séparation moins tranchée. En prenant pour base une ligne tracée par le cen- tre de l'œil et la pointe antérieure du maxillaire supérieur, on trouve que la ligne du profil monte en ligne droite jusqu'à l'occiput, en faisant un angle qui n'est pas le quart d'un droit. La mesure du même angle dans la coryphène est double, et il est plus petit dans le scomber pelagicus. Aussi trouve-t-on à ce poisson une crête frontale encore assez élevée. L'œil est placé à peu près au milieu de la hauteur de la tête , et éloigné du bout du museau de deux fois son diamètre longitudinal, lequel est contenu cinq fois dans la longueur de la tête. Elle est courte et seulement du sixième de la longueur totale; les pec- torales sont un peu plus courtes et plus échancrées en faux. La dorsale est à peu près de même forme, et basse comme celle du lampuge ordinaire j mais elle a quatre rayons de moins; l'anale, au contraire, en a deux de plus. B. 7; D. 54; A. 27; C. 17et7 à 8; P. 22; V. 1/5. Les couleurs du poisson conservé dans l'eau-de- vie, sont du plombé noirâtre sur le dos, de l'argenté sur le ventre, qui est tacheté de bleu. On retrouve ces taches sur le fond noirâtre de la dorsale. La cau- dale est grise, à reflets argentés; les ventrales sont CHAP. XVIII. LAMPUGES. 325 bleues en dessus et blanches en dessous. Mais ces couleurs se sont altérées : observées fraîches par M. Biberon , elles étaient bleues argentées sur le dos , sur la dorsale et sur les pectorales. Les flancs et le ventre brillaient d'un bel éclat argenté, et étaient parsemés de taches bleues. L'anale avait aussi des teintes bleues sous des reflets d'argent. La caudale avait du jaune sur la base et des taches bleues sur ses fourches. Nous ne possédons qu'un seul individu de cette belle espèce, qui a été rapportée pour le Cabinet du Roi par M. Biberon. Elle a été pêcliëe à Palerme au mois de Décembre; sa longueur est de vingt-trois pouces. Les pé- cheurs de Sicile l'ont nommée cappone. Nous trouvons ce nom déjà cité dans les ouvrages de M. Rafinesque, ainsi que nous l'avons déjà mentionné; mais la description ne peut con- venir à notre poisson , ce qui prouve que les pécheurs siciliens le donnent collectivement aux poissons qui ont de la ressemblance avec la coryp Irène. Le Lampuge de Naples. {Lampugus neapolitanus , nob.) Le Cabinet de Berlin a reçu de celui de Bloch un petit poisson intitulé scomber pe- lagicus^ fort semblable à notre premier lam- 526 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. puge , mais qui n'est certainement pas de l'espèce de Li mise us. Il a le corps un peu plus court à proportion (sa hauteur n'est que cinq fois dans sa longueur); la tête est plus arrondie en dessus, sa ligne latérale presque sans angle en avant; les ventrales sont de la longueur des pectorales, brunes en dessous comme en dessus. C'est évidemment, malgré sa ressemblance apparente , une espèce particulière , et qui diffère surtout par les quarante-quatre rayons de sa dorsale. L'individu est long de quatre pouces. D. 44; A. 23, etc. On ignore l'origine du poisson dépose dans le Cabinet de Berlin. JNous avons depuis reconnu cette espèce sur un dessin colorié, faitàNaples d'après le frais ^ et qui nous a été communiqué par M. Agassis. Les formes sont celles du poisson décoloré que nous venons de décrire. La couleur est un plombé noirâtre le long du dos, tacheté d'une suite de gros points bleus. Les flancs et le ventre sont argentés, avec des reflets dorés ; le dessus de la tête est brun , mêlé de verdâtre. La dorsale, la caudale et l'anale sont brunes; les pectorales et les ventrales ont du jaunâtre. Lïris de l'œil est orangé. Cet individu n'est pas plus grand que celui conservé dans le Musée de Berlin. CHAP. XVm. LAMPUGES. 327 Nous trouvons aussi dans les mers étrangères des coryphénoïdes à dorsale basse, et que nous plaçons à la suite de nos lampuges. Le Lampuge ponctué. {Lampugus punctulatus y nob.) M. Dussumier vient de rapporter un pois- son fort semblable à notre pélagique par son profil peu élevé, mais qui se distingue de tous les autres par la forme des derniers rayons de la dorsale. Il a cinquante-un rayons à sa nageoire du dos et vingt-cinq à son anale. Sa hauteur est près de cinq fois dans sa longueur; sa tête y est cinq fois et un quart, et est de deux septièmes moins haute que longue; son profil va en descendant obliquement, et ne s'abaisse plus vite qu'au bout de son museau ; ses pectorales n'ont que le dixième de la longueur totale. Les ventrales, qui naissent un peu plus en arrière, en ont près du huitième; les lobes de la caudale en ont le cinquième. Les dix ou douze der- niers rayons de sa dorsale et de son anale dépassent la membrane par leur extrémité élargie, en sorte que, lorsque cette nageoire est couchée, il semble que ce soient des fausses pinnules. Elle est toute arsentée, teinte de noirâtre vers le dos, avec quel- ques petits points noirs et peu nombreux sur le corps. D. 51 ; A. 25; en; P. 195 V. 1/5. 528 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. L'individu est long de treize pouces. Il a ëtë pris dans l'Atlantique sous l'ëqua- teur. Le Lampuge fasciolé. {Lampiigus fasciolatus , nob. ^) Le corjphœna fasciolata de Pallas paraît devoir se rapprocher beaucoup de de genre; mais ne l'ayant pas vu, nous ne pouvons qu'extraire ce que Pallas en a dit. Son corps est alongé, légèrement comprimé; sa tête conique; son vertex plan; son profil descend verticalement au museau; des dents fines arment les bords des mâchoires; la langue est plate, ronde et lisse ; les jeux sont grands ; la narihe antérieure beaucoup plus petite que l'autre. Il n'y a aucune dentelure aux opercules. La membrane des ouïes n'aurait que six rayons, en supposant que Pallas n'en ait pas omis un; la dorsale, basse et égale, en a cinquante-quatre ; l'anale , vingt-sept ; la caudale , profondément fijurchue, dix-sept; la pectorale dix- neuf; les ventrales, tant soit peu plus en arrière que les pectorales , ont des rayons plus robustes. Un blanc argenté sur le corps, teint de plombé sur le dos, était traversé par douze ou quinze bandes ver- ticales irrégulières , qui descendaient de la dorsale sur les flancs et s'y perdaient. 1. Coryphœna fasciolata , Pall. j Spicil. zoolog. fascic, t. VIII , p!. 3, fig. 2. CHAP. xviii. lampuges. 329 Ce petit poisson , venu d'Amboine, n'avait que deux pouces et demi de longueur; mais il y a lieu de croire qu'il y en a de plus grands. Dans tout ce qui en est rapporté, je ne vois que la langue lisse qui puisse l'éloigner du sous-genre actuel. Le Lampuge sans taches. (Lampiigiis immaculatuSj nob.; Corjphœna imma- culata, Agassis, pi. 56.) M. Spix a un coryphénoïde sans taches, que nous plaçons à la suite de nos lampuges, à cause de sa dorsale basse et égale dans toute son étendue. Le profil est une courbe peu convexe, et le corps est fort rétréci en arrière. Les lobes de la caudale sont médiocres. Le texte porte : D. 58; A. 28; C. 9 — 20 — 9; P. 20; V. 9. Le dos , les deux tiers de la pectorale et le bord de Tanale sont bleu céleste. La dorsale est ardoiséej le reste blanc argenté. On n'en possède au Cabinet de Munich qu'un seul individu, pris dans l'océan Atlan- tique et long de vingt pouces. 350 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. DES CENTROLOPHES {Centrolophus^ Lace». Nous avons encore ici un exemple bien re- marquable de ces dispersions d'espèces sem- blables et, qui plus est, de la même espèce, dans des genres divers, amenées par le défaut de critique et de comparaison des articles que l'on empruntait de différentes sources. Décrit une première fois dans la Méditer- ranée et nommé pompilus par Rondelet, un poisson du genre dont nous parlons est devenu le corjphœna pompilus de Linnaeus, ou le corjphène pompile de Lacépède. ^ La description d'un poisson très-semblable de l'Océan, nommé hlackjish (^poisson noir), faite par Borlase, ou du moins tirée par lui des papiers de Jago ^ a été prise par Pennant pour celle d'une espèce de gremille. Il en a fait son black- rujfe ou gremille noire, et Gmelin, qui en fait son perça nigra , doute même si elle diffère de la gremille commune. Cernuœ simi- lis, an specie distincta. Ce perça nigra est devenu ensuite Xholocentre noir de Lacépède, t. IV, p. 33o et 357. Cependant on prenait ce même poisson noir 1. Lacépède, t. III, p. 198. 2. Borlase, Natur. hist. of Corruvall , p. 271 et pi. 26, fig. 8. CHAP. XVITI. CENTROLOPHES. 334 à 1 embouchure de la Seine, et on l'envoyait à M. de Lacépède, qui, ne s'apercevant pas que déjà il en avait parlé d'après Gmelin, le décrit sur la nature et en flût un nouveau genre qu'il appelle centrolophe , et l'espèce devient le ce/ttrolopïœ nègre j, t. IV, p. 44 1 ^^ 44^? et pi. 10, fig. 2. Je m'étonne qu'il ne l'ait pas décrit une quatrième fois sur ce qu'en dit Duhamel', qui l'a fait graver d'après un individu^ envoyé cle Toulon sous le nom de merle, et qui a eu la bizarre idée de le prendre pour le serran de Provence. Le caractère ou plutôt l'accident c£ui a valu à ce sous-genre la dénomination de centro- lophe, consiste dans trois petites sailHes poin- tues, que l'on voit dans l'individu décrit par M. de Lacépède , sur sa nuque et en avant de sa dorsale. Ce sont des interépineux sans rayons , qui se montrent dans un individu maigre et en partie desséché, mais que la chair enveloppe dans ceux qui sont en bon état. Ce n'est point là ce qui peut distinguer ces poissons; mais aux caractères des coryphènes,. c'est-à-dire à de petites écailles , à une queue 1. Pêches, 2/ part., sect. IV, p. 37. — 2. Ibid. , pi. 6, %. 2^ 532 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. non carénée, à une longue dorsale, dont les rayons épineux se distinguent a peine des au- tres, ils joignent une tête peu élevée et surtout un palais absolument dénué de dents. On les reconnaîtra toujours à la réunion de ces caractères. L'application du nom de pompilus à l'un de ces poissons, par Rondelet, est tout-à-fait arbitraire. Les anciens ne disent autre chose du poin- pile, si ce n'est que c'est un poisson de haute mer, semblable à la pélamide, mais de couleur variée, qui a coutume de suivre les vaisseaux et de les accompagner jusqu'à ce qu'ils ap- prochent de la terrée Ils le regardaient comme sacré % et tout nous porte à croire que c'était le pilote. Il n'y a aucune probabilité a prendre pour un poisson aussi connu que ce pompile et qui devait être si commun, une espèce qui, au rapport de Rondelet lui-même, est si rare sur nos cotes qu'elle n'y a pas même de nom vul- gaire. ^ 1. Tuque cornes raiium , iractique per œquora sulci Qui seniper spuinas sequeris , pompile , nitentes. Ovicl., Hal., V. 101 et 102; et iElien, 1. II, c. i5. 2. XXien, 1. XV, c. 23; et le long article d'Athénée, 1. VU» p. 282, 283, 284. — 3. Rondelet, p. 25i. CHAP. XVIII. CENTROLOPHES. 335 Daubenton et Haûy, dans leur Dictionnaire d'ichtyologie de 1 Encyclopédie % ainsi que Bonnaterre dans les planches, lui ont trans- féré le nom de lampuge, mais sans aucun fondement; car Bélon^, le seul qui ait cité ce nom, rapplique à notre première espèce de liche, quil assure le porter à Marseille. Aucun auteur moderne ne reprend cependant cette assertion de Bélon, et tous paraissent s'accor- der pour le donner à plusieurs espèces de coryphénoïdes. M. Bafinesque donne, à la vérité, à notre centroloplie les noms siciliens de pilai et de lampugOy mais il reste à savoir s'ils ne se sont pas établis récemment et d'après les auteurs, comme il est souvent arrivé aux noms des poissons. En Sardaigne celui de pompilo est connu , mais autant que l'on peut comprendre ce qu'en dit Cetti'^; il désigne une espèce plus petite de thon, qui paraît au printemps; peut-être la thonine [thynnus thunnijia, nob.) ou le bonitou [aujcides vulgaris^ nob.). 1. Dict., p. m et 224- — 2. Âquat. , p. i54 et i55. 3. Hist. nat. di Sardagn. , t. III, p. io5. 554 LIVRE IX. SGOMBÉROÏDES. Le Ceistrolophe pompile. {Centrolophus pompilus , nob. ; Corjphœna pom- pilus y Linn.) Comme il n'est pas très-facile d'assigner entre les poissons dont nous parlons des différences spécifiques certaines , nous décrirons d'abord les individus semblables à celui de Rondelet, et nous leur comparerons ensuite ceux qui en diffèrent assez pour que l'on ait pu les regar- der comme d'une autre espèce. Le corps est oblong et comprimé; sa hauteur fait le quart de sa longueur totale, et son épaisseur le tiers de sa hauteur. La ligne de son dos et celle de son ventre, légèrement et à peu près également con- vexes , se rapprochent lentement et se terminent en avant en un museau obtus. La longueur de sa tête est du cinquième du total, et sa hauteur à la nuque du quart de sa longueur. L'œil est au milieu de la distance entre le bout du museau et l'ouie. Il est presque au milieu de la hau- teur. Son diamètre mesure un peu moins du quart de la longueur de la tête. La crête du crâne est lé- gèrement tranchante, presque en ligne droite jus- qu'à l'extrémité de la tête , qui est arrondie. Les orifices de la narine sont à peu près à égale dislance de l'œil et du bout du museau, et très-rapprochés; l'antérieur est un petit trou rond; le postérieur, une petite fente verticale. La bouche n'est pas tout-à-fait chap. xviii. centrolophes. 555 fendue jusque sous l'œil. Le maxillaire, peu élargi, finit sous son bord antérieur. Chaque mâchoire est garnie d'une rangée de petites dents fines et pointues, disposées comme des cils; mais la langue et tout le palais sont entièrement lisses. Le voile de derrière la mâchoire supérieure est considérable, et la langue, large, obtuse, a les bords minces et très-libres; un sous-orbitaire à bord légèrement convexe, mais non dentelé, plus étroit en arrière, recouvre en partie le maxillaire dans l'état de repos. L'œil est entouré en dessous et en arrière d'un cercle de pores. Le préo- percule a son angle très-arrondi, son limbe large et mince, et son pourtour finement crénelé. L'opercule osseux se termine en arrière par une pointe obtuse. Il y a aussi quelque crénelure à la partie inférieure du subopercule et de l'interopercule. L'ouïe est fen- due jusque sous le bord antérieur de l'œil. Les mem- branes se croisent un peu sous le pédicule pectoral, et ont chacune sept rayons; mais le sepiième est grêle et difficile à voir. L'épaule n'a rien de particulier. La pectorale, attachée un peu au-dessous du milieu de la hauteur, est de forme ovale, du septième de la longueur totale, et a vingt et un rayons. La ventrale s'attache sous le même point, mais n'a pas tout-à-fait la longueur de la pectorale. Son épine est faible et d'un tiers moindre que son premier rayon mou. La dorsale commence sur le milieu de la nageoire de la poitrine. Elle a trente-huit ou trente-neuf rayons presque égaux, excepté les trois ou quatre premiers, qui sont dabord très-courts et s'élèvent graduelle- ment; les derniers font un peu la pointe. Sa hauteur ►56 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES* est du tiers de celle du corps, et sa longueur de trois septièmes de la longueur totale. La moitié de sa hau- teur est enveloppée de très-fines écailles. Il est très-difficile de distinguer parmi ces rayons les épineux et les mous, tant ils se ressemblent par la minceur et la flexibilité. Je crois cependant qu'il y en a huit simples, puis quelques-uns articulés, mais non branchus , et que les autres sont des rayons mous ordinaires. L'anale commence un peu avant la moi- tié de la dorsale et finit au même endroit; elle a vingt- trois rayons, à peu près aussi difficiles à diviser que ceux du dos en épineux et en mous. L'espace nu der- rière ces deux nageoires est un peu moindre que le sixième de la longueur totale. Sa hauteur est de moi- tié de sa longueur , et d s'élargit un peu en arrière pour porter la caudale. Celle-ci est d'un peu plus du sixième y échancrée à peu près jusqu'au tiers. Ses rayons sont, comme à l'ordinaire, au nombre de dix-sept, avec plusieurs très-petits en dessus et en dessous de sa base. On doit donc exprimer ses nombres de rayons comme il suit : B. 1: D. 39; A. 23; C. 17 et 8; P. 21; V. 1/5. Tout le corps de ce poisson est couvert d'innom- brables petites écailles rondes , qui montrent à la loupe sept ou huit stries concentriques. La plus grande partie de la tète en est couverte comme le corps, et elles y deviennent si petites, qu'elles disparaissent presque sous la peau; il y en»a sur l'anale et sur la caudale, comme sur la dorsale, mais de plus petites encore. CHAP. XVIII. CENTROLOPHES. 557 La ligne latérale , marquée par une suite d'ëcailles un peu plus serrées, est dabord un peu convexe vers le dos; arrivée derrière l;i pointe de la pectorale, elle suit à peu près en ligne droite le milieu de la hauteur. Pour les couleurs, nous avons observé des individus rapportés de Naples dans la liqueur par M. Savigny, Ceux dont la taille est de huit pouces ou à peu près, ont le dos et les cotés, jusqu'au-dessous de la ligne latérale, d'une couleur plombée et semée détaches longitudinales oblongues d'un jaune grisâtre. La partie inférieure est plus argentée. Les nageoires pa- raissent brunes. Il y en a de plus petits, où l'on n'aperçoit au- cunes taches. Un individu, long de quinze pouces, qui vient de nous être envoyé de Marseille par iM. Roux , est dun plombé noirâtre, et a les petites taches, ainsi que la partie abdominale , dun plombé plus clair. Il a quarante et un rayons à sa dorsale. Mais nous les connaissons bien mieux de- puis que M. Laurillard nous en a donné une peinture fort exacte d'après le poisson vivant. Tout le corps est d'une couleur bleue très foncée ou noirâtre, glacée de verdàtre près de la tête. Le bas des joues et la poitrine sont plus clairs, et tirent vers le bleu cendré. De nombreuses taches argentées oblongues sont semées sur les côtés, qui sont en- tièrement pointillés de noirâtre. Les points sont plus visibles sur le clair de la poitrine, qui n"a point de taclies. La joue est couverte de traits circulaires et 9- 22 558 LIVRE IX. SCOIVIBÉROÏDES. verdâtres. Les nageoires ont le bord plus coloré que la base, sur laquelle on voit de petits traits hoiizon- laux noirâtres. Les ventrales sont bleues plombées. Le foie ne se compose que d'un seul lobe trian- gulaire aplati, dont la pointe n'atteint que le tiers de la longueur de l'hypocondre gaucbe. La vésicule du fiel est un simple tube fort étroit, placé à droite de l'estomac , et qui dépasse un peu la pointe postérieure du foie. Le canal cholédoque est court et donne dans le haut de l'intestin auprès du premier cœcum. L'œsophage est très-court, et il se prolonge en un estomac peu large, mais qui occupe toute la lon- gueur de l'abdomen. Ses parois sont très-minces et lisses en dedans. La bronche montante est très-courte; il y a neuf appendices cœcales, dont la première à gauche re- monte vers le diaphragme; les autres s'alongent jus- qu'à la sixième, qui est presque aussi longue que l'estomac; puis elles diminuent assez rapidement, de façon que le neuvième cœcum n'a que le tiers de la longueur du plus long. L'intestin est alongé; il remonte d'abord vers le diaphragme, et fait ensuite deux replis, chacun de la longueur de l'abdomen. Il y a une vessie natatoire fort petite et surtout fort étroite, placée au tiers de la longueur de l'ab- domen. Les reins sont gros, renflés auprès de la tête, et réunis ensuite en un seul lobe qui va non loin de l'anus. Il y a une petite vessie urlnaire obiongue. CHAP. XVIII. CENTROLOPHES. 359 Nous avons trouvé dans l'estomac une ascidie com- posée assez particulière. Le pharynx du centrolophe présente une parti- cularité remarquable, qui donne au commencement de leur œsophage une armure puissante. Entre les os pharyngiens supfhieurs et les inférieurs, qui ren- trent dans les formes ordinaires et sont garnis de fines dents en cardes , l'os supérieur du quatrième arceau porte plusieurs appendices alongés et garnis de dents semblables. Il en résulte que la partie latérale du pharynx a de profondes cannelures osseuses et dentées, dont je ne connais pas d'autres exemples, mais qui ont quelque analogie avec les épines dont îa même cavité est armée dans les stromatées. Le reste des arceaux a, comme il arrive souvent, de doubles rangs de tubercules âpres; le premier seul a ceux du rang antérieur longs, pointus, comprimés, et hérissés seulement à leur bord interne. Le squelette de ce poisson est peu consistant ; on y compte vingt-cinq vertèbres, dont onze abdomi- nales et quatorze caudales ; les côtes , les apophyses épi- neuses et les interépineuses en sont grêles; la dixième et la onzième vertèbre abdominale forment de petits anneaux en dessous. Les interépineux du dos com- mencent sur la troisième vertèbre. L'apophyse épi- neuse de la première vertèbre caudale en porte six ou sept. Les. échancrures cubitale et interradiale sont grandes, et la branche inférieure du cubital mince, etc. Notre description répond bien à la figure donnée par Rondelet, p. 260, et à tout ce 340 LIVRE IX. SCOMBÉPtOÏDES. qu'il y ajoute dans son texte j car nous ne mettons pas en ligne de compte son assertion que la caudale n'est pas échancrée, sa propre figure la montre telle , et il n'a pu s'exprimer ainsi que par comparaison avec des caudales à longues fourches , comme celle de l'hippurus. Tous ceux qui ont parlé de l'espèce que nous traitons, jusques et y compris ArLedi, ne l'ont fait que d'après Rondelet. Linnoeus semble avoir observé par lui-même celle qu'il décrit; mais son identité avec celle de Rondelet n'est pas aussi certaine qu'il le croit; il ne compte que trente-trois rayons à la dorsale, que qua- torze à l'anale ', que ce même nombre aux pectorales, et il parle d'une mâchoire infé- rieure montante, d'une bouche très-fendue, de pectorales extrêmement pointues [admodiun acuminatœ), tous caractères étrangers à nos individus, et que la ligure de Rondelet ne montre pas davantage. Ce qu'il ajoute d'àpretés au palais, d'une tête caverneuse et dentée, est également inconciliable avec ce que nous avons observé. Tout nous montre que le poisson qu'il avait sous les yeux était quelque percoide, peut- 1. Tel est le nombre marqué dans les éditions lo et 12. Gme- lin a mis vingt-quatre, mais sans dire sur quelle autorité j ce n'est probablement de sa part qu'une faute d'impression. CHAP. XVm. CENTROLOPHES. 54 1 être même de la famille des joues cuirassées; mais nous ne pouvons pas le reconnaître. Néanmoins c'est d'après Linnœus que Dau- benton et Haùy ont décrit Fespèce du cory- phène pompile dansFEncyclopëdie. M. de La- cépède a fait sa description sur Gmelin; il met seulement à la dorsale trente-cinq rayons au lieu de trente-trois, mais probablement aussi par une erreur de copiste. M. Risso paraît avoir observé des individus de la même espèce et de la même taille que les nôtres, dont il marque les nombres comme il suit : B. 4; D. 385 A. 24; G. 18; p. 18; V. 6; mais bien sûrement il a d'abord mal compté ceux des ouïes et ceux des pectorales. Dans sa 2." édition, p. 336, il les donne au- trement et met B. 7 et P. 20. Il y décrit aussi les couleurs du frais autrement que dans la première : le fond en est bleu, les taches et les teintes argentées, les nageoires sont couvertes d'une peau épaisse d'un bleu foncé. Sa première description représentait le poisson comme va- rié de différentes nuances de bleu, avec de légères bandes jaunâtres et un tubercule doré au-dessus de chaque œil. Les jeunes que l'on prend au printemps ont, selon lui, des bandes transversales noirâtres. C'est, suivant cet ich- 342 LIVRE IX. SCO:VîBÉROÏDES. tliyologiste, lefanfre d' Americo des pécheurs nicéens. Tout ce que nous savons des habitudes du pompile, cest quil se montre sur les parages de Nice en Avril et en Septembre'. On en fait peu de cas, attendu que sa chair n'est pas très-déhcate^. Cest proba]:)lement sur les côtes méridionales de la Méditerranée qu'il fait son habitation ordinaire. Il est très-rare sur celles de Provence et de Languedoc, selon Rondelet, et l'espèce sui- vante paraît fétre encore davantage sur celles de l'Océan, puisqu'on n'en cite que deux in- dividus qui y aient été remarqués. M. Risso, dans sa 2.^ édition, nous assure que la femelle pond en automne, et que l'on pêche des individus de cette espèce en toute saison dans les endroits vaseux. Le Centrolophe nègre. {Centrolophus morio , Lacép.) Le Cabinet du Roi possède encore l'indi- vidu envoyé par feu Noël à M. de Lacépède, et sur lequel a été faite la description du cen- 1. Rlsso, 1.'^ édit., p. 181. 2. Duhamel; part. II, sect. 4j p. Sj- chap. xviit. centrolophes. 345 troloplie nègre (t. IV, p. 44 ? ^^ ^^^^ ^^ pleine connaissance que nous lui donnons des nom- bres de rayons un peu diffërens de ceux qu'a indiques notre prédécesseur. Voici les nôtres: B. 7; D. 41; A. 23; C. 17 et8;P. 21; V. 1/5.' Ils ne diffèrent pas, comme on voit, de ceux du cenlrolophe de la Méditerranée au-delà de ce qui a lieu dans bien d'autres espèces. Les formes diffèrent encore moins, s'il est possible. Je ne puis rien apercevoir dans un de ces poissons , qui ne se remarque dans l'autre , si ce n'est ces petites saillies de la nuque, qui, ainsi que je l'ai dit, ne ré- sultent que du dessèchement que le poisson avait éprouvé avant d'être mis dans la liqueur; mais la cou- leur n'était pas la même; il parait que l'individu était entièrement noir ou brun foncé. Un individu pris récemment et placé dans le Cabinet de la ville de Bologne , était d'une couleur foncée de lie de vin. Le poisson de Borlase est décrit comme noir 5 et j'ai reçu de la Rochelle un dessin que je rapporte à cette espèce, et qui la montre aussi d'un noir uniforme. L'individu de Noël est long de treize pouces ; celui de Noirmoutier et celui de Borlase de quinze. 1. M. deLaccpèdeclU:B.4;D.39;A.21;C.23;P. 17; V. 6. 344 LIVRE IX. SCOMBÉROIDES. îls surpassaient donc d'un tiers et de moitié' les individus tachetés. Mais la Méditerranée a des individus noirs encore bien plus grands. M. Savigny a rap- porté de Rome les parties principales d'un Cjui avait au moins vingt-cinq pouces, et tout nouvellement M. Laurillard en a trouvé à Nice un de vingt-sept pouces, qui a pour nombres: D. 41 ; A. 25 , etc. Tout ce qui eu reste est sem])lable, pour les formes et les proportions, aux petits individus, et ses nombres n'en diffè- rent pas dans un degré qui puisse être regardé comme spécifique. B. 7 ; D. 38; A. 25 ; C. 17 à 8 ; P. 21 ; V. 1/5. Il reste donc à vérifier si les individus noirs ne sont pas les adultes, et les tachetés les jeunes d'une seule et même espèce. Ce qui tendrait à me confirmer dans cette idée, c'est ce que dit un correspondant de Du- hamel sur la variété des couleurs auxquelles celte espèce est sujette.^ En attendant que ce doute soit résolu, nous conserverons aux uns le nom de centroloplie nègre, et nous donnerons aux autres celui de centrolophe pompile. 1. Duhamel, pêches, part. II, scct. 4? p. ^y. CHAP. XVIII. CENTROLOPHES. o4i> Le Centrolophe liparis. {CentrolopJie liparis, Riss.) Il s'agira aussi de savoir si ce n'est pas un de ces individus noirs que M. Risso décrit dans sa 2.^ édition, p. 337, et qu'il croit être le liparis de Rondelet, 1. IX, c. 8, p. 272. Il lui ailribue un corps bleu , une queue épaisse , des mâchoires égales, une ligne latérale droite, des nageoires demi -transparentes, la caudale en crois- sant et les nombres de rayons suivans : B. 1; D. 38; A. 23; C. 22; P. 14; V. 7; mais nous osons affirmer que ce dernier nombre est erronné. La longueur de cet individu était de vingt- neuf pouces et demi. Cette espèce, dit M. Risso, est de passage au mois de Juillet; elle ne se montre que rarement et dans les endroits où les eaux des rivières débouchent dans la mer. On en prend du poids de dix livres. Sa chair est molle et de peu de goût suivant les pêcheurs de Nice, qui lui donnent le nom de fanfre sans y ajouter d'êpithète. Je crois au reste qu'on aurait de la peine à dire au juste ce que c'est que le liparis de Rondelet, auquel M. Risso compare son pois- son. Il a lûen quelque rapport avec le pompile 546 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. pour les nageoires; mais son corps est repré- senté plus égal de venue, sa tête plus courte, son proiil plus arrondi, semblable, dit l'au- teur, à celui d'un lapin; un ruban assez large (virga satis latci) va en droite ligne de l'ouïe h la queue. Rondelet n'en indique point la grandeur; mais il dit qu'il est tellement péné- tré de graisse, qu'il semble n'avoir point d'au- tre substance. Le nom de liparis ne se trouve que dans Pline , et une seule fois sans descrip- tion % et si Rondelet croit pouvoir l'appliquer à cette espèce, c'est qu'il le suppose dérivé de AiTru^oç, pin i^uis. Il avoue cependant avoir ouï dire qu'aujourd'hui les Grecs le donnent à l'alose. ^ Le Centrolophe ovale. {Centrolophus Oi-alis, nob.) Nous appelons ainsi un poisson récemment apporté de la Méditerranée par M. Laurillard, qui a tous les caractères génériques des précé- dens; mais dont le corps est beaucoup plus ramassé et les écailles beaucoup plus grandes. Sa hauteur n'est que trois fols dans sa longueur totale, et son épaisseur trois fois dans sa hauteur. Sa 1. Pline, 1. XXXII, cil. 2. Rondelet, p. 292, 1. IX , c. 8, in fine. CIîAP. XVIII. CENTROLOPHES. Ti\7 tête, très-semblable à celle du centroloplie,a la crête du crâne plus élevée et l'œil plus grand. La hauteur de la tète égale sa longueur, qui prend le quart de celle du poisson, et le diamètre de l'œil approche du quart de cette longueur. Les dents, les fines cré- nelures du préopercule et du sous -opercule, les ouïes, sont counne dans les centrolophes ordinaires. La dorsale est très-peu élevée, surtout de sa partie antérieure. Elle a six rayons épineux, fort courts, dont les derniers , s'alongeant un peu par degré , se joignent aux rayons mous sans interruption ; ceux-ci sont au nombre de trente-deux ou trente- trois; les plus longs n'ont pas le cinquième de la hauteur du corps au milieu. L'anale commence sous le milieu du corps; elle n'a pas plus de hauteur que la dorsale, finit à la même distance de la caudale (au septième delà longueur totale), et a trois épines courtes et vingt-quatre rayons mous. Cet espace entre les nageoires et la caudale est un peu moins haut que long, et deux fois moins épais que haut. La cau- dale est légèrement échancrée en arc et du septième delà longueur totale; elle a dix-sept rayons entiers. Les pectorales, de forme demi- ovale, de longueur moindre que le cinquième de la longueur du corps, ont vingt-deux rayons, dont le premier et le dernier sont fort courts. Les ventrales les égalent en longueur. B. 7; D. 6/32; A. 3;-24; C. 17; P. 22; V. Iy5. Les écailles sont presque carrées, même entières, très-finement striées parallèlement à leurs quatre bords, de manière que les stries y forment quatre triangles. On en compte quatre-vingt-dix environ 548 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. entre l'ouïe et la caudale. La ligne latérale, d'abord à peu près parallèle au dos, fait une courbe un peu concave pour suivre à la queue le milieu de la hauteur. Les écailles s'étendent en partie sur la base des nageoires verticales. La couleur paraît, vers le dos, d'un brun roussâ- tre, qui se change par degré, vers le ventre, en un blanc olivâtre. La dorsale et l'anale ont leur meni-* brane teinte de noirâtre; mais notre individu, depuis long-temps dans la liqueur, a eu probablement ses teintes plus ou moins altérées. Il est long de treize pouces. Les replis et les appendices de son pharynx sont les mêmes que dans les autres centrolophes. C'est le seul que nous ayons jamais vu, et même c'est le seul qui de mémoire dhomme ait été pris à Nice. Il a été donné h M. Laurillard par M. Vérani , pharmacien de cette ville ; et dont nous avons déjà cité la libéralité. Le Centrolophe épais. [Centrolophus crassus , nob.) Je crois encore pouvoir placer ici un pois- son pris par M. Dussumier à cinquante lieues à l'ouest des Açores, et qui, avec la plupart des caractères du précédent, a le corps encore plus épais, et s'éloigne par conséquent des formes de la (amiile. CHAP. XVIII. CENTROLOPHES. o49 La plus grande hauteur, qui est aux pectorales, n'est que deux fois et trois quarts dans sa longueur totale^ son épaisseur fait moitié de sa hauteur; sa tête a le quart de sa longueur et est aussi haute que longue; le protil descend en arc de cercle, et n'est pas tran- chant, mais arrondi transversalement. L'œil, un peu au-dessous du milieu et un peu plus près du museau que de l'ouie , lui donne quelque chose de la physio- nomie des coryphènes propres. Le diamètre a le quart de la longueur de la tête. Le museau est très-obtus. L'orifice postérieur de la narine est une petite fente verticale à mi-distance de l'œil, au bout du museau; l'antérieur est un trou rond, un peu plus en avant. La bouche descend un peu jusque sous le bord an- térieur de l'œil; elle n'a qu'une rangée de Irès-fines dents en cils courts. Le palais et la langue, qui est obtuse , plate et assez libre , sont dépourvus de dents; mais le pharynx a la même complication de replis et d'appendices saillantes et dentées que dans les centrolophes ordinaires. Tout le crâne, le museau, la tempe, le tour de l'œil, sont lisses, poreux, sans écailles; mais il y en a sur la joue et l'opercule. Les fines crénelures des bords du préopercule et de l'in- teropercule sont comme dans les premiers centrolo- phes; Topercule a deux pointes obtuses flexibles, sé- parées par un arc légèrement rentrant. Les ouïes sont les mêmes. Les pectorales, attachées près du tiers inférieur, sont demi-ovales, assez pointues et du cmquième de la longueur totale. Les ventrales , at- tachées sous leur quart antérieur, ne vont pas plus loin qu'elles. Leur épine est de moitié plus courte 550 LIVRE IX. SCOMBEROIDES. que leur premier rayon mou. La dorsale commence à l'aplomb de louïe; les sept premiers rayons sont épineux, assez forts, et sortent à peine du dos; les suivans, au nombre de trente -deux, salon gent un peu , sont mous ; les plus longs n'ont pas le quart de la hauteur du poisson. L'anale commence sous le milieu de la dorsale, et a trois épines courtes et vingt-deux ou vingt-trois rayons mous encore moins élevés. L'intervalle entre ces deux nageoires et la caudale est du septième de la longueur totale, d'un quart moins haut que long et de moitié moins épais que haut. La caudale a le sixième de la lon- gueur totale , et est assez fortement échancrée en croissanî. B. 7; D. 7/32; A. 3/22 j C. 17; P. 22; Y. 1/5. Les écailles, à peu près carrées, un peu arrondies au bord visible, ont de très-fines stries parallèles aux pourtours, qui en divisent la surface par leurs reflets en quatre compariimens triangulaires; il y en a une centaine sur une ligne longitudinale. Les nageoires verticales en ont depetitcs. La ligne latérale se marque par une tubulure continue et blanche. Ce poisson est ardoisé sur le dos, et l'ardoisé se change par degré en argenté blanchâtre vers le ventre. Les nageoires sont noirâtres. Le tout avait dans le frais un glacé verdàlre. L'individu est long de dix-sept pouces et extrê- mement gras. L'analomie du centrolophe épais nous a montré un canal intestinal gros, phé quatre fois sur lui- même et terminé par un rectum fort élargi. L'esto- CHAP. XVIII. CENTROLOPHES. 351 mac est un sac étroit, dont la pointe est aussi re- courbée en dessous. Le velouté a des rides nom- breuses. Six gros et longs cœcunis entourent l'orifice du pylore. Le foie est divisé en deux lobes, réunis sous l'œsophage par une lame irès-élroite et mince. Le lobe gauche est très- volumineux et fortement échancré vers le basj le droit est triangulaire, épais et court; il porte une vésicule du fiel longue et étroite. La rate est grosse et tendre. La vessie aérienne n'est pas très-grande. Il se trouvait avec une troupe de la même espèce autour d'un bois flottant, couvert d'a- natifes. 352 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. CHAPITRE XÎX. Des ^strodennus et des Pteraclis. DES ASTRODERMUS. Ces poissons tiennent aux corypbènes, aux scombres et aux zeusj le genre se caracléiise aisément par ia forme élevée et tranchante de la tète de ces poissons, par la bouclie peu fendue, par les quatre rayons de leurs ouïes, par leurs Ircs-petites ventrales, et surtout par leurs écailles rayonnant de tout côté comme des étoiles. C'est d'après cette dernière circonstance que M. Bonelli leur a imposé le nom générique d'Astrodermus , c[ue nous lui conserverons. On n'en connaît encore quune espèce, qui même est très-rare, et n'a été découverte que dans les derniers temps. M. Risso en a parlé le premier dans un mémoire présenté à l'Institut le 'y Mars 181 4, a l'appui duquel il nous a envoyé le poisson en nature et un dessin colorié d'après le frais. Il le nommait alors corjphœna e/egaris. Plus récemment j en 1825, M. Bonelli nous CHAP. XIX. ASTRODERMES. o'53 en a communiqué une description et une pein- ture, faites l'une et l'autre avec beaucoup de soin. Enfin M. Risso, en 1827, dans sa 2.^ édi- tion, en a fait un genre qu'il nomme diana.^ L'individu de M. Risso avait été péché dans les parages de Nice, où l'on n'en prend que très-rarement, et d'ordinaire pendant les cal- mes qui régnent en Septembre. M. Bonelli en a aussi reçu un de Nice, pris pendant l'iiiver de i823; mais il lui en est venu deux autres, pris le 12 Septembre 1822 dans le golfe de Gagliari en Sardaigne. jL'Astroderme élégant. {Astrodermus corjphœnoides y Bonn. 5 Corjphœna eleganSy Riss.) La forme générale de l'astroderme est celle d'une corypliène, sauf un peu plus d'élévation proportion- nelle à la partie antérieure, et un amincissement plus rapide vers la queue. Sa plus grande hauteur (aux pectorales) n'est pas tout-à-fait quatre fois dans sa longueur ; son épais- seur n'est pas le tiers de sa hauteur. La queue est si mince qu'à la base de la caudale elle n'a que le dixième de la hauteur du thorax. 1. Risso, Hist. uat. de l'Europe mérid., t. III, p. 267. 9. 23 554 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. La longueur de la têle est quatre fois et demie dans la longueur totale, et ne surpasse sa hauteur que de très-peu de chose. Près de moitié de cette hauteur appartient à la crête mitoyenne du crâne, ce dont on s'aperçoit d'autant plus aisément, que les crêtes latérales forment une ligne saillante au travers de la peau, lesquelles pas- sent en ligne droite sur l'oeil depuis le devant de l'opercule jusque sur le museau. Le profil descend d'abord lentement jusqu'au-des- sus de l'œil, oii il se courbe en un petit arc, pour descendre par une ligne oblique plus rapide. L'œil occupe le troisième sixième de la longueur delà tête et est tout entier sous le milieu de sa hauteur. La bouche est au bout du museau et à la hauteur de l'œil. Sa fente n'entame pas le quart de l'intervalle qui est en avant de l'œil , et le maxillaire ne va que jusqu'à moitié. Cet os est très-court, très-large et en forme de demi-cercle. Il rentre presque entièrement sous un repli de la peau , soutenue par un os mince qui répond au sous-orbitaire, quoique sa position .soit fort en avant de l'œil. La mâchoire inférieure est courte et haute , et avance un peu plus que l'autre. Les dents des mâchoires sont fines comme des cheveux, courtes, séparées et sur une seule rangée; elles tombent facilement et résistent à peine au doigt. Le palais a deux voiles au lieu d'un; l'ordinaire derrière la mâchoire supérieure est fort haut; le second adhère au devant du vomer et est bilobé. La membrane de l'une et de l'autre est toute striée. Il y CHAP. XIX. ASTRODERMES. OOO a des dents en velours sur les palatins et sur une plaque oblongue de la base de la langue. Celle-ci est alongée, obtuse, mince et très-libre. Les orifices de la narine sont plus élevés que l'œil, à peu près au-dessus du milieu du maxillaire, tout près de la crête latérale du crâne. Ils sont presque contigus; l'antérieur est ovale et assez grand; le pos- térieur ressemble à une piqûre d'aiguille. Le préopercule a son angle largement arrondi et ses bords bien entiers; le rebord de son limbe est peu saillant. L'opercule est plus long que haut. L'inier- opercule occupe un espace fort long. La membrane des ouïes se rattache à l'isthme vis- à-vis de l'œil, en sorte que l'ouie n'est pas fendue à beaucoup près jusque sous les mâchoires. Elle ne remonte que jusqu'à moitié de la hauteur du corps, et le bord supérieur de l'opercule est attaché par une membrane. Il v a quatre rayons brancliiaux ar- qués et plats, qu'on voit aisément, et un cinquième plus grêle et caché dans les muscles'. La dorsale commence au-dessus de l'orifice des ouïes; elle a vingt-deux ou vingt-trois rayons 2, tous grêles, fort distans les uns des autres, réunis par une membrane très-frêle: ils s'élèvent par degré jusqu'aux treizième, quatorzième et quinzième, et redescendent aussi par degré. Ils forment ainsi une nageoire qui, avec l'anale qui lui correspond, donne au poisson, dans la partie 1. M. Risso les compte de même. M. Bonnelli n'en marque que trois. 2. J'en compte avec M. Risso vingt-deux. M. Bonnelli vingt-trois. 5o6 LIVRE IX. SGOMBÉROÏDES. OÙ le tronc commence à diminuer, une hauteur verticale de plus de moiiié de sa longueur. L'anale est soutenue de même par des rayons grêles, longs, fort dislans, au nombre de dix-huit ^ Elle conmience très-peu après les ventrales et finit avec la dorsale. Le bout de queue entre ces deux nageoires et la caudale est du onzième de la longueur. La caudale est en large croissant et a ses lobes très-écartés et très-fermes. Prise selon son axe, sa longueur est du septième du total; celle de chaque lobe presque du cinquième. Outre les dix-sept rayons ordinaires, elle en a sept ou huit petits sur chaque bord de sa base. Les pectorales, étroites et pointues, ont plus du cinquième de la longueur du corps. De leur dix-huit rayons, le premier est très-court; le deuxième, le troisième et le quatrième sont les plus longs. On n'y voit pas d'articulations. La plupart sont fourchus jusqu'au-delà de leur milieu. L'attache de ces nageoi- res vis-à-vis la partie supérieure de l'orifice des ouïes est cependant au milieu de la hauteur du corps. Les ventrales s'attachent tout près l'une de l'autre sous le bord antérieur de linsertion des pectorales. Leur longueur est à peine du dixième de la hauteur du corps au-dessus d'elles. Elles se composent d'une épine forte, dentelée en scie, et presque ciliée à son bord externe , et de quatre rayons mous , dont les trois derniers sont très-minces; s il y en a un cinquième, je n'ai pu lapercevoir. L'anus est immédiatement der- rière leur base. 1. M. Risso n'en compte que seize, et M. Bonnelli dix-sept. CKAP. XIX. ASTRODERMES. oS7 Le corps et même toutes les parties de la tête de ce poisson, le maxillaire excepté, sont couverts d'une infinité de très-petites écailles serrées, qui en rendent la surface âpre au toucher, comme celle d'une rous- sette {squahis catitlas, L.). Vues à la loupe, elles pré- sentent chacune la figure d'une étoile rayonnante de toute part; aussi ne se recouvrent- elles point mutuellement, mais sont attachées chacune par un pédicule. Il y en a dans le nombre qui sont en forme de disque rond , et ont à leur surface quelques lignes saillantes formant l'étoile. Aucune nageoire n'a d'écaillés. La ligne latérale se distingue mal parmi cette sca- brosité; mais quand on enlève les écailles, ce qui se fait aisément, on voit qu'elle luarche parallèlement au dos, le long du tiers supérieur, jusque vis-à-vis du douzième rayon dorsal, que là elle s'interrompt pour recommencer plus bas au milieu de la hauteur et continuer ainsi jusqu'à la caudale. Les côtés de la queue à la base de la caudale ont les deux petites crêtes des maquereaux, et une troisième à peu près de même nature au milieu, mais qui s'efface aisément. Cet astroderme est un beau poisson, de couleur rose argentée, avec cinq ou six séries longitudinales de taches noires et rondes; sa dorsale et son anale sont noirâtres; mais ses pectorales et sa caudale sont d'un beau rouge de corail. Notre individu est long de quinze pouces. Celui de Cagliari est de même longueur. Ceux de Turin n'ont qu'un pied. Nous n'avons pu examiner que le canal intestinal 558 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. de l'aslroderme : il est un des plus longs que l'on puisse rencontrer chez les poissons. L'œsophage est large; il pénètre dans la cavité abdominale, se renfle un peu , et indique ce que Ton peut appeler l'esto- mac, qui n'est alors qu'un canal oblong très-peu dis- tinct de l'œsophage. Arrivé au tiers de l'abdomen, il devient un peu plus étroit et se recourbe pour remon- ter vers le diaphragme. Dans cette étendue, les parois sont épaisses et hérissées de papilles coniques et poin- tues, dont plusieurs sont très-grosses et entremêlées de plus petites. La portion qui remonte vers le dia- phragme, a au contraire des parois minces et trans- parentes, presque tout-à-fait lisses en dedans; arrivé près du diaphragme, l'estomac se renfle un peu, et bientôt il est presque étranglé pour former l'ouver- ture du pvlore, qui est étroite. Les parois de l'intes- tin s'épaississent un peu ; le pylore est muni de cinq appendices cœcales, grosses, courtes et dirigées vers le diaphragme; le reste du canal intestinal fait un très- grand nombre de replis, et se trouve divisé en deux masses situées à droite et à gauche de l'œso- phage; celle-ci est beaucoup plus considérable que la première; et après tous ces replis, le rectum, qui est dans le côté droit de l'abdomen , débouche à l'anus, qui est ouvert très-peu en arrière de la distance à la- quelle répond le pylore. Dans toute sa longueur l'in- testin conserve un diamètre égal, et la même épaisseur dans ses parois qui sont blanches et transparentes. D'après ce que nous avons vu des restes du foie, nous croyons qu'il n'est pas très-gros; la vésicule du fiel elle-même est petite. CHAP. XIX. PTÉRACLIS. 3S9 M. Piisso dit dans son mémoire que la chair de ce poisson est blanche , molle et de peu de goût. DES PTERACLIS. Ce n'est pas sans quelques hésitations que je place dans la famille des scorabëroïdes et à côte des coryphènes le genre des ptëraclis. La grandeur de leurs écailles; leur crête fron- tale peu élevée ; la hauteur de la dorsale et de l'anale 5 la position jugulaire des ventrales , dont le noml^re des rayons ne paraît pas atteindre à celui que l'on compte dans tous les scom- bres; leurs cœcums , au nombre de six, bien distincts et si différens de cette masse glandu- leuse présentée parles coryphènes et par tous les autres vrais scombéroïdes, offrent un en- semble de caractères qui paraît éloigner ces singuliers poissons de ceux près desquels nous les mettons, tout en montrant qu'ils ont quel- ques affinités avec les astrodermes. Les ptéraclis n'ont de commun avec les coryphènes que l'alongement de leur corps comprimé, la pré- sence de dents en cardes aux mâchoires et aux palatins, quelques âpretés sur la langue, et surtout l'étendue de la dorsale, commen- çant sur la nuque et finissant sur la queue. oGO LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. C'est ce qui leur donne cette ressemblance qui a ëtë cVabord appréciée par Pallas , et que tous les ichtyologistes ont suivi jusqu'à présent. Les exemplaires que j'ai eus à ma disposition, ne m'ont pas permis d'en faire une étude assez approfondie pour lever tous mes doutes sur les rapports naturels de ces êtres singuliers, et j'ai préféré les laisser à la place qui leur a été assignée avant moi, en ayant eu soin toutefois d'appeler l'attention des zoologistes qui, plus heureux que moi, auraient la facilité d'en ob- server d'autres individus bien conservés. Ce genre a été formé avec une espèce dé- crite par Pallas sous le nom de coiyphœna velifera ^y et qui est en effet un poisson très- comprimé, à profil élevé, à dorsale régnant tout le long du corps , comme dans les cory- pliènes; mais dont la dorsale et l'anale , sortant d'entre deux rangées d'écaillés, ont une hauteur verticale telle que, lorsqu'elles s'étendent, le poisson paraît plus élevé cju'il n'est long. Ses ventrales sont d'ailleurs grêles, et placées sous la gorge bien plus avant que les pectorales; ses écailles sont aussi beaucoup plus grandes que dans les coryphèties et d une forme toute particulière, qui ressemble l^eaucoup à celles 1. En J770, dans le 8/ cahier de ses Spicilegia, p. 19. CHAP. XIX. PTÉRACLIS. 5G1 des castaguoles; mais les castagnoles en ont sur les nageoires verticales , ce qui n'a point lieu dans le poisson dont nous parlons. Gronovius, déterminé par ces caractères, a séparé ce pois- son des coryphènes et en a fait son ^enre pte- raclisy dont le nom devait indiquer les dou- bles rangées d'écaillés qui embrassent les bases des deux nageoires verticales ' ; mais la descrip- tion qu'il en donne est loin d'être aussi exacte que celle de Pallas.^ M. de Lacépède, qui n'a connu que cette dernière , a cru devoir aussi faire de ce pois- son un genre particulier, et l'a nommé oligo- pocle\ à cause de la petitesse des ventrales dans Imdividu décrit par Pallas; mais Bloch et Schneider^ ayant préféré ce nom de ptej^aclîs comme plus ancien , nous croyons devoir suivre leur exemple, parce qu'il porte sur un caractère réel, tandis que celui d'oligopode n'exprime que le résultat d'une mutilation ac- cidentelle. On a dû naturellement se demander, à l'as- 1. De TrTiûcv [pinna) , et de -.iXiicù {claudo), mot d'où vient S'iy.y^fç [fores geminœ). 2. En 1772, danslel. Vil, àesÂcta hehetica , p. 43,pl. 2, fig. \. 3. Il lui nie des ventrales, et ne lui donne que six rajons aux ouïes. Lacépède, t. II, p. 5ii , 5i2 et suivantes. 4. Bloch, Sjst. fosih., éd. de Schneider, p. i43. 5G2 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. pecl d'une Structure aussi singulière, quel peut en être lusage , et à quoi ce poisson peut em- ployer les hautes voiles verticales que lui a cloii- nëes la nature. Un si petit corps, si élevé et si comprimé, avait-il besoin d'un appareil aussi étendu pour se maintenir en équilibre? S'en sert -il pour prendre le vent comme Yliistiopliore? Pallas va jusqu'à soupçonner que les deux nageoires lui donnent la faculté de s'élever et de se soutenir quelques instans dans l'air; il faudrait alors qu'il volât sur le côté comme les pleuronectes nagent. Les observateurs qui rencontreront des pté- raclis vivans et seront témoins de leurs mou- vemens, pourront seuls résoudre ces questions. L'espèce en est malheureusement si rare, qu'on ne peut se flatter d'obtenir de long-temps ces réponses. Le Cabinet du Roi ne possède que trois ptéraclis, dont deux ont étéapportés de la mer des Indes par MM. Quoy et Gaymard; l'un d'eux a été pris dans le voisinage de Madagas- car. Le troisième est du à feu M. Bosc, qui assurait l'avoir rapporté de la Caroline. Pallas n'en avait vu qu'un seul individu desséché, conservé dans le Cabinet de Leyde, oii Ton n'a gardé aucune note de son origine. Il le CHAP. XIX. PTÉRACLIS. 563 croyait de la mer des Indes , tout en recon- naissant qne sa figure ne s'est jamais rencon- trée dans ces nombreux recueils venus des indes en Hollande. On ne la voit en effet ni dans Renard ni dans Valentin. Ces trois individus, examinés avec le plus grand soin, nous ont paru offrir des différences spécifiques, soit dans leur forme, soit dans le nombre de leurs rayons. Nous allons commen- cer par décrire celui qui est le mieux conservé; nous lui comparerons ensuite les deux autres, et nous chercherons à déterminer les rapports qui existent entre ces espèces et celle de Pallas et de Gronovius. Le Ptéraclis ocellé. {Pteraclis ocellatus y nob.) Les zélés zoologistes à qui nous devons notre première espèce, l'ont retirée de l'es- tomac dune bonite prise dans le canal de Mozambique, le 28 Décembre 1828, par trente degrés de latitude sud. Le poisson ve- nait crétre avalé, de manière qu'il est encore très-frais. La hauteur aux pectorales n'est que trois fois et un quart dans sa longueur. ^ 1. La figure de Pallas la fait plus longue, quatre fois cl demie 564 LIVRE IX. SCOMBÉROIDES. Son épaisseur n'est que le sixième de celle hau- teur. A partir de ce point, la ligne du dos et celle du ventre se rapprochent graduellement jusqu'à la base de la caudale, où la hauteur n'est plus que du dix- huitième de la longueur du corps. Le profil du crâne descend peu, niais passé 1 œil il tombe subitement en s'arrondissanl, et seulement jusque vis-à-vis le milieu de la hauteur de lœil, où la bouche commence. La tète a le quart de la longueur totale , et est presque aussi haute que longue. Le diamètre de l'œil est de près du tiers de la longueur de la tète. Il occupe à peu près le milieu de la hauteur ; ce qu'il y a du museau en avant de l'œil, est moindre que son diamètre. La fente de la bouche descend obliquement jusque sous le milieu, et le maxillaire se porte pres- que jusque sous le bord postérieur de l'œil. Cet os est long et étroit , un peu élargi en arrière ; l'inter- maxillaire est encore plus étroit ; la mâchoire infé- rieure n'a aussi que peu de hauteur. Les dents sont grêles et pointues, sur une rangée à chaque mâ- choire, avec quelques autres dents en velours par derrière; les palatins et le devant du vomer en por- tent de semblables à celles-ci. La langue est courte, épaisse et obtuse, et ne montre qu'un peu d'âpreté. Les narines sont entre le bout arrondi du museau et le bord antérieur de l'œil, vis-à-vis le milieu de sa hauteur. Le préopercule est à peu près en demi- cercle; l'opercule est coupé en angle très-obtus; les la hauteur; mais, d'après les mesures qu'il donne en chiffres^ cette figure est trop longue. CHAP. XIX. PTÉRACLIS. 36S ouïes sont fendues jusque sous l'aplomb de la narine, et la membrane branchioslège a sept rayons. La dorsale et l'anale marchent entre deux rangées d'écailles plus grandes que les autres, qui forment une espèce de canal, où il ne serait pas impossible que ces nageoires se reployassent en entier; celle du dos commence sur le bout même du museau , en avant de l'œil. Le premier rayon est fort peiit; les deux suivans grandissent un peu; le troisième est gros et se laisse diviser aisément en deux moiiiés, une à droite et l'autre à gauche; sa hauteur est des trois quarts de la longueur du corps. Il y en a en- suite de plus grêles, et qui vont, en augmentant de hauteur, jusqu'au septième, qui égale à peu près la longueur totale. Ils diminuent ensuite progressive- ment jusqu'auprès de la caudale. A l'anale je vois que le premier rayon est court, et que c'est le second qui est fort, mais divisible, et moins haut que le troisième de la dorsale. Les rayons vont en au»- mentant jusqu'au cinquième, h compter duqud ils diminuent comme ceux de la dorsale. La nageoire de l'anus commence sous le bord postérieur de l'or- bite, ce qui repousse les ventrales jusque sous l'œil, et rend par conséquent ce poisson très-jugulaire. La membrane de la dorsale et de l'anale est fine comme une toile d'araignée, et se déchire avec une facilité extrême. Les ventrales sont très-grêles, très-rappio- chées; je ne puis y apercevoir que quatre rayons, dont les trois postérieurs, tins comme des cheveux, articulés et branchus , ont dans cet individu bien conservé une hauteur à peu près égale aux cinq ►60 LTVRE IX. SCOMBÉROÏDES. sixièmes de celle du corps. Les pectorales sont étroites et pointues ; leur longueur égale presque le quart de celle du corps. Il n'y a point de carène aux côtés de la queue. La caudale est fourchue et à peu près du huitième de la longueur totale ; elle a , comme à l'ordinaire, dix- sept rayons entiers et quelques petits. Malgré la hnesse des rayons des hautes voiles verticales, je suis parvenu îi les compter ainsi qu'il suit : B. 1; D. 45 ou 46; A. 42; C. 19; P. 15; V. 4. Le corps , la tête de ce poisson , le museau et même le maxillaire, sont couverts d'écaillés réiiuliè- rement rangées et d'une forme bien singulière; plus larges que longues, elles Ont les angles de leur base alongés chacun en une longue pointe, l'une mon- tante, l'autre descendante. Leur surface est striée en rayons; leur bord extérieur a une forte échancrure; une ligne droite s'étend d'une de leurs pointes à l'au- tre, et a sur son milieu un petit crochet qui entre dans l'échancrure de l'écaillé placée en avant. Il y en a dix-sept rangées longitudinales , et on en compte cinquante ou cinquante-deux entre l'ouie et la cau- dale. Celles qui accompagnent la base de la dorsale et de l'anale, sont rhomboidales, un peu dentelées à leur partie découverte, et n'ont ni pointes laté- rales ni crochets; sur la nageoire même il n'y en a aucunes. La ligne latérale, étroite et simple, marche parallèlemen