'}é. î V v^ jp i •/ ^^i -% Wvy I' ^: - Ir l'a- Vi HARVARD UNIVERSITY. LIBRARY OF THE MUSEUM OF COMPARATIVE ZOOLOGY LiBRARY OF SAMUEL GARMAN ^e /' Pi i7&£(yh7'7G^f ÛàrVf//:?^vie^. 0CT5 1928 HISTOIRE NATURELLE DES POISSONS. ^TRASBOlIRf IMPRllVIERIE TIF. V. G. I.KVBAULl'. HISTOIRE NATURELLE DES P0ISS01\fS, PAR m. LE B.^" CUVIER, Pair de France, Grand-Officier de la Légion d'honneur, Conseiller d'Etat et au Conseil royal de l'Instruction publique, l'un des quarante de l'Académie française, Associé libre de l'Académie des Belles-Lettres, Secrétaire per- pétuel de celle des Sciences , Membre des Sociétés et Académies royales de Londres, de Berlin, de Pétersbourg, de Stockholm, de Turin, dcGoeltingue, des Pays-Bas, de Munich, de Modène, etc.; ET PAl! M. A. VALENCIENNES, Professeur de Zoologie au Muséum d'Histoire naturelle, Membre de l'Académie rovalc des sciences de Berlin, de la Société zoologique de Londres, etc. TOME TREIZIEME. A PARIS, Chez PITOIS-LEVRAULT, et C.% rue de la Harpe, n." 81. 1839. AVERTISSEMENT. J_jE volume que je publie aujourd'hui contient l'histoire d'une famille qui m'a donné jusqu'à présent le plus de peines dans la rédaction de cet ouvrage. Ce livre comprend une partie de la grande famille des labroïdes ; il a fallu le commen- cer par l'histoire du genre labre, et le terminer par celui des girelles. Or, tous les naturalistes savent que ces poissons n'ont jamais été bien reconnus et distingués par les auteurs qui pou- vaient les voir sur le bord de la mer, au moment ou ils sortaient de l'eau et où la constance de leur couleur peut être appréciée. Tous ces poissons. VJ AVERTISSEMENT. conserves dans nos cabinets, y perdent leurs couleurs et ne présentent plus , surtout dans les labres , que des caractères de formes si fugaces , qu'il devient presque impossible au naturaliste de cabinet de trouver des caractères qui répon- dent aux différentes espèces si peu caractérisées et si souvent mal dénommées par ceux qui m'ont précédé dans ce travail. Aussi suis -je loin de croire que l'bistoire naturelle que je présente aujourd'hui, et qui a exigé de moi un travail si pénible , ne soit encore bien imparfaite. J'es- père du moins avoir , dans un grand nombre de cas, fixé la synonymie existante, et les na- turalistes auront bien la géiiérosité de me savoir gré de ce premier résultat. J'ai pendant ce travail perfectionné un peu les divisions que nous avions déjà établies dans un premier aperçu, et j'ai précisé les caractères des crénilabres, en établissant les genres des cossy- plies , des cténolabres et des acantliolabres. J'ai aussi débarrassé les cbéiliues, dont je traiterai dans le volume suivant et è^i retirant tous les la- broïdes à préopercules peu écailleux, mais dont le reste de la tête est nu et la ligne latérale non interrompue. Ce genre des tautogues sera , je l'es- AVERTISSEMENT. VÎj père , considéré comme une bonne amélio- ration. J'ai aussi rétabli le genre cheilion, et marqué ses affinités avec les malacanthes. Les naturalistes voyageurs ont continué a nous apporter le fruit de leurs recherches. Nous devons de nouveaux remercîmens à M. Gaudi- chaud et à MM. Eydoux et Souleyet, qui ont fait d'amples collections ichtliyologiques pen- dant le voyage de la Bonite. M. Gernaart, consul de France a Macao, nous a aussi donné de nombreux poissons de la mer de Chine, dont quelques-uns sont déjà cités dans ce volume. Un des ouvrages les plus récens et les plus utiles pour l'ichthyologie des mers du Nord, est celui que MM. Fries et Eckstrom publient en ce moment sous le nora àe Skanâinaviens JîskaV) dont les peintures, faites d'après nature, sont d'une grande exactitude. Je regrette de n'avoir pas reçu l'ouvrage , pour citer complètement à leur place la belle figure du lahrus her^ylta, représenté pi. 2 , dans la 1 .^^ livraison , et celle du ctenolahrus rupestris., pi. 9, fig. 1, de la 2.^ livraison, et de Yacantholabriis exoletus, pi. 9, fig. 2. La première est conforme à ce que viij AVERTISSEMENT. nous avons nous-mêmes observé sur ce cténo- labre, et la seconde me prouve que j'ai eu rai- son de séparer le poisson de Linné de celui de la Méditerranée. Au Jardin des Plantes, Décembre 1838. TABLE DU TREIZIÈME VOLUME. LIVRE SEIZIEME. Pages. Planch. Labroïdes 1 CHAPITRE PREMIER. Des Labres 16 La Vieille commune ou Perroquet de mer (Lahriis Bergjlia , Asc. , et Fries et Eckstr. , pi. 2 ) . 20 La Vieille verte {Lahrus Donoi^ani, nob.; Lahriis suillusj Linn.?) 39 Le Labre varié {Lahrus mixtus ^ Art.) 43 3 6g Le Labre à trois taches {Lahrus trimaculatus^ Gm.) 5 8 Le Labre tourd {Lahrus turdus^ Linn.) 62 Le Labre louche {Lahrus luscusj Linn.). .... 69 Le Labre paré {Lahrus Jestit^u s ^ Riss.) 71 Le Labre vert {Lahrus viridis^ Lin.) yS Syo Le Labre néxée .{Lahrus nereus^ Riss.) 78 Le Labre merle {Lahrus merula^ Linn.) 80 Le Labre livide {Lahrus Iwidus^ nob. ) 87 Le Labre bordé {Lahrus limbatusj nob.) 89 Le Labre linéolé {Lahrus lineolatusj nob.) ... 90 Le Labre des roches {Lahrus saxorum , nob. ) . 91 Le Labre porc {Lahrus scrqfa^ nob.) 93 Le Labre à flancs tachetés {Lahrus pœcdopleura^ nob.) 90 X TABLE. rages. Planchj Le Labre selle (Labrus ephippium^ nob.) . ... 56 Le Labre de Gay ( Lahrus Gaji^ nob.) 97 Le Labre macrodonte {Lahrus macrodontus. Lac.) 98. Le Labre du Japon {Lahrus Japonicus ^ nob.). g g Le Labre de lago {Lahrus lagonensis ^ Bowd.) 100 CHAPITRE IL Des Cossyphes {Cossyphus^ nob.) 102 Le CiOS?> j^\iQ^o(ï\dx\{C os sjphus Bodianu s ^noh.) io3 Le Cossyphe maldaque {Cossjphus maldat, nob.) 114 Le Cossyphe à deux croissans ( Cossjphus hdu- nulatus j nob. ; Labre deux croissans , Lac. ) . 121 Le Cossyphe aux reins noirs {Cossjphus atro- lumhuSy nob.) i23 Le Cossyphe perdition {Cossjphus perditio^noh.\ Labre perdition , Q. G.) 126 Le Cossyphe diane {Cossjphus diana^ nob.; Labre diane, Lacép.) 127 Le Cossyphe amiral {Cossjphus mesothorax^ nob. ; Lahrus jiiesothorax j Bl., Schn.) 129 Le Cossyphe axillaire {Cossjphus axillaris^ nob.) 1 3 1 371 Le Cossyphe ruban ( Cossjphus tœniatus , nob. ; Lahrus tœniatus^ Ehr.) i34 Le Cossyphe à quatre raies {Cossjphus quadri- Uneatus j nob. ; Lahrus quadiilineatus^ Rupp.) 1 3 5 Le Cossyphe partagé {Cossjphus dimidiatusj nob.; Lahrus îatouittatus ^ Rupp.) i36 Le Cossyphe maillé ( 6*0 j-j-j^^^Azi^ reticulalus ^nob.) 139 Le Cossyphe aux petites écailles {Cossjphus mi- crolepidotus y nob.) 140 TABLE. XJ Pages. Planch. Le Cossyphe aux rubans nacrés (Cossjyhus albo- tœniatitSj nob. ) 141 Le Cossyphe de Schœnlein ( Cossjphus Schœn- leiniij Agass.) 14^ CHAPITRE IIL Des Cuénilabres 146 Le Crénilabre paon {Crenilahrus pai^o^ nob. ; Pai^o Salv. ; Lahrus paç^Oj Briinn.) 149 372 Le Crénilabre niélope (Creiiilahriis melopsj nob. ; Lahrus melops^ Linn.) 167 Le Crénilabre rone (Crenilnhriis roîie^ nob.). . . 172 Le Crénilabre bossu (Crejiilahriis gihhus^ nob.; Gibbons wrasse^ Penn.) 176 Le Crénilabre norwégien ( Crenilabrus norwegi- citSj nob.; Lutjanus norwegicus^ Bl.) 176 Le Crénilabre de Pennant (Crenilabrus Pennantii^ nob. ; Goldsinny^ Penn.) 178 Le Crénilabre de Donovan ( Crenilabrus Dono- uani^ nob.; Lahrus cornubius^ Donov.). . . . 180 Le Crénilabre verdâtre (Crenilabrus virescens j n.) 182 Le Crénilabre de Briinnich ( Crenilabrus Brùn- nichii; Lutjanus BrùnnicJiii^ Lacép.) i83 Le Crénilabre méditerranéen (Crenilabrus medi- terraneus ^ nob.) 186 Le Crénilabre de Bory (Crenilabrus Borjanus ^ nob.; Crenildbrus nigrescens ^ Risso) 189 Le Crénilabre à sourcils d'or (Crenilabrus chry- sopkrjSj Risso) 190 Le Crénilabre de Bâillon ( Crenilabrus Baillonij nob.) • 191 373 Xlj TABLE. Pjges. PlancK; LeCrénilabre ocellé (Crenilabnis ocellatus, nob. ; Lahrus ocellatus^ Forsk.) 19^ Le Cl énilabre de Risso (Crenilabrus Rissoi^ nob. -, Lutjamis olwaceus^ Risso ) 197 Le Crénilabre littoral ( Crenilabrus littoralis^ Ris.). 198 Le Crénilabïe petite tanche ( Crenilabrus tinca , nob.; Labrus iinca^ Brïinn.) 199 Le Crénilabre Massa {Crenilabrus Massa ^ Risso) 202 Le Crénilabre de Cotta {Crenilabrus Cottœ, Risso) 2 04 Le Crénilabre Ro'issa\{Crenilabrus Roissalii^ Risso) 206 Le Crénilabre à cinq taches {Crenilabrus rjuin- ffuemaculatus , Risso) 212 Le Crénilabre queue noire {Crenilabrus melano- cercusj Risso) 2i3 Le Crénilabre bleu {Crenilabrus cœruleus^ Risso) 214 Le Crénilabre vert tendre {Crenilabrus chloro- sochrus^ Risso) 2i5 Le Crénilabre arqué {Crenilabrus arcuatus^ Ris.). 216 Le Crénilabre marqué {Crenilabrus notatus^nob.; Lutjamis notatus^ Bl. ) 217 Le Crénilabre de Lincke {Crenilabrus Linckii, n.) 218 Le Crénilabre brun {Crenilabrus fuscus^ nob.; Labrus fuscus^ Pallas) 219 Le Crénilabre bridé {Crenilabrus capistralus ^ nob.; Labrus capisiratus ^ Pallas) 220 Le Crénilabre à frein {Crenilabrus frœnatus^ nob.; Labrus frœnatus ^ Pallas) 221 CHAPITRE IV. De nuelaues ge/ires voisins des CuÉMLAiiiiKS et en particulier des Cténolabues 2 2 3 TABLE. Xn] Pages. Plancli. Le Cténolabre des roches (Ctenolabrus rupestris; nob. ; Labrus rupesiris , Linn.) 223 Le Cténolabre bordé {Ctenolahrus marginatus^n.) 2 3 2 Le Cténolabre cendré (Ctenolahrus cineieus,xïo\i.\, Labrus cinereus^ Pallas) 234 Le Cténolabre à museau aigu (Ctenolabrus acu- tuSj nob.) 235 Le Cténolabre iris (Ctenolabrus iris^ nob.) .... 236 374 Le Cténolabre chogset ( Ctenolabrus chogset^ nob.; Labrus Burgall, Schœpf) 237 Le Cténolabre mouche {Ctenolabrus uninotatus ^ nob.) 239 Le Cténolabre flagellifère {Ctenolabrus Jlagelli- fer^ nob.) 240 Des Acantholabres 242 L'Acantholabre Palloni {Acantholabrus Palloni^ nob.) 243 375 L'Acantholabre du Nord { cantholabrus exoletus^ nob.; Labrus exoletus^ Linn.) 247 L'Acantholabre de Couch {Acantholabrus Cou- ckiij nob.) 248 L'Acantholabre de Yarell {Acantholabrus Yarelliij nob. ) 25o L'Acantholabre petite bouche {Acaniholabrus tni- crostomaj nob.; Crenilabrus microstoma^ Th.) Ibid. L'Acantholabre vert {Acantholabrus viridis^ nob.) 2 5 2 CHAPITRE V. Des Labkoïdes a museau protractile et a ligne latérale non interrompue 253 Des Sublets Ibid. XIV TABLE. Pages. Plancli. Le Sublet groin {Coricus rostratus^ iiob.; Liit- janiis rostratusj Bl.) 25 6 376 Le Sublet Lamarck (Coricus Lamarckii ^ Risso). 260 Le Sublet verdâtre {Coricus virescens ^ Risso).. 261 Le Sublet rougeâtre (Coricus ruhescens^ Risso). 262 Des Cleptiques 266 Le Cleptique créole (Clepticus genizarra^ noh.) 267 377 CHAPITRE VL Des Lachnolèmes (Lachnolaimus) ^ nommés vulgairement aux Antilles Aigrettes ou Ca- pitaines 274 Le Laclinolème aigrette ( Lachnolaimus aigula^ nob.) 277 378 Le Laclinolème cai^iiame (Lachnolaimus âux^nob.) 2 85 Le Laclinolème à grouin de cochon (Lachnolaimus suillusj nob.) 286 Le Lachnolème petit chien (Lachnolaimus cani- nus nob.) 288 Le Lachnolème perroquet (f^achnolainius psitta- cusy nob.) 291 CHAPITRE VIL Des Taxjtogxjes ( Tautoga ^ nob.) 292 Le Tautogue noir (Tautoga nigra^ Mitch.) .... 293 Tautoga fusca , 3oi Tautoga ruhens 3o2 Tautoga alia Ihid. Le Tautogue à bandes (Tautoga f as data ^ nob.; Lahrus Jasciatusj Bl. ; Labrus JuliginosuSj Lacép.) 3o3 379 TABLE. XV Pages. Plancli. Le Tautogue de Mertens ( Tau toga Mertensiij nob .) 3 o 8 Le Tautogue à six bandes {Tautoga sexfasciata^ nob.; Halichores sexfasciatus ^ Rupp.). ... 3 03 Le Tautogue aux grandes lèvres ( Tautoga me- laplerus^ nob.; Lahriis melapterus ^ Bl.).. . . 3i 1 Le Tautogue veiné {Tautoga tesselata, nob.; Lahrus iesse/atus, Bl.) 3 1 5 CHAPITRE VIIL Des Malacanthes 3 1 6 Le Malacanthe de Plumier {Malacanthus Plumieri^ nob.; Corjphœna jP/i/m7>/7 ^ Bloch; Sparus ohlongus,^ Bl, Schn.) 319 38o Le Malacanthe à large raie, ou Tubleu de l'Isle-de- France {Malacanthus tœniatus^ nob.; Lahre large raie^ et Tœnianote large /y7/>, Lacép.) . 327 38 i CHAPITRE IX. Des Cheilions 338 Le Cheilion doré {Cheilio auratus ^ Comm.) . . , 341 Le Cheilion vert et bleu (6'/^e/7/o cjanochloris ^x\oh.) 346 382 Le Cheilion brun {Clieilio fuscus^ Comm.).. . . 84g Le Cheihon de Forskal {Cheilio ForskaUi^ nob. ; Labrus inermis^ Forsk.) Ibid. Le Cheilion demi - doré ( Cheilio hemichrysos , nob.; Cheilio auratus^ Quoy).- 35i Le CheiUon vert {Cheilio viridis^ nob.) 35 2 Le Cheilion petite bouche ( Cheilio viicrostoma , nob.) 35 3 Le Cheilion rayé {Cheilio lineatus , nob.) 354 XVJ TABLE. Pages. Plancli. Du Malaptère 3 5 5 Du Malaptère réticulé (Malapterus reticulalus ^ iiob.) Ihid. 3 83 CHAPITRE X. Des Girelles 358 La Girelle commune {Jidis vulgaris^ nob.). . . 36 1 384 La Girelle Giofredi (Julis Giqfredi^ Risso). ... 371 385 La Girelle coquette (Julis festwa^ nob.) 374 La Girelle élégante {Julis speciosa^ Risso). ... 375 La Girelle paon (Julis pat^o^ nob.) 377 386 La Girelle de Sainte-Hélène (Julis Sanctœ He- lence , nob. ) , 382 La Girelle de Lesson (Julis Lessonii^ nob.). . . 384 La Girelle de l'Ascension (JulisAscensionis^0.e\.G.) 3 85 La Girelle à trois taches (Julis trimaculatus^ nob.) 38 6 La Girelle perruche (Julis psittaculus ^ Lacép.). 387 La Girelle de Garnot (Julis Garnoti^ nob.). ... 390 La Girelle aux taches bleues (Julis cyanostigmaj nob. ) 391 La Girelle opaline (Julis opalinus ^ nob.) 392 La Girelle aux tempesnoires (Julis crotap/ius^ nob.) 395 La Girelle patate (Julis paiatus ^ nob.) 398 La Girelle du Prince (Julis principis^ nob.) . , 402 La Girelle partagée (Julis dimidiatus ^ Agass.) . . 407 La Girelle dégraisseur (Julis detersor^ nob.). . 408 La Girelle lunaire (Julis lunaris^ nob.) 409 La Girelle croissant (Julis meniscus^ nob.).. . . 410 La Girelle à joues rayées (Julis gerwittatuSy nob.) 416 La Girelle de Commerson (Julis Commersoni^ nob.) 418 La Girelle de Matthieu (Julis Matthœi^ nob.). . 419 TABLE. XVlj P»gc». PUnch. La Girelle verte (Jidis viridis^ nob. ; Lahrus viri- disj Bl.) 420 La Girelle de Mertens (Julis Mertensii^ nob.) . . 421 La Girelle de Duperrey {Julis Duperrei, Q. G.) Ibid. La Girelle de Bloch (Julis Blochiij nob. ; Lahrus lunaris j Bl.) 422 La Girelle hébraïque ( Julis hehraicus , nob. ; Lahre hébraïque ^ Lacép.) 423 La Girelle à queue tachetée (Julis caudijnacula. Q. et G.) 426 La Girelle ceinture (Julis cingulum^ nob.) .... 428 La Girelle parterre (Julis hortulanuSj nob. ; Labrus - centifjuadjusj Comra.) 43o La Girelle brigadier (Julis decussatusy nob.; Sparus decussatusj W. Benn. ) 433 La Girelle corbeille (Julis corbisj nob.) 435 La Girelle linéolée (Julis lineolatus ^ nob.). . . 436 La Girelle trilobée (Julis trilobatusj n. ; Labrus trilobatusj Lacép. j et Labrus fuscus ^ ejusd.) 437 La Girelle parée (Julis Jonnosus j nob.) 439 La Girelle malachite (Julis œruginosus ^ nob.).. 44 1 La Girelle demi-bleue (Julis semicœruleuSjKui^i^.^. 442 La Girelle pao (Julis quadricolor ^ Lesson).. , 443 La Girelle cyanogastre (Julis cjanogaster ^noh.'^ Labrus cyanogaster , Solander.) 444 La Girelle i^our^vée (Julis purpureus^ Ruppel) . 445 La Girelle à ventre rouge (Julis erjthrogaster^ Solander) , 447 La Girelle semi-fasciée (Julis semifasciaius ^ n.). 448 La Girelle à dorsale rayée (Julis dor salis ^ Q'Gr.) 449 La Girelle trimaculée (Julis trimaculatus ^ Q.). 462 b Pages. Phnch. 453 455 467 459 460 XVllj TABLE. La Girelle de Leschenault (Jiilis Leschenaultij nob.) La Girelle de Eydoux (Julis Ejdouxiij nob.). La Girelle de Souleyet (Julis Soulejetii^ nob.). La Girelle de Desjardins (Julis y4hhortani^ n.). La Girelle rouge (Julis miniatus ^ K. V. H.).. La Girelle nuageuse (Julis nehulosus ^ nob.).. 461 La Girelle variée (Julis variegatusj nob.).. . . 462 La Girelle aux nageoires rouges (Julis erythrov- terus j nob.) 464 La Girelle multicolore (Julis inulticolor^ Rupp.). 466 La Girelle rayée de bleu (Julis cœruleo-vittalus ^ Ruppel ) 466 La Girelle élégante (Julis elegans ^ K. V. H. ). 467 La Girelle à ventre rayé (Julis sirigii^enler^ Benn.). 468 La Girelle de Ceilan (Julis ceilanicus ^ Benn.).. Ihid. La Girelle scapulaire (Julis scapularis ^ Benn.).. 469 La Girelle double cliaîne (Julis bicaleiiatus ^ Bennett) 470 La Girelle de Finlayson (Julis Finlajsoni , nob.). 471 La Girelle à raies pourpres (Julis purpureo-linea- iusj nob.) Ibid. La Girelle axillaire (Julis axillaris ^ nob.).. . . 472 La Girelle de Seba (Julis S eh anus ^ nob.). . . 474 La Girelle raie aurore (Julis halteatus ^ Q. G). 476 La Girelle de Dussumier (Julis Dussumieri^ nob.). 478 387 La Girelle de Geoffroy (Julis Geoffroyii ^ Q. G.). 479 La Girelle méléacridée (Julis meleagris ^ nob.). 481 La Girelle de Lamarre (Julis Lamarii^ nob.).. Ihid. La Girelle annulaire (Julis annularis^ K. V. H.). 482 La Girelle pointillée (Julis punclulatus ^ nob.). 483 TABLE. XIX Pages. Planch' La Girelle pavonine (Jiilis pat^oninus, nob.). 483 La Girelle nacrée {^Julis margaritaceus ^ nob.). 484 La Girelle papillonacée (Julis papilionaceus j n.). Ihid. La Girelle notopside (Julis notopsis ^ K. V. H.). 486 La Girelle aurite (Julis auritus^ nob.) 486 La Girelle de Horsfield (Julis Horsjieldii ^ nob.). Ihid. La Girelle ornée (Julis ornatus^ nob.) 487 La Girelle aux points sombres ( Julis umhro- stjgma j Ruppel ) 488 La Girelle auriculaire (Julis auricularisj nob.). 489 La Girelle bordée (Julis marginatus , Ruppel). 490 La Girelle à deux taches (Julis himaculatus ^ Ruppel) 491 La Girelle coris (Julis coris ^noh.; Corisajgulay Lacép.) Ibid, La Girelle étoilée (Julis stellatus^ nob.) 499 La Girelle de Gaimard (Julis Gaimardij Q.). 5 00 La Girelle annelée (Julis annulatusj nob.). . . 5 01 388 La Girelle cerclée (Julis doliatus ^ nob.) 604 La Girelle aux bords jaunes (Julis prœtextatusy Q.) 5o5 HISTOIRE DES POISSONS. LIVRE SEIZIEME. DES LABROÏDES. Artedi avait emprunté aux Latins la déno- mination de Labrus, pour désigner un de ses genres d'acanthoptérygiens. Ce nom est en effet cité par Pline * comme celui d'un poisson dont aurait parlé Ovide dans un passage de ses OEuvres qui ne nous est pas parvenu. Nous retrouvons cette même expression dans un autre endroit d'Ovide, où il s'en sert pour nommer un des chiens de la meute d'Ac- téon^; mais il paraît que dans ce passage le chantre de Sulmone a voulu indiquer par ce mot la voracité et l'impétuosité du chien. 1. Et placentem cauda labrum, 1. XXXII, c. ii. "i. Et pâtre Dictœo, sed matre Laconide nali , Labros, et Agriodos . et acutœ vocis Hylacior. (Met., 1. III, V. 224.) i3. 1 2 LIVRE SEIZIÈME. Nous ne savons pas si dans les vers dont Pline nous a laissé le souvenir, le poète l'em- ployait encore dans le méine sens, ou si, comme la cru Artedi, cette expression était appliquée à un poisson remarquable par des lèvres grosses et proéminentes. L'épithète que Pline ajoute au mot lahrus ne confirme pas cette conjecture, qui d'ailleurs est contraire au sens attaché à ce mot par tous les grammai- riens. Ce nom ne se retrouve dans aucun auteur ancien, ce qui porte à croire qu'il était peu usité, et que, peut-être même imaginé par un poète, il n'a jamais désigné une espèce parti- culière. Quoi qu'il en soit, l'emploi qu'en a fait Ar- tedi, Ta consacré aujourd'hui en ichtliyologie: il s'applique à des poissons à lèvres grosses, charnues, proéminentes, plissées, qui ont tous des rapports marqués entre eux, et qui com- posent dans notre système une famille à la- quelle M. Cuvier a imposé le nom de Lahroï- des. Le genre, tel qu'Artedi l'avait entendu', comprenait des poissons pour la plupart de la Méditerranée , qui avaient la membrane branchiostège soutenue par six rayons j des 1. Ailcdi, Gen. XXVII, p. 35. - LABROIDES. ù dents fortes aux mâchoires; des plaques os- seuses et dentées, au nombre de deux aux pliaryngiens supérieurs, et d'une seule aux in- férieurs; la langue et le palais lisses; les lèvres épaisses et charnues, recouvrant les dents; les rayons de la dorsale de nature épineuse et molle, et la membrane qui réunit les premiers, prolongée en filet charnu près de la pointe de chaque épine ; enfin il ajoutait à ces carac- tères l'absence d'appendices pyloriques, et il faisait remarquer que le corps était couvert de grandes écailles lisses et molles. Ce genre comprenait neuf espèces, qui tou- tes, sauf la huitième, étaient assez bien rappro- chées Tune de l'autre pour composer un groupe naturel. La huitième, à la vérité, n'a aucun des caractères cités plus haut, et Artecli ne l'y a introduite que par une confusion , dont nous avons déjà parlé à l'article du serranus hepatus} Ce nombre des espèces semble augmenter dans la synonymie^; mais déjà l'auteur s'écarte des caractères qu'il a posés pour le genre lahrus ; ainsi son Labrus totus ruhescens , caucla hifurca, est encore un de nos serrans^; le 1. Cuv. Val., Hist. nat. des poissons, t. II, p. 233. 2. kïlcA'i , Sjn. , p. 55. 3. Serranus anthias ^ Guy. Val., t. II, p. 25o. A LIVRE SEIZIÈME. Labtmjs pulcJirè varius,pinnispectoralihus in extremo rotundis, est reproduit une seconde fois dans son labrus rostro surshm rejlexo, cauda in extremo ciixulari; et le Labrus ex purpureOy viridi cœruleo et nigro varius, n'en est peut-être encore qu'une troisième ré- pétition. Quant à l'espèce n.° 9, qui est deve- nue le labrus cjnœdus de Linné, il est fort difficile de la reconnaître, et elle nous paraît être, par l'entassement des synonymes qui y sont réunis, un être imaginaire, qui par sa caractéristique seule pourrait être rapproché du Icthrus n.° 10, devenu le labrus mixtus du Sjstema naturœ. Linné, dès sa dixième édition, augmente beaucoup la confusion commencée par Artedi, aussi nous retranchons déjà un plus grand nom- bre d'espèces des labres de Linné. Il en men- tionne quarante, parmi lesquelles nous avons déjà signalé plusieurs percoïdes ^ plus ou moins incertains; un sciénoïde voisin des pristipomes et des hémulons^; un autre, qui appartient probablement à la famille des poissons à pha- ryngiens labyrinthiformes^, mais sur lequel 1. Labrus anihias ; Labrus hepaius; Labrus auriius; Labrus Guaza; Labrus fulvus. 2. Labrus striaius. — 3. Labrus opercularis. LABROÏDES. 5 nous n'avons encore que des idées fort in- certaines. Nous éloignerons encore de notre genre labre les lahrus mar^inalis et lahrus ferru- gineus^ qui n'ont chacun que deux rayons épineux à la dorsale , et qui doivent appartenir à un même genre, voisin peut-être de nos malacanthes, et dont les caractères seront éta- blis quand nous aurons pu retrouver ces es- pèces. J'en dirai autant du lahrus linearis, qui a un caractère tout opposé et fort extraordi- naire dans le grand groupe des acanthoptéry- giens : sur les vingt et un rayons de sa dorsale le dernier seul est mou, tous les autres sont épineux. Ce poisson pourrait bien appartenir à notre famille de ceux à pharyngiens laby- rinthi formes. Linné n'avait fait que deux additions à cette liste dans sa douzième édition; mais elles n'é- taient pas très-heureuses, car des deux poissons que Garden lui avait fait connaître, l'un, le lahrus chromis^ est de la famille des scié- noïcles et du genre pogonias^ et l'autre, son lahrus hiatula, est tout-à-fait indéterminable. Le lahrus griseus, pris dans Catesby, est en- core dans le même cas, car il est impossible que le manque des pectorales ne soit pas le fait d'une mutilation. 6 LIVRE SEIZIÈME. Si nous retranchons encore quelques dou- bles emplois, dont nous établirons les preuves dans la suite de cette histoire , le nombre des labroïdes connus de Linnë se réduirait tout au plus à vingt espèces de labres, tels qu'Ar- tedi les caractérisait; mais ce nombre s'aug- menterait de quelques autres, éparses dans des genres difFérens. C'est ainsi que nous ramenons à la famille dont nous parlons , le spams saxa- tilisy qui est de nos cichla; le spams ^alilœus, un de nos chromis. Cette confusion s'accroît de manière à deve- nir presque inextricable par les additions des auteurs postérieurs à Linné. Il nous a fallu un travail opiniâtre pour parvenir à reconnaître leurs doubles emplois et leurs rapprochemens contraires à toutes les affinités naturelles. Ainsi Gmelin, qui a porté à soixante-onze le nombre de ses labres , y range deux serrans faciles à reconnaître , l'un , d'après Forskal , le lahrus chanus\ et le second, d'après Briïn- nich, le lahrus adriaticus^ ; un gerres, le la- brus ojena^, et un des genres de nos poissons à 1 . C'est notre serranus cabriUa , Cuv. Val. , Hlsl. nat. des poiss. , l.II, p. 229. 2. iSlerranM^- ^fi/7rt/M5, Cuv. Val., Ilis. nat. des poiss., t. II, p. 255. 3. Gerres ojena, Cixv. Val., Ilist. nat. des poiss., t. VI, p. 472. LABROIDES. / pharyngiens labyrinthi formes, le labrus irichop- terus de Pallas', et enfin, cfaprès Houttuyn, deux percoïdes , difficiles d'ailleurs à caracté- riser d une manière précise, le lahrus j aponicus et le lahrus Boops. Parmi les espèces restantes, nous y reconnaissons cinq à six doubles em- plois, ce qui porterait à vingt et un le nombre des additions faites par Gmelin, et prises en grande partie à Forskal, à Brùnnich et même à Pennant. Notre tâche est devenue très-difficile, quand nous avons voulu faire ces mêmes recherches critiques sur l'ouvrage de M. de Lacépède. Son genre labre comprend cent trente espèces; mais comme il a copié sans aucune critique Gmehn et le travail de Bonnaterre de l'Ency- clopédie méthodique, et qu'il y a ajouté plus d'erreurs peut-être que dans aucun autre genre, on est tout étonné du résultat auquel notre travail nous conduit. Outre les labroïdes que nous y laisserons, M. de Lacépède y a classé des poissons de presque toutes les autres familles d'acanthop- térygiens. En effet, nous y voyons parmi les 1. Trichopodus IrichopUrus , Lac. , Cuv. Val., llisl. liât, des poiss. , l. VII, p. 588. 8 LIVRE SEIZIÈME. percoïdes quatre serrans \ six diacopes% un cirrhite^, deux centrarchus sous trois espèces nominales'*, un pomotis^, un priacanthe^, un holocentrum^, un percis ^ et deux autres per- coïdes douteux^; nous avons également re- connu comme sciënoïdes une sciène propre- ment dite'°, deux johnius'', un liëmulon'% un pristipome^^ et deux glypliisodons '1 II a reproduit sous le nom de labrus opercularisy ce poisson que nous croyons être de la fa- mille de ceux à pharyngiens labyrinthiformes. Nous avons placé dans les sparoïdes un chryso^ 1. Labrus hepaius; Labrus punciulatus ; Labrus lœvis , le même que son Bodian cjclostomej Labrus leopardus. I. Labrus Bohar; Labrus gibbus ; Labrus niger; Labrus argent tatus ; Labrus octovittatus ; Labrus Kasmîra. 3. Labrus marmoratus. 4. Labrus sparoides ; Labrus iris , le même que le Labrus ma-s çropierus. 6. Labrus auritus. 6. Labrus cruentatus. 7. Labrus angulosus. 8. Labrus teiracanthus. 9. Labrus Guaza; Labrus fulvus. 10. Labrus hololepidotus . II. Labrus carutta; Labrus œneus. 12. Labrus Plumieri [Hœmulon formosunif Cuv. Val., t. V, p. 23l). 13. Labrus Commersonii {Prisiipoma kaakarij Cuv. Val., t. V, p. 344; Luljan microstome , Lacép.). 14. Labrus sexfasciaius [Gljphisodon cœUslinus , Cuv. Val.); Labrus macrogaster [Gljphisodon bengaknsis , Cuy. Val.). LABROÏDES. 9 phrys*, un pagel^, deux dentés^ et un lethri- nus/ Aux mënides appartiennent un smaris ^, un gerres reproduit sans dénomination spécifi- que^; enfin, nous avons aussi notre aphareus cœrulescens dans un des labres de Lacépède/ Des poissons de la famille des squatnniipen- nes ont été aussi rangés dans ce genre : l'un est selon M. Ruppel un pimeleptère^, et l'autre est le toxotes^; enfin, il nous paraît très- probable que l'on doit aussi y retrouver un scombéroïde du genre des liches ^°, quoique la description du sciœna annata, telle que Forskal nous l'a laissée, rende cette détermina- tion peu sûre; et il restera encore à retirer 1. Làbrus catenula {^Chrysophrys hifasciata, Cuv. Val., t. VI, p. 119). 2. Labrus calops (Pagellus centrodontus , Cuv. Val.). Espèce établie d'après une note envoyée par feu M. Noël à M. de Lacépède. Nous n'avions pas reconnu cette sjuonjmie quand nous avons rédigé l'article de notre sixième volume. 3. Labrus macrocephalus ; Labrus Jliunbergii. 4. Labrus nebulosus {^Lethrjnus nebulosus , Cuv. Val., t. VI, p. 284). 5. Labrus unîmaculatus. 6. Labrus ojena , Forsk. ; le Labrus îongirostris , et probablement aussi le Labrus lepisma. Notez bien que ce poisson existe encox'e une quatrième fois sous, le nom de Sparus britannus. 7. Labrus furcà. 8. Labrus cinerascens . 9. Labrus jaculaîor. JO. Labrus armaius. 10 LIVRE SEIZIÈME. des labres ces espèces établies sur l'autorité de Linnë, et que nous avons signalées comme impossibles à déterminer aujourd'hui. Et à celles-ci nous ajouterons le labrus aristatus, que Lacépède a pris de l'Encyclopédie sans recourir au mémoire de Sparmann, inséré dans le tome VII des Aménités académiques. Or, Bonnaterre , ne lisant apparemment que le titre du mémoire , a cru que tous les animaux mentionnés parle voyageur en Chine, venaient de ce pays; ce qui est bien contraire au rap- port de l'auteur, qui a eu le soin de citer jour par jour les lieux où il s'était procuré les difFérens êtres dont il a laissé des descriptions malheureusement trop peu détaillées. Quant au poisson dont il s'agit ici, c'est au retour en Europe, entre Sainte -Hélène et l'Ascension, qu'il Tut pris. Le rédacteur de l'Encyclopédie a dit que S\)iiYu\di\\n a trouvé ce poisson dans la Chine; Lacépède, pour arrondir sa phrase, a changé ces mots en ceux-ci : et Sparniann a dit que le labre aristé a pour patrie les eaux de la Chine. Shaw venant à son tour paraphraser sur ces erreurs, change d'abord, sans que l'on puisse trop savoir pourquoi, le nom de Linné en celui de carinatus, et en fait alors un poisson des eaux douces de la Chine {natis^e of the fresh waters of China). LABROÏDES. 1 1 Voici encore un nouvel exemple de la ma- nière légère avec laquelle on écrit en histoire naturelle, quand on ne se résigne pas au travail pénible de tout revoir par soi-même. Le degré de certitude que l'on donne à ses ouvrages, est cependant une douce satisfaction pour l'auteur. Quand les navigateurs qui traversent cette région de l'Atlantique nous rapporteront ce poisson, je crois bien que nous le reconnaî- trons dans la courte notice de Sparmann ; mais on ne peut, d'après elle, dire à quelle fa- mille il appartient : ce qui paraît certain, c'est que ce ne sera pas dans les labroïdes qu'il vien- dra prendre place. Il nous restait encore un second genre de corrections à faire, et qui consistait à recon- naître les doubles emplois. Ils y sont en si grand nombre, que nous démontrerons qu'une des espèces les plus communes de nos côtes existe dans ce catalogue sous sept noms spé- cifiques distincts. xAïussi les labroïdes placés par Lacépède dans son genre labre y après tou- tes ces rectifications, se réduisent à cinquante et une espèces : c'est-à-dire à moins de moitié de celles comptées par l'auteur. Nous devons cependant dire que Lacépède a connu un plus grand nombre de poissons de cette famille,. 12 LIVRE SEIZIÈME. car nous y rapprochons, mais avec la même espèce de critique , les genres cheilines, scares^ chelioriy et même d'autres poissons que nous y avons ramenés des genres difFërens dans les- quels il les avait placés. Ainsi nous avons compté vingt-deux labroïdes parmi ses spares * et quinze parmi ses lutjans. Shaw , après avoir copié arbitrairement toute cette liste d'espèces disparates, y ajoute encore des poissons fort étrangers, car il y fait figurer l'ombrine vulgaire sous le nom de labre cja- nopterey et il fait de nouveaux doubles emplois des figures d'As canins. Bloclî a dans son Système posthume un genre un peu moins nombreux que Lacépède, mais encore il a huit ou dix espèces qui doivent en être retirées, et qui n'auraient pas même dû y entrer , s'il leur avait applique le caractère de son genre, tout large qu'il était. Après avoir écarté toutes ces espèces hété- rogènes à celles qu'Artedi avait primitivement réunies dans son genre lahrus, nous formerons une fimille d'acanthoptérygiens , que nous caractérisons par la forme oblongue d'un corps écailleux ; une seule dorsale, soutenue en avant par des rayons épineux, garnie le plus souvent 1. Vovcz Cuv. Val. , t. VI . p. 4 . noie. LABROÏDES. 1 5 d'un lambeau membraneux; les mâchoires re- couvertes par des lèvres charnues; le palais lisse et sans aucunes dents ; les pharyngiens au nombre de trois , deux supérieurs et un inférieur : tous trois armés de dents tantôt en pavé, tantôt en lames, en pointes; un canal intestinal sans cœcums, et une vessie nata- toire. Cette famille, réduite à ne renfermer que les poissons qui présentent ces caractères , comprend encore un assez grand nombre d'es- pèces, qui sont réparties en plusieurs genres. Celui des labres réunit les espèces à lèvres grandes, charnues et comme doubles; la mem- lirane branchiostège n'a que cinq rayons, les dents maxillaires simples et coniques sur un ou plusieurs rangs; les pharyngiennes cyKndri- ques et mousses; les pièces operculaires sans épines; la joue et l'opercule couverts d'écail- lés ; la ligne latérale presque droite. Les crénilahres diffèrent de ceux-ci par leur préopercule profondément dentelé, et parce que leur museau n'est pas protractile. Cette protractilité a fait distinguer par M. Cuvier les suhlets [coj'icus) de ses crénilabres. Les c/iei7i/2e^ sont semblables aux labres par l'intégrité de leur préopercule; mais leur ligne latérale se dirige parallèlement au dos jusqu'à ]A LIVRE SEIZIÈME. la fin de la dorsale, ou elle s'interrompt pour recommencer par une ligne plus basse, tracée par le milieu de la queue. L'extrême protractilité du museau des epi^ puIuSj, a engagé M. Cuvier à séparer comme genre ce poisson, semblable, du reste, aux chei- lines , et qu'avant lui Pallas avait rangé parmi les spares. Nos tautogas sont distingués des labres par la peau nue et épaisse de l'opercule : celle du préopercule étant couverte de petites écailles. M. Cuvier SLUOinmé laclmolaimiisles es^^Gces à rayons de la dorsale et de l'anale prolongés en longs filamens, et qui ofFrent encore un caractère d'une valeur plus élevée dans les vil- losités épaisses qui sont au-devant des dents pharyngiennes supérieures. Les girelles ont la tête toute nue , la bou- che petite et des dents coniques et droites sur les mâchoires ; on a pu distinguer de ceux- ci les anampsès, qui n'ont à chaque mâchoire que deux dents comprimées, tranchantes, re- courl^ées et saillantes hors de la bouche. Les razons, que l'on avait classés parmi les coryphènes avant M. Cuvier, sont des poissons très-semblables aux labres ou aux girelles, et que la hauteur de leur profil vertical en dis- tmgue aisément. LABROÏDES. ^ S Les chromis et les cichlas ont les dents en carde aux deux mâchoires , et les premiers ont sur la rangée externe des dents plus fortes, ce qui les distingue des seconds. Tous ces poissons ont une dorsale soutenue en avant par de nombreux rayons épineux; ceux qui n'ont que deux rayons au plus , sim- ples , mais souvent flexibles sur la partie anté- rieure de la dorsale, constituent les genres chelion ou malacanthe ; les uns ont l'opercule des labres, les autres y ont une petite épine. Après toutes ces divisions génériques , il faut encore rapporter aux labroïdes un groupe ou une tribu particulière : celle des scares, re- marquables par leurs intermaxillaires convexes, arrondis et garnis de dents disposées comme des écailles sur la partie externe et convexe de la mâchoire. Il a fallu distinguer dans cette tribu les calliodons, où les dents latérales de la mâchoire supérieure sont écartées et poin- tues, avec une rangée interne de petites dents; et les odax, qui ont les lèvres renflées, recou- vrant des mâchoires osseuses et dentées comme celles des scares, mais plates et non bombées: leurs dents pharyngiennes sont semblables à celles des labres. My LIVRE XVI. LABROÏDES. CHAPITRE PREMIER. Des Labres. Les poissons que nous réunissons dans le genre des labres se reconnaissent à la forme ovale , élégante et régulière 5 à leurs lèvres épaisses et charnues. Elles sont comme doubles à la mâchoire supérieure, parce que la peau des sous-orbitaires et des os du nez dépasse les bords de ces pièces osseuses, et se prolonge en un lambeau cutané, qui recouvre souvent la lèvre, et va au-delà du bout du museau quand la bouche est fermée. L'opercule, le préopercule, le sous- oper- cule , sont écailleux; le limbe du préopercule et l'interopercule sont généralement nus dans les espèces de nos côtes, ainsi que les sous- orbitaires et le devant du front. Il n'y a au- cune épine ni dentelure aux bords des pièces operculaires; les dents sont fortes, coniques, plus alongées auprès de la symphyse : dans quel- ques espèces étrangères, on en voit saillir une pjus grande de l'angle de la mâchoire supé- rieure, et dont la pointe est dirigée en avant. Les rayons épineux de la dorsale sont gé- néralement plus nombreux que les mousj les CHAP. I. LABRES. 17 épines anales sont courtes et grosses; un lam- beau charnu dépasse le plus souvent la pointe de chaque rayon, et c'est ce caractère que Linné exprimait par ces mots : pinna dorsalis rainentacea; mais lui, et surtout ses élèves, avaient donné beaucoup trop d'extension et d'importance à ce caractère. Les côtes de la Méditerranée en nourrissent un assez bon nombre d'espèces, dont quelques- unes sont propres à cette mer, et dont un petit nombre lui sont communes avec l'Océan. Une seule espèce jusqu'à présent n'a été vue que sur nos côtes septentrionales de l'Europe ; elle y est abondante, et y présente beaucoup de variétés, dont plusieurs brillent des couleurs les plus vives : nous la voyons remonter vers le Nord jusque sur les côtes de Norwége; mais elle ne paraîtrait pas atteindre la hauteur de l'Islande : car je ne trouve pas que Mohr, ni Faber, auteur plus moderne, en fassent men- tion. Tous ces poissons se nourrissent de petits coquillages, d'oursins, de crustacés, dont ils peuvent facilement briser l'enveloppe dure et solide, par l'action de leurs pharyngiens for- tement dentés. Ils vivent réunis, sans former des troupes nombreuses, sur les côtes rocheu- ses, à l'abri des mouvemens violens des va- \3. '2 18 LIVRE XVI. LABROÏDES. gues. Ils fraient au printemps parmi les fucus et les autres algues marines, au milieu desquels leurs petits trouvent un abri pendant le pre- mier temps de leur développement. Nous ne voyons jamais ces animaux attein- dre à de grandes dimensions; leur chair, blan- che et ferme , est partout estimée comme une nourriture aussi saine qu'agréable. Tous ces poissons brillent des couleurs les plus vives; on les voit ainsi parés de ces belles robes jusque dans nos contrées septentrionales, et leur fond vert, varié de rouge ou de jaune, leur a fait donner le nom de perroquet de mer. Sur nos côtes on les connaît aussi sous celui de vieille de mer. Tous les pécheurs du littoral de la Méditerranée les désignent sous le nom de rouquié, ce qui doit avoir rapport à leur séjour sur les plages rocheuses; et aussi sous celui de lourd, de tordou ou tordu, nom qui est générique dans le langage des pécheurs, car ils ajoutent à cette dénomination diffé- rentes épithètes : c'est ainsi qu'ils disent tordu sera, tordou h lu, etc. Ce nom vient très- certainement de celui de turdus, que nous trouvons souvent cité pour le poisson de la Méditerranée, connu des anciens, qui était probablement de nos espèces de labres; mais dont la détermination spéci- CHAP. I. LABRES. 49 fique est aujourd'hui impossible. Nous voyons d'ailleurs que c'est par ce mot ou par celui de inerula, qu'ont été traduits les noms des poissons que les Grecs désignaient par k;kA;7, /.urrucpos-, ou KécrauCpos- et qu'Aristote cite comme des pois- sons saxatiles, se tenant sur les rochers et chan- geant de couleur selon les saisons : étant noirs en hiver et blancs en été. iElien reproduit cette même assertion en nommant le v!oaav^oç et le x/kAqj. On retrouve encore la confirmation de cette assertion dans Numénius , cité par Athénée, qui donne au -/ccrauCpoç l'épilhète de jjisKxyx^ûoç , de couleur noire; et au KiKKtj celle de oiKi&i^&ocç, c'est-à-dire de tacheté ou varié en couleur. Nos labres abondent dans la Méditerranée et dans l'Océan; mais peu d'espèces se trouvent parmi les poissons intertropicaux, région oii les girelles sont répandues avec profusion. Nous allons commencer l'énumération de nos espèces par celle de l'Océan. Quoiqu'il ne paraisse pas qu'elle ait été connue de Linné, elle y est commune, et elle vient assez fréquem- ment sur nos marchés , pour qu il soit facile de se la procurer et de bien 1 étudier. Après l'avoir décrite , nous parlerons des espèces communes aux deux mers; nous donnerons ensuite les espèces méditerranéennes, et enfin nous traiterons des exotiques. 20 LIVRE XVI. LABROÏDES. Z« Vieille COMMUNE OU Perroquet DE MER. {Lahras Bergylta , Asc. et mieux Friers et Eckstr. ) Nos pécheurs des côtes de Normandie ou de Bretagne connaissent plusieurs variétés de couleur de cette espèce, et les désignent sous le nom de vieille rouge j quand sur le fond vert le rouge est dominant; ils appellent vieille vertCy celles d'une teinte plus uniforme; ^'^e^7/e jaune, celles qui ont peu de vert et beaucoup de jaune. Ils en ont d'autres, tout-à-fait olive, auxquelles ils donnent le nom de vieille, sans épithète , et ils réservent le nom de perroquet de mer à la variété qui a sur le fond vert un réseau de couleur rouge ou de brique, étendu sur tout le corps. Tels sont les renseignemens que nous ont fournis sur ces poissons M. Gar- not, médecin de la marine à Brest, et, plus ré- cemment, Mad.^ Ducrest de Villeneuve, qui a bien voulu, sur ma demande, en faire re- chercher sur les cotes de Lorient. Ayant exa- miné un grand nombre de ces différentes va- riétés de poissons, nous ne pouvons les regarder comme des espèces distinctes, tant leurs carac- tères essentiels sont constans et seml^lables; et nous choisissons, pour faire notre descrip- tion, la variété verte ou bleue d'aigue-marine, à réseau rouge , parce que c'est une de celles CHAP. I. LABRES. 21 OÙ les couleurs se reproduisent le plus cons- tamment, et que l'excellente figure, que M. Friers en a publiée dans son Histoire des pois- sons de la Norwëge, va maintenant fixer les caractères de cette espèce. Le corps de la vieille, comme celui des labres en général, a une forme régulière, en ovale alongé, ré- tréci du côté de la tête. Le milieu des côtés est plus épais que le dos ou le ventre. La plus grande hau- teur du corps se mesure k l'aplomb des ventrales, et varie de grandeur. Nous avons des individus où elle n'est contenue que trois fois et demie dans la longueur totale. Chez d'autres , cette même hauteur y est comprise quatre fois. Ces variations dépendent probablement de l'état de plénitude des laitances ou des ovaires. L'épaisseur, prise aux pectorales, ne fait guère que la moitié de la hauteur du corps. La hau- teur de la queue n'a que les deux cinquièmes de celle du tronc, mesurée aux pectorales. La tête est assez longue et contenue trois fois et deux tiers dans la longueur totale; son profil monte vers le dos par une courbe peu arquée et peu obli- que; le museau est gros, arrondi, et un peu élargi sur les côtés , à cause de l'épaisseur des lèvres. L'œil est de grandeur médiocre, parfaitement rond, placé surle haut de la joue , sans que l'orbite échancre le profil du front; il est éloigne du bout du museau de deux fois la longueur du diamètre, qui lui-même est contenu cinq fois et demie dans celle de la tête. Le premier sous-orbitaire est quadrilatère, irrégu- 22 LIVRE XVI. LABROÏDES. lier, sans écailles, caché sous une peau épaisse. Les autres pièces de cet os sont petites et en partie re- couvertes par les écailles de la joue, sur laquelle on en compte dix rangées au-dessous de l'orbite, et quatre ou cinq derrière. Le préopercule, assez grand, a le bord montant le plus souvent droit, mais quelquefois légèrement sinueux et toui-à-fait lisse, sans aucunes dentelures; il fait un angle ar- rondi, un peu obtus, avec le bord horizontal. L'oper- cule est une grande pièce trapézoide, sans aucune épine ni arête. Le bord membraneux est très-large. Le sous- opercule lui est très -intimement réuni; il est impossible de le distinguer à l'extérieur sous les écailles qui couvrent les deux pièces; car elles n'ont entre elles aucun mouvement. Ces écailles sont presque quadruples de celles du préopercule; elles sont irrégulièrement disposées , de manière qu'on ne peut porter le nombre des rangées qu'à cinq ou six. L'interopercule est élargi, recouvert d'une peau épaisse, dans laquelle on ne voit que quelques écailles éparses. Quand la bouche et les ouïes sont fermées, les deux interopercules ne se touchent pas sous l'isthme de la gorge. L'ouverture des ouïes est grande. La membrane branchioslège €t ses rayons, au nombre de cinq, sont presque tout-cà-fait cachés, dans l'état de repos , sous les pièces operculaires. Les deux ouvertures de la narine sont rondes; petites, percées au-devant et au-dessus de l'oeil. L'an- térieure a un rebord membraneux, saillant, qui l'en- toure et forme une espèce d'entonnoir, au fond duquel est l'orifice de la narine. CHAP. I. LABRES. 23 Les deux mâchoires sont d'égale longueur : la supérieure est assez protractile. Les branches mon- tantes de rinterniaxillaire remontent sur le front jusqu'au-delà des orbites. Les maxillaires sont courts, presque entièrement engagés sous le sous-orbitaire. Cette disposition fait que la protractilité de la bouche n'est pas aussi grande que la longueur des branches de l'intermaxillaire pourrait le permettre. Les lèvres sont très-épaisses, charnues et étalées sur les côtés de la bouche; elles sont lisses en dessus. La supé- rieure, en dessous, a huit plicatures, qui augmen- tent beaucoup l'étendue de sa surface. Il n'y en a que deux sur la lèvre inférieure. Les dents sont coniques, régulières, et décroissent à mesure qu'elles s'enfoncent dans la bouche. L'in- termaxillaire en porte sept, et la demi -mâchoire inférieure dix ; en d'autres termes , il y a qua- torze dents à la mâchoire supérieure, et vingt à l'inférieure. Derrière ces dents coniques on en voit une seconde rangée, composée de six ou huit très- petites et de même forme. Le palais est parfaitement lisse. Le voile membraneux de la mâchoire supé- rieure est large et très-mobile; l'inférieure l'est un peu moins. La langue n'avance pas beaucoup dans la bouche; elle est libre, arrondie, mais étroite à l'ex- trémité. Les râtelures des branchies sont courtes, lisses et sans aucunes aspérités. Les deux premiers arceaux portent en avant des pharyngiens deux pelotes, re- couvertes de papilles fines et serrées, comme du velours, et derrière elles on voit alors les pharyn^ 24 LIVRE XVI. LABROÏDES. giens supérieurs, pièces osseuses, triangulaires, armées de dents fortes, dont les internes sont globuleuses et obtuses, et les externes sont coniques et pointues. Derrière la langue, une pièce unique, triangulaire, pourvue de dents semblables aux pharyngiennes, correspond aux pharyngiens supérieurs. Le surscapulaire est petit, couché obliquement le long du bord supérieur de l'opercule, et qui lui est réuni par une peau épaisse , sorte de continuation du bord membraneux de l'opercule. Au-dessus du surscapulaire on compte dix écailles obliques, dont la rangée remonte jusque sur le front, et sépare, au- dessus de la tempe, une plaque écailleuse, oblique, composée de deux rangées d'écaillés. L'ossature de l'épaule est entièrement cachée sous le bord mem- braneux de l'opercule. En le soulevant, on voit que les différentes pièces qui la composent n'ont point d'écaillés. L'huméral est étroit et alongé. Sous l'angle arrondi de l'opercule est l'attache des rayons supé- rieurs de la pectorale. Les autres rayons sont fixés obliquement en arrière du premier, de sorte que le dernier rayon répond à la seconde rangée d'écaillés derrière l'ouïe. La longueur de la pectorale fait à peu de chose près le sixième de la longueur totale du poisson. Quand elle est étalée, la hauteur de son. éventail est plus grande que le plus long de ses rayons. Ils sont gros, bien séparés, au nombre de quatorze: le premier est simple et presque aussi long que le second; les cinquième, sixième et septième sont les plus longs, et surpassent de très -peu les pre- miers; les autres diminuent insensiblement jusqu'au CHAP. I. LABRES. 2S dernier, qui est de moitié plus court que le sixième. Le bord libre de la nageoire est arrondi. Les ventrales sont insérées en arrière des pectorales. Leur attache répond à la pointe du dernier rayon de ces nageoires thoraciques. La longueur de leur premier rayon mou est des quatre cinquièmes du plus long rayon de la pectorale. Le rayon épineux a les deux tiers de celui qui le suit. Quand la na- geoire est reployée le long du corps , elle atteint aux deux tiers de la distance entre leur base et l'ou- verture de l'anus. La dorsale s'élève un peu en ar- rière de l'insertion de la pectorale. Le premier rayon épineux n'a que la moitié de la hauteur du vingtième, lequel a le tiers de la hauteur du corps, mesurée sous lui. Les. autres rayons épineux augmentent in- sensiblement; ils ont tous à leur pointe un petit lam- beau charnu libre. La portion molle de la nageoire est courte; car elle n'occupe que le dernier quart de la longueur de la dorsale, qui mesure la moitié de la longueur du corps, la caudale non comprise. Cette dernière portion de la dorsale est arrondie, et d'un tiers plus haute que le dernier rayon épineux. La première épine de l'anale répond à la dernière de la dorsale. La hauteur de la portion molle est un peu moindre que celle de la nageoire du dos. La caudale est large, coupée carrément. Sa longueur mesure le sixième de celle du corps entier; sa hau- teur, quand la nageoire est étalée, surpasse d'un tiers la longueur. Quelques écailles s'avancent sur la membrane entre les rayons, et y forment ainsi des petites bandelettes écailleuses qui n'atteignent (i LIVRE XVI. LABROIDES. pas à la moitié de la hauteur de la caudale. Il n'y en a pas sur les autres nageoires. B. 5; D. 20/11 5 A. 3/9; C. 16; P. 14; V. 1/5. Les écailles de l'occiput, et surtout celles de la poitrine, sont très - petites ; elles commencent à devenir grandes et larges aux pectorales j encore celles au-dessus de la ligne latérale sont -elles tou- jours plus petites que celles des flancs; elles sont d'ailleurs placées d'une manière fort régulière sur les côtés par bandes légèrement obliques, au nombre de trente-six, entre l'ouïe et la caudale. Chaque zone est composée d'une vingtaine d'écaillés; elles sont très-fortement adhérentes ; leur bord est mince et lisse. On ne voit pas d'aspérités ou de granulations h. leur surface. Une écaille séparée, est oblongue; le bord libre est arrondi en arc de cercle, mince et membraneux. La hauteur de l'écaillé égale la lon- gueur de la portion recouverte, qui mesure les deux tiers de l'écaillé. Le bord radical est vertical et très- peu festonné par l'extrémité des vingt-cinq rayons de l'éventail de la racine. La ligne latérale part du surscapulaire et marche à peu près parallèlement au dos par le quart de la hauteur jusqu'à la fin de la dorsale, où elle s'inflé- chit sans s'interrompre, et va se terminer à la cau- dale par le milieu de la hauteur de la queue; elle est composée d'une série de traits obliques et relevés sur une suite d'écaillés pointues et de moitié plus petites que les autres. Cette disposition est très- remarquable, et rend la ligne latérale très -facile à apercevoir. CHAP. I. LABRES. 27 Nous avons fait cette description sur un individu frais, long de quatorze pouces, bien conserve, acheté à la Halle de Paris, sous le nom de perroquet de mer. Sa couleur était fort agréablement variée; il avait le dos d'un beau bleu, à reflets verdâtres, qui lui donnaient une teinte d'aigue-marine brillante, s'af- flnblissant sur les côtés et passant au blanc nacré sous le ventre. Tout le corps est couvert d'un réseau de mailles, de couleur orangée ou aurore, rembruni sur le dos, rougeâtre sur la tête, vive sur le ventre et sur les nageoires, qui sont bleues. Les pectorales seules avaient les rayons orangés. Les lèvres supé- rieures et l'intérieur de la bouche étaient d'un beau vert; les inférieures et la membrane branchiostège d'un beau blanc. Nous avons trouvé dans les papiers de M. le comte de Lacépède le dessin d'une vieille de Fécamp , peint de couleurs entièrement sem- blables. Nous avons reçu la même variété de Brest, par les soins de M. Garnot, sous le nom de vieille rouge. Le fond de la couleur du dos et des nageoires était vert ; les flancs et le ventre argentés, et les mailles plus brillantes étaient d'une belle couleur de minium. Sur la caudale, les ocelles étaient violets. Ce poisson a plus d'un pied de long. 28 LIVRE XVI. LABROÏDES. Nous venons de recevoir un grand nombre de ces vieilles, péchëes au Croisic, et que M. Bâillon s'y est procurées pour nous les commu- niquer. Elles sont aussi fraîches qu'au sortir de l'eau, et n'ont toutes que six à sept pouces. La couleur de ces poissons varie presque au- tant que celle des poissons rouges que nous conservons dans nos bassins. Le fond est verdâtre, et la tête conserve toujours uniformément cette teintej mais le rouge, qui y est mêlé en plus ou moins grande abondance, varie depuis la teinte la plus vive de vermillon jusqu'à l'orangé pâle, et même au jaune verdâtre. Quelques individus ont des mailles irrégulières sur tout le corps; d'autres n'ont que des taches; plusieurs autres sont peints de grandes marbrures; quelques-unes de ces vieilles ont la caudale sans taches ; d'autres l'ont tachetée. Nous trouvons aussi de ces variétés, ayant toujours les nombres de rayons comme nous les donnons, à la dorsale et à l'anale, qui sont distinguées des pêcheurs sous le nom de 'vieille jaune. Nous en devons de pareilles à M. Garnot, qui les a envoyées sous ce nom avec des vieilles rouges. Il paraît que sur d'autres individus le vert domine, et est étendu d'une manière plus uniforme j car les pécheurs de Brest ont donné CHAP. I. LABRES. 29 de ces vieilles avec l'épithète de vertes, qui ont encore les mêmes nombres de rayons. D. 20/11} A. 3/9, etc. Nous observons aussi avec abondance une variété de ces labres, qui non-seulement varie parles couleurs, mais par le nombre de rayons; ainsi nous en achetons sur nos marchés de Paris, dont le fond de la couleur, plutôt bleue que verte, est maillé de rouge brique. De celles-là nous en avons un individu qui a les nombres suivans : D. 21/10; A. 3/9, etc. Nous le devons à M. Bâillon. D'autres , qui étaient maillées de couleur semblable , ont : D. 20/10; A. 3/9, etc. Nous en avons observé de couleur olivâtre sans aucune trace de réseau rougeâtre, ou même de couleur brune assez foncée, ayant D. 21/10; A. 3/9, etc. M. Riener a rencontré cette même variété à Saint-Malo. Nous en avons reçu une de Fécamp ayant encore plus de rayons. D. 21/11; A. 3/9, etc. , ^ Mais il y en a d'autres qui offrent de nou- SO LIVRE XVI. LABROÏDES. velles variations , car elles ne se bornent plus à des différences dans les nombres de la dor- sale, mais l'anale a un rayon de moins. Elles pre'sentent des nuances de couleur tout aussi distinctes que les variations numériques des rayons de la dorsale; ainsi M. Bâillon vient de nous envoyer d'Abbeville un très-grand labre , long de seize pouces et demi, varié de rouge, de jaune et de verdâtre, ayant D. 20/11; A. 3/8, etc. Le même naturaliste a pris dans le même endroit une autre variété, verte, a D. 20/10; A. 5/8, etc., et nous avons observé les mêmes nombres sur des variétés brunes, achetées chez nos marchands de Paris. La vieille a, comme tous les labres, un canal in- testinal très-simple; il commence par un large pha- rynx à plis longitudinaux, qui permettent la dilata- tion nécessaire pour la déglutition. Le canal se con- tinue pour former un sac oblong , qui descend dans la cavité abdominale jusque vers la moitié de sa lon- gueur. Ce sac, formé de la réunion de l'œsophage et de l'estomac, se contourne pour remonter vers le diaphragme, et se rétrécit beaucoup en cet en- droit. Une valvule masque le pylore. Le duodénum, qui le suit, longe la face inférieure de l'estomac, et , arrivé entre les deux lobes du foie , se plie de nouveau, pour se rendre droit à l'anus. Aux deux tiers de sa longueur, une seconde valvule, forte et CHAP. I. LABRES. 51 épaisse, montre la terminaison de l'intestin grêle et le commencement du rectum, dont le diamètre est plus du double de celui de l'intestin qui précède. De grosses rides longitudinales sillonnent sa mem- brane muqueuse. Sa tunique musculaire est très- épaisse. Les fibres charnues ont une direction longi- tudinale. Le velouté du reste de l'intestin est couvert de mailles hexagonales, et vers l'origine du canal les papilles sont tellement grandes qu'elles flottent sur la surface interne de l'intestin, ou qu'elles semblent s'imbriquer les unes sur les autres, quand elles sont couchées dans le sens de la marche des alimens dans le canal alimentaire du poisson. Le foie est assez gros et composé de trois lobes assez distincts, de sorte qu'on commence à voir ici la disposition que ce viscère a dans les cyprins, d'êlre très-divisé, et en quelque sorte traversé par le canal intestinal , qui y adhère fortement. Le lobe gauche est subdivisé en deux lobules plus gros chacun que le lobe droit. De ces deux lobules l'un est adhérent à la face gauche de l'estomac par un tissu cellulaire assez dense, et dépasse de beau- coup la crosse de ce viscère. L'autre lobule, plus court, mais plus épais, est trièdre et reporté sur la face supérieure de l'estomac, entre lui et la vessie aérienne. Le lobe droit, mince et pointu, a à peu près la même apparence que le lobule gauche et inférieur, mais il n'atteint pas même la pointe de l'estomac. La vésicule du fiel est petite , oblongue; elle donne un canal assez long, qui reçoit un très-grand nombre 32 LIVRE XVI. LABROÏDES. de vaisseaux hépato-cystiques, versant eux-mêmes la bile dans un très-long canal cystique. Le canal cho- lédoque est récurrent, et porte la bile dans l'intestin , peu en arrière du pylore. La rate est très -grosse, trièdre, située sur .la région supérieure de l'intestin. Les ovaires de cette femelle sont gros, remplis d'œufs d'une petitesse excessive, réunis en très-jolies houppes formant des arbuscules dans les sacs qui contiennent ces innombrables grappes. Les deux sacs sont réunis à leur partie inférieure, de manière à ce qu'il n'y a qu'une seule ouverture pour la sortie des œufs ; il n'y a aucune papille externe. Les laitances, sauf leur nature, ressemblent par leur forme aux ovaires. Le péritoine, qui enveloppe ces organes, est fin et argenté. Le repli qu'il fait pour former la première enveloppe de la vessie aérienne , devient une membrane fibreuse très-épaisse, très -adhérente aux parois abdominales, et contient une vessie aérienne très -grande, ovale, convexe en dessous, pointue en arrière, et profondément éclian- crée en avant, sans avoir aucune espèce de cornes ni de prolongemens tubuliformes. Sa membrane propre est très- mince. Au-dessus d'elle sont les reins, constitués en deux rubans grêles, situés de chaque côté de la colonne vertébrale et débouchant presque directement en arrière de la vessie aérienne dans la vessie urinaire, qui est oblongue et à parois très -minces, mais ré- sistantes. La nourriture consiste en petits crustacés , en petits oursins, que le poisson avale sans les triturer sous CHAP. T. LABRES. 35 ses pharyngiens , en partie arrondis. J'ai aussi trouvé des débris de flustres foliacés, et de fucus dans l'es- lomac. Sur le squelette nous voyons le crâne avoir une crête interpariétale, élevée, triangulaire, pointue en arrière , deux autres crêtes latérales et antérieures peu saillantes. L'occiput prolongé en arrière est comme tronqué obliquement. La crête moyenne, continua- tion de la première, est peu élevée, et, au contraire, les latérales le sont davantage. La région du front est bombée; une crête transverse, aplatie, large, peu élevée, passe d'un frontal sur son congénère, de l'autre côté, et termine ainsi la gouttière, dans la- quelle glissent lesbranclies montantes del'intermaxil- laire, qui sont grosses et fortes. Les os du nez sont minces, étroits et alongés. Je compte dix vertèbres abdominales et un pareil nombre de caudales. Les apophyses épineuses de la dernière et de l'avant -dernière s'élargissent pour former ensemble l'éventail osseux qui soutient les rayons de la caudale. Les apophyses iransverses des vertèbres de l'abdomen sont peu longues, assez grosses, comprimées, aplaties d'avant en arrière. Sur leur face postérieure s'articulent les côtes, qui sont longues, assez fortes, et dont les douze premières portent des apophyses horizontales, longues et grêles. Les inter- épineux de la dorsale et de l'anale sont hauts et di- minuent de largeur , à mesure qu'ils sont plus près de la fin de la nageoire. Les crêtes latérales sont assez élevées et diminuent de la même manière. L'huméral et le cubital sont deux très-forts os ; i3. 3 34 LIVRE XVI. LABROÏDES. qui laissent entre eux une échancrure peu ouverte. Quant au radial, il est petit j son trou rond est assez grand ; les osselets du carpe sont assez larges. Les os pelviens sont longs et forts. Telle est la vieille rouge la plus commune, et qui offre toujours cette disposition de cou- leur et vingt a vingt et un rayons épineux à la dorsale. Il est assez étonnant que ce poisson ait été inconnu d'Artedi et de Linné. Dans la douzième édition du Systema naturœ, qui est de 1766, on ne trouve aucun labre à qui ce grand naturaliste ait compté ces vingt et une épines à la dorsale. L'année suivante, As- canius publia le premier caliier de ses Icônes rerum naturalium ; la première planche repré- sente d'une manière reconnaissable notre pois- son. La description ajoute encore à ce que cette ligure laisse à désirer. Les nombres des rayons de la dorsale se rapportent parfaite- ment à ceux de nos vieilles. Ascanius donna à ce labre l'épithète de bergjlta, tirée de son nom norwégien ; cependant Gmelin ne profita pas du travail du zoologiste danois, et notre poisson ne prit point de place dans cette édi- tion du Systema naturœ. Il négligea également la description et la figure du lahrus Ballan, de Pennant, qui appartient très -probablement à la variété CHAP. I. LABRES. 55 jaune de notre poisson * ; sur la planche on voit les os pharyngiens parfaitement bien re- présentes. Cette figure a été copie'e plusieurs fois. Il est d'ailleurs assez curieux de remar- quer que Gmelin, ayant négligé de se servir d'une description assez bien faite, accompa- gnée d'une figure passable , ait placé dans la liste des labres le L. comber et le L. coquiis, tous deux plus difficiles à déterminer, et connus par une phrase très-courte et peu caractéris- tique de Rai, et par une figure tout aussi peu reconnaissable. Pennant a ajouté au L. comber de Rai des nombres de rayons qui peuvent faire présumer qu'on doit le rapprocher de notre vieille rouge. Turton donne à ce L. comber, dans sa Faune de la Grande-Bretagne, trente et un rayons à la dorsale 5 mais comme il n'indique pas s'il y a une épine de plus à cette nageoire pour former ce nombre, on ne sait pas si l'on doit rapprocher son L. comber de la vieille rouge ou de la vieille brune. Quant au cook {^lahrus coquus)^ il me pa- raît être différent, et nous démontrerons plus 1. Notez bien que le labrus Ballan de Risso est tout différent de celui de Pennanl. 36 LIVRE XVT. LABROÏDES. bas que c'est au labre à trois taches quil res- semble le plus. Ce fut Bonnaterre qui plaça le premier notre vieille dans le catalogue de ses labres, pour l'Encyclopédie méthodique, sous le nom de lahre BergyltCj, sans remarquer que sur la même page il venait d'indiquer déjà la même espèce d'après Pennant, sous le nom de labiée Ballan. Bloch s'étant procuré de la mer du Nord une de ces vieilles, la fit représenter sur la plan- che 294 de sa grande Ichthyologie. Il l'appela lahre tacheté [lahrus maculatus), tout en reconnaissant que c'était le hergylta d'Asca- nius; mais il ne parle pas de Pennant. Bien que la figure de Bloch soit très-défec- tueuse, nous sommes sûrs de cette identité spécifique , attendu que nous avons étudié le poisson même de ce naturaliste, que M. Lich- tenstein a bien voulu nous prêter. M. de Lacépède copia Bonnaterre et Gmelin, de sorte qu'on retrouve parmi ses labres un L. Ballan, un L. Bergylte; mais il donne un nouveau nom à notre labre, en employant la note et le dessin qui lui avaient été com- muniqués par M. Noël, de Rouen. Nous avons retrouvé ce dessin parmi ses papiers; de façon que nous sommes assurés que le lahre neustrien, CHAP. I. LABRES. 57 décrit d'après ce dessin , n'est autre que la vieille commune. Enfin, nous trouvons une figure encore re- connaissable de notre vieille dans le Zoologi- cal miscellanj de Shaw (pi. 426)5 mais il le croit, très-faussement, une variété du labrus tinca de Linné , qui n'a que quinze rayons épi- neux à la dorsale, et qui est un de nos créni- labres. La figure citée plus haut, a été repro- duite dans la Zoologie générale du même auteur (t. IV, part. 2, pi. 7 2 , p. 499). Donovan en donne aussi une assez bonne figure * sous le faux nom de lahrus tinca. Tous les naturalistes que nous venons de citer ont cependant oublié la meilleure figure de la vieille qui se trouvait dans Duhamel. Sous le nom de vieille ou carpe de mer, cet auteur représente fort exactement notre poisson. L'a- natomie qu'il ajoute à cette planche % a été copiée des manuscrits de Duverney. Les dents pharyngiennes sont fort exactement dessinées, comme dans la figure de Pennant. Duhamel avait reçu ce poisson de Granville. Plus tard Bloch fit attention à cette figure de Duhamel, et il l'a citée dans son Système 1. Brit. fish., pi. 85. 2. Trailc des pêches ^ secl. 4, pi. 6- 38 LIVRE XVI. LABROÏDES. poslliume; mais à faux, car il la rapportée à son lahrus vetula, tandis qu'il aurait dû la citer sous le lahrus maculatus. Son lahrus vetula, comme nous le dirons plus tard, est une figure dénaturée du labre mêlé (Z«Z>rw.y mz.r^M.y Gmelin). Fleming * , négligeant tous les noms de ses prédécesseurs , établit l'espèce sous le nom de lahrus ballanus^ mais il confond avec elle le striped wrasse de Pennant et de Donovan, qui est devenu le lahrus lineatus ( notre lahrus mixtus), et il cite sous ce même nom, comme une espèce distincte, une variété de notre vieille, dont nous allons parler tout à l'heure. M. Jenyns reprend le nom de Bloch et donne une fort bonne notice sur cette espèce, dont une partie me paraît prise de l'excellent ouvrage que j'ai tant de plaisir à consulter, celui de M. Yarell, qui veut bien m'honorer de son amitié. La figure de cet ouvrage^ me paraît avoir la dorsale et l'anale un peu trop pointues; elles sont touj ours plus arrondies dans les poissons de ce genre. L'espèce y conserve le nom anglais hallan virasse, et la synonymie 1. Règ. anim., p. 209. — 2. Brit. fish. , p. 275, CHAP. I. LABRES. 59 est conforme à ce que nous venons nous-mêmes de consigner. La vieille fraie en Avril, se nourrit princi- palement de crustacés, se tient sur les côtes rocheuses ; quand elle a atteint son entière croissance, elle pèse jusqu'à cinq livres. Elle s'avance vers le Nord ; nous la trouvons citée dans la Faune danoise de Millier S sous le nom de labrus berg-galt. Quoique Linné n'en fasse pas mention dans son Fauna suecica^ nous la trouvons dans l'édition de Retzius^ Ce zoologiste lui donne le nom de labrus aper; mais il le reconnaît pour le poisson décrit par Ascanius et Millier, et même pour le ballan de Pennant. On en trouve aussi aux Orkney, où elle prend le nom de bergill. Partout elle est dési- gnée comme une nourriture agréable. La Vieille verte. ( Labrus Donovani, nob. -, ou Labrus suilluSj Linn. ? ) Nous avons reçu des mêmes ports de la Bre- tagne d'autres vieilles , sous le nom de vieille verte, dépassant aussi la longueur d'un pied, 1. Zool. dan., Prod. , p. 46, n." 687. 2. Faun. suec, p. 335. 40 LIVRE XVI. LABROÏDES. ayant les mêmes formes et les mêmes nombres de rayons à la dorsale, et que les pêcheurs désignent par des noms particuliers, tirés de la couleur des individus. Leur vieille verte a la tête , le dos et les nageoires verts, le dessous de la gorge jaunâtre, le ventre oli- vâtre. Le pâle des côtés était séparé du foncé du dos par une bandelette longitudinale argentée; quelques rivulations blanches couraient sur la tête et sur le ventre. Les couleurs sembleraient rapprocher celte variété du.tourd de la Méditerranée : mais les nom- bres des rayons distingueront facilement ces deux poissons. Nous trouverons cette vieille bien représentée par Donovan ^ sous le nom de labriis lineatus : il la peint en vert, pâlissant vers le bas des côtés ; le ventre est teint de jaunâtre, et les flancs portent dix-huit lignes longitudinales jaunes; toutes les nageoires sont vertes. Ce poisson est rare sur la côte de Cor- nouailles, où les pêcheurs le nomment greenfish (poisson vert). Les nombres des rayons cités par Donovan, sont les mêmes que ceux comptés sur nos individus. Turton, dans sa Faune de la Grande-Bre- tagne, a cité ce lahrus lineatus d'après Dono-* van. Nous n'en trouvons pas d'autres indica^ tions dans les auteurs de cette époque. - 1, HUU nat. ofhr'U.fish., t. IV, pi. 74. CHAP. I. LABRES. 41 C'est probablement à cette variété qu'il faut rapporter le lahrus cornuhiensis , décrit par Couch* dans son mémoire sur les poissons de Cornouailles. Il lui donne vingt épines à la dorsale, et le colore en brun foncé sur le dos, plus clair sur les côtés, et en jaune safrané sur le ventre. Mais dans aucun cas ce lahrus cornuhien- sis ne peut être, comme le croit M. Couch, une variété de la girelle ordinaire [lahrus j'ulis). MM. Fleming et Jenyns ont introduit ce poisson dans leurs ouvrages sous ce même nom de lahrus lineatus; et M. YarelP qui ne me paraît pas avoir copié, du moins fidèle- ment, la figure de Donovan, a, comme il le déclare lui-même, donné cette espèce sur l'au- torité de ce naturaliste. Nous ferons observer que ce ne peut être, comme M. Yarell l'a cru , le lahrus psittacus de Bisso, lequel est pris de Lacépède, et n'est autre que le lahrus viriclis de la Méditerranée, et tout-à-fait distinct par ses formes plus alon- gées. Ils ont tous copié les nombres de Dono- van , qui sont ceux de r\os différentes variétés de vieilles, sans faire attention qu'il y a eu 1. Trans. of ihe Linn. soCf t. XIV, 1."^* part,, p. 8o. 2^ Brit. fish., p. 279. 42 LIVRE XVI. LABROÏDES. certainement erreur de sa part en attribuant huit rayons à la ventrale de ce labre, car tous n'ont que cinq rayons mous avec le premier épineux. . Nous avons reçu de Saint-Malo des vieilles qui se rapportent parfaitement au poisson de Donovan, s'ils ne sont pas des variétés de notre lahrus bergjlta. Quant au lahrus comber de Pennant*, nous devons ici faire remarquer que cette espèce est encore trop douteuse pour être introduite dans un ouvrage de la nature de celui que nous écrivons. Il n'est pas d'abord certain que le poisson de Pennant soit le comber de lago^, qui était un petit poisson rouge, h corps à peu près semblable à nos labrus inixtus ou labrus trimaculatus , et dont il n'a pas donné les nombres des rayons. Pennant a cru le reconnaître dans un pois- son rouge, à ventre jaunâtre, avec une bande blanchâtre ou argentée le long des flancs. Il compte les rayons ainsi qu'il suit: D. 20/11; A. 3/2; C? P. 14; V. 5; nombres qui le rapprochent de nos vieilles. i. Pennantj Brit.zooL, III, p. 342, pi. 58. 2. Rai, p. i63. CHAP. I. LABRES. 45 La figure de Pennant a ëtë copiée dans l'En* cyclopédie; Gmelin, Lacëpède ont adopte le lahrus comheP, et, ce qui est plus fâcheux, les auteurs des Faunes anglaises, qui, sans l'a- voir retrouvé, l'ont signalé comme une espèce des côtes de ce pays. Ainsi Turton, Fleming, Jenyns l'ont nommé dans leurs ouvrages. M. Yarell a même reproduit une nouvelle copie de la figure de Pennant; mais ce savant s'est appuyé d'une nouvelle autorité, puisée dans les manuscrits de Couch. Quoi qu'il en soit, c'est toujours un poisson peu connu, et qui, lorsqu'il le sera mieux, rentrera aussi dans nos variétés des vieilles communes, ainsi que M. Cuvierl'a déjà dit dans une note du Règne animal. Le Labre varié. {Lahrus inlœtus , Art, Linn.) Je passe maintenant aux espèces communes à l'Océan et à la Méditerranée, et je vais com-^ mencer par une des plus abondantes sur nos côtes, qui a été cependant mal connue et mal caractérisée jusqu'à ce jour, quoique les dif- férens iclitliyologistes, postérieurs à Wil- lughby, lui aient chacun assigné un nom spé- cifique, chaque fois qu'il la reconnaissaient; 44 LIVRE XVI. labroïdes. aussi sa synonymie est -elle très -confuse et très -longue. On a lieu de s'étonner qu'un poisson aussi commun, et paré de couleurs aussi brillantes, ait échappé à Rondelet et à ses contemporains. Bélon, Salviani n'en font pas mention; il est de même impossible de le reconnaître dans les différens tourds décrits par iildrovande. Willughby^ en a décrit deux variétés qu'il avait observées à Livourne; car on ne peut douter que son tur dus perh elle pictus ne soit le poisson dont nous parlons dans notre ar- ticle , mais paré des belles couleurs qu'il prend pendant le temps du frai. Il crut, mais avec doute, y reconnaître le pavo de Salviani; cette erreur, qu'il aurait pu éviter, puisqu'il avait décrit le pavo au commencement de son chapitre % a été cause des erreurs d'Artedi , qui ont été copiées et augmentées par ses succes- seurs. En effet, celui-ci tire de Willughby, dans ses gênera, son troisième lahrus; et ici, co- piste fidèle, il cite encore avec le point d'in- terrogation Xepavo de Salviani; puis , la seconde variété de Willughby devient le quatrième la- 1. Willughj,ItM.,p.322,S.2,n.'' 1-2.— 2.Jiif/.,p.3i9, S. 1 , n." 2 CHAP. I. LABRES. 45 bre d'Artedi. Mais dans sa synonymie, tout en conservant le texte de Willughby pour son caractère spécifique, il ajoute et sans conser- ver de doute , le pa\>o de Salviani , qui est un crënilabre, et la copie qu'Aldrovande en avait faite*, celle donnée par Gesner'^ du second tourd de Rondelet, sans cependant citer Rondelet lui-même. Il ne change rien d'ailleurs à la phrase et à la synonymie de la variété. Linné, dès sa dixième édition, est venu em- brouiller encore plus ce qu'Artedi avait déjà mal commencé; car il prend son lahriis pavo dans Hasselquist , qui a décrit sous ce nom une fort belle girelle de la Méditerranée, et point du tout le crénilabre de Salviani; puis il ajoute comme synonyme la phrase du troisième labre d'Artedi. Cette confusion explique comment Linné a placé son lahrus pa^o dans la division de ceux à queue fourchue, caractère qui convient en effet à la girelle , mais point au poisson de Willughby et d'Artedi. Le lahrus pavo de Linné est donc un être complexe, tout-à-fait imaginaire , qu'il faut rayer de nos catalogues systématiques. Eli bien , qu'on lise maintenant 1. Lib. , c. 4> p. 29. 2. Gesner, p. ioi6, n." 11. 46 LIVRE XVI. LABROÏDES. la description poétique que Lacépède a faite de son labre paon , amplification faite sur le texte d'Hasselquist, et où il a entassé sans au- cune critique toutes ces citations si éloignées l'une de l'autre, d'Artedi, de Linné et d'Has- selquist; ne sera-t-on pas étonné de nouveau de la légèreté avec laquelle l'histoire naturelle a été jusqu'à présent écrite? Bloch avait bien reconnu cette erreur de Linné, mais il n'est pas venu en aide pour la rectifier; il s'est contenté d'inscrire le pois- son d'Hasselquist sous le nom de lahrus syriacus. Quant à la seconde variété que Willughby avait vue et décrite à Livourne, nous venons de dire que, sur l'indication de cet auteur, l'espèce a été nommée par Artedi^, et qu'elle a pris rang dans la dixième édition du Syste- ma naturœy sous le nom de lahrus niixtus; où Linné l'a placée parmi celles dont les nombres des rayons épineux de la dorsale lui sont in- connus. Mais il est possible que dans ce même travail Linné eût déjà inscrit fespèce dont il s'agit ici, sous le nom de lahrus ossifa^us: car les nombres des épines dorsales indiquées pour cette espèce, conviennent à notre pois- 1. Gen. 34 j n-° 4 j et Sjn. , p. 67 , n." 10. CHAP. I. LABRES. 47* son. A la vérité, ils sont les mêmes dans l'es- pèce suivante, le lahrus trimaculatus , dont Linné n'a pas parlé. Or, je crois que ce grand naturaliste a plutôt eu sous les yeux un poisson de l'espèce dont il s'agit dans ce chapitre, que de la seconde , parce que les individus de cette dernière , quelque décolorés qu'ils soient par l'action de l'alcool, montrent toujours des traces des trois taches, caractère qui certes n'eût pas échappé à Linné. ' ^ Si, comme je le crois, il a introduit son lahrus ossifa^us d'après l'examen de la nature, je ne doute presque pas que déjà dans le tome II du Musée du prince Adolphe, Linné niait encore mentionné notre poisson sous le nom de lahrus onitisy qui se trouve sur la même page au n.'' 27. Nous devons cependant avouer que les nombres des rayons ne se rapportent pas aussi bien. Si ces conjectures sont vraies, notre poisson aurait donc reçu de Linné lui-même trois noms, ou tout au moins deux, qui sont re- produits dans la douzième édition sans aucuns changemens. A peu près dans le mêriie temps Pennant publia la Zoologie britannique, où se trouve notre poisson une première fois, sous la déno- mination de striped -wrasse ( lahrus lineatus ) , *48 LIVRE XVI. LABROÏDES. avec une excellente figure; et une seconde, sous celle de cook^ empruntée par Pennant à Rai, qui l'avait reçue de lago, dans son petit Catalogue des poissons de Cornouailles, im- primé à la suite du Synopsis, Celle-ci devient dans Gmelin labrus coquus, et la première lahriis variegatus, en même temps que dans l'Encyclopédie Bonnaterre conserve le labrus lineatus, et qu'il ajoute le labrus mixtus de Linné. Mais ce même Bon- naterre prend encore notre espèce dans Asca- nius, et en fait un labrus cœruleus. Cette même 'figure d'Ascanius a été copiée par Sliaw, d'abord dans le Naturalists Miscel- lanj, et donnée comme sparus formosus , et il place ensuite cette espèce, dans le General zoology-y dans le genre des labres; mais en lui conservant l'épithète qu'il lui avait donnée, comme une espèce nouvelle et distincte de spare. Bloch a, comme nous l'avons dit, reconnu l'erreur de Linné, relative au labrus pa^o^ mais il en commet une de son côté, en repro- duisant notre poisson par une figure inexacte, et dont nous n'eussions jamais reconnu l'iden- tité, si nous n'eussions vu l'original, qui est encore conservé dans le Cabinet de l'université de Berlin, et que nous devons encore à la CHAP. I. LABRES. 49 libéralité de M. Lichtenstein : c'est le lahrus vetula de la grande Ichtliyologie, pi. 284. M. de Lacépède venant copier, comme à son ordinaire, toutes ces erreurs, reproduit ces espèces nominales, d'où il résulte que no- tre poisson se trouve répété huit fois, sous autant de noms différens, dans le genre labre de Lacépède. Heureux encore qu'il n'ait pas travaillé sur l'ouvrage de Shaw , car il y aurait pris un neuvième nom. Donovan^ aurait pu cependant éclairer Shaw^; car il avait publié, une année avant lui, une nouvelle figure très-bonne de ce labre, sous le nom que Gmelin lui avait imposé, et en cela il est suivi par Turton^, qui cependant ne reconnaît pas l'identité du lahrus coquus de Rai, et qui, d'après Pennant, le cite un peu plus bas comme une espèce distincte. Mais ce que nous venons de rapporter fait voir que Do- novan se trompe, quand il croit que Gmelin est le seul auteur du continent qui ait fait con- naître cette espèce. Coucli l'a donnée dans son Catalogue des poissons de Cornouailles , sous le nom de lahrus coquus^ et c'est ainsi qu'il reparaît 1. Donovan, tab. 21. — 2. Brit. faun. , p. 99, n.° 65. i3. ^ 4 50 LIVRE XVI. LABROÏDES. dans louvrage de Fleming'. M. Yarell en donne une jolie figure , en lui restituant son nom Lin- nëen, et en y ajoutant une synonymie presque complète. 11 y manque le labrus vetula de Blocli, nom qu'il a appliqué à un poisson tout différent ; et M. Jenyns l'a fidèlement suivi. M. Risso , parmi les iclithyologistes qui ont écrit sur les poissons de la Méditerranée, a inscrit ce poisson dans son ouvrage; mais il en a embrouillé également la synonymie. En efFet, c'est, avec des citations fausses, le la- hrus pavo de la seconde édition, mais non de la première, celui-ci étant un crénilabre. Et puis, dans cette première édition, et comme si l'auteur, au lieu d'observer la nature, eût compilé dans quelques livres, on retrouve notre espèce sous les dénominations de lahrus lineatus, pris dans Pennant; de lahrus varie- patiiSy tiré de Gmelin , et de labrus mixtus, copié d'Artedi et de Willughby. De ces trois espèces nominales, la dernière seule reparaît dans la seconde édition, sans que l'auteur dise pourquoi il a supprimé les deux autres. Et enfin l'on trouve encore dans cet ouvrage les noms de lahrus cœruleus, avec des citations d'Ascanius, qui n'ont jamais été vérifiées, et 1. Fleming, Reg. an., p. 209, n.** i35. CHAP. I. LABRES. 51 de lahriis ossifa^us, appliques à d'autres es- pèces. On doit s'étonner qu'on ait si mal déterminé un poisson aussi commun dans la Méditerra- née et dans l'Océan, bien plus l'acile à recon- naître et à caractériser que la vieille ordinaire; car la distribution de ses couleurs ne change point. Nous en avons examiné une vingtaine d'in- dividus , dont nous avons acheté nous-mêmes quelques-uns sur nos marchés de Paris; les autres ont été apportés au Cabinet du Roi, de Brest, par M. Garnot; de Lorient, par Mad.^ Ducrest de Villeneuve; de Norwége, par M. Bâillon ; de Marseille, par M. Cuvier ; de Nice,, par MM. Bisso et Laurillard; de Gênes, de Naples, par M. Savigny; de Messine, par M. Bibron; de Corse, par M. Payraudeau, et d'Iviça, par feu de Laroche. Ce labre a le corps plus alongé que la vieille j sa hauteur n'est contenue que quatre fois et deux tiers dans la longueur totale. La tête est plus longue; elle fait le tiers de la longueur du corps, la caudale non comprise. Le museau est plus aigu; l'œil est un peu plus grand ; son diamètre fait le cinquième de la largeur de la tête ; la distance du bout du museau au bord antérieur de l'orbite est double de la longueur du diamètre. Le premier sous-orbi- taire est petit , triangulaire et enveloppé par une peau 52 LIVRE XVI. LABROÏDES. épaisse, dont le bord se prolonge en avant etaugmente l'étendue de la surface non écailleuse, comprise entre l'œil et la lèvre supérieure. La joue est beaucoup moins haute que dans la vieille. Le bord montant du préopercule est lisse et vertical; le bord inférieur est légèrement oblique et descend de l'angle vers le bas de la branche horizontale de la mâchoire inférieure. Le limbe est étroit; il n'y a sur la joue, au-dessous ou derrière l'œil, que sept à huit rangées d'écaillés, beaucoup plus petites que celles de la vieille. L'oper- cule et le sous-opercule sont intimement réunis et couverts de petites écailles , un peu plus larges que celles du préopercule; il y en a sur l'interopercule un plus grand nombre que dans la vieille : toutes sont placées vers l'angle supérieur et postérieur, de sorte que la partie antérieure de cet os, le limbe du préopercule et la mâchoire inférieure, forment sous la tête une longue bande sans écailles, recouverte par une peau épaisse. Les deux ouvertures de la na- rine sont petites, un peu plus éloignées l'une de l'autre; la postérieure est percée tout près du bord supérieur de l'orbite; le maxillaire est entièrement caché sous le bord membraneux du sous-orbilaire; il est plus court que celui de la vieille. Les dents sont beaucoup plus petites, plus fines, plus pointues et plus nombreuses. Les lèvres sont larges, mais peu épaisses, et n'ont en dessous que cinq à six replis membraneux ; sous la symphyse de la mâchoire inférieure, elles sont épaissies. La langue est plus longue et plus libre; les dents pharyngiennes sont coniques, et il y en a moins que chez la vieille. Le CHAP. I. LABRES. S5 surscapulaire est plus long et plus étroit ; les autres parties de l'épaule sont de même cachées sous le bord membraneux de l'opercule. La pectorale est beaucoup plus courte ; elle ne fait pas le huitième de la longueur totale. La ventrale n'est pas attachée autant en arrière des pectorales, et l'anus est moins éloigné de la base de cette nageoire. La dorsale com- mence à l'aplomb de l'insertion de la pectorale; elle est moins haute, mais à proportion aussi longue que celle de la vieille. Sa portion épineuse est plus courte, à peine plus basse que la partie molle, qui n'est point arrondie. Le premier rayon de l'anale répond au der- nier épineux de la dorsale; elle est plus haute. La caudale est un peu arrondie , et du huitième de la longueur totale. Voici les nombres que nous observons le plus communément, et qui nous paraissent être en particulier ceux de la variété qui vit dans la Méditerranée. B. SjD. nyiSjA. 3yil;G. 15;P. 16 î V. 1/5. Les écailles sont petites, au nombre de cin- quante-cinq entre l'ouïe et la caudale, sur vingt- quatre dans la hauteur. Chaque écaille est un rec- tangle oblong, dont le bord antérieur est mince, arrondi et lisse. Le bord radical est crénelé par les neuf rayons de l'éventail. La ligne latérale va de l'ouïe à la caudale par le quart de la hauteur du corps, parallèlement au dos, et s'abaissant insen- siblement, de manière à traverser la queue par le milieu de sa hauteur. Les écailles sur lesquelles o4 LIVRE XVI. LABROÏDES. elle est tracée, ne sont pas différentes des autres, dans leur partie visible. Leur bord radical est an- guleux. Cette ligne est composée d'une série de petits tubes relevés en saillie arrondie sur chaque écaille. Les couleurs de ce labre sont vives et brillantes j elles sont toujours distribuées de même. Nous avons seulement observé quelques variations dans les teintes. La tête et la moitié antérieure du dos sont ver- dàtre plus ou moins foncé et lavé de brun. Cette teinte se prolonge, par le milieu des flancs jusqu'à la caudale, en une bande étroite, de manière à laisser au-dessus la portion postérieure du dos le plus sou- vent jaune orangé ou lilas. Cinq raies longitudinales, plus ou moins larges, bleues, quelquefois plus ou moins violettes, traversent le corps sur sa partie colorée en verdàtrej les trois supérieures ne s'avan- cent pas sur l'orangé du dos ; les inférieures vont jusqu'à la caudale. Ces raies bleues s'avancent sur la tête, s'anastomosent irrégulièrement entre elles et font sur les joues un réseau bleu ou violet, à maille plus ou moins large. La dorsale est orangée, bordée d'un fin liséré bleu. Sur la partie antérieure il y a une large tache bleue, qui n'atteint quelquefois qu'au huitième rayon épineux, mais qui aussi s'étend jusqu'au treizième. L'anale est orangée et bordée d'un large ruban bleu. La caudale est eniièreineni bleue. Les pectorales sont orangées, et les ventrales ont à leur bord interne une tache bleue, qui quelquefois s'étend sur toute CHAP. I. LABRES. 55 leur surface : telles sont les couleurs prises sur le frais à Brest, par M. Garnot, ou par nous-mêmes sur des individus du marché de Paris. D'autres avaient le dos plus foncé et presque entièrement violet noirâtre. M. Noël en a dessiné à Fécamp, chez qui la partie postérieure du dos était d'un beau rouge, et les teintes des nageoires ou des bandes étaient plus verdâtres. Le dessin fait à Nice par M. Laurillard, représente le dos et les nageoires du plus beau jaune citron. Les viscères de ce poisson n'offrent rien de bien différent de ceux des autres labres. Le squelette a une colonne épinière, composée de dix - huit vertèbres abdominales et de vingt et une caudales. Les trois et même les quatre dernières concourent à former l'éventail osseux, sur lequel s'insèrent les rayons de la caudale. Les interépineux de la dorsale sont plus courts et plus faibles que ceux du labrus bergylta. Les crêtes du crâne sont plus basses; la gouttière qui réunit les branches montantes des intermaxil- laires, moins profonde. Les os du bras sont plus faibles. Nous avons dit que l'on doit distinguer des variétés dans cette espèce; celles que nous offrent les couleurs ne consistent que dans des teintes plus ou moins étendues; mais nous en trouvons de plus sensibles en comptant les nombres sur différons individtis. 56 LIVRE XVI. LABROÏDES. Ainsi nous trouvons sur un individu venu de Brest: D. 18/12; A. 3/11, etc. Sur un autre, envoyé de Nice, par M.Risso: D. 18/11; A. 3/11, etc. M. Bâillon nous en a donné un qu'il avait reçu de Norwége, et qui a D. 17/12; A. 3/11, etc.; et nous trouvons les mêmes nombres sur un autre, acheté à Paris et venu de Brest. Deux autres, de même taille, achetés à Paris avec le précédent, et venus, comme lui et dans le même temps, de Brest, n'ont que D. 16/12; A. 3/11. Enfin, un dernier individu plus grand, car il a quatorze pouces et demi, a des nombres encore plus différens; car nous comptons : D. 16/14; A. 3/11, etc. Nous devons faire remarquer que toutes ces différences sont observées sur des poissons par- faitement bien conservés, et qu'on ne peut pas les attribuer à des observations mal faites, parce qu'elles reposeraient sur des poissons en mauvais état. Nous en avons des individus qui ont treize pouces de longueur. Ce labre, comme ses congénères, vit sur les CHAP. I. LABRES. S7 côtes rocheuses, et se nourrit de petits crus- tacés ; il apparaît quelquefois en troupes nom- breuses. M. Risso cependant l'indique comme se tenant sur les côtes sablonneuses. L'espèce s'avance au Nord jusque sur les côtes de Norwége et de Suède, car on la trouve mentionnée dans l'ouvrage de M. Nilsson, quoi- que Millier n'en ait pas fait mention dans son Prodromus faunœ danicœ. Ce qui me ferait croire que ce poisson est rare dans ces con- trées septentrionales, c'est que je ne le vois pas cité dans le Catalogue des poissons du Danemarck envoyés à G. Cuvier par S. A. R. le prince Christian de Danemarck; et probable- ment il ne se trouve pas dans des latitudes plus élevées : car Faber ne le cite pas parmi ses Poissons d'Islande ; il n'est mentionné dans la Fauna grœnlandicaj il ne l'est pas même la Faune des Orcades. Dans le Nord^ ce labre, quelquefois con- fondu avec le suivant et avec le lahms exo- letus, a une synonymie vulgaire peu certaine. M. Nilsson, qui le distingue bien, le donne comme le hlaastaalou blaastack des pêcheurs de Suède et de Norwége, dénomination que MuUer indique avec celles de hlaagomnie ou de seigunune, au labriis exoletuSy si distinct par les cinq épines de son anale. 58. LIVRE XVI. LABROÏDES. Ce transport de nom ayant été suivi par M. Retzius, qui a même ajouté foi à une autre erreur des pêcheurs, a donne naissance à une confusion sur laquelle nous serons obligés de revenir à l'article du cj^énilabre à cinq épines ou lahrus exoletus. M. Risso indique comme noms vulgaires à Nice, ceux de sero, de tenco et de verdon^ qui sont collectifs à plusieurs autres espèces. Le Labre a trois taches. {^Lahrus trimaculatus y Gmel.) Un autre labre , également commun dans l'Océan et dans la Méditerranée, ne diffère guère du précédent que par les couleurs, les différences dans les formes étant très-légères. Le corps est aussi alongé; la tête est comprise le même nooibre de fois dans la longueur du corps. Il a le museau aussi pointu , les dents aussi fines et aussi nombreuses, les lèvres aussi minces j les écailles de la joue sont un peu plus petites et en moindre nombre; celles de l'angle supérieur et postérieur de l'inleropercule sont moins nombreuses. Ce labre a les pectorales et les ventrales plus courtes; la dorsale, et surtout Fanale, plus basses. D'ailleurs, les nombres des rayons sont les mêmes. D. 17/13; A. 3/11, elc. Ces nombres nous paraissent être plus conslans. CHAP. 1. LABRES. m car les nombreux individus examinés par nous sur les différens points de nos côtes, nous ont montré la même régularité. Ce poisson est d'une belle couleur rouge, s'affai- blissant sur les côtés et devenant rose sur les flancs. On voit sur l'arrière du dos trois taches noires, dont les deux antérieures occupent la base de la dorsale, l'une sur les cinq premiers rayons, l'autre sur les six derniers; de sorte qu'il n'y a que l'espace de deux rayons qui les sépare. La troisième est étendue sur la croupe de la queue. Il y a des individus qui ont une première petite tache sur les derniers rayons épineux de la dorsale. Une tache noirâtre est sur le commencement de cette nageoire, entre le premier et le troisième rayon épi- neux. Les trois nageoires verticales sont bordées d'un fin liséré bleu pâle ou lilas. Il y a un trait bleuâtre le long du bord inférieur du sous-orbitaire. L'iris de l'œil est rouge, entouré d'un cercle bleu. Nous trouvons quelquefois des individus de cette espèce sur le marche de Paris. Le Cabinet du Roi en a reçu d'autres de Brest, par M. Dumëril, et de presque tous les ports de la Méditerranée , par les différens collecteurs que nous nous sommes fait un devoir de citer déjà tant de fois. Le docteur Leach Ta envoyée de Malte; M. Virlet la prise au Bosphore, où elle porte le nom de kans-balok^ et M. de Laroche l'a trouvée à Iviça, où elle est com- mune et de haute mer. 60 LIVRE XVI. LABROÏDES. Cette espèce ne paraît pas dépasser un pied de longueur. Ce labre n'a pas été connu d'Artedi ni de Linné, quoiqu'ils auraient pu en trouver une notice dans le cinquième tourd d'Aldrovande. Ascanius * le publia sous le nom de lahrus carneus, qui fut adopté par Bloch. Mais Pennant le fit connaître sous la déno- mination de lahrus trimaculatus y qui est plus caractéristique, en effet, et qui a été adoptée par tous les autres iclithyologistes. La figure a été copiée par Bonnaterre dans l'Encyclo- pédie, et Gmelin et Lacépède reconnurent la synonymie d'Ascanius et de Bloch. Donovan^ en a donné aussi une fig-ure élé- gante , où le dos nous paraît seulement un peu troj) jaune; elle a été copiée par M. Yarell.^ Turton"^ et Jenyns^ le comptent également dans leurs Faunes; mais Fleming n'en a pas fait mention dans son Règne animal. L'espèce s'avance aussi sur les côtes septen- trionales de l'Europe; car, outre le témoi- gnage d'Ascanius, nous la voyons mention- née par Millier^, sous le nom que lui avait 1. Ascanius, tab. XII, pi. 289. — 2. Donovan, Brit. fis h. y pi. 49- — 3. Brît.fish. , p. 286. — 4. Brit. faun. , p. 99, n." 67. — 5. Man. ofvert. an., p. 396. — 6. Faun. dan., Prod., p. 46 j n.° 585. CHAP. I. LABRES. 61 donné son prédécesseur. Linné l'a notée dans le Fauna suecica^ et Retzius, dans sa nouvelle édition, la cite comme femelle du lahrus exo- letus, poisson du Nord, à préopercule den- telé et à cinq épines anales. C'est d'après l'assertion des pêcheurs que cette opinion a prévalu chez plusieurs savans de Suède ou de Norwége; mais je crois que la similitude des noms vulgaires a donné lieu à quelque confusion : car nous avons observé que les deux sexes de notre espèce, qui tous deux sont identiques et se rapportent parfai- tement à notre lahrus triniaculatus , n'ont jamais que trois épines à l'anale. Je vois d'ail- leurs que mon opinion est d'accord avec celle de M. Nilsson, de Stockholm, qui a dans ses labres de Scandinavie un labre à trois taches, et dans ses crénilabres un lahrus exoletus. Notre poisson ne paraît pas se trouver sur les cotes d'Islande , car nous ne l'avons pas reçu de ces mers, et Faber n'en fait pas mention. M. Ilisso a, dans sa première édition, décrit le labre à trois taches; et depuis, observant que quelques individus ont une tache sur le devant de la dorsale, il a fait de ceux-ci, dans sa seconde édition , un lahrus quadrimacula- tus, ne parlant plus du lahrus trimaculatus que comme d'un synonyme douteux de sa 62 LIVRE XVI. LABROÏDES. nouvelle espèce, et se demandant si le poisson de la Méditerranée est bien le même que celui de l'Océan septentrional. Rafînesque ne l'a pas reconnu dans son Icli- tliyologie de la Sicile, et il l'a donné ^ comme une nouvelle espèce, nommée lahrus luvarus, ce poisson se nommant en sicilien luppanii luvarii ou rossignUy le premier de ces noms étant générique pour les labres. Selon M. Risso, le nom nicéen de cette es- pèce est tiiico ou tinca. Du temps de Mrdler, les pécheurs norwégiens lui donnaient le nom de Suder-Naal, qui n'est plus cité par M. Nils- son, mais qui indique les suivans, Rôdsnàcka ou Sypiga. Sur nos côtes de Bretagne on le nomme ordinairement coquette, et ceux qui nous venaient du C roi sic avaient particulière- ment le nom de couniet. Le Labre tourd. {Lahrus tiirdus , Linn.) Il nous reste à parler maintenant des espèces que nous croyons appartenir à la Méditerra- née seule; car nous ne les avons jamais vues venir de nos côtes de l'Océan. 1. Ind. d'itt. Sic. j p. 20 , n." J 44 ; et Caraii. Sp., p. 38 , n.° iOi . CHAP. î. LABRES. G5 Nous allons commencer par celle dont nous possédons un plus grand nombre de variétés, et nous regardons le poisson que nous allons décrire, comme étant le lahrus turdus de Linné, c'est du moins celui qui se rapproche le plus de la description de Willugliby. Comparé à notre vieille de l'Océan, il a le corps éU'oit, plus svelte; mais sa forme se rapproche da- vantage de celle de notre labre à trois taches. Le museau est plus aigu, ce qui contribue à ren- dre la tête plus longue; elle est contenue trois fois dans la longueur du corps, sans comprendre la cau- dale, qui n'est que du sixième ou du septième de la longueur totale. La hauteur du corps fait le quart de la longueur, mesurée depuis le bout du museau jusqu'à l'extrémité de la nageoire de la queue. L'œil est petit, rond , placé à peu près au milieu de la lon- gueur de la tête, mais au haut de la joue, sans que cependant le cercle de l'orbite échancre la ligne du profil. Son diamètre n'est que du septième de la lon- gueur de la tête. Le sous-orbitaire, étroit et alongé, est caché sous une peau épaisse. Le préopercule est large; son angle est très-ouvert, parce que le bord vertical monte obliquement et en arrière sur la joue, et que le bord horizontal descend obliquement en avant. L'opercule est lui-même assez large, et confondu avec le sous-opercule sous les écailles qui recouvrent ces deux os. L'interopercule est élargi et touche sous la gorge celui du côté opposé. Il n'y a qu'une ou deux écailles sur la partie postérieure de 64 LIVRE XVI. LALROÏDES. cet OS. Celles du préopercule sont plus petites que celles de l'opercule. Le front, le sous-orbitaire et les branches de la mâchoire inférieure en sont dé- pourvus. Les deux ouvertures de la narine sont rap- prochées l'une de l'autre et de l'œil; l'antérieure est petite et rendue tubuleuse par la papille relevée et attachée sur le bord de l'ouverture. Quand la bouche est fermée , le maxillaire est pres- que en entier caché sous le bord membraneux du sous-orbitaire. Ce rebord est très-élargià l'extrémité, et s'étend sur le bout du museau comme une sorte de lèvre. Les deux mâchoires sont d'égale longueur. La fente de la bouche fait, à peu de chose près, le quart de la longueur de la tête. La longueur des branches des intermaxillaires rend la bouche protractile; mais l'élargissement et le peu de mobilité des branches de la mâchoire inférieure ne permet pas que l'ouverture en soit très-grande. La lèvre supé- rieure est relevée en un bourrelet épais, qui a sept plis obliques ; l'inférieure est élargie en une membrane épaisse sans plis et légèrement renflée le long du bord de la mâchoire. Les dents sont pointues, coniques, un peu courbées en crochets, espacées au nombre de sept à la mâchoire supérieure, plus rapprochées à l'inférieure et au nombre de dix à douze. La langue est hbre dans une grande portion de sa longueur, mais très- reculée vers le fond de la gorge. Le palais est lisse; le voile membraneux supérieur et inférieur, large et distendu. La membrane bran- chiostège est épaisse et avance beaucoup sous l'isthme le long des rayons qui soutiennent celte membrane : CHAP. I. LABRES* 65 disposition qui rétrécît l'ouverture des ouïes. Il n'y a que cinq rayons brancliiostèges. Les peignes des bran- chies sont courts, et les râtelures antérieures de la première branchie fortes , courtes , et un peu cour- bées en crochets, dont la pointe est tournée vers le fond du gosier. L'ossature de l'épaule est cachée par le bord mem- braneux de l'opercule. Quand on le soulève, on aperçoit l'huméral comme ufle bande osseuse fort étroite, un peu élargie vers le bas, près de la pec- torale. Cette nageoire est courte, à peine du sep- tième de la longueur totale. S'arrondissant en éven- tail, chaque rayon se divise en deux branches, qui n'ont elles-mêmes qu'une seule division. 11 faut y regarder avec quelque attention pour apercevoir les articulations des rayons, tant elles sont petites. La dorsale s'élève en arrière de l'aplomb de l'inser- tion des pectorales ; ses épines sont médiocres, à peu près d'égale grosseur; elles s'élèvent successivement, et la dernière ne surpasse la première que d'un quart; les rayons mous sont plus hauts ; cette portion est ar- rondie. Le premier rayon épineux de l'anale répond à la dernière épine de la dorsale. Les rayons arti- culés de l'anale sont plus longs que ceux de la na- geoire du dos. La caudale a les angles légèrement arrondis. Les ventrales sont petites , reculées en arrière des pectorales , au-delà da la moitié de la lon- gueur de celles-ci; elles ont dans leur aisselle une ou deux écailles, un peu plus longues que celles du corps et détachées. Entre la base des deux ventrales il y a aussi une ou deux grandes écailles arrondies. i3. 5 66 LIVRE XVI. LABROÏDES* B. 55 D. 18/14; A. 3/12; C. 13; P. 14; V. 1/5. Les écailles sont minces, comme membraneuses à leur bord. On ne voit à la loupe que des stries très- fines, un peu onduleuses et parallèles au bord. La portion radicale est un carré long , sillonné par vingt à vingt-deux stries rayonnantes, qui compo- sent l'éventail , dont les extrémités entaillent et fes- tonnent le bord radical. On compte quarante -cinq rangées entre l'ouïe et la caudale. La ligne latérale , tirée parallèlement au dos par le quart de la hauteur, est composée d'une série de petits tubes obliques de bas en haut, et séparés les uns des autres. Les écailles sur lesquelles on peut suivre le tracé de cette ligne, sont un peu plus petites que celles qui couvrent le tronc. Quant aux couleurs, nous regardons comme ca- ractéristique de cette première espèce la teinte uni- forme des nageoires, qui, d'après le dessin que M. Lau- rillard a fait à Nice, et qu'il a eu la bonté de nous donner, sont d'un vert clair plus pâle que le dos et sans aucunes taches ni ocelles. L'anale est moins foncée que la dorsale; la caudale a une teinte plus jaune, la pectorale est bordée de rougeàtre, et les ventrales tirent tout-à-fait au jaunâtre. Ces nageoires deviennent blanchâtres, plus ou moins pâles sur nos individus conservés dans l'alcool. La couleur du corps paraît très-sujette à varier ; mais nous la trouvons toujours verdâtre sur le dos, plus ou moins lavée de jaune, et tirant plus au jaune sur l'abdomen ; la gorge et les parties antérieures étant argentées et tachetées de blanc nacré. Une large ban- CHAP. I. LABRES. 67 delette va de l'œil à la caudale par le travers des flancs : elle est le plus souvent argentée. Nous voyons que dans la liqueur les teintes vertes se changent en brun rougeâtre , et que les taches se relèvent par leur brillant argenté. Nous en avons de tels , qui offrent d'ailleurs des variations dans les nombres de leurs rayons, que nous ne devons pas négliger de citer. Ainsi il en est venu de Marseille, de Nice, de Naples , qui ont à la dorsale D. 18/13 , etc. Nous nous sommes procuré sur les marche's de Marseille et de Toulon des individus qui ont D. 18/12, etc. Ceux rapportés de Palerme par M. Constant Prévost, donnent D. 18/11. Et enfin , un de Nice , que l'on doit à M. Laurillard , a D. n/14. Sur d'autres individus non-seulement les taches, mais la bandelette, ont pris un brillant nacré, qui leur donne un aspect si différent que l'on serait tenté de les regarder comme d'une autre espèce , si l'on ne voyait des nuances bien établies entre la plus ou moins parfaite conservation de la bande. Ils varient de même par les nombres de leurs rayons. G8 LIVRE XVI. LABROÏDES. Nous conservons de ces individus à bande argentée des localités suivantes : Marseille , Toulon, Naples, Messine et Malaga. Il nous paraît que nous devons rapporter à cette variété le turdiis viridis maj or de Wil- lughby ( p. 322 , n.° 3 )^ car il dit positivement que les nageoires du ventre seules avaient des taches, et que les autres étaient verdâtres: c'est donc le onzième labre d'Artedi *, et par con- séquent le làbriis turdus de Linné. C'est avec plus de doute que nous y rapportons les va- riétés de tourd de Rondelet. Nous croyons cependant que celui qu'il a donné sous le nom de exocœtus (1. VI , p. 1 93 , cliap. 1 5 ) le repré- sente assez bien. Nous y adjoindrons, mais avec plus d'hésitation, son cinquième tourd (p. 176), puis son neuvième (p. 178), et enfin son huitième, quoique ce dernier soit encore moins reconnaissable que les autres. Il nous paraît être le labre tourd de Risso de la première édition, p. 278, et de la se- conde, bien que dans cette nouvelle des- cription M. Risso me semble avoir confondu d'autres variétés sous cette espèce. Selon M. Risso, l'espèce se nomme à Nice 1. Artedi , Syn. , p. 67. CHAP. I. LABRES. 69 sero. On la trouve sur les côtes rocheuses et peu profondes pendant toute Tannée. La splanchnologie de cette espèce ne diffère pas d'une manière notable de celle des autres labres. Quant à son squelette, comparé à celui de notre vieille de l'Océan , nous voyons les crêtes antérieures du crâne plus élevées : les postérieures le sont moins. La gouttière antérieure, destinée à laisser glisser les branches montantes de l'intermaxillaire , est plus longue. Il y a vingt vertèbres abdominales et vingt et une caudales. Les apophyses épineuses des trois dernières supportent les rayons de la nageoire de la queue; mais la dernière vertèbre a seule ses apophyses élar- gies en éventail; les côtes et leurs apophyses sont longues et grêles. Le Labre louche. {Lahriis luscus ^ Linn. ) La Méditerranée nourrit, en assez grande abondance , un labre qui ressemble au précédent par ses formes, par le nombre de ses rayons ; qui a les mêmes habitudes, et que nous avons été long-temps tentés de regarder comme une variété de ce premier. Tous nos individus offrent autour de l'œil, des points bruns très-foncés ; sur le sourcil il y a un et souvent deux traits bruns. Le rouge du dos est chargé 70 LIVRE XVI. LABROÏDES. de marbrures brunes plus ou moins étendues, et souvent, dans ce cas, il n'y a plus de trace de ban- delette sur les flancs. Les nageoires ne sont pas tachetées. Nous pensons que le rouge était plus abondant sur quelques indivi- dus, car nous voyons le bord rougeâtre de la portion temporale de la bandelette, telle que la représente M. Laurillard, se changer en brun de la même teinte que les autres points ou traits. Les mêmes localités nous ont fourni cette seconde espèce. Nous en avons reçu de Naples par M. Sa- vigny, qui nous a fait connaître les couleurs de ce poisson. Il l'a trouvé aussi à Gènes, à Nice , et MM. Riener et Delalande en ont rap- porté de Martigues et de Toulon. C'est évidemment le lahrus luscus de Linné, qu'il a d'abord décrit dans le tome II du Musée du prince Adolphe-Frédéric, page 80, et qu'il avait cru alors originaire d'Amérique; mais sur la patrie duquel il est resté douteux dans les éditions subséquentes du Sjstema naturœ. Nous sommes d'autant plus fondés à regar- der notre conjecture comme vraie, que M. de Jussieu possède dans sa bibliothèque un des- sin de tourd, fait par Aubriet pendant son voyage avec Tournefort, et qui représente le CHAP. I. LABRES. 7\ dos du poisson bleu verdâtre , les flancs vert jaunâtre, le ventre blanc, avec des marbrures rougeâtres et jaunâtres. Nous y retrouvons encore le lahms turdiis de Brûnnich*, et surtout sa variété b, qui alors serait différente du labre décrit par Linné sous le même nom. M. Risso a donné dans sa première édition , page 217, un labre louche qui convient assez bien à celui de Linné; mais je ne devine pas pourquoi il a supprimé cette espèce dans sa seconde édition. L'a -t- il confondue avec le lahrus turdus P M. Risso disait de cette espèce qu elle paraît de Juin à Décembre sur les côtes de Nice et principalement à Ville fran ch e ; il l'indiquait alors sous le nom de sera^ qu'il donne comme nom vulgaire de son lahrus turdus et de son lahrus festivus. Le Labre paré. ( Lahrus festivus , Risso. ) La Méditerranée nourrit en aussi grande abondance un labre qui nous offre autant de variétés que les précédens, mais qui paraît de- voir en être distingué spécifiquement. 1. Vise. Massil., p. 52. 72 LIVRE XVI. LABROÏDES. Ses formes, ses dents, la grandeur des écailles, les nombres, sont semblables et varient dans les mêmes limites que ceux du labre lourd; mais les couleurs l'en distinguent aise'ment. La première différence que nous regardons comme caractéristique , consiste en ce que les trois nageoires verticales sont couvertes de taches rondes, lilas ou bleues, dont le bord, étant plus foncé, en fait des ocelles, qui restent toujours visibles sur les nageoires décolorées par l'action de l'alcool. M. Laurillard nous a rapporté de Nice un bel individu, long d'un pied sept pouces. Nous en avons d'autres, venus de Martigues par M. Delalande; de Toulon, par M. Riener; de Sicile, par MM. Benoit et Bibron; des Dardanelles, par M. Virlet, et d'Alexandrie d'Egypte , par M. Geoffroy Saint-Hilaire. Nous trouvons parmi tous ces individus deux variétés très-distinctes, qui offrent elles- mêmes des sous-variétés. Une première est verte, plus ou moins mêlée d'o- rangé sur le dos et sur les flancs; le dessous du corps est blanchâtre, à reflets nacrés. La dorsale a une teinte plus jaunâtre, et les autres nageoires, plus ver- dâtre; l'anale a souvent un liséré violet; une bande verdâtre ou bleuâtre est étendue depuis l'oeil jusqu'à la caudale. Sur le poisson desséché le vert se con- serve; le bleu de la bande s'efface ou devient ver- dâtre; le rouge ou l'orangé des flancs forme des CHAP. T. LABRES. 75 marbrures noirfitres : il en est de même des traits qui sont autour de l'œil. Les taches du ventre de- viennent nacrées et donnent au poisson un aspect brillant, qui augmente encore d'éclat quand le pois- son est conservé dans l'eau-de-vie. Les autres teintes deviennent alors brunes ou roussâtres, et la bandelette se change aussi en une bande nacrée assez brillante. M. de Laroche l'avait prise à Iviça. Nous reconnaissons parfaitement dans cette espèce ou variété le turdus oblongus., fuscus, maculosus de Willughby (p. 323, n.° 4)> ^t qu'Artedi a mentionné comme la variété et du labre devenu le lahrus turdus de Linné; car l'ichthyologiste anglais le distingue de l'espèce dont il parle précédemment (notre lahrus tur- dus) parce que les nageoires sont tachetées. Le sixième tourd de Rondelet (p. 177) pourrait bien être rapproché de notre espèce, car la figure représente des taches sur la dor- sale, l'anale et la ventrale. C'est avec plus de doute que j'y joindrais le poisson gravé dans le même auteur comme sa troisième espèce d'Anthias. J'y vois encore les taches de l'anale, cependant la couleur vio- lette ne répond pas à celle des individus hais qu'a dû voir Rondelet. La bibliothèque de M. de Jussieu possède un dessin de notre espèce fait par Aubriet, dans 74- LIVRE XVI. LABROÏDES. le même voyage que celui dont nous avons parlé plus haut. ]Nous sommes d'autant plus redevables de la libéralité que M. de Jussieu a mise à nous communiquer ce dessin, qu'il nous a servi à reconnaître la copie assez mé- diocre que Duhamel* en a publiée sans en faire connaître la source, et qu'il a intitulé scare rouge. Nous avons encore à signaler la seconde variété notable de ce poisson, étiquetée par M. Risso lui-même, et que M. Laurillard nous a fait connaître en nous en donnant un dessin fait sur le vivant, et en en rapportant des individus au Cabinet. Elle a le dos bleu foncé, la bandeleue rouge, les côtés brun verdâtre et tout couverts de points bleu de cielj le ventre blanc argenté, marbré de petites taches rouges, vives et serrées. Les nageoires sont orangées et chargées de points semblables à ceux du dos et des côtés. Je ne vois pas sur le dessin d'indication de taches noirâtres sur le sourcil ni autour de l'œil, et elles n'ont laissé aucune trace sur nos individus conservés dans l'eau-de-vie. Ceux-ci sont devenus brun rou- geâtre sur le dos, blancs sur le ventre, semés partout de taches nacrées. Les ocelles des nageoires sont demeurées bien visibles. 1. Traité des pêches, secl. 4) pl- 4? fig- 6. CHAP. I. LABRES. 75 M. Risso considérait ce poisson comme une variété de son lahrus festwus, sans doute parce que la bandelette latérale est rouge au lieu d'être argentée, comme il le dit dans sa des- cription ; dans ce cas, les taches sur les nageoires distingueraient le labre paré du labre lourd. La femelle est, dit-on , plus grosse que le mâle. On les voit pendant toute l'année sur les rivages de Nice, peu profonds, et sur fonds de roche. Il nous paraît très - probable que M. Risso avait sous les yeux un individu de cette es- pèce, qu'il a pris dans sa première édition pour le labre Ballan de Pennant. Les lignes dorées de la gorge et les taches obscures du pour- tour des yeux, ne peuvent convenir à notre vieille de l'Océan. Nous nous empressons de faire cette remarque, parce que l'on pourrait^ d'après une détermination aussi fautive, croire que le labre de nos côtes de fOcéan habite également la Méditerranée, ce qui ne s'est pas encore vérifié jusqu'à présent. Le Labre vert. {Lahnis viridis^ Linn.) M. Laurillard a pris et dessiné à Nice un grand labre, dont les proportions et les nom- 76 LIVRE XVI. LABROÏDES. bres des rayons sont les mêmes que dans no- tre premier tourd; mais qui a des dents plus fortes, plus serrées et plus nombreuses , car je lui en compte douze à chaque mâchoire. Le dessin colorié, fait sur le vivant, nous montre que la couleur générale est verte, un peu rembrunie sur le dos, un peu moins foncée sur les flancs, et que ces deux teintes sont séparées par une bande- lette d'un beau vert clair et brillant, tracée le long de la ligne latérale. La gorge et la poitrine sont par- semées d'un grand nombre de taches brunes et na- crées; celles-ci paraissent aussi sur le bas de la joue. Les nageoires sont couvertes de taches ou d'ocelles lilas sur un fond verdâtre. L'individu est long de dix-sept pouces. Nous en avons d'autres individus qui nous sont venus de Martigues, par M. Delalande; de Marseille, par M. Cuvier, et qui paraissent tout-à-fait de la même espèce que celui décrit plus haut. Nous ne saurions douter que ce ne soit le Labrus viridis y linea utrincjue cœrulea d'Artedi^, de son Gênera, et dont il n'a pas lait mention dans sa Synonymie. C'est donc par conséquent le lahrus viridis de Linné. Mais ce ne peut être, comme l'a cru Artedi, 1. Ailedi,, Gc«.,54j n." 2. CHAP. I. LABRES. 77 le dixième tourd de Rondelet, lequel a le corps trop court, trop haut, et a la forme de nos crënilabres. Nous doutons beaucoup du rapprochement de la figure de Salviani (pi. 88), sous le nom de verdone; car elle peut tout aussi bien être rapportée aux labres dénommés plus haut, qu'à celui-ci, puisqu'elle n'offre aucun caractère précis, et que la description ne vient apporter aucun renseignement positif. Il n'en est pas de même de la description de Willughby ^, pour son Turdus viridis mi- nor, qui convient parfaitement à notre pois- son. Mais cet auteur s'était trompé quant aux ressemblances qu'il avait cru trouver entre l'espèce de Rondelet et celle de Salviani, et on voit que c'est lui qui a induit Artedi en erreur. Bonnaterre , tout en admettant le nom de Linné, avait désigné l'espèce sous la dénomi- nation française de lahre perroquet. M. de Lacépède , trouvant que Bloch avait donné sous le nom de lahrus viridis un poisson dif- férent de celui de Linné , a adopté le nom de Bloch pour cette espèce différente et du genre des ^ir elles , et a changé le nom linnéen de 1. De pisc, p. 320, n." 2. 78 LIVRE XVI. LABROÏDES. notre poisson en celui de lahrus psittacus , tra- duisant ainsi l'idée de Bonna terre ; et il a été suivi en cela par M. Risso ', dans sa première édition, qui a cité cependant et avec raison le labrus viridis de Linné; mais dans la seconde (p. 3oo) il a supprimé le labrus viridis, a décrit notre espèce sous le nom de labrus saxatilis , et nous sommes d'autant plus certains de re- connaître sa description, qui est du reste fort exacte, qu'il a nommé ainsi à M. Laurillard l'espèce dont nous parlons ; et le labrus psit- tacus de cette seconde édition devient une variété du labrus merula de Linné. Nous croyons bien reconnaître notre es- pèce dans la troisième variété c dulabre tourd de Briinnich. Cette espèce est tout aussi abondante dans la Méditerranée que les précédentes. Selon M. Risso , elle apparaît sur les ro- chers de Nice en Mars et en Décembre, et ses noms nicéens seraient rouchié ou sera. Le Labre nérée. {Labrus nereus , Risso.) Devra-t-on regarder comme une espèce ou comme une simple variété du précédent, le 1. Ichlh. de Nice, p. 221. CHAP. I. LABRES. 79 poisson que les pécheurs ont encore donné à M. Laurillard sous le nom de rouchié, et dans lequel M. Eisso a reconnu son labre nérée? car il l'a ainsi nomme. Cet auteur dit que ce labre est vert un peu étiolé sur le dos, et bleuâtre ou ver- dâtre à reflets argentés sous la gorge et le ventre, avec quelques lignes jaunâtres. La dorsale est verte, mêlée de jaunâtre et bordée de jaune rougeâtre ; les pectorales sont olivâtres; l'anale et la caudale, ver- dâtres. L'absence de bande verte et les nombres semblent le caractériser, car il a D. 19/11; A. 3/10, etc. Les couleurs de la femelle ne sont presque pas différentes de celles du mâle. Il approche des côtes pendant les mois de Novembre et de Décembre et se tient parmi les rochers peu recouverts par les eaux. Nos individus ont un pied de long. Nous rapportons à cette espèce un petit labre long de quatre pouces, pris à Naples par M. Savigny, à qui nous trouvons également dix-neuf rayons épineux à la dorsale; mais qui en a un mou de plus , c'est-à-dire douze. M. Savigny nous l'a donné comme d'une couleur vert de mer, uniforme, avec un fin liséré bleuâtre sur le bord des nageoires verticales, ce dont on voit encore la trace. 80 LIVRE XVI. LABROÏDES. Le Labre merle. {Labrus merula, Linn.) On trouve dans la Méditerranée un labre dont les formes épaisses rappellent davantage celles de notre vieille de l'Océan {lahrus ber- gjlta). Son corps, en ovale alongé, est cependant moins étroit et moins long que celui des lourds dont nous venons de parler. Sa hauteur est trois fois et trois quarts dans la longueur totale. La longueur de la tête égale la hauteur du tronc. L'oeil, placé sur le haut de la joue sans entamer la ligne du profil, est parfaitement rond, et son diamètre est du sixième de la longueur de la tête; il est éloigné du bout du museau de deux fois et demie ce diamètre, et la fente de la bouche égale une fois et demie ce diamètre. Les lèvres sont très-épaisses; je compte six ou sept plis à la supérieure, mais je n'en vois pas à l'inférieure. La mâchoire d'en haut a seize dents, huit de chaque côté, coniques, droites, diminuant graduellement à partir des mitoyennes; il y en a dix à douze à la mâ- qjioire inférieure; elles sont semblables aux supé- rieures, et derrière celles-ci on en voit une rangée de plus petites, qui sont coniques, pointues et sem- blables, à la grandeur près, à celles de la rangée ex- terne. Quand la bouche est fermée, on aperçoit en- core l'extrémité postérieure du maxillaire, laquelle est recouverte d'une peau épaisse. Le voile surmaxil- laire s'avance vers l'extrémité du museau, sans re- CHAP. I. LABRES. 81 couvrir la lèvre supérieure. Cette peau, abondante en cryptes muqueux, recouvre le sous-orbitaire, le dessus delà tête, et n'a aucunes écailles. Dix à douze pores sont disposés en cercle autour de l'œil ; d'autres , percés, le long de la tempe au-dessus de l'articulation du préopercule, sur le surscapulaire, y forment deux séries, réunies en chevron sur le vertex; on en voit le long du bord du préopercule , et enfin, au-devant de l'œil d'autres suivent une direction parallèle au bord inférieur du sous-orbitaire. Au-dessus de ces os on distingue les deux ouvertures de la narine , dont l'antérieure est un simple petit trou, qu'on pren- drait facilement pour un pore. Le bord inférieur du préopercule descend obli- quement vers le dessous de la mâchoire inférieure, et fait ainsi un angle très-ouvert et arrondi avec le bord vertical; le limbe en est assez étroit. La joue est couverte d'une dizaine de rangées de petites écailles. L'opercule, de forme triangulaire, est assez distinct du sous-opercule, qui a très-peu d'écaillés sur sa surface; celles de l'opercule sont grandes; je n'en vois que deux ou trois sur l'interopercule, qui est assez élargi en arrière. Les deux membranes branchiostèges sont réunies sous un isthme assez large, sans écailles; les ouver- tures des ouïes ne sont pas très -bâillantes, on ne compte que cinq rayons à la membrane des bran- chies. Le bord membraneux de l'opercule, qui semble se continuer avec la membrane brarichiostège, re- couvre la plus grande partie de l'huméral et du sca- pulaire. i3. 6 82 LIVRE XVI. LABROÏDES. La pectorale est large, arrondie, du sixième de la longueur totale; ses rayons sont branclius , à quatre divisions. La dorsale est insérée un peu en arrière de la base de la nageoire de la poitrine. Les rayons épi- neux, à partir du premier, qui n'a guère que le hui- tième de la hauteur du corps, augmentent progres- sivement jusqu'au dix-huitième , qui mesure à peine le quart de cette même hauteur. La portion molle est arrondie, et sa plus grande hauteur n'est pas tout- à -fait double de celle de la dernière épine de la dorsale. La première de Tanale répond à la dernière de la dorsale, et la forme de la nageoire est assez semblable à celle de la portion molle de la nageoire du dos; mais elle n'atteint pas aussi loin sous la queue. Ce tronçon de la queue, mesuré du pied du dernier rayon à la caudale, n'est guère que du huitième de la longueur totale. La caudale est arrondie vers les angles, et le bord est presque droit. Les ventrales, insérées à peu près sous le milieu des pectorales, sont triangulaires; mais leurs angles sont arrondis. B. 5; D. n - 18 - 19/12 ; A. 3/9 5 C. 13 ; P. 15 ; V. 1/5. Les écailles sont médiocres, régulières, minces, à bord lisse et comme membraneux : j'en compte quarante entre l'ouïe et la caudale. Sur une, détachée, on voit que la portion nue de l'écaillé est triangu- laire, et que sa surface est finement striée et plus fine- ment grenue; la portion radicale, quadrilatère, plus que double de la portion libre; le centre en est très-fmement granuleux, et le pourtour est forte- CHAP. I. LABRES. 83 ment strié par les rayons de l'éventail. Mais nous voyons quelquefois ces rayons former un éventail ordinaire, et partir d'un point comme centre; et sur d'autres individus, ou mieux, sur d'autres écailles prises sur le même individu, mais à une place non déterminée, on trouve un carré central très-petit, et ces écailles paraissent alors être intermédiaires entre les deux formes que nous venons de citer. La ligne latérale est composée d'une série de tubu- lures; elle commence par être tracée, près du dos, au quart de la hauteur, se courbe brusquement sous la lin de la dorsale, et se rend à la caudale par le milieu du tronçon de la queue. La couleur de ce labre, conservé dans l'eau-de- vie, est un brun tirant plus ou moins au chocolat, et on voit des taches bleues éparses sur des écailles, de sorte que le poisson devait être en grande partie bleu quand il était vivant. La dorsale est brune, plus claire que le corps. La pectorale et la caudale sont au contraire plus foncées, presque noirâtres, et sur le bord de celle-ci on aperçoit des traces de taches violettes. Cette teinte est très-prononcée sur le bord de l'anale et des ventrales, et forrtie un liséré violet ou lilas foncé très-caractéristique de cette espèce. Je retrouve, en effet, ce caractère sur des indi- vidus de couleur fauve plus égale, dont les taches bleues ne sont plus visibles , et qui ont la pectorale très-pâle. Mais comme M. Domhando nous a envoyé d'Athènes un individu à pectorale fauve clair, dont les taches bleues sont bien conservées , je regarde ces différences comme accidentelles, et ne s'appli- 84 LIVRE XVI. LABROÏDES. quant qu'à des variétés probablement peu constantes. Un autre labre de cette espèce, venu de l'expédi- tion de Morée, a même sur la tête des points noirs qui rappellent ceux de nos lourds; mais j'y retrouve la forme elliptique du corps de notre labre merle, et l'anale et les ventrales ont leur liséré caractéris- tique. Nous avons d'ailleurs reçu ce labre des difFë- rens ports de la Méditerranée avec lesquels les correspondans ou les voyageurs nous ont mis en relation. La collection en a reçu de très -beaux échantillons, pris à Toulon, par M. Riener; à Martigues, par M. Delalande; à Marseille et à Gènes, par M. Cuvier; à Nice, par M. Laurillard, et à Naples, par M. Savigny ; en Corse, par M. Payraudeauj à Messine, par M. Bibron. Sa splanchnologie ne nous a offert aucune différence bien notable , et sur son squelette nous comptons dix-huit vertè- bres abdominales et vingt caudales. Les apophyses épineuses des trois dernières concourent à former l'éventail osseux qui soutient les rayons de la na- geoire caudale ; la grandeur et la profondeur des fosses externes de la région occipitale sont plus considé- rables que celles des espèces précédentes. C'est sans aucun doute le Icihrus merula de Linné, car il est facile de reconnaître notre CHAP. I. LABRES. 85 espèce dans la figure d'Aldrovande^ citée par Artedi ^ ; on peut encore admettre que Ron- delet en a voulu parler^ sous le nom de merula, quoique sa figure soit moins bonne que la pré- cédente : elles sont d'ailleurs les seules vraiment reconnaissables et sur lesquelles repose le sep- tième labre d'x\rtedi, dont Linnë s'est servi et qui répond assez bien, par sa couleur bleu foncé, à la phrase un peu vague du premier de ces naturalistes. Le merle de Bélon est presque in- déchiffrable, et on ne peut le ranger, avec quel- que apparence de probabilité, auprès d'aucun de nos labres. Quant à la figure de Salviani (p. 224, pi. 87), il est très - probable qu'elle appartient à un poisson d'un tout autre genre et même d'une famille différente, à cause des neuf rayons épineux de sa dorsale. On peut aussi admettre que Willughby ait eu sous les yeux notre poisson, quand il a écrit le peu de lignes, à peine caractéristiques, de son troisième tourd."* Briinnich^ nous a laissé une assez bonne description, malgré sa brièveté, de notre es- pèce, dans son lahrus Iwens , puisqu'il a eu soin de signaler la couleur bleue du bord des 1. Aldrovande, De pisc, 1. 1, c. 6, p. 35. — 2. Artedi, Syn. , p. 55. — 3. Rondelet, 1. VI, c. 5, p. 172. — 4. Willughby, />tf pisc.f p. 520, n." 5. — 5. Briinnich, Fisc Mass.f p. 53. 86 LIVRE XVT. LABROÏDES. nageoires du poisson qui a le corps brun livide. Nous pensons seulement que la description n'a pas ëtë faite sur un individu frais et sortant de la mer; mais rien ne peut prouver que ce soit le lahrus Iwens que Linné a décrit dans le tome second du Musée du prince Adolphe- Frédéric. Risso a aussi connu notre poisson, mais il en a embrouillé toute la nomenclature; car il est facile de le reconnaître dans son lahrus ossi- fa^us, qui n'est pas celui de Linné. Pour cette espèce, sous ce dernier nom, Risso n'a fait heureusement aucun changement dans sa se- conde édition; mais il n'en est pas de même des deux espèces nominales que l'on devait s'attendre à voir trouver ici leur place. Il a dans sa première édition un lahrus nierula, pour lequel il cite la figure d'Aldro- vande; mais il ne lui donne que dix rayons à la dorsale, et une couleur bleue, mêlée de teintes plus ou moins ferrugineuses. Dans la seconde édition le labre merle conserve cette teinte, mais l'auteur y ajoute une bandelette longitudinale bleue et des nombres tout diffé- rens : la dorsale ayant dix-huit épines. Les ven- trales sont cependant lisérées de bleu ou de violet. Nous ne trouvons plus de lahrus Iwens CHAP. I. LABRES. 87 dans cette seconde édition, sans que l'auteur nous dise pourquoi cette espèce n'y paraît plus. Celle de la première est toute différente du poisson de Brunnich, et devait être faite d'a- près quelques variétés de notre lahrus turclus ou L. luscus. Je trouve bien encore un lahrus Iwens dans l'ouvrage de Coriiide ' 5 mais cette citation ne peut tout au plus servir qu'à prouver l'exis- tence de labres sur la côte de Galice , ce dont on ne pouvait douter^ mais on ne peut, d'après elle, en aucune manière en déterminer l'espèce. Le Labre livide. {Lahrus Iwidiis , noh.) Parmi tous ces nombreux labres de la Mé- diterranée, que j'ai sous les yeux, j'en vois plusieurs individus qui ont exactement la même forme que le précédent , les mêmes variations dans les nombres, une disposi- tion semblable des écailles; mais qui ont tous une teinte plus pâle et uniforme; la dorsale grise ou vio- lette, peu foncée; la caudale noirâtre; les pectorales pâles; les ventrales très-foncées et sans traces de liséré. L'anale a le bord noirâtre , et cette teinte se fond sur l'olivâtre de sa base; elle n'a point de liséré violet. 1. Cornide, Ensajo de los pesc. Gai,, p. 5i, 88 LIVRE XVI. labroïdes. Nos individus sont venus de Toulon, de Marseille et de Naples, par MM. Delalande et Savigny. Ils ont sept à huit pouces. Nous en avons d'autres, plus grands, rap- portés de Corse par M. Payraudeau, et qui, avec ces mêmes teintes rembrunies sur les nageoires, sans aucun liséré aux ventrales ou à l'anale , montrent encore les restes des couleurs bleues dont ils brillaient pendant la vie, et qui doivent être, sans aucun doute, rapprochés de nos labres livides; leurs lèvres sont cependant un peu plus épaisses ; la supé- rieure a neuf plis bien distincts. Delalande en a pris un tout-à-fait semblable à Marseille; il est un des plus grands labres que nous ayons reçus de la Méditerranée, sa longueur étant de dix-sept pouces. La mer de Naples nous a fourni deux labres qui se distinguent des précédens par une sorte de réseau jelé sur le corps, et résultant de ce que la couleur des écailles est plus foncée sur la portion découverte que sur la partie nue. Le bord membraneux de chaque écaille laisse aperce- voir sous lui le brun-violet qui colore l'écaillé qu'il recouvre, et ses traits bruns constituent le filet dont je viens de parler. Sauf l'épaisseur des lèvres, que je trouve plus CHAP. I. LABRES. 89 minces, et qui n'ont que six plis, toutes les autres formes sont semblables. Un des deux a le corps foncé et les nageoires rembrunies, surtout la pectorale; l'autre est d'un fauve clair, a la dorsale pâle, la caudale, l'anale et les ventrales d'un brun clair, et les pectorales sont jaunâtres. Je n'ose pas cependant les regarder comme différant par l'espèce des précédens. Ils ont neuf pouces de long, et ont été rapportés de Naples par M. Savigny. Le Labre bordé. {Labnts limbatus y nob.) Nous en avons encore d'autres qui ressem- blent aux précédens par tous les détails de leur forme; mais leur teinte est encore plus claire, et l'anale seule a un fin liséré noir ; les autres nageoires sont deve- nues transparentes. M. Laurillard, qui a rapporté un de ces individus de Nice, nous dit que tout le corps et les nageoires étaient d'un vert de perruche, c'est-à-dire un peu mêlé de jaunâtre. L'anale a conservé son liséré. Les autres nous viennent de Toulon , de Naples; leur taille varie de quatre à huit pouces. 9^ LIVRE XVI. LABROÏDES. On pourrait peut-être rapporter à ce pois- son le lahrus psittacus de la seconde édition de M. Risso, et qui n'est probablement plus le même que celui de la première ; mais dans le doute où nous sommes, nous nous abstenons de prendre ces déterminations, qui embrouil- leraient encore le chaos que M. Risso a jeté sur toutes ces espèces de la Méditerranée. Le Labre linéolé. {Lahrus lineolatus , nob.) Un autre labre de la Méditerranée, qui a été confondu par M. Risso lui-même avec son ossifage (^lahrus ossifagus), a le corps plus court; l'ovale est plus régulier; c'est en arrière des pectorales que l'on prend sa plus grande hauteur, qui ne fait que le tiers de la longueur, la caudale non comprise. La tête est plus courte que cette hauteur: le mu- seau paraît plus pointu ; les lèvres ont sept à huit plis : d'ailleurs les autres parties sont semblables à celles des précédents. Les nageoires sont arrondies et les nombres sem- blables. D. 18/11 ou 12; A. 3/9, etc. Les couleurs ont laissé sur tous les nombreux Individus que j'ai examinés, des traces de rayures brunes longitudinales, au nombre de neuf à dix, au-dessous de la ligne latérale. L'entre-deux de ces CHAP. I. LABRES. 91 lignes est éclairé par des taches blanchâtres ou ar- gentées, plus brillantes dans la région pectorale que partout ailleurs. Le dos est brun; le ventre et la poitrine sont argentés ; les nageoires sont pâles , et surtout les pectorales. Il n'y a point de liséré aux ventrales : souvent l'anale en a un petit , noirâtre. J'en ai de Toulon, par M. Riener; de Nice, par MM. Laurillard et Savigny : celui-ci en a également rapporté de Naples, et ce sont ces individus et ceux de M. Laurillard qui ont ëtë confondus par M. Risso avec le lahrus tessellatus , BL; mais le poisson de Bloch est tout'.à-fait différent. Le Labre des roches. {^Lahrus saaoorum, nob.) Une espèce qui paraît plus distincte, est celle que M. Risso a cru reconnaître pour son lahrus rupestris, sur les individus que lui a montrés à Nice M. Laurillard. Mais comme M. Risso ne donne que dix rayons épineux à son lahrus rupestris, nous ne pouvons admet- tre cette détermination, et nous pensons que le poisson de M. Risso est un de nos crénilabres, auquel l'espèce décrite dans cet article ressem- blait par la disposition de ses couleurs. Ses proportions sont celles de notre lahrus nereus. Sa plus grande hauteur, prise aux ventrales, est du 92 LIVRE XVI. LABROÏDES. quart de la longueur totale : elle égale la longueur de la tête, dont les bords sont disposés de même-, Les nombres des rayons des nageoires sont sembla- bles ; les formes arrondies sont les mêmes. Une tache bleue existe au haut de l'opercule, près du surscapulaire. Le corps est marbré de brun ou de noirâtre sur un fond jaunâtre; ces marbrures de- viennent des raies transverses sous les branches de la mâchoire inférieure. Le ventre est argenté; la dor- sale et la caudale sont brunes et sans tache; l'anale a quelques points blanchâtres; les ventrales sont noi- râtres. Selon M. Laurillard, les marbrures sont bleues quand le poisson est frais , et sa couleur est plus Ou moins roussâtre, lavée de vert. La tète est surtout agréablement variée de bleu. Nos individus sont longs de sept pouces; ils nous viennent de Nice, et nous en avons qui ont été pris à Marseille. Il serait possible de rapporter a cette es- pèce la figure gravée dans Duhamel (11.^ part., sect. 4? pi- 4? %• ?)• Il l'avait prise d'un dessin d'Aubriet, qui est encore conservé dans la bibliothèque de M. de Jussieu, et sur lequel ce poisson est coloré de bandes brunes trans- versales et de raies longitudinales sur un fond argenté. Aubriet avait peint ce poisson sous les yeux de Tournefort, pendant le voyage de cet illustre botaniste dans le Levant. CHAP. I. LABRES. 03 Le Labre porc. {Labrus scrofa y nob.) L'Atlantique nourrit une espèce de labre que l'on trouve près des îles qui s'élèvent du milieu de cette mer. Le Cabinet du Roi en possède depuis long- temps un très-bel exemplaire, long de deux pieds, originaire du Cap -Vert. Un second in- dividu, de moitié plus petit, donné par S. A. le prince de Neuwied , a été pris par ce voya- geur à Madère. Nous avons trouvé, parmi les papiers des infortunés Kuhl et Van Hasselt, un fort beau dessin de cette espèce, fait au même endroit; et les peintures que M. d'Orbi- gny avait envoyées à M. Cuvier, nous ont aussi prouvé que ce poisson se rencontre àTénériffe. C'est donc une espèce propre à lAtlantique , et les dilïérens documens que nous venons de citer, nous la font parfaitement connaître. Ce labre ressemble au labrus mixtus^ par la tache noire placée sur la partie antérieure de la dorsale; mais elle y occupe moins d'espace, et le nombre des rayons est si différent qu'on ne pourrait pas con- fondre ces deux espèces. Celle que nous décrivons dans cet article, a le corps plus court, la tête moins longue, le museau 94 LIVRE XVI. LABROÏDES. tout aussi pointu, l'œil plus petit. On voit a. l'ex- trémité des deux mâchoires quatre fortes canines : une autre, tout aussi grosse, sort de l'angle de la bouche et se dirige en avant. Entre cette dent et les antérieures il y en a dix coniques et courtes. Derrière les canines de la mâchoire inférieure il y a une rangée de seize dents, dont les dix premières sont plus grandes que les six suivantes. La caudale est coupée carrément; les ventrales naissent tout-à-fait sous les pectorales. D. 12/10; A. 3/12; C. H; P. 17; V. 1/5. La ligne latérale est formée d'une série de petits traits et parallèle au dos, au-dessus du tiers de la hauteur du corps. # La couleur de ce labre est rouge carmin brillant sur le dos, passant à l'orangé clair sur les flancs, parce qu'il se mêle avec le jaune du ventre; le dessous de la poitrine est plus pâle; la dorsale et l'anale sont . jaunes et tachetées de brun; la caudale a le fond de la couleur de la dorsale, mais elle n'a point de taches. La pectorale est orangée et la ventrale rouge. Une large tache noire couvre l'espace compris entre les cinq premiers rayons de la dorsale. Nous venons d'en voir de fort beaux indi- vidus dans les collections faites aux Canaries par MM. Webb et Berthelot; ils sont indi- qués comme des poissons d'une chair tendre et agréable. CHAP. I. LABRES. 95 Le Labre a flancs tachetés. {Lcibrus pœcilopleura , nob.) On trouve sur les côtes de la Nouvelle- Zélande un labre qui a la bouche petite, armée de quatorze dents à chaque mâchoire et de chaque côté; celle de l'angle de la mâchoire supérieure est prolongée autant que les deux crochets antérieurs : les autres dents sont très-petites. Le corps est un ovale régulier; sa hauteur est con- tenue quatre fois et demie dans la longueur totale; la tête n'est comprise dans cette même longueur que trois fols et demie. La dorsale est basse, la caudale coupée carrément, les pectorales assez grandes. D. 9/11; A. 8/10; C. 13; P. 12; V. 1/5. Les écailles sont minces, de grandeur moyenne; on en compte vingt-sept entre Fouie et la caudale, leur contour n'est pas arrondi, mais anguleux; la surface externe est finement striée et granuleuse; leur portion cachée est un carré un peu alongé, très- finement strié par l'éventail composé de branches nombreuses et déliées, qui n'entaillent point le bord radical. La ligne latérale, tracée parallèlement au dos par le quart de la hauteur, est formée par une série de tubes alongés , divisés à leur extrémité postérieure en deux branches, une dirigée vers le dos et l'autre vers le bas : chacune d'elles se bifurque. La teinte générale est un brun rougeâtre au-dessus 96 LIVRE XVI. LABROÏDES. de la ligne latérale, et le ventre est blanc : le tout glacé de verdâtre. Au-dessous de la ligne latérale et vis-à-vis les premiers rayons mous de la dorsale, il y a sur chaque écaille une large tache formée par la réunion d'une douzaine de gros points bruns : quel- ques autres sont épars sur le corps. Le sous-orbitaire est traversé obliquement par une ligne brune, dirigée de l'angle de la mâchoire vers le bord antérieur de l'œil. La dorsale et l'anale ont quelques taches vio- lettes : les autres nageoires n'ont pas de taches. Les rayons paraissent avoir été jaunes, plus ou moins orangés, et la membrane qui les réunit, violette. Nous ne connaissons celte espèce que par un individu long de sept pouces, que les naturels de la Nouvelle-Zélande ont donné à MM. Lesson et Garnot sous le nom de paré-quiriquiri. Le Labre selle. (^Labrus ephîppiwn , nob.) J'ai vu dans la collection du Musée royal de Hollande, pendant mon séjour à Leyde, un labre ayant les formes et les dents semblables à celles de notre labre à trois taches. Le fond delà couleur paraissait avoir été olivâtre; une grande tache d'un bleu noirâtre , en forme de selle, couvrait le dos, sous la dorsale, en commen- çant à son premier rayon épineux, et en finissant vers les rayons mous. La queue était entourée d'un CHAP. I. LABRES. 97 large anneau noirâtre ou bleu très-foncé. Le dessus de la tête est bleu, et cette teinte s'étend sur l'oper- cule: les nageoires participent de ces teintes. D. 19/11 ; A. 3/9 j C. 13; P. 16; V. 1/5. C'est un grand poisson , long de quinze pouces, que M. Temriiinck croyait, sans en être très - certain , originaire de Java, et qui se distingue bien, par le nombre des rayons épineux de sa dorsale, des espèces de cossyphes avec lesquelles on serait peut-être tenté de le confondre. Le Labre de Gay» {Labrus Gaji, nob.) M. Gay nous a pj;ocuré un petit poisson des îles Juan-Fernandez, qui a la forme alongée de nos labres, les lèvres épaisses, les dents sur un seul rang et toutes poin- tues : celles de devant plus grandes ; le limbe du préopercule et l'interopercule lisses, très -minces, sans écailles 5 la joue en est couverte, mais elles sont très -petites. Celles de l'opercule sont aussi grandes que celles du corps j j'en compte vingt-cinq rangées environ entre l'ouïe et la caudale. La dorsale et l'anale sont basses, la caudale cou- pée carrément. D. 9/11; A. 3/10; C. 15; P. 12; V. 1/5. La couleur est un rouge-brun uniforme, plus i3. 7 98 LIVRE XVI. LABROÏDES. foncé sur les nageoires impaires. Les pectorales et les ventrales paraissent avoir été jaunes. Ce poisson n'a que quatre pouces. Le Labre macrodonte. {Labrus macrodontus y Lacép.) Nous avons au Cabinet du Roi un autre labre, probablement originaire de Java, qui a le profil oblique, le front élevé, l'œil petit; le bord interne du maxillaire est relevé en un bourrelet osseux, épais, denliculé ou festonné. La mâchoire infé- rieure a un bourrelet moins épais. Les canines, au nombre de quatre, sont fortes et crochues, et dans l'angle de la mâchoire supérieure est une petite dent saillante. Les écailles du préopercule sont petites; celles de l'opercule sont assez grandes, mais moins que celles du corps, sur lequel on compte trente- deux rangées entre l'ouïe et la caudale; elles sont minces et lisses. D. 13/7 ; A. 3/9 ; C. 15 : P. 16 ; V. 1/5. La ligne latérale se courbe sous la fin de la dor- sale ; elle est composée d'une suite d'arbuscules di- visés en branches nombreuses. La tête et le dos, jusqu'à la fin de la dorsale, paraissent avoir été violets. Cette couleur se prolonge en une bande étroite sur le milieu de la queue jus- qu'à la caudale; le reste du corps est décoloré et paraît avoir été jaune ou rougeâtre. Une large tache violette couvre les quatre premiers rayons mous CHAP. I. LABRES. 99 de la dorsale, et une autre, plus foncée, presque noire, est sur la base de la pectorale. Les joues, l'occiput et le dos, au-dessus de la ligne latérale, jusque sous la septième ou la huitième épine de la dorsale, sont couverts d'une grande quantité de petits points blan- châtres ou violets. L'individti est long d'un pied et porte la dénomination de tenouh, que notis ne trou- vons point dans Valentyn, ni dans le Diction- naire malais. Cette description est faite sur le poisson qui a servi à M. de Lacëpède pour établir son lahre macrodonte \ ainsi nous sommes bien certains de notre synonymie. Le Labre du Japon. {Lahrus Japoiiicus , nob.) Le Cabinet de Berlin possède un labre du Japon, voisin dti précédent, et qui lui a été donné par M. Langsdorff. Cette espèce a le même profil , quatre canines très-fortes et une petite dent en arrière sur la partie antérieure du bourrelet, lequel est plus épais et plus relevé qu'à la précédente, mais il m'a paru lisse. La dent de l'angle de la mâchoire supérieure est beau- coup plus forte. Les écailles, d'égale grandeur, ont 1. Lacépède, t. III, p. 45i, n." ii5, et p. 523. '100 LIVRE XVI. LABROÏDES. leur surface finement striée. La ligne latérale a des arbuscules plus courts et moins branchus. Les nom- bres sont semblables. D. 13/7; A. 3/9, etc. La couleur paraît avoir été brune ou rougeâtre sur le dos; la caudale est foncée; l'anale a sa base violette, le milieu jaune et le bord brun. Ce poisson s'appelle au Japon nobussu ou nahekusara-kaschis. Il est long d'un pied. Le Labre de Iago. (Labnis lagonensis , Bowdicli. ^) Nous citerons à la suite de ces labres, exa- minés par nous-mêmes, ime espèce que nous trouvons indiquée dans la relation du second voyage en Afrique de Bowdicli, et qui a été publiée par sa courageuse compagne, aussi distinguée par l'élévation et la noblesse de son ame, que par la solidité de son instruction si variée dans les différentes branches de l'his- toire naturelle. C'est un poisson ayant quatre dents à l'extrémité de chaque mâchoire, un préopercule rayonné, un opercule écailleux. D. 25; A. 14; C. 12; P. 18; V. 8? Ce poisson brille d'une belle couleur rouge. 1. Excursions in ISIadeira and Porto- Santo ,bj M. Bowdich, îSaS. yJppend.fp. 234, fig- 47- CHAP. I. LABRES. 101 Il a été observé à Porto-Praya du Cap-Vert, et à l'embouchure de la Gambie. Je doute de l'exaclitude des huit rayons de la ven- trale. Mad.^ Lee [formerly Bowdich ) parle d'un rang de dents en velours, ce qui pourrait ne pas convenir à un labre; mais cependant la figure ne me laisse aucun doute sur le genre auquel nous rapportons cette espèce de l'At- lantique , que nous demanderons aux voya- geurs. L'espèce doit être voisine de notre lahrus suillus. i02 LIVRE XVI. LABROÏDES. CHAPITRE IL Des Cossjplies {Cossyplius, nob.). Nous croyons devoir séparer des labres, des espèces qui se.ml)lent avoir des caractères communs aux poissons de ce genre et aux cré- nilabres, et qui composent un groupe intermé- diaire entre les deux genres de Cuvier. Ces poissons ont tous les maxillaires élargis, et derrière la rangée externe des dents poin- tues il y en a de petites rondes, grenues, ser- rées, donnant à ces espèces un caractère de dentition très-notable et facile à reconnaître. Les pièces operculaires sont généralement plus écailleuses, et souvent toutes sont cou- vertes sous une cuirasse d'écaillés semblables à celles du corps. Les nageoires verticales sont aussi protégées par des écailles qui se relèvent ou s'abaissent avec les rayons et les cachent quand ils sont tout-à-fait abaissés sur le dos; mais elles ne forment pas une gouttière pro- fonde, semblable à celle des perches ou des spares. Une autre particularité de presque toutes ces espèces consiste dans les crénelures souvent très-prononcées du bord montant du préo- CHAP. II. COSSYPHES. 403 percule. Ces dentelures ne paraissent quelque- fois que vers l'angle de cette.pièce; elles y sont si faibles, qu'elles semblent ne plus exister. Ce caractère a fait prendre plusieurs de ces espèces pour des crénilabres de Cuvier j mais ceux-ci ont, comme nous le verrons tout à l'heure, des dents si distinctes, qu'on ne peut confondre les deux genres. Nous avons emprunté aux Grecs le nom générique de ce nouveau groupe. Sous cette dénomination de Koaav(pos, Aristote a parlé de poissons saxatiles, qu'il regardait comme les femelles de ses k/jcA»?. Ce nom étant aussi celui de l'oiseau si commun chez nous, le merle , Ko(7(yv(poç a été traduit par menda ou turdiis^ et on lui a donné la même traduction en ich- thyologie, c'est ce qui a déterminé Artedi à faire de ces dénominations des synonymes de ses labres; mais on ne peut certainement les appliquer, ainsi qu'il a voulu le faire, à aucune espèce, et ce n'est même qu'avec doute qu'elles doivent être données comme synonymes de genre. Le COSSYPHE BODIAN. {Cossjphus BodianuSy nob.) L'Atlantique nourrit un de ces labroïdes à dents grenues qui y est fort commun , qui y ] 04 LIVRE XVI. LABROÏDES. a été observe par la plupart des naturalistes descripteurs de poissons des côtes d'Amérique, mais qui a reçu presque autant de noms qu'il y a eu d'observateurs pour en parler. Le corps est alongé et de forme ovalaire assez régulière et élégante. La hauteur fait le quart de la longueur totale, prise jusqu'à rextrémilé des filets prolongés de la caudale j l'épaisseur n'est pas tout- à-fait moitié de cette hauteur. La longueur de la tète égale la hauteur du corps. L'œil, de grandeur médiocre, est placé sur le haut de la joue et à la fm de la première moitié de la longueur de la tête; son diamètre est compris cinq ou six fois dans la distance du bout du museau à l'angle de l'opercule. Le sous-orbitaire est large, haut et sans écailles; le préopercule a toute sa surface écailleuse, même sur le limbe; on voit des écailles semblables sur l'interopercule et la mâchoire infé- rieure; l'opercule et le sous-opercule sont couverts par des écailles plus grandes ; le bord membraneux est assez large; le bord montant du préopercule est finement crénelé. La lèvre supérieure est épaisse,, plissée, et recouvre une mâchoire droite, à bord comprimé, élargie en dedans, de fliçon que le palais est très-étroit. Il y a quatre dents coniques à l'extrémité de chaque mâ- choire; les deux mitoyennes sont droites et dirigées en avant; les autres dents sont petites et en tuber- cules jusqu'à l'angle de la mâchoire, où il y a deux autres dents longues et saillantes, la dernière étant CHAP. II. COSSYPHES. 105 toujours la plus forte. Les dents grenues sont sur une bande étroite. Le palais, d'ailleurs, est lisse; les pha- ryngiens supérieurs ont trois rangées de tubercules d'un beau blanc, dont les internes sont plus gros et correspondent aux moyens et gros tubercules du pharyngien inférieur. Ces dents grenues ne sont pas portées sur de longues racines, et diffèrent, sous ce rapport, des dents pharyngiennes des labres. La dorsale est basse à son origine et presque en- tièrement cachée sous les écailles qui remontent du dos sur les rayons épineux de cette nageoire; elle se relève un peu vers la fm, où les rayons mous pren- nent plus de hauteur, et s'alongent en pointe ou en un filet, qui atteint jusqu'à la caudale : ce sont les cinquième , sixième et septième rayons mous qui s'alongent ainsi. La caudale est coupée carrément; les rayons qui la bordent en dessus et en dessous donnent un pro- longement filiforme. L'anale a sa portion molle sem- blable à celle de la dorsale, et les huitième, neu- vième et dixième se terminent en filet. Cette même disposition a lieu pour le premier rayon mou de la ventrale, qui touche presque à l'anale. Les pecto- rales sont arrondies. D. 13/9; A. 8/12 j C. 15; P. 16; V. 1/5. Les écailles sont finement ciselées, assez grandes: j'en trouve trente -quatre entre l'ouïe et la caudale. La ligne latérale, composée d'une série de tubercules, est plus ou moins rameuse, parallèle à la courbure du dos, et se rend à la queue sans faire d'inflexion 106 LIVRE XVI. LABROÏDES. irès-sensible ; elle semble presque droite sur ceilalns individus. Quant à la couleur, elle paraît avoir été lie de vin ou pourprée, ou quelquefois d'un beau rouge orangé sur le dos; le ventre est gris; le reste des côte's est jaune citron, ainsi que les nageoires. La dorsale et la pointe de l'anale offrent une tache noire plus ou moins foncée. Nous en avons reçu de nombreux indivi- dus, parmi lesquels un est long de quatorze pouces. Il nous vient de Saint-Domingue, par M. Ricord; M. Plëe en a envoyé de Porto-Rico et de Saint-Thomas j MM. Delalande et le duc de Rivoli l'ont pris au Brésil, et MM. d'Abadie nous l'ont rapporté d'Olinda : nous voyons l'espèce s'avancer dans le milieu de l'Océan jusqu'à Sainte -Hélène; car M. Dussumier en a donné au Cabinet un bel individu pris sur ces côtes; mais cet observateur le regarde comme un des poissons rares de Tile. Selon M. Fiée , il se nomme patate rouge dans nos Antilles. Parra le connaît sous le nom de perro Co- lorado à la Havane. Les Espagnols désignent sous le nom de pei^ro (chien) les poissons à dents canines saillantes. C'est ainsi que nous voyons cette dénomination appliquée à nos lachnolaimes. Margrave et le prince Maurice disent que CHAP. II. COSSYPHES. i 07 ce poisson est de la taille d'une perche ou d'une carpe, et que sa cliair est tendre : suivant Catesby, il atteindrait à deux pieds de long^ cependant Parra le compte parmi les petits poissons. Margrave est le seul qui dise que l'on mange ce poisson à Rio-Janeiro. Parmi les collections que nous devons à M. Gay, nous avons trouvé une variété si notable de cette espèce, que nous avons hésité long-temps à ne pas l'en distinguer. L'individu a l'œil beaucoup plus petit , le front plus large, la ligne latérale sensiblement plus arquée, les filets des nageoires plus longs, et je trouve que c'est le sixième seul qui se prolonge en fil à la dor- sale^ dont les nombres diffèrent. D. 12/10; A. 3/12, etc. Le dos paraît avoir été plus rouge ; la taclie de la pectorale et de la dorsale , plus noire, 11 vient du Brésil, et est long de neuf pouces. Je n'en fais pas une espèce, parce que je trouve pai^mi nos individus venus de Sainte Domingue que le nombre des épines de la dorsale ne va quelquefois qu'à douze. Cette espèce a été connue dès le milieu du dix-septième siècle 5 car elle a été publiée par Margrave ', qui la tenait des Portugais du Brésil, 1. Margrave, Bras., p. i45j i46. 408 LIVRE XVI. LABROÏDES. SOUS le nom de pudiano vermelho ou de bo- diano. Suivant lui , les Brésiliens la nommaient aipimixira et tetimixira. L'original du dessin qui accompagne la description se trouve dans les dessins ma- nuscrits du prince Maurice de Nassau, et que nous avons consultés à la bibliothèque royale de Berlin. Ces documens ont été employés par Bloch, qui a publié dans sa grande Ichtliyo- logie ce dessin du prince; mais en le qua- druplant, selon son habitude, quoiqu'il n'en ait pas averti ses lecteurs. Cette copie serait très-exacte , si le dessinateur ne s'était pas mé- pris sur un léger accident de couleur qui existe au bas de l'angle du préopercule, et dont il a fait une forte épine , quoiqu'elle n'existe, à bien dire, ni sur le dessin original, ni encore moins sur la nature. Il faut remar- quer cependant que la tête, et particuhère- ment la l30uche et les dents , sont altérées dans la planche de Bioch. Mais cet ichthyologiste reproduit cette même espèce dans la livraison suivante et deux fois de suite; car son lutjanns verres (Bl. 255) en est une figure assez bonne, faite d'après nature , et nous avons dans le Cabinet du Roi un poisson desséclié qui nous vient de 1 an- cienne collection de Hollande, tellement sem- CHAP. 11. COSSYPHES. 109 blable à la gravure de Blocli, que l'on pour- rait le regarder comme en étant l'original. Une seconde fois, et quelques pages plus loin (pi. 258), Bloch, ayant trouvé dans les manus- crits du père Plumier un dessin dans lequel on peut reconnaître notre espèce à la bifurca- tion de la queue et au prolongement de la dorsale et de lanale, l'a fait graver comme une nouvelle espèce de spare, spams falcatus» Nous sommes encore aides dans notre déter- mination parla distribution des couleurs telles que nous les trouvons sur le Vélin fait par Aubriet, et que Ton conserve dans la biblio- thèque du Muséum. La tcte et le dos sont peints bleu d'outremer, le ventre et les côtés sont jaunes, le bord de la dorsale et de l'anale et les pointes de la caudale sont aussi de cette couleur. Ainsi, sauf Texactitude des teintes, c'est encore la disposition de celles que nous observons sur la nature. Bloch lui a donné une coloration verdâtre plus foncée sur le dos, et tirant au jaune sous le ventre. Je ferai ob- server que son dessinateur a mal compris les dessins, en général peu achevés, de Plumier, et qu'il a marqué à tort quatre épines à l'anale j car dans notre Vélin il n'y en a que deux. Un de nos individus empaillés, et venus de Saint-Domingue par M. Ricord , ressemble 110 LIVRE XVI. LABROÏDES. beaucoup 5 dans ses traits généraux, à cette figure de Plumier : tout concourt donc à prou- ver que le spams falcatus n'est autre que l'espèce dont nous faisons ici l'histoire. Heu- reusement que Bloch na pas vu un dessin beaucoup plus incorrect du père Feuillce, et qui existe à la bibliothèque du Roi. Le pois- son, sans nom et sous le n.° 20, est peint en rouge vermillon clair ou de minium, et les nageoires sont roses. Malgré les incorrections nombreuses de ce dessin, on y reconnaît en- core notre espèce. Gatesby ', de son coté, a aussi représenté notre cossyphe, quoique jusqu'à présent aucun naturaliste ne l'eût reconnu dans le labrus jiavus de cet auteur. Linné s'est servi de ce document dans sa douzième édition, c'est donc le lahriLS fuhus du Sjslema natiirœ. M. de Lacépède a in:,crit d'abord toutes ces espèces nominales sans aucune difficulté, et il a fait ensuite de nouveaux doubles emplois. Le labre fauve de Caîesby {Jabrus fulvus, Lin.) est d'abord compté parmi ses labres. Le Bodicmiis hodianus est conservé, mais sous le nom de Bodian Bloclr. Le lutjan verrat^ 1. Catesbj,C;it.,t.XI,fig. i. — 2.Lacép., t. IV, p. 27901 290. 3. Ibid., p. 209. CHAP. ïl. COSSYPHES. 111 prend place dans ce genre également sur l'au- toritë de Bloch , et son spaie faucille est établi de la même manière ; puis il se sert du TuRDUS totus cceruleus et ciureus, de Plu- mier, et il fait graver une copie de la peinture d'Aubriet. Comme il ajoute une foi très-grande à l'exactitude de ce Vëlin, et qu'il n'a point cherché à le comparer à la nature , il crée sur cette autorité un genre nouveau, dont les caractères sont basés sur la forme en fliux des nageoires verticales , et il donne parmi les caractères spécifiques un nombre de huit rayons branchiostèges que l'on compte sur quelques percoïdes seulement, les liolocen- triun; mais la manière dont le peintre a traité les autres parties de l'animal, suffit seule pour prouver qu'il n'a certainement pas compté les rayons branchiostèges en les dessinant. M. de Lacépède a pris aussi pour un barbillon l'en- foncement triangulaire qui se découvre près de l'angle de la bouche, quand la mâchoire inférieure , qui est assez mal dessinée, s'abaisse. La forme des nageoires coupées en faux lui a fait imaginer le nom générique de liarpé^. Ce harpe bleu doré doit donc être rayé de la liste des genres ou d'un species de poisson. 1. ciLç>7TYi • qui signifie faux ou faucille, ou tout instrument crochu. 1i2 LIVRE XVI. LABROÏDES. Le Vélin d'Aubriet a été aussi copié et assez bien rendu dans le Recueil de physique de Dagoty. Mais Commerson avait trouvé notre pois- son sur le marché de Rio- Janeiro, au mois de Juin 1767, et il en avait fait une descrip- tion remarquable par son exactitude et d'a- près le plan que cet habile observateur s'était fait pendant son voyage. M. de Lacépède , ayant lu cette description dans les manuscrits de notre célèbre voyageur, n'a pas manqué de s'en servir en étabhssant, d'après ce document , une nouvelle espèce nominale de labre. Son lahrus semiruher n'est encore qu'une sixième manière de reproduire notre cossyphe. Shaw ne compte cette espèce que cinq fois, parce qu'il a bien reconnu l'identité du harpe de Lacépède avec le sparus falcatus de Bloch; mais, trompé sans doute parles quatre épines indiquées par cet auteur, il y a réuni un autre spare, étabU aussi sur les dessins de Plumier, etauquelBloch attribuait.quatre épines anales. Nous avons déterminé ce sparus tetracan- thus^ c'est notre mesoprion griseus \ et nous avons déjà signalé la confusion de Shaw; mais 1. Cm. Val., t. Il, p. 47»' CHAP* II. COSSYPHES» i\% à cette époque nous pensions que le spams falcatus pouvait être une espèce du genre chéiline. Je ne doute plus aujourd'hui, après l'examen des nombreux individus rapportes de Saint-Domingue par M. Ricord, ou des Antilles par M. Plée, du nouveau rapproche- ment que je fais. Shaw, d'ailleurs, reproduit le labre demi-^ rouge parmi ses espèces de labres, mais en y ajoutant une erreur qui lui est propre 5 car il dit ce poisson originaire des Indes et d'Ame* rique. Lacëpède avait cependant copie fidèle- ment Commerson. Shaw a du reste placé le liitjanus verres parmi ses spares; le hodianus bodianus est le premier de ses bodians, et le labriis ful^us est inscrit comme un labre. Bloch, à l'article de son lutjanus verres, avait déjà cité le perro Colorado de Parra. ' Cet auteur le colore en rouge sur la queue, sur le dessus de la tête et sur le dos, et en jaune sur tout le reste du corps. Les ventrales et l'anale ont du rouge à la base ou sur le bord, 1. Parra, Hav.; p. 5, pi. 3^ fig. i. i3. 8 114 LIVRE XVI. LABROÏDES. Le COSSYPHE MALDAQUE. {Cossfphus maldat , nob.) Les espèces suivantes dont nous allons donner la description et l'historique, sont toutes origi- naires des mers de l'Inde. Commerson en avait observé à l'Isle- de -France, et en avait rap- porte des descriptions et des figures, qui ont été employées par M. de Lacépède , mais qui lui ont servi à faire plusieurs doubles emplois. Nous devons les autres aux recherches des natura- listes qui ont fait partie des circumnavigations commandées par MM. Freycinet, Dumont- d'Urville et Duperré, en France, et par M. Liitke, pour la Russie. MM. Julien Desjardins et Théodore Delisse nous ont aussi envoyé des dessins faits d'après nature; et des poissons bien conservés, joints à ces envois, nous ont aidés dans nos recherches. N'oublions pas aussi M. Dussumier, dont nous avons consulté les notes avec fruit, et dont les collections ont enrichi ce genre dans le Cabinet du Roi. Un de ces poissons, remarquable par l'éclat et la distribution des couleurs, a le corps court, sa hauteur n'étant que du tiers de sa longueur, la caudale non comprise, et qui n'est guère que du septième ou du huitième du corps. La tête est presque aussi longue que le tronc CHAP. II. COSSYPHES. "IIS est élevé. L'œil est de grandeur médiocre; son dia- mètre n'a que le cinquième de la longueur de la tête. Le bord du préopercule est très-fînement den- telé. Toute la tète est plus écailleuse que celle des autres labres; car il en a sur le limbe du préoper- cule, sur l'interopercule, et sur la branche de la mâchoire inférieure, où elles sont aussi serrées que sur les sous-opercules et les opercules, dont le bord membraneux est peu large. Le front, le pourtour des narines, le devant de l'œil et les lèvres seules, sont nus. Les dents pharyngiennes forment deux plaques osseuses, grenues, encore plus serrées que celles du précédent. La dorsale est peu élevée, et sa base est couverte sous les écailles du dos, qui se relèvent de chaque côté des rayons, et forment une sorte de gouttière profonde , dans laquelle ils se cachent quand ils s'abaissent. La portion molle de la dorsale est plus libre; elle est pointue, ainsi que l'anale. Les deux rayons supérieurs de la caudale se prolongent un peu au-delà des autres, qui sont coupés carrément. Les ventrales sont longues et pointues. D. 12/10; A. 312; C. 13; P. 17; V. 1/5. Il y a vingt-huit rangées d'écailles entre l'ouïe et la nageoire de la queue. La partie visible de l'écaillé est ovalaire et très-finement chagrinée ; la portion radicale forme un long carré, dont la surface est presque quadruple du reste; elle est couverte de stries qui rayonnent du centre vers le bord radical : ce bord est légèrement festonné par la terminaison des bran- ches de l'éventail ; elles sont au nombre de dix. On 116 LIVRE XVI. LABROÏDES. compte dix-huit rangées de ces écailles entre la base du dernier rayon épineux de la dorsale et celle de la première épine de l'anale. La ligne latérale a peu d'inflexion sous la fin de la dorsale; elle se compose d'une série de petits arbuscules peu rameux, et dont les branches, naissant de l'extrémité du tube princi- pal, remontent vers le dos. La tète oflTre, sur un fond jaune citron, huit raies longitudinales violettes, plus ou moins brunes: deux sont sur le front, au-dessus des yeux; trois autres partent du bout du museau, par l'œil , et se terminent sur la tempe , et trois autres , plus pâles, traversent la joue au-dessous de l'œil. Le jaune de la tête passe sur l'épaule, se mêle et se confond avec l'orangé plus ou moins rouge et brillant du corps. Cette teinte est agréablement variée par dix rangées longitudinales de taches ob- longues, violacées ou rougeâtres,qui forment comme de beaux chanelets sur les flancs. Une laree tache noire carrée couvre l'extrémité postérieure du tronc et la plus grande partie de la queue; elle s'étend du troisième rayon mou de la dorsale au huitième de l'anale; le reste de la queue est jaune; la caudale est orangée ; les pectorales sont plus pâles ; la por- tion épineuse de la dorsale est rougeâtre, un peu teintée de verdâtre sur le bord; une tache noire existe sur les trois premières épines; la portion molle, ainsi que l'anale, sont olivâtres, tachetées de points brunâtres et bordées de noir; les ventrales, d'un beau rouge vineux, ont le premier rayon noirâtre; l'œil paraît avoir été orangé. Leur cavité abdominale est petite; le foie est court, CHAP. ir. COSSYPHES. ]]7 divisé et subdivisé ; le canal intestinal médiocre ; la vessie aérienne très - grande et à parois épaisses et argentées. Le squelette a onze vertèbres abdominales et dix- sept caudales. Les apophyses épineuses des deux dernières sont élargies en éventail; les dernières sont surtout très- épaisses et très-fortes. Les apophyses épineuses inférieures, qui répondent à l'anale, et même les interépineux de l'anale , sont longs et grêles j les inlerépineux du dos, de hauteur médiocre; les antérieurs sont plus forts. La crête mitoyenne du crâne est élevée et trian- gulaire; les latérales sont basses; la fosse moyenne occipitale est large et profonde, à cause de la saillie du condyle occipital; le dessus du crâne est large et convexe ; la coulisse pour les intermaxillaires est courte et peu profonde ; les os du nez sont peu longs , étroits, sinueux et percés de nombreux trous nutritifs. Cette description est rédigée d'après un indi- vidu long de huit pouces, et aussi frais que s'il sortait de l'eau; car elle est en tous points conforme à celle qui a été faite par MM. Quoy et Gaimard, au moment où ils ont pris ce poisson. M. Dussumier en a observé à l'Isle-de-France quelques variétés. Un des individus rapportés par ce naturaliste n'a que cinq pouces de lon- gueur. Il avait le corps brun foncé avec des raies blanches^ el un cercle rouge autour de l'iris. 118 LIVRE XVI. LABROÏDES. La caudale était blanchâtre. Un autre était très-pâle , et lui a offert sur le frais des cou- leurs semblables à celles dont MM. Lesson et Garnot ont peint leur poisson. Commerson a donné une teinte rouge plus décidée au dos et au sommet de la tête; toute la partie épineuse de la dorsale est aussi foncée que la portion molle et que le tronçon de la queue. Les ventrales sont de couleur brune ou marron. Cependant le dessin, à la mine de plomb, représente une variété de cette espèce; car la dorsale n'a de taches que sur les trois pre- miers rayons épineux, et l'anale a une bordure brune. C'est la variété de MM. Lesson et Gar- not, et il paraît que c'est la plus ordinaire; car je retrouve ces mêmes distributions sur un joli dessin que M. Théodore Delisse m'a communiqué. Le dos y est peint assez rouge et se rapproche de la couleur de la figure laissée par Commerson : les joues tirent plus à l'o- rangé. La queue, derrière la tache noire, est violette, et la caudale, d'un rouge orangé pâle, est tachetée de points jaunâtres. Nous pensons que la belle variété de Commerson représente le poisson au temps du frai. Selon M. Delisse, ce poisson se nomme, à risle-de-France, maldcit, ou maldaque selon M. J. Desjardins. CHAP. II. COSSYPHES. 119 Nous nous sommes détermines à conserver à l'espèce cette dénomination vulgaire ; car ce poisson a déjà paru sous trois noms dans le genre des labres de M. de Lacépède , et M. Lesson est venu lui en donner un quatrième. En efFet, M. de Lacépède a fait de la figure coloriée de Commeison son labre hérissé. Une petite copie, assez mauvaise, est gravée t. III, pi. 20, fig. 1. Les arbuscules de la ligne latérale avaient été repoussés au pinceau et gouaches; l'épaisseur du blanc a fait prendre, sans au- cun doute, ces traits pour des épines ou des villosités dures et relevées sur le corps du poisson : et c'est de là que M. de Lacépède a tiré son nom spécifique. Le dessin au crayon a été égalerhent copié et gravé dans le même volume, pi. g, fig. 3. La queue du poisson ayant été bien étalée par le dessinateur de Commerson, l'espèce établie d'après ce document a reçu le nom de labre large queue. Enfin, M. de Lacépède, prenant la descrip- tion de Commerson, en fait une troisième espèce, sous le nom de labre à rouges raies. Il ne nous a pas été difficile , avec les pré- cieux originaux de ces travaux, de reconnaître ces doubles ou même triples emplois; et nous les avions déjà signalés en inscrivant ces syno- 120 LIVRE XVI. LABROÏDES. nymies sur les individus de la collection du Muséum. Aussi avons-nous été surpris de voir M. Lesson venir donner, sous un nom spéci- fique nouveau et comme du genre crénilabre, ce poisson déjà bien connu. Il a été publié, planche 38 des poissons dans l'Atlas de la Coquille, sous le nom de crénilabre Chabrol. Mais cette erreur est-elle à peine commise et aussitôt publiée, que M. Guérin s'en em- pare, et donne, sous une enluminure un peu rude, une copie de cette figure de Lesson, pour représenter un type du genre crénilabre de Cuvier. Or, c'est précisément une de nos espèces de cossypbe qui a le moins de rapport avec les crénilabres; car son préopercule est faiblement dentelé; on en trouve même des in- dividus qui ont perdu toutes leurs dentelures. Aussi M. Cuvier avait-il cité le labre hérissé sous ses labres *, où je m'étonne de voir le labre large queue indiqué comme une espèce distincte. \\ faut avouer que M. Guérin n'a pas été heureux dans ses copies sur cette planche l^i de son Iconographie du règne animal; car le poisson figuré pour donner l'idée d'une es- pèce de labre, est du genre malacanthe de Cuvier. Il la cite dans la note de ce genre.* 1. Règne anim., t. II, p. 266. — 2- Ibid., t. II, p. a64» CHAP. II. COSSYPHES. "121 Rien n'eût été plus facile cependant que d'éviter ces erreurs. Le COSSYPHE DEUX CROISSAIS. {Cossfphiis bilu7iulatus j,noh.; Labre deux croissans, Lacép.) Une seconde espèce, que les pécheurs de risle-de-France semblent confondre avec la précédente, en diffère par un corps plus alongé, par des dénis grenues plus fortes , et par des dentelures encore moins sen- sibles au bord du préopercule : elles ne paraissent qu'à l'angle arrondi de cette pièce. Le limbe du préo- percule a quelques écailles moins visibles que dans l'espèce précédente; la branche de la mâchoire in- férieure n'en a aucune; celles de l'inieropercule sont aussi forles et aussi nombreuses que celles du sous- opercule. Les granulations de la portion nue des écailles sont beaucoup plus fines, et les stries de la partie cachée ou radicale beaucoup plus grosses. La couleur, telle que nous l'a fait connaître M. Des- jardins, est uniforme, d'un rouge tirant au rose et devenant orangé sur la tête, plus vif sur le dos et près de l'anale. Les lèvres sous la mâchoire inférieure sont jaune citron. Une tache noire est placée sur les lombes, entre la ligne latérale et la base des rayons mous de la dorsale, sans les couvrir; elle commence sous l'aplomb du troisième rayon mou de la dor- sale, et s'étend jusque vers le milieu de la queue. La 1 Z LIVRE XVI. LABROIDES. caudale, légèremenl éclianciée, est orangée ou rou- geâire. La dorsale, plus haute et plus libre que celle de l'espèce précédente, a, comme elle, une tache sur les trois premiers rayons épineux; elle s'étend quel- quefois jusque sur la sixième épine. Le fond de sa couleur et celui de l'anale est rougeatre; la pectorale est d'un beau jaune, et les ventrales tirent au pourpré. Les nombres des rayons sont comme chez le pré- cédent. D. 12/10; A. 3/12, etc. L'individu rapporté de l'Isle-de-Fraiice par MM. Quoy et Gaimard est long de dix pouces. Celui que nous avons retrouvé parmi les pois- sons de Commerson est plus grand; il a près de quatorze pouces, et nous venons d'en re- cevoir un de la même taille et du même endroit par M. J. Desjaidins. Nous devons en adresser a ce savant zoologiste des lemer- cîmens d'autant plus vils, qu'il a bien voulu se dessaisir, en faveur des collections du Mu- séum, du seul individu qu'il possédait dans son cabinet; il l'avait pris à Flacq. M. Th. Delisse nous a aussi communiqué un dessin de la même espèce, où les couleurs sont bien les mêmes que celles indiquées par M. J. Des jardins ; mais on y trouve un trait rouge purpurin ou lie de vin, tracé de l'œil à l'angle supérieur de l'opercule, une tache large oblongue, étendue obliquement de l'angle CHAP. II. COSSYPHES. i 25 de la bouche au bas de l'opercule , en passant par l'angle du prëopercule. La base de la pec- torale est brune. M. Desjardins nous apprend, dans la note qu'il ajoute à son poisson, qu'on le confond avec le précédent sous le nom de maldaque. M. de Lacépède a connu cette espèce par le beau dessin au crayon rouge et à la pierre noire , qu'il avait trouvé dans les papiers de Commerson. Nous n'avons pas de description relative à ce poisson dans les manuscrits de ce voyageur. M. de Lacépède lui a donné le nom de lahre deux - croiss ans {labrus bilii- nulatus)^ dont nous avons conservé l'épithète spécifique. Le GOSSYPHE AUX REINS NOIRS. (Cossjphus atrolumhus y nob.) Nous avons trouvé parmi les poissons de Commerson une espèce voisine des deux pré- cédentes, et qui tient de l'une et de l'autre. Elle a les granulations des mâchoires semblables à celles du cossyphe maldaque, les dentelures au préopercule aussi fines et aussi nombreuses. Le limbe de cet os est sans écailles, et la peau épaisse qui le recouvre est percée de pores fins et fréquens. La mâchoire inférieure, moins poreuse, n'a aucune écaille j sa peau est parfaitement lisse. Les écailles de 124 LIVRE XVI. LABROÏDES. l'interopercule sont plus larges et tiennent davantage de celles des labres ordinaires. Les couleurs sont uniformes et se rapprochent davantage du précédent; cependant la tache brune des lombes est autrement placée; elle s'étend depuis le neuvième rayon épineux de la dorsale, sur la base de tous les rayons mous, et descend sur les côtés en s'affaiblissant pour s'effacer auprès de la ligne la- térale; elle ne paraît en cet endroit que par des traces de croissans brunâtres sur les écailles. On voit quel- ques traces pâles de ces taches au-dessous de la ligne latérale. La couleur générale paraît avoir été jaune soufre. Il y avait une lâche brune sur l'avani de la dorsale. Les nombres des rayons sont comme dans les autres. •D. 12/95 A. 3/10, etc. L'individu sec n'a que huit pouces de lon- gueur. Nous n'avons trouve aucun renseigne- ment sur cette espèce dans les manuscrits de Commerson, ni dans les auteurs qui ont lait mention des poissons des mers de l'Inde. Nous avons appris depuis que cette espèce est originaire de l'Isle-de-France; car le Ca- binet du Roi en possède aujourdliui un bel individu, conservé dans l'esprit de vin, long d'un pied, et qui a été envoyé par J. Desjar- dins, et M. Dussumier en a donné un indi- vidu sec, long de seize pouces et parfaitement bien conservé. CHAP. 11. COSSYPHES. 1 2S Nous en avons connu les couleurs telles qu'elles sont sur le poisson frais, par un beau dessin que nous a donné M. Th. Delisse. Le poisson brille du plus beau jaune éclatant et pur sur la tête, le ventre et les nageoires, et deve- nant orangé assez vif sur le dos. Sous la septième épine de la dorsale commence une bande verticale, qui occupe la largeur de l'intervalle de deux rayons, et dont la teinte est rose, devenant très-pâle près de l'anale, qui est également rose sur sa moitié inférieure. On voit ensuite la tache noire comme nous l'avons indiquée. Cinq à six traits longitudinaux parallèles, verdàlres, sont tracés sous le ventre, depuis la cein- ture de l'épaule sous la pectorale; ils s'effacent quand ils sont arrivés sous la tache noire des lombes. Le dessin représente un poisson long de cinq pouces. Le C0SS\PHE PERDITION. {Cossjphiis perditio; Labre perdition:, Q. G. ) C'est évidemment auprès de notre cossy- pJiiis atrolunihus qu'il faut placer le poisson que MM. Quoy et Gaimaid ont nommé labre perdition. Ses formes sont presque entièrement semblables; toutefois le dessin de ces naturalistes les fait paraître un peu plus courts. Les nombres sont aussi les mêmes. D. 10/12; A. 3/10; C. 12; P. 16; V. 1/5. ■126 LIVRE XVI. LABROÏDES. Sur un fond jaune brillant, le devant du dos et le dessus de la tête sont couverts de rivulatlons vio- lettes et serrées. Une tache triangulaire, dont la base est sous le premier rayon mou de la dorsale, et le sommet sur la ligne latérale, presque à l'extrémité de la pectorale, se détache en jaune clair sur le fond du corps; derrière elle une grande tache violette brillante, quoique foncée, s'étend sous tout le reste de la dorsale, et se perd sur les flancs au-dessus de la ligne latérale. Quatre taches noires se voient sur la dorsale, entre les rayons antérieurs de cette na- geoire, qui est d'une belle couleur jaune soufre. Les ventrales ont la même teinte ; les autres na- geoires tirent au verdàtre. MM. Quoy et Gaimard n'ont pris qu'un seul individu de cette espèce; il était long de sept pouces. Le zèle et le courage de ces infatigables voyageurs et naturalistes, ne s'est pas ralenti un seul instant pendant toute leur campagne et dans quelque position critique oii rëlément qui les portait les avait souvent placés. Ils ont eu le courage et la présence d'esprit de décrire et de dessiner ce poisson, le 20 Avril 182^, pendant qu'ils étaient échoués sur des récifs très-dangereux, sur le point de perdre leur navire, et entourés d'insulaires féroces, qui attendaient l'instant du naufrage pour se par- tager les débris de l'équipage. Cette position CHAP. II. COSSYPHES. 127 de l'Astrolabe a duré plus de quatre jours. Le courage de leur commandant, Dumont d'Urville, a su dominer la tempête, sauver le navire, les riches et immenses collections que ses compagnons de voyage avaient faites, dont ils ont enrichi nos musées et iUustré la science. MM. Quoy et Gaimard, voulant per- pétuer le souvenir de ces difficiles circons- tances, ont donné à l'espèce le nom spéci- fique que nous nous sommes Fait un devoir de conserver. Elle est figurée planche 20, figure 4? tle la Collection des poissons de l'Astrolabe, et décrite tome III, page 702. Ces naturahstes ont soin de dire que leur dessin ne rend qu'im- parfaitement le brillant et la variété des cou- leurs de cette espèce. Le COSSYPHE DIANE. (Cossfphus dianOj, nob. ; Labre diane, Lacép.) M. de Lacépède a trouvé dans les dessins de Commerson la figure d'un poisson que nous plaçons à côté des espèces précédentes. Ce labre a le museau aigu, quatre dents fortes à l'extrémité des mâchoires, et un crochet saillant et dirigé en avant à l'angle de la bouche, la dorsale épineuse basse, la portion molle et la caudale arron- dies. 128 LIVRE XVI. LABROÏDES. Le dessin de Commerson a été fait au crayon rouge, et représente le poisson de cette teinte géné- rale, avec une tache rouge plus foncée, en croissant, sur chaque écaille; de nombreuses taches noires éparses entre la ligne latérale et la portion molle de la dorsale et sur les côtés de la queue. On voit sur le dos , au-dessus de la ligne latérale , trois ta- ches blanches ; toutes les nageoires sont rouges et sans taches. D. 12/10; A. 3/13, etc. Nous avons pris une idée plus juste de ce poisson et de la beauté de ses couleurs, par un dessin colorié , que nous devons encore à M. Th. Delisse. Il donne au dos, au ventre et à la tête une teinte rouge de laque assez foncée et diminuant insensi- blement, pour se fondre avec l'orangé des côtés, où chaque écaille est bordée d'un croissant rouge comme le dos. Les taches noires sont disposées comme sur le dessin de Commerson ; celles du dos sont ici peintes en jaune brillant; la dorsale épineuse est couleur de carmin , et la portion molle, ainsi que la caudale, sont rosées; l'anale et les ven- trales, d'un beau carmin brillant, sont moins fon- cées que la dorsale; les pectorales sont jaunes, un peu teintées d'orangé près de la base. M. de Lacépède a fait graver une copie très- exacte du dessin de Commerson (t. III, pi. 32, fig. 1 ). Les manuscrits de ce voyageur ne font pas mention de cette espèce. CHAP. II. COSSYPHES. 129 La figure du naturaliste compagnon de Bougainville est longue de dix pouces; celle de M. Delisse n'en a que six et demi. Le COSSYPHE AMIRAL. {Cossjphus mesothoraxj, noh.j Lahriis mesothorax , Bl. Schn.) Les côtes de l'île de Java nourrissent un cossyphe remarquable par l'éclat et par l'oppo- sition des couleurs dont son corps est peint. Sa forme générale rappelle celle du précédent. Le museau est pointu ; il y a quatre canines à cha- que mâchoire, et dans l'angle de la supérieure un crochet assez fort. Le long de l'os maxillaire on voit quelques petites granulations : elles sont plus visibles à la mâchoire inférieure. La dorsale épineuse est basse , la portion molle arrondie; l'anale est plus haute que la dorsale et trapézoïde; la caudale est coupée carrément. D. 12/10; A. 3/12; C. 13; P. 15; V. 1/5. Les écailles sont de grandeur moyenne, arrondies , minces, et n'offrent que de très-fines aspérités gre- nues ou quelques stries visibles à la loupe. On compte vingt- six rangées d'écaillés entre l'ouïe et la caudale. La ligne latérale est tracée par le tiers de la hau- teur du corps; elle est continue, non rameuse. La tête est rouge, un peu rembrunie sur l'occiput et sur l'épaule. Cette teinte devient noire, et forme une large écharpe, qui se termine obliquement de 130 LIVRE XVI. LABROÏDES. l'aisselle de la pectorale au dernier rayon mou de la dorsale. Le reste du dos et le dessus de la queue sont orangés; les flancs, le ventre et la gorge bril- lent d'un beau jaune doré; une large tache noire ar- rondie est à la base de la pectorale; une bande noire oblique va de l'angle de la mâchoire au bas de l'oper- cule; la dorsale molle et la caudale sont rougeâtres; les pectorales sont plus pales; une teinte olivâtre est étendue sur les ventrales et sur l'anale; l'iris de l'œil est jaune. Ces couleurs sont décrites d'après un beau dessin envoyé de Java par MM. Kuhl et Van Hasselt. On en reconnaît parfaitement la dis- tribution sur l'individu sec, long de six pouces, que nous conservons dans le Cabinet du Roi. Ces jeunes et infortunés naturalistes, qui ont observé ce poisson à Batavia , l'avaient nommé ci^enilahriis elegans. Mais cette esj^èce est connue depuis long-temps : Bloch la pos- sédait dans sa collection, et je l'ai vtie dans le Cabinet de Berlin, étiquetée lahrus meso- thorax. C'est, en effet, sous ce nom qu'on la trouve dans l'édition posthume de Bloch, (p. 254 , n-° 5 1 ). Cet auteur y rapporte avec rai- son la figure de Renard ( n.° 1 43 , fol. 26 ) , quoi- que les couleurs ne soient pas très-exactes ; elles sont plus vraies dans l'original de Corneille Vlaming, et cependant un peu différentes des nôtres. La tête y est peinte en noir comme l'é- CHAP. IL COSSYPHES. 151 charpe; les bords du prëopercule et de l'oper- cule sont verts, une large tache bleue triangu- laire couvre l'ëpaule; l'écharpe est bordée de jaune; le ventre est blanc; le dessous de la gorge est violet. Nous n'osons pas regarder ces diffé- rences assez grandes pour croire que ce dessin appartienne à une autre espèce. Vlaming et Renard appellent ce poisson schout bjjiagt, c est-à-dire le contre-amiral ; Valentyn en parle sous le même nom (n.° 1 26, p. 388), comme d'un beau poisson, délicat, et qui devient grand comme une morue or- dinaire. Le COSSYPHE AXILLAIRE. {Cossj'phiis axillaris j, noh.) M. Dussumier nous a rapporté des mers de risle-de-France unç autre espèce, voisine du précédent, bien distincte par ses couleurs, et qui paraît avoir le museau plus aigu, les dentelures inférieures du bord vertical du préopercule plus fines, mais plus régulières et plus évidentes; les écailles couvertes de granulations fines , celles de la tête les ayant un peu plus fortes. Les écailles qui revêtent le sous-opercule , l'in- teropercule et même la branche de la mâchoire in- férieure, sont plus serrées et plus grandes que sur le labre hérissé et les espèces voisines. Celles de la base, 1 52 LIVRE XVI. LABROÏDES. de la dorsale et de l'anale, et surtout celles de la portion épineuse , remontent assez haut sur la na- geoire. J'en compte trente-deux ou trente-trois entre l'ouïe et la caudale. La ligne latérale est très-courbée, parallèle au dos; elle ressemble h celle du cossyplie maldaque. Les rayons de la portion molle de la dorsale atteignent à la moitié de la longueur des tronçons de la queue, quand ils sont couchés sur le dos de cet organe. La caudale est coupée carrément; la ventrale se prolonge un peu en filet. D, 12/10 j A. 3/12; C. 15; P. 15; V. 1/5. La couleur du corps, conservé dans l'alcool, est jaunâtre, un peu rembrunie sur le dos et sur la tête; mais ce qui frappe le plus dans la disposition des teintes, ce sont les grosses taches noires, au nombre de cinq , qui sont sur le corps : une première occupe les trois premiers rayons épineux de la dorsale; une seconde, plus large, va du dernier rayon épineux au quatrième mou de celte même*dorsale,une plus grande est sur l'anale, étendue du bord postérieur de la troi- sième épine, au bord antérieur du sixième rayon mou; une quatrième, plus grande, à l'insertion de chaque pectorale, dessinée même en arc noir sur la base des rayons de cette nageoire , colore toute l'aisselle. En arrière de cette tache et sous la nageoire en est une autre blanc de lait. La portion épineuse de la nageoire du dos a un fin liséré noir ; la dorsale molle, la cau- dale et la pectorale n'ont aucune tache, mais on voit de gros points grisâtres sur l'anale et sur la ventrale, où ils sont plus nombreux et plus serrés. CHAP. H. COSSYPHES. 1 55 Nos individus sont longs de sept pouces. M. Dussumier, qui les a rapportes, a décrit les couleurs sur le frais, et ses notes nous. prouvent que les taches noires n'ont pas changé j mais il indique la tête, les opercules et le dos, depuis le bout du museau jusqu'au dernier rayon de la dorsale, d'un beau brun-rouge. Les trois premiers rayons épineux sont d'un beau noir, et les autres sont brun rougeâ- tre et leur membrane est rouge; la queue et le ventre sont blanc brunâtre; la caudale, de cette teinte, a les rayons extérieurs noirs; l'anale a sur im fond verdâtre clair une bande longitudinale blanc de lait; les ventrales sont mouchetées de brun, et les pecto- rales sont rosées; l'iris de l'œil est jaune. M. Théodore Delisse nous a aussi donné un dessin de ce poisson; il colore les pectorales en jaune, la portion molle de la dorsale en orangé, et le ventre en rosé. On voit d'ail- leurs que pour tout le reste le dessin ressemble aux observations faites par M. Dussumier, et que ces deux naturalistes ont examiné deux variétés très-voisines l'une de l'autre. MM. Retlitz et Mertens ont aussi rencontré ce poisson dans leur voyagé, et ils nous ont communiqué les dessins qu'ils ont faits a Ulea. Sur l'un, le poisson est d'un carmin clair sur le dos; les lianes sont jaunes, tachetés de i 54 LIVRE XYf. LABROÏDES. rouge; la portion molle de la dorsale, la cau- dale et la pectorale, jaunes, avec l'intervalle entre la base de leurs rayons rouge clair ou orangé; et il n'y a pas de tache sur le de- vant de la dorsale épineuse. Sur l'autre, le dos a une teinte carmin remÎ3runie, semblable à celle de nos dessins faits à l'Isle-de-France ; le corps est rose, la caudale orangée et bor- dée de rouge foncé. Les nombres des rayons sont les mêmes. Il est bien évident que ces différences ne peuvent qu'indiquer des va- riétés. Le ÇOSSYPHE RUBAN. {Cossjphus tCGfiiatuSj nob. ; Lahriis tœniatus ,YXm\) Nous plaçons à la suite de ces espèces deux petits poissons de la mer Rouge, dont l'un a été connu par le voyage de M. Ebrenberg. Il a le museau pointu, la lêie entièrement couverte d'écaillés, et la forme ramassée des espèces précé- dentes ; les nombres sont un peu différens. D. 8/12; A. 3;il; C. 14; p. 13; V. 1/5. M. Ehrenberg l'a représenté sur le vivant, et le poisson a le corps noir, orné de chaque côté de deux bandes longitudinales bleuâtres, l'une passant au-dessus de l'œil et l'autre au-dessous. La pectorale est couleur de chair ; au pied des quatre premiers CHAP. II. COSSYPHES i 35 rayons épineux de la dorsale , il y a sur la mem- brane une tache jaune. Ce petit poisson, long de deux pouces et demi, a été donné à M. Ehrenberg par les pécheurs de Massuah, sous le nom de karan. Le COSSYPHE A QUATRE RAIES. ( Cossjphus quadrilineatus , nob. ; Lahrus quadrili- neatuSj Ruppel.) Une espèce très -voisine de la précédente^ si même elle n'en est pas une simple variété, est le poisson que M. Ruppel^ a représenté et décrit sous le nom de labrus quadrilineatus. Les formes sont très-semblables, seulement la dor- sale et l'anale paraissent plus basses dans celui-ci, et la caudale un peu plus concave; les nombres sont les mêmes. D. 8/12; A. 3/11, etc. M. Ruppel représente, sur un fond bleuâtre ar- doisé, le poisson peint de deux lignes bleuâtres claires, tracées l'une au-dessus, l'autre au-dessous de l'œil. L'intervalle qui les sépare est noir très-foncé, et cette bande, élargie sur la caudale, en colore toute la base, et tranche nettement sur celte nageoire par un bord convexe opposé à la concavité dul)ord de 1. JSeue IVirbelthiere zu Faun. Abjss. , Wie Lief. , S. Ç> , Taf.i,Fig.y, 156 LIVRE XVI. LABROÏDES. la membrane et des rayons. Les pectorales et les autres nageoires sont bleuâtres. Les taches jaunes existent sur la partie antérieure de la dorsale, mais la portion molle de cette nageoire et celle de l'anale ont du noir à leur extrémité et sont bordées de blan- châtre. Ce petit poisson ne dépasse pas deux pou- ces et demi. Il a été observé sur les côtes cor- ralligènes de Massuab. Le COSSYPHE PARTAGÉ. (Cossyphus dimidiatiis , nob. ; Lahriis latovittatus :, Rappel. ) M. Ruppel a encore une espèce du même genre et voisine de la précédente, représentée' sous le nom de lahrus latovittatus. En effet, les formes générales sont semblables, mais le corps est plus alongé; d'ailleurs, toutes les parties de la tête sont de même garnies d'écaillés. Les nombres sont un peu différens: D. 9/11; A. 3/10; C. 15; P. 13 ; V. 1/5; et les couleurs rendent encore la distinction des deux espèces plus facile. Une large raie longitudinale, d'un noir très-profond, part du bout du museau, traverse l'œil, et par conséquent toute la tête, et se rend, .sans interruption et en s'élargissant , jusqu'à l'extrémité de la caudale , qui n'a plus que ses deux 1. Neue JVirbelthiere zu Faun. Jbjss., Wie Lie/., S. 7, Taf. 2, Flg. 2. CHAP. II. COSSYPHES. 437 bords d'une couleur ditrérente. La moitié antérieure du corps est d'un brun châtain, un peu plus foncé sur le dos que sur le ventre. Cette teinte est étendue sur toute la portion épineuse de la dorsale, et sur toute la partie de même hauteur de la nageoire molle ; le reste de la membrane , qui dépasse la hauteur des rayons épineux, est bleu céleste. L'a- nale a de même la base des rayons brune , comme la dorsale, et la moitié marginale bleue. Cette cou- leur est celle du corps entre l'anale et la portion molle de la dorsale, du tronçon de la queue et des bords supérieur et inférieur de la caudale. Ce bleu est fondu d'une manière insensible avec le brun de la partie antérieure du tronc. Le bord inférieur de la queue, compris entre l'anale et la caudale, est noir, aussi foncé que la bande latérale. M. Ruppel n'a trouvé qu'un seul individu de cette espèce , long de deux pouces trois quarts, près de Tor, entre les coraux. J'ai dû changer le nom spécifique de ce poisson; car, si la description et la figure du célèbre voyageur de Francfort sont pleines de justesse et de vérité, il n'en est pas de même de sa synonymie. J'ai peine à comprendre comment un observateur aussi exact que M. Ruppel a pu persister dans la croyance, que le petit poisson qu'il avait sous les yeux était de la même espèce que le lahre large raie de Lacépède, ou, ce qui revient au 158 LIVRE XVI. LABROÏDES. même, que le malacanthe tubleu de Flsle-de- France. M. Guvier a parfaitement déterminé et le genre et l'espèce de ce poisson curieux, fort beau, qui atteint à peu près dix-huit pouces, et que Commerson a si bien fait connaître par le dessin qui a servi à M. de Lacépède pour établir son labre large raie. Outre la diffé- rence générique , si bien exprimée dans la gravure de Lacépède , de n'avoir que deux rayons grêles et simples, et non pas neuf épines dorsales, les couleurs ne sont pas dis- posées à permettre l'identité de cette figure avec celle de M. Piuppel, car la ligne noire de ce labre large raie ne passe pas sur la tête : elle se rétrécit plutôt sur l'arrière du corps, qu'elle ne s'y élargit. Il était aisé à M. Piuppel de se faire une idée juste du tubleu de Flsle-de- France, en consultant Texcellente figure co- loriée, que MM. Quoy et Gâimard en ont donnée dans l'Astrolabe (pi. 20, fîg. 3). Je ne crois pas non plus que le parallys de Renard, cité, quoique avec doute, le soit convenablement ; car c'est un poisson d'un genre différent de celui de M. Ruppel et du labre large raie. Il était encore facile de s'en faire une idée claire , qui eut évité ces rap- prochemens erronnés, en consultant la figure 4 de la planche 19 de l'Astrolabe. CHAP. H. COSSYPHES. 159 Le COSSYPHE MAILLÉ. {Cossjphus reticulqtus 3 iiob.) # Nous trouvons encore parmi les poissons rapportés du Japon par M. LangsdorfF, et étudies par moi au Cabinet de Berlin , une espèce à corps oblong, dont la tête a un peu plus que le quart de la longueur totale; ayant quatre dents canines très-fortes à l'extrémité de chaque mâchoire, les mitoyennes plus petites; les dents insérées sur le bord externe des branches petites, obtuses, courtes, sans dents récurrentes à l'angle de la bouche. La mâ- choire est épaissie en un bourrelet osseux assez con- vexe, et derrière lui sont des petites dents grenues sur plusieurs rangs, surtout nombreuses à la mâchoire supérieure. La joue est couverte de petites écailles; le limbe du préopercule est nu, sans dentelures; l'oper- cule et l'interopercule sont écailleux ; la base des épines de la dorsale est aussi recouverte par les grandes écailles du dos; mais les rayons mous sont plus dégagés, ainsi que l'anale. Ces deux nageoires et la caudale sont ar- rondies. Les nombres sont ceux de nos cossyphes. D. 12/10; A. 8/12; C. 16; P. 18; V. 1/5. La ligne latérale est tracée par le tiers de la hau- teur du corps, composée de tubulures formant une série interrompue , et dont l'extrémité postérieure s€ relève vers le dos. Je compte quarante -huit ran- gées d'écaillés entre l'ouïe et la caudale; elles sont lisses et peu épaisses. 140 LIVRE XVI. LABROÏDES. La couleur paraît jaunâtre et était probablement rougeâtre, avec des taches de rouille en croissant, étroites, verticales, sur chaque écaille, et dont la convexité paraît tournée du côté de la tête ; ils for- ment un réseau à mailles serrées sur tout le corps du poisson. Sur le ventre et surtout au-dessus de l'anale on voit huit à neuf traits jaunâtres longitu- dinaux et parallèles. Les nageoires sont brunes, assez foncées. L'individu est long d'un pied. Cette espèce tient à ce genre par ses dents, ses écailles de la base de la dorsale, les nombres de ses rayons; et paraît même se rapprocher des maldaqaes de l'Isle-de-France {^cossyplius maldat o\x cossjphus atroluiiihus^ \ mais sa forme alongëe, la liberté de la partie molle de ses nageoires du dos et de l'anus, lui don- nent aussi quelques affinités avec nos labres. Le COSSYPHE AUX PETITES ÉCAILLES. ( Cossjphus viicrolepidotuSj nob. ) Nous croyons devoir placer à côté de ce cossyphe du Japon, une espèce que Bloch a figurée (pi. 292) sous le nom de labrus mi- crolepidotus. C'est un poisson de forme alongée, semblable à celui que nous venons de décrire , ayant toute la joue, et même le limbe du préopercule, couvert d'écaillés : celles du corps sont de grandeur mé- diocre. La dorsale et l'anale sont à la vérité toutes CHAP. II. COSSYPHES. 141 dégagées; elles sont coupées carrément. La caudale est arrondie. D. 17/13; A. 3/10; C. 18; P. 12; V. 1/5. Bloch le peint, mais probablement de fantaisie, de couleur jaune verdàlre, rembrunie sur le dos, et avec la dorsale et l'anale brunâtres; les autres na- geoires sont transparentes. Nous ne pouvons avoir que des doutes stir cette espèce, que Bloch n'a connue que par le dessin qu'un peintre en avait fait au cabinet de M. Lincke, à Leipzig, et dont on igno- rait la patrie. Son affinité avec la précédente m'a déter- miné à lui assigner cette place. Le COSSYPHE A RUBAN NACRÉ. {Cossjphus aïbo-tœniatus, nob.) J'avais, dans le recueil des dessins manus- crits que nous avons pris tant de soins à réunir, une figure de poisson faite aux îles Sandwich, peu arrêtée, sans aucunes notes, et que j'avais considérée comme une variété de notre cos- sjplius atrollunhus ^ mais au moment de livrer cette feuille à l'impression, j'ai trouvé dans les belles collections que MM. Eydoux et Sou- leyet ont faites avec un zèle et une activité si dignes de la reconnaissance des naturalistes, deux individus de ce même cossyphe, qui 142 LIVRE XVI. LARROÏDES. nous démontrent que le dessin peu fini de MM. Quoy et Gaimard représente une nou- velle espèce de cossyphe. Elle ressemble pour la forme générale à notre cossyphus atrolumbus ; sa lête fait le tiers de la lon- gueur du corps, la caudale non comprise, et qui entre pour un sixième dans cette mesure générale; les deux màclioires sont égales, armées sur le devant de quatre canines crochues; les dents qui suivent sont coniques , mais peu longues; il y a dans l'angle un crochet recourbé en avant, mais qui ne dépasse pas la lèvre; la bande des granulations est assez large. Le préopercule est très-finement dentelé, couvert de petites écailles, sans limbe nu; le bord membra- neux de l'opercule est assez large; les écailles im- briquées sur l'os et sur le sous-opercule , sous les- quelles il se confond avec le supérieur, sont larges; j'en vois aussi sur l'interopercule. La ligne latérale est faiblement rameuse, arquée jusqu'à la fin du corps parallèlement au dos. La dorsale est presque entièrement couverte d'écail- lés; sa portion molle est arrondie, ainsi que l'anale. La caudale est concave, sans donner de prolonge- ment de ses angles supérieur et inférieur. La pecto- rale est aussi plus courte et plus arrondie. Les ven- trales se terminent en filets. Je compte trente écailles entre r0)p.ie et la nageoire de la queue. D. 12/10; A. 3/i-2; C. 14; P. H; V. 1/5. Ce cossyphe a , comme notre cossyphus atrohim- CHAP. II. COSSYPHES. 145 bus^ une lâche noire sur le dos de la queue, et qui s'avance jusque sur les cinq derniers rayons mous de la dorsale; une autre tache noire, sur la mem- brane, unit les trois premières épines de la dor- sale; elle est plus marquée entre la seconde et la troisième. Sur un fond qui paraît avoir été rouge, le corps est rayé de vingt et une lignes brunes, dont sept sont au-dessus de la ligne latérale. La tête a au-dessous de l'œil un large ruban nacré qui s'étend jusqu'au lobe membraneux de l'opercule. Quatre raies brunes sont entre les yeux , et au tra- vers de l'œil est un large ruban brun. Le ruban na- cré est liséré en dessous d'un Irait brun, et un autre, de pareille nuance, va obliquement, de l'angle de la bouche , au bas de l'interopercule. Tout le dessous de la gorge est tacheté de brun sur un fond blanc plus ou moins nacré. La dorsale, l'anale et la cau- dale, sont d'un beau jaune citron; la nageoire de l'anale a un fin>. liséré noir ; les pectorales étaient probablement rougeâtres, la ventrale jaune, bordée en avant de noirâtre. Les deux individus de ce cossyphe , rap- portés de Sandwich , ont sept pouces de long. Le Cossyphe de Schoenlein. {Cossjphus Schœnleinii , Agassiz.) Enfin, je puis encore ajouter à ce genre une superbe espèce, que je dois à la complaisance de mon célèbre ami, M. Agassiz. Il tient ce i44 LIVRE XVI. LABROÏDES. poisson des Célèbes, et il a bien voulu m'en communiquer une ligure coloriée, d'après la- quelle je donnerai la description suivante. Ce cossyphe ressemble assez, pour la force de ses dents et la forme trapue de son corps, à notre cos- syphus atrohinibus. Il a cependant le museau encore plus obtus j la hauteur du corps fait le tiers de sa longueur totale; la tête est contenue le môme nom- bre de fois dans celle du tronc, la caudale exceptée, laquelle est courte et comprise huit fois et demie dans la longueur totale. La ligne du profil descend presque verticalement ; l'œil est médiocre et situé au haut de la joue, à distance du bord du front. La joue, l'opercule, le sous-opercule et l'interopercule ont des écailles; mais je n'en vois pas sur le limbe du pré- opercule. La dorsale est basse; la pectorale est grande; la caudale a le bord convexe. D. 13/7 ; A. 3/9; C. 14; P. 15; V. 1/5. Les écailles du tronc sont grandes, fortes, amin- cies au bord et linéolées; j'en trouve trente entre l'ouïe et la caudale, trois seulement au-dessus de la ligne latérale , dix au-dessous. Cette ligne latérale offre un caractère que je n'ai en- core observé que dans les scares, c'est d'être rameuse et subdivisée en nombreuses branches sur les écailles antérieures; le nombre des divisions diminue à me- sure que l'on approche de la queue, de telle sorte que sous les derniers rayons de la dorsale la ligne latérale n'est plus composée, comme à l'ordinaire, que de simples tubulures droites. CHAP. II. COSSYPHES. 145 La couleur paraît avoir été uniforme, et brune, lavée de jaune avec quelques traits verticaux plus foncés sur les écailles. Les nageoires , plus jaunes, ont des taches brunes. M. Agassîz, en recevant ce poisson parmi ceux collectes aux Gélèbes par M. le D/Bessel, de Berne, qui est mort malheureusement dans son voyage , a cru devoir dédier cette belle espèce, nouvelle dans la famille deslabroïdes, à M. le D/ Schœnlein , de Zurich , un des plus célèbres médecins de l'Allemagne ; je me suis empressé de m'associer aux sentimens du savant professeur de Neufchâtel. o lô. 10 146 LIVRE XVI. LABROÏDES. CHAPITRE III. Des Crénilabres. M. Guvier , en établissant le genre des cré- nilabres sur les nombreuses espèces de la- broïdes delà Méditerranée à préopercule den- telé, avait formé un groupe de poissons qui se distinguait des labres de nos côtes, mais qui n'offrait plus des caractères assez précis et assez tranchés de ceux des espèces étran- gères , réunis encore par l'illustre auteur du Règne animal dans le genre des labres. J'ai cher- ché à remédier à cet inconvénient, et j'ai été assez heureux pour en trouver le moyen dans l'observation que j'ai faite sur la différence des dents qui m'ont servi à caractériser le genre cossyphe, dont je viens de faire connaître les espèces. Ces recherches ont dû me faire changer un peu la méthode que M. Cuvier avait tracée pour ses labroïdes , et m'a fait rapprocher les crénilabres des labres, et surtout des cossy- phes, avec lesquels ces espèces ont les plus grandes affinités. On voit en effet qu'elles tiennent des deux genres. Les crénilabres seront pour moi les labroïdes a préopercule dentelé, à lèvres épaisses et charnues, à dents CHAP. m. CRÉNILABRES. 147 coniques sur un seul rang à chaque mâchoire, à dorsale épineuse libre et sans écailles, à ligne latérale non interrompue. Ils différeront des cossyphes par l'absence de dents grenues sur les mâchoires , et par le manque d'écaillés sur la dorsale et l'anale. J'ai signalé le caractère de la ligne latérale non interrompue, parce qu'il rattache aussi, selon moi, les crénilabres aux labres, et qu'il les éloigne des chromis , des cicliles et des autres genres a ligne latérale divisée, comme les cheilines. Ces crénilabres forment un des genres les plus difficiles à étudier, à décrire, et dont on connaît un assez grand nombre d'espèces, pour la plupart encore mal détermi- nées. La monographie que j'en publie aujour- d'hui en fait connaître un plus grand nombre que les auteurs qui m'ont précédé. Ce sont surtout les naturalistes qui écriront sur les pois- sons de la Méditerranée, qui devront corriger et améliorer cette lacune dans notre Ichthyo- logie. Je dois dire que les ouvrages de M. Risso n'ont pas du tout éclairé cette famille , et n'ont pu me servir de guide assuré. Le prince Ch. Bonaparte n'en a pas encore parlé dans sa Faune d'Italie; mais comme il a bien voulu me communiquer les différentes espèces qu'il en avait rassemblées, pour préparer le travail 1 48 LIVRE XVI. LABROÏDES. que nous attendions de lui avec impatience, je crois que le mien offrira encore aux natu- ralistes des documens neufs et précieux. Je viens de parler des espèces de la Médi- terranée, parce qu'en effet, c'est dans cette mer que ces poissons abondent. Nous en avons moins dans notre océan du Nord, et je n'en connais encore qu'un petit nombre, probable- ment originaire des mers étrangères, mais dont je ne puis désigner avec exactitude la patrie. On voit donc que les crénilabres, comme les labres, sont des poissons de nos zones tempé- rées, et les seuls représentans nombreux des autres labroïdes, qui vivent pour la plupart dans les mers des climats intertropicaux. Bloch en avait placé quelques espèces dans son genre des lutjans, et avait été en cela suivi par Lacépède; mais on a déjà vu pourquoi nous nous sommes décidé à supprimer cette dénomination de lut j an y appliquée à ce genre formé contre les principes de la méthode na- turelle. M. Risso avait aussi suivi ces erremens dans la première édition de son Ichtliyologie de Nice , mais il s'est corrigé dans la seconde , en adoptant la nomenclature et la méthode du Bègne animal. Les caractères que j'ai donnés plus liant, nous feront encore réformer le genre des crénilabres CHAP. III. CRÉNILABRES. 149 de M. Cuvier; car il y laissait des espèces qui ont derrière leur rangée de dents coniques , un second rang de dents, avec plus de trois rayons épineux à l'anale , tel que son crenila- hrus exoletus [lahriis exoletus Lin.) j et d'autres qui ont une bande de dents en velours, le cre- nilabrus cornubiiis y me paraissent devoir être séparés du groupe auquel je réserve le nom de crénilahre. Le CrÉNI LABRE PAON. {Crenilahriis pa^o, nob.; Pavo, Salv.; Lahriis pavOy Brùnn. , mais non Linné. ) Salviani a appliqué à ce brillant labroïde, si fréquent sur les marchés de Rome, le nom de pavo f qu'il a emprunté de passages de Philostrate et d'Isidore, où sous ce même nom sont désignés des poissons non moins différens par l'espèce que par leur séjour, puisque c'est dans les eaux douces du Phase que Philostrate les fait vivre. Le vert mêlé de rouge et de jaune, dont le crénilabre de la Méditerranée est paré, justi- fie bien mieux le nom vulgaire de papagello (perroquet), sous lequel, suivant Salviani, notre poisson est désigné à Rome. Mais ce que nous devons nous hâter de dire, c'est que la figure de cet auteur est une des meilleures i50 LIVRE XVI. LABROÏDES. de son livre, et certainemeiit la plus belle et la plus fidèle représentation de notre espèce, et que cependant les naturalistes nomencla- teurs ont peu profité de ce document pour en fixer les caractères. Aldrôvande * a reproduit la figure du natu- raliste romain, en même temps que d'autres, moins bonnes, prises de Rondelet ou de Bé- lon; mais il en a donné aussi une qui lui est propre et qui est préférable à celles de ces deux auteurs, mais inférieure à celle de Salviani. On ne peut en effet douter que sous son turdiis secundus^ il n'ait eu l'intention de représenter notre espèce. Je ne vois pas ce- pendant que les nomenclateurs aient reconnu et cité cette figure d'Aldrovande. Toute mauvaise qu'est la représentation donnée par Bélon, je crois encore que c'est à notre crénilabre qu'il faut rapporter la fi- gure (p. 160) à laquelle il a imposé les noms de jc/jcAa ou de turdus. La tache qui est au- devant de l'œil, les séries de points le long des flancs et ceux des nageoires, me confirment dans cette opinion. Je rapporte ces détails, parce que je ne puis 1. Aldrôvande, De pisc- , fol. 29. 2. Ibid., p. 17. CHAP. III. CRÉNILABRES. 1S1 admettre avec lui que ce soit le phjcis des an- ciens, auquel Ovide * fait allusion dans ce vers : jétaue ai^ium diilces iiidos imitata sub undis. Bëlon rappelle ensuite la tradition qui s'y rattache, que c'est le seul poisson qui se construise un nid composé d'algues marines, et où il dépose ses œufs. Comme les auteurs modernes parlent tous de la manière de frayer de notre crénilabre, et que nous ne trouvons rien qui puisse faire croire à l'habitude de construire un nid, attribuée ainsi par Bélon à ce poisson , nous restons dans l'opinion que nous avons émise dans l'histoire des gobies^, que c'est dans une espèce de ce dernier genre qu'il faut chercher le phjcis. Rondelet, qui nous fait ordinairement con- naître si bien les poissons de la Méditerranée, nous laisse dans la même incertitude. Les fi- gures de ses deux premiers lourds^ me sem- blent représenter des variétés de notre espèce. Je la reconnais à son museau garni de lèvres épaisses , à sa tache noire au-dessus de la pec- torale, qu'il dit être d'un beau jaune doré, et enfin à ce qu'il regarde son poisson comme 1. Ovide, //«//(£«/., vers 12 2. 2. Cuv. Val., Hisl. nat. des polss., l. XII, p. 7. S. Rondelel . De pisc.y 1. 4} c. 6, p. 17^ et 175. 1 52 LIVRE XVI. LABROÏDES. le pa^^o ou le merlo de Rome , ou le roqueau de Marseille. Ce qu'il ajoute dans son texte des couleurs et de certaines parties caractéristiques, comme de teinte jaune des pectorales, semble égale- ment justifier ce rapprochement. On ne sera point étonné de retrouver plu- sieurs fois dans ce même ouvrage le poisson dont nous parlons, quand on a observé les variétés si différentes sous lesquelles on le rencontre. Quant aux déterminations ou aux synonymes grecs ou latins, j'ai déjà dit, page ig, combien il est difficile de les appliquer avec quelque certitude. Gesner ne nous a laissé aucun document original. Willugliby* a reproduit, dans une copie élégante et fort exacte, la figure de Salviani; mais nous avons déjà vu que cet auteur a pris, avec doute, ce pai^o pour un synonyme de son tiirdus perbelle pictus, qui est évidem- ment une description fort bonne du lahrus mixtus. En même temps il a donné une description non moins exacte du poisson qui nous occupe en ce moment, au §. i.% ch. 24? p. 3 19, de ses turcli minores. 1. Willughbj, De pisc, tab. X, 5. CHAP. III. CRÉNILABRES. 155 Il est impossible de se mëprendie un seul instant à la description de son turdus vulgatis- simus tinca marina Fenetis.ie dois me hâter de dire que je n'ajoute pas une très-grande foi à toute la synonymie vulgaire qui y est annexée ; car je ne vois pas dans l'article de Willughby, qui a décrit beaucoup de poissons de la Médi- terranée d'après nature, que celui dont nous traitons ici soit des côtes d'Angleterre. Artedi, qui a plus travaillé sur les matériaux de Willughby que sur la nature, a fait une si grande suite de confusions dans tous les rappro- chemens de cette nomenclature, qu'il est im- possible d'appliquer ses descriptions à telles ou telles espèces. En effet, son sixième labre serait, par les citations de Salviani, notre cré- nilabre; mais comme il ajoute à ses synony- mes le turdus perhelle pictus de Willughby, il fait de son espèce un être complexe et ima- ginaire , que les associations de Linné ont encore rendu plus confus. En même temps Artedi qui prenait d'a- bord, pour sa première espèce, la très-bonne description que nous venons de citer de Willughby, gâte tout de nouveau dans sa synonymie; car à sa neuvième espèce il asso- cie le douzième tourd de Rondelet, qui est indéchiffrable , mais certainement poinl de 454 LIVRE XVI. LABROÏDES. notre espèce. Ce premier labre du genre est devenu avec le neuvième de la synonymie le labrus tinca de Linnë (i ?,.^ èdit.). Il me semble donc que l'on pourrait regarder le lahrus tinca comme étant en quelque sorte , par la première pensée d'Artedi, le nom qui doit être attri- bue à l'espèce décrite dans ce chapitre. Je viens de dire que Linné avait ajouté encore aux fautes d'Artedi relativement au sixième labre de sa synonymie , être déjà com- plexe. En effet, Tillustre auteur du Sjstenia naturœ a pris cet être, déjà rendu imaginaire par Artedi, pour en faire son lahrus pavo, en y ajoutant celui qu'Hasselquist décrit avec la plus grande exactitude sous ce même nom. Or, ce lahrus pavo est une de nos girelles, assez abondante dans la Méditerranée, à queue fourchue, et qui a été ensuite vue par des naturalistes lécens, qui l'ont décrite comme une nouvelle espèce. C'est même sur la des- cription d'Hasselquist que la phrase caracté- ristique a été rédigée par Linné, et c'est ce qui explique pourquoi il a donné à son pois- son le caractère de caucla hifurca. C'est aussi à cette même source que M. de Lacépède a puisé la description de son labre paon, et qu'il a pu l'orner de toutes les figures brillantes de son style, bien que le synonyme CHAP. III. CRÉNILAliRES. "1^5 d'Hasselquist vienne après toutes les citations tirées d'Artedi. Shaw a de même reproduit ce labre paon avec toutes ces fautes, mais en y ajoutant encore une qui me paraît lui être propre : il fait venir son poisson de la Méditerranée et de la mer des Indes. Brùnnich avait cependant fourni à Gmelin et à M. de Lacépède les moyens de réparer les erreurs de Linné ^ car il a fait connaître* d'une manière fort exacte le poisson de Sal- viani en lui appliquant l'épithète de cet au- teur, mais en faisant remarquer que le poisson d'Hasselquist est différent. Or, ni M. de La- cépède ni Gmelin et Blocli, qui ont pris plu- sieurs de leurs labres à Briinnich, n'ont pas cité celui-ci. Peu de temps après, Forskal trouve le même poisson dans l'Archipel, et il le publie comme une nouvelle espèce sous le nom de lahrus lapina y qui vient prendre place dans Gmelin sous ce nom, et qui est reproduit par Lacé- pède comme un lutjan, à cause des dentelures du préopercule. C'est aussi parmi les lutjans que nous le retrouvons dans la première édition de Bisso, 1. Tisc. Mais., p. 49 j ri»° 66. 456 LIVRE XVI. LABROÏDES. et en double emploi; car on ne peut douter que le lutjan Geojfroj * ne soit le même que son lut j anus lapina'^ j le premier est une des- cription faite d'après nature sur un poisson de cette espèce qu'il n'a pas su reconnaître dans le second; ce qui n'a pas empêché M. Risso de mettre en tête de son genre un labrus pai^o. Dans sa seconde édition il change le nom de genre en celui de crénilabre , mais il ne corrige aucune de ces erreurs; et la figure en est fort peu correcte. Je retrouve encore une description, très- exacte, dans le Fauna rossica de Pallas^ Cet illustre savant le reconnaît pour le lahrus lapina du naturaliste danois ; mais il lui donne un nouveau nom, qui exprime la variété des couleurs de ce poisson. Pallas l'a appelé lahrus poljchrous. J'ai dit que le lahrus tinca pouvait être considéré comme étant le nom auquel on de- vrait rapporter le poisson dont nous parlons ici, et qui est le neuvième labre d'Artedi, iàit sur la description de Willughby. Mais je crois que Pennant s'est trompé sur son lahrus tinca, et qu'il a encore embrouillé le sujet; 1. Risso, Iclit. de Nice, i." édil. , p. a6i , pi. 8, fig. aS. — 2. Ihid., p. 262. — 3. Pallas, Faun. ross., III, p. ^62. CHAP. m. CRÉNILABRES. 157 car son old wife ou wrasse nous paraît appar- tenir plutôt aux nombreuses variétés de notre labrus bergylta. Gmelin a donc encore plus altéré le lahrus tinca de Linné et d'Artedi, en y adjoignant l'espèce mal caractérisée de Pennant. M. de La- cépède, ne trouvant pas dans les auteurs, sur les indications de Gmelin, l'assertion que les préopercules fussent dentelés, a laissé l'espèce dans ses labres, en changeant un peu le nom spécifique de Linné et en appelant son pois- son labre tajicoïde; mais qui n'est pas le lut- jan tancoïde de la première édition de Risso, quoique celui-ci ait cité Pennant. Il eût mieux fait de rapporter son espèce au labrus tinca de Briinnich, dont Bonnaterre, et par conséquent Lacépède, n'ont fait aucun usage, et qui est bien différent de l'espèce de Linné; et j'ai fait voir aussi plus haut comment Donovan a donné, sous la fausse détermination de labrus tinca, notre premier labre. J'aurais donc peu éclairci cette nomenclature en reprenant pour notre espèce le nom de crenilabrus tinca, et j'ai préféré lui donner celui que Salviani lui a d'abord assigné, et sous lequel Briinnich en a laissé une description sur laquelle il ne peut y avoir aucun doute. Celle espèce, une des plus communes et des plus 458 LIVRE XVI. labroïdes. brillantes de la Méditerranée, est un des labroïdes qui a les lèvres les plus épaisses. Le corps est elliptique et un peu plus élargi de l'avant que vers la queue. La hauteur , prise aux pectorales, n'est contenue que trois fois et demie dans la longueur totale; l'épaisseur est des deux cin- quièmes de la hauteur. Le profil, un peu concave entre les yeux et le bout du museau, devient con- vexe sur la nuque. La longueur de la tête est un peu plus courte que le corps n'est haut. Son museau est surtout renflé par l'épaisseur des lèvres; il est recouvert par le voile membraneux qui passe sur les sous - or- bitaires , et qui s'étend au-dessus des lèvres , qu'il cache entièrement. Ce caractère donne, comme je l'ai dit, une physionomie particulière aux crénila- bres. L'œil est petit, son diamètre n'étant à peine que du sixième de la longueur de la tête; il est éloigné du bout du museau de trois fois ce diamètre, et il est placé sur le haut de la joue, sans que le cercle parfaitement rond de l'orbite entame la ligne du profil. Le sous-orbitaire, du double plus long que large, est au-devant de l'œil, et occupe à peu près deux fois la largeur de l'œil. Les deux ouvertures de la narine sont peu rap- prochées l'une de l'autre, mais elles le sont de l'œil; l'antérieure n'est qu'un très - petit trou rond ; la se- conde, très -visible , n'a aucun rebord saillant ni papille. Le préopercule a le bord vertical un peu con- CHAP. III. CRÉNILABRES. 459 cave, riiorizonlal légèrement sinueux, l'angle très- arrondi, le limbe assez large, surtout l'inférieur. Les crénelures du bord, qui sont toujours plus prononcées sur les jeunes sujets que dans les adultes, ne sont très-enfoncées que près-de l'angle et dans le bas du bord vertical; ces dentelures se montrent même sur des individus qui paraissent tout- à -fait adultes et de la taille de huit à neuf pouces; mais il faut avouer que dans cette espèce un grand nombre d'adultes , ou même de taille moyenne , ont les dentelures dubord effacées par le progrès del'ossifica- tion, et que le caractère des crénilabres ne se montre plus que rudimeniairement et par les stries dont le limbe osseux de ce préopercule est ciselé. Je ne sais à quoi attribuer cette variation, car elle ne dépend ni de l'âge ni du sexe; et d'ailleurs les individus sans crénelures ressemblent tellement , par tous leurs au- tres caractères , à ceux qui ont le préopercule den- telé, qu'il est impossible de faire de cette variation un caractère spécifique et encore moins générique. L'opercule et le sous- opercule sont confondus sous les larges écailles qui les recouvrent; l'interoper- cule n'en a que quelques-unes derrière l'angle ar- rondi du préopércule. La joue porte cinq rangées d'écaillés oblongues au-dessous de l'œil; derrière cet organe il n'y en a qu'un seul rang; tout le reste de la tête est garni d'une peau épaisse et criblée d'une infinité de pores. La bouche est fendue, à l'extrémité du museau, par une ouverture peu étendue sur les côtés de la tète. La mâchoire supérieure n'a que dix à douze dents 160 LIVRE XVI. LABROÏDES. sur un seul rang et de chaque côté : l'inférieure en a quinze ou seize. Ces dents sont recouvertes par des lèvres remarquables à cause de leur épaisseur et de leurs nombreux replis. La supérieure, élargie sur les côtés, a huit plis longitudinaux en dessous; renflée et arrondie en dessus, elle est garnie d'une crête membraneuse sur son bord supérieur, qui senible simuler une seconde lèvre couchée sous le large voile membraneux qui s'étend sur le tout. La lèvre inférieure forme d'abord un bourrelet couvert de fines papilles serrées, en velours ras, le long des dents; ce bourrelet se joint à celui du côté opposé. Au-devant de la symphyse de la mâchoire est une lame en ogive dont le sommet de l'angle est tourné vers le bas. Un sillon profond sépare ce bourrelet d'une lèvre épaisse sans pli, et qui porte sur son milieu une crête membraneuse mince , mais plus large que celle de la lèvre supérieure. A l'intérieur de la bouche, les voiles membraneux du palais et de la mâchoire inférieure sont épais, larges et plissés longitudina- lement. Il n'y a d'ailleurs aucunes dents au palais, à la langue , ni aux arceaux des branchies; les deux pre- mières plaques sont supportées parles deux premières branchies; leurs râtelures sont recouvertes de fines villosités, formant un velours ras au - devant des deux pharyngiens supérieurs. Ceux-ci sont également entourés de papilles charnues, et portent chacun une plaque triangulaire de dents arrondies en pavé, qui correspondent à la pièce unique inférieure, garnie de dents semblables, ainsi que cela existe dans les labres. La langue est lisse et peu libre. Outre CHAP. III. CRÉNILABRES. AG\ les quatre branchies il y a une lame branchiale oper- culaire. La membrane branchioslège est peu libre et réu- nie, par un isthme assez large, à celle du côté opposé. Cependant , comme cette membrane est étendue, l'arc de la fente des ouïes est encore assez grand. Les rayons branchiostèges sont au nombre de cinq. La dorsale s'élève au tiers de la longueur totale; sa portion molle est arrondie, et plus haute que la partie épineuse. La partie molle de l'anale corres- pond à la même région de la dorsale : elle est plus ovale; la caudale a ses angles arrondis; la pectorale est ronde. B. 5; D. 15/1 1 ; A. 3/9 ; C. 13 ; P. 14 ; V. 1/5. Les écailles sont grandes et minces ; il y en a trente-quatre rangées entre l'ouïe et la caudale, et quinze dans la hauteur. Chaque écaille a sa portion radicale quadrilatère; l'éventail a vingt-quatre rayons; la portion nue a le bord membraneux sans dente- lures ni ciselures. La ligne latérale est formée d'une série de tubes, doubles sur chaque écaille et réunis en chevron , dont le sommet est du côté de la tête : elle est tracée parallèlement au dos sur la quatrième rangée d'écaillés, et s'infléchit sous la fin de la dorsale, pour se rendre à la caudale par le milieu de la hauteur du tronçon de la queue. La couleur est très- variable. Nous voyons des indi- vidus qui ont sur un fond verdâtre trois lignes de taches rouges disposées en zig-zag; d'autres ont le i3. 11 162 LIVRE XVI. LABROÏDES. corps plus brun sur le dos, argenté sur le ventre, les^ taches rouges sont plus efTacées ; et sur d'autres , enfin, on voit une large tache brune ou vert foncé au-dessus de la pectorale , et une seconde , plus ou moins mal terminée, de chaque côté de la queue. Les pectorales sont jaunes, les ventrales bleues, les autres nageoires, mêlées de jaune et de rouge, sont couvertes de nombreux points violets ou bleu céleste. Quand le poisson habite sur les fonds vaseux , M. Risso dit que les couleurs semblent se salir et que les points rouges s'effacent; il en a observé des individus dont le corps est traversé par de grandes bandes claires et obscures, et quelques-uns de ceux qui sont conservés à l'esprit de vin, m'ont montré des traces de cette disposition. Pendant la saison des amours, le vert prend des reflets dorés, et les taches rouges sont mêlées de couleurs bleues , qui augmentent encore la richesse des reflets de ce beau poisson. Mais la couleur jaune des pectorales me paraît constante et servir à le faire reconnaître dans les descriptions plus ou moins vagues des auteurs. L'examen des viscères, compares à ceux des labres , ne nous a fait apercevoir que de légères nuances. Le foie est assez gros, verdâtre; le canal alimen- taire se continue sans former d'abord une dilata- lion bien marquée constituant l'estomac; la valvule du pylore est vers le bas de cette première anse, l'intestin grêle remonte dans l'abdomen vers le CHAP. III. CRÉNILABRES. 165 diaphragme , se plie et se dilate ensuite en un très- large rectum , séparé par un léger rétrécissement marqué par la valvule de Bauhin. Les parois de ce canal alimentaire sont partout très- minces. La vessie aérienne est très-grande, arrondie en avant, et à parois plus épaisses en cette partie qu'à l'arrière , où elle est conique et pointue. Le repli du péritoine, qui passe sous elle, est dense et fibreux. Les reins sont épais et débouchent par deux uretères courts dans une vessie urinaire assez grande et di- visée en deux lobules. Voici les observations que nous avons faites sur le squelette de ce crénilabre. Le crâne est légèrement arrondi à sa partie mi- toyenne; une gouttière large, évasée et arrondie en arrière, peu profonde, laisse glisser les branches montantes des intermaxillaires. La crêle occipitale mitoyenne est haute et triangulaire; mais les laté- rales sont presque nulles, réduites à une sorte de gros tubercule osseux, triangulaire, au-dessus de la région temporale; sous lui est une fossette trian- gulaire. Il n'y a pas de crête sur l'arrière de l'occi- put, d'où il résulte que cette partie du crâne est saillante en un cône tronqué, légèrement concave en dessus, et séparée en deux par une carène obtuse longitudinale, que l'on pourrait regarder comme l'ana- logue de la crête longitudinale des labres. Les autres pièces de l'opercule, ou celles qui l'avoisinent, n'offrent pas de caractères qui n'aient déjà été signalés dans la description générale des parties externes du poisson. 164 LIVRE XVI. LABROÏDES. L'huméral et le radial font une large ceinture sous la gorge; le radial surtout est très -large, et séparé à sa pointe antérieure de l'huméral par un très - grand trou rond. Le styléal est large et plat. Je compte quinze vertèbres abdominales et dix- huit caudales. La première et la seconde sont très- courtes et comme aplaties, les autres ont des apo- physes transverses, assez longues, obliques de haut en bas et d'avant en arrière; elles augmentent jus- qu'à la treizième vertèbre; celles de la quatorzième sont plus courtes, mais plus aplaties, et s'unissent pour porter le premier interépineux de l'anale ; la dernière, et même l'avant- dernière vertèbre cau- dale , ont leurs apophyses épineuses élargies en grand éventail. Les autres apophyses épineuses sont longues et grêles. Les côtes sont aussi très-alongées , et leurs apophyses styloïdés égalent à peu près la moitié de la longueur de la côte. Les interépineux cfe la dorsale et de l'anale sont larges, triangulaires, carénés sur leur face latérale, et atteignent par leur insertion jusqu'à la moitié de la longueur de l'apophyse épineuse, sur laquelle ils s'insèrent. Nos plus grands individus ont près d'un pied. L'espèce abonde dans la Méditerranée, car il en est venu au Cabinet du Roi de tous les points de cette mer où nous avons eu des coirespondans ou des naturalistes qui ont CHAP. III. CRÉMLABRES. 1 6Sr bien voulu collecter des poissons pour noire Musée. M. Cuvier en avait recueilli à Mar- seille; M. Kiener nous a donné de fort beaux individus pris à Toulon; nous en avons reçu de Corse, par M. Payiaudeau; de Nice, par MM. Risso et Laurillard; de Naples et de Rome, par M. Savigny ; de Gènes, par M. Spi- nola ; de Messine , par M. Bibron ; de Pa- ïenne, par M. Constant Prévost; d'Athènes, par M. Domnando; de Napoli de Romanie, par M. Reynaud; du Bosphore, par M. Virlet; d'Alexandrie , par M. Geoffroy Saint-Hilaire et par M. Lefebvre. M. de Laroche l'a rapportée d'Iviça. Il me paraît même probable qu'on la trouve sur les côtes d'Espagne, car je vois dans Cornide im labre paon qui doit se rapproher de ce labix)ïde, confondu avec d'autres espèces du même genre. Mais je n'ai pas la preuve qu'on la voie s'avancer dans notre Océan septen- trional. Il me semble que si elle a été citée par quelques auteurs comme originaire de la Grande-Bretagne, c'est sur l'assertion de Wil- lughby; et j'ai déjà fait observer qu'elle ne mérite pas une grande confiance. Je ne la vois pas citée dans l'Histoire des poissons d'Angle- terre par M. Yarell, et les auteurs des Faunes du Nord n'en font pas mention. 466 LIVRE XVI. LABROÏDES. Outre le nom âepapagelloj, déjà cité plus haut, nous voyons que Biùnnich connaît notre crënilabre sous la dénomination vulgaire de roucao, à Marseille, qui à Nice devient rou- ffiiiéj mais M. Risso dit aussi de son labrus lapina qu'il s'appelle hla^dé. Ce nom de lapina des Turcs de Constantinople , ou de 'Komivoc des Grecs modernes, suivant Forskal, se change- rait chez les Arabes en liassun, ce qui veut dire beau. Mais je croirais volontiers que l'Arabe, en montrant ce beau poisson à Forskal, se servait de l'expression qui rendait son admira- tion pour la beauté des couleurs, plutôt qu'il ne lui disait le nom de notre crénilabre. Pallas n'indique pas de noms vulgaires; mais il le donne comme un poisson abondant dans la mer Noire, qui se prend quelquefois dans les filets en nombre considérable, sur- tout du printemps à l'automne. C'est un pois- son des plus recherché pour la table. Pallas, qui en a vu tant d'individus à la fois, regarde, comme nous, la couleur jaune des pectorales et les taches des côtés de la queue, comme étant caractéristiques au mi- lieu des teintes si variées que prennent les divers individus de cette espèce. Us varient beaucoup suivant l'âge. CHAP. 111. CRÉNILABRES. 167 Le Grénilabre mélope. ( Crenilahrus melopSj nob.; Labrus melops »\AnTi.) La seconde espèce dont nous avons à par- ler est non-seulement abondante dans la Mé- diterranée, mais elle s'avance dans notre océan Septentrional jusque sur les côtes de Nov- wége. En effet, nous en avons reçu de nom- breux individus de Martigues , par M. Dela- lande; de Marseille, par M. Cuvier; de Nice, par M. Laurillard; de Gènes, par M. Viviani; de Naples, par M. Savigny; et des côtes bai- gnées par l'Océan, il nous en est venu, du Groisic, par M. Bâillon; de La Rochelle, par M. d'Orbignyj de Brest, par M. Duméril; de Saint-Malo, par M. le duc de Rivoli; de Gran- ville , par M. Audouin , et de Riel par M. Boié. Tous ces individus ont constamment seize rayons épineux à la dorsale, et une tache noire derrière l'œil; deux caractères qui nous ont servi à reconnaître l'espèce dans le labrus melops de Linné. Ce crénilabre a le corps plus court que le précé- dent, la ligne du profil plus droite. La hauteur n'est que le tiers de la longueur totale. La tête est plus courte; elle est comprise près de quatre fois dans la longueur du corps. L'œil est proportionnellement plus grand , son diamètre faisant le quart de la tête; 168 LIVRP: XVI. LABROÏDES. il est éloigné du bout du museau d'une seule fois ce diamètre: aussi le museau est-il beaucoup plus raccourci. L'orbite est placé plus haut sur la joue; car il touche un peu à la ligne du profil. La peau du front s'étend de même au-dessus des lèvres; mais elles sont peu épaisses : je ne vois que quatre ou cinq petits plis à la supérieure, qui n'a point de crête en dessus. L'inférieure a un bourrelet très-mince; elle s'étend d'ailleurs assez sur les côtés ou en dessus de la symphyse, quand la bouche est fermée. Les dents, petites et presque égales, sont au nombre de cmq ou six en haut et de chaque côté, et de six ou sept en bas. Le voile membraneux de l'intérieur delà bouche, soit sur le palais, soit au-devant de la langue, n'a pas de plis. Les crénelures du préopercule sont ici très-pro- noncées dans tous les individus rassemblés dans la collection du Roi. L'interopercule a plus d'écaillés. La pectorale et la caudale sont arrondies. L'anale est plus haute que la portion molle de la dorsale. D. 16y9; A. 3/9; C. 13; P. 14; V. 1/5. Je trouve trente et une écailles entre l'ouïe et la caudale; ces écailles sont minces, un peu striées. L'éventail a vingt rayons. Dans la liqueur ils paraissent bruns ou roussâtres, ayant derrière l'oeil une tache noire, des rayures obliques et irrégulières sur les joues, (Jes points brunâtres en séries longitudinales sur les côtés, une petite tache noirâtre , plus ou moins effacée , près de la queue; les ventrales de cette teinte; et cinq à CHAP. III. CRÉNILABRES. 169 six grandes taches de même couleur sur la dorsale et trois sur l'anale. Les flancs sont peints de séries de points bleus alternant avec des points bruns ; ceux-ci étaient très-pâles sur le ventre. Mais sur le poisson frais les teintes sont tout autres. Nous les avons prises sur des individus péchés au Croisic. Le fond de la couleur était un jaune olivâtre, plus ou moins mêlé d'orangé sur le ventre. On voyait sur les cotés quatorze lignes longitudinales foncées. La tête,' plus brillante que le corps, avait de nombreuses rivulations de lignes vertes. La tache derrière l'œil était bleu noirâtre. La portion épi- neuse de la dorsale avait sur son fond jaune des traits obliques bleus, l'un en liséré, l'autre à la base. La portion molle avait ses rayons seuls jaunes, et sur la membrane verdâtre il existait trois séries longi- tudinales de gros points bleus. Sur le fond jaune de l'anale, des ventrales et de la caudale les rivulations étaient bleues- la pectorale avait sa base bleue, et toute la moitié externe d'un beau jaune orangé. Son foie est divisé en deux lobes grêles et alongés; l'intestin se replie quatre fois; il n'y a pas de dila- tation stomachale; le rectum est assez large et court; la vessie natatoire est grande, comprimée, simple, à parois fibreuses et argentées. Je compte treize vertèbres abdominales et dix- neuf caudales. Le dessus du crâne est plus bombé que celui du crénilabre paon; sa gouttière antérieure moins profonde; sa crête occipitale plus isolée et triangulaire; l'huméral et le radial plus courts; le styléal plus large. 170 LIVRE XVI. LABROÏDES. Nos individus ont depuis quatre jusqu'à sept pouces de longueur. L'espèce fraie en Avril, se nourrit de crus- tacés qu'elle trouve sur les côtes rocheuses de l'Océan où elle se tient j ses habitudes sont les mêmes dans la Méditerranée. La tache oculaire, qui se conserve même sur les individus les plus décolorés par l'action de l'alcool, me paraît bien prouver la justesse de notre détermination en rapportant à cette es- pèce le labrus melops de Linné. Il en a parlé dès sa dixième édition , et dans le prodrome du tome second du Musée du prince Adolphe- Frédéric^; et il est même le seul naturaliste qui ait caractérisé cette espèce, car ni Artedi, ni Willughby, ni Rondelet, n'en font aucune mention, quoiqu'elle soit commune sur nos côtes de Provence. Cependant M. Risso avait bien reconnu le poisson de Linné, et dès sa première édition il le place , conformément à la méthode de M. de Lacépède, qu'il suivait, parmi ses lutjans, quoique celui-ci, se bornant à copier Bonna- terre, l'ait laissé parmi ses labres sous le nom linnéen. Dans sa seconde édition, M. Risso suit M. Cuvier, et il en fait un crénilabre. 1. Mus. Ad. Fr.prod., II, p. 78, n." 23. CHAP. m. CRÉNILABRES. ^7\ Je dois dire cependant que M. Risso parle d'une tache de la base de la pectorale que je ne trouve pas dans les individus que je rap- porte à cette espèce. Je ne vois pas que la plupart des natura- listes qui ont écrit sur les poissons des côtes d'Angleterre, aient songé à retrouver le pois- son de Linné. Ainsi ni Pennant, ni Donovan, ni Turton, ni Jenyns, ni Fleming, ne citent le lahrus melops. Je crois cependant que ce dernier auteur a eu entre les mains un poisson de notre espèce, qu'il a confondu avec le gib- bons wrasse de Pennant. Celui-ci ne parle pas de tache noire derrière l'œil, et M. Fleming dit positivement^ ahove eacli eje a dusky se- niilunar spot. Quoique M. Yarell^ ne cite pas le labrus melops, je suis très-porté à croire que son ^ilt head ou Connor, ou golden maid, n'est autre chose que notre espèce, il n'a oublié sur sa figure ni les rayures des joues ni la tache noire de l'œil. Mais ce ne peut être, comme il le pense , le crenilabrus tinca, et encore moins le labrus tinca de Linné ni celui de Fleming. On concevra, par la discussion que nous avons 1. Fleming, Hisi. cf. brit. an., p. 209, n." 129. 2. Yarell; Brit. fish. , 1. 1, p. 293. I 72 LIVRE XVI. LABROÏDES. faite sur le lahriis tinca, que M. Yarell, et plus récemment, ait eu quelque difficulté à reconnaître les confusions qui partent déjà de Willughby, qu'Artedi a augmentées et que Linné a adoptées; et quoique M. Yarell ait eu la sagacité d'excltire quelques-uns des syno- nymes de Fleming, il aurait du oublier tout- à-fait cette espèce nominale, que l'auteur' de l'Histoire naturelle des animaux d'Angleterre a rendue encore plus imaginaire, en lui adjoi- gnant le goldsiimj de Jago et de Ray, et celui de Donovan , qui diffèrent tous deux entre eux, et dont le premier est même d'un autre genre. M. Jenyns n'a pas été plus heureux, car son lahriis tinca présente les mêmes erreurs de synonymie, et la description me paraît être du labre rone dAscanius. Le Crénilabre rone. {Crenilabrus rone, nob. ; Lahrus j^one , Ase.) Je n'ai pu encore me procurer le poisson dont le professeur Ascanius a donné une figure* sous le nom de rone ou de carousse de mer. Il le représente rouge foncé sur le dos et sur la tête, argenté sur le ventre; les joues et les opercules 1. Fleming, Bisi. of. brit. an., p. 208, n." 128. 1. le. ver. nat. tab. XIV. CHAP. m. CRÉNILABRES. 475 sont couverts de lignes et de rivulatlons vertes; quelques traits rouges passent en bride sous la mâ- choire inférieure ; les lèvres sont jaunes ; le dos est couvert de points verts et le ventre de points rouges; le rouge du dos s'étend sur les rayons supérieurs de la caudale, qui est verdâtre et bordée de bleu pâle liséré de rougeâlre; la dorsale a trois larges rubans rouges longitudinaux, et les deux supérieurs se réu- , nissent en avant sur la partie épineuse; la membrane qui joint les rayons simples est jaune, passant au verdâtre vers l'arrière; sur la portion molle les taches sont vertes, et il y en a trois rangées; l'anale a la même couleur que la partie de la dorsale qui lui correspond, le bord rouge est seulement plus large; la pectorale est chargée de points rouges; la ventrale est bleue avec un trait rouge sur le milieu; il n'y a aucune trace de tache noire derrière l'œil. Voici les nombres tels qu'Ascanius les a comptés : B. 5; D. 16/9 5 A. 3/9; C. 14; P. 14; V. 1/5. L'individu figuré a six pouces de long, et Ascanius dit que l'espèce ne devient pas plus grande. Le nom norw^égien de ce poisson est roriCj, et les Danois l'appellent strandkaroiisse. Bonnaterre a introduit ce labre rone dans l'Encyclopédie , et M. de Lacëpède l'y a copié. Quoique Ascanius n'ait niaiY[ué aucunes den- telures au préopercule , je ne doute pas que ce poisson ne soit du genre des crénilabres,et j'ai même beaucoup hésité à ne pas le considérer ]7A LIVRE XVI. LABROÏDES. comme étant de la même espèce que le précé- dent. Je vois cependant que M. Nilsson* le regarde comme distinct et qu'il le range parmi ses crénilabres. Je le trouve aussi mentionné dans le Catalogue des poissons du Danemarck de S. A. R. le prince Christian. Il a soin de dire que c'est une espèce à part, mais rare sur les côtes. Mais ce qui m'étonne, c'est Je la voir citée par un observateur aussi exact , comme un labre, tandis que M. Nilsson en fait un crénilabre. Miiller la compte aussi parmi les poissons de son Fauna danica. Je crois, aussi, que c'est un poisson de cette espèce dont M. Jenyns^ a fait son lahrus tinca; en effet, il le décrit rouge et bleu, foncé sur le dos au-dessus de la ligne latérale, plus pâle au-dessous, et tacheté de rouge sur le ventre et sur la poitrine. La nuque et les opercules verts, avec des rivulalions rouges, etc. Il ne parle pas de taches derrière l'œil, et les nombres sont tout-à-fait les mêmes. Si ma conjecture est vraie, ce poisson se- rait très-commun sur certaines côtes d'Angle- terre, sur les fonds rocheux, frayant en Avril et se nourrissant principalement de crustacés. 1. Nilsson, Prod. Ichth. Scand. , p. 77, n." 6. 2. Jenyns , Man. of. brit. vert. an. , p. 397 , n." yS. CHAP. III. CRÉNILABRES. 4 75 Je dois cependant faire remarquer que M. Jenyns cite parmi ses synonymes le ^ilt head de M. Yarell, qui a une tache derrière l'œil, et que nous avons cru être, par cette raison, de notre espèce du crenilahrus me- lops. Comme M. Jenyns dit que son poisson est un des plus communs de la famille des labroïdes , cette remarque, jointe à sa cita- tion, me laisse quelques doutes : M. Jenyns aurait-il oublié la tache de l'œil? En tous cas, la synonymie est entachée des erreurs que nous avons déjà signalées; car ce poisson ne pouvait être en aucune façon le lahrus tinca de Linné ni de Willughby. Le Crénilabre bossu. {Crenilahrus gibbiis , nob.; Gihbus virasse, Penn.) C'est sur la foi de Pennant que les natura- listes parlent de cette espèce, qui a le corps plus court et plus haut que le précédent, la hauteur étant, d'après la figure du zoologiste an- glais, de la moitié de la longueur du tronc. D. 16/9; A. 3/11; C....;P. 13; V. 1/5. Suivant Pennant , le corps est élégamment tacheté et rayé de bleu et d'orangé, la dorsale et l'anale vert de mer tacheté de noir; les ventrales et la caudale. ] 76 LIVRE XVI. LABROÏDES. de même couleur, n'ont pas de taches; les pecto- rales sont rayées de rouge à la base. L'individu était long de huit pouces; il avait été pris sur la côte d'Anglesea. On voit que ce poisson tient beaucoup du précédent : il n'en est peut-être même qu'une variété. Les ichthyologistes en ont tous parlé d'après l'auteur de British fauna. Gmelin en fait son lahrus gibbus, que Lacépède a adopté, M. Yarell a reproduit la figure et la descrip- tion de son prédécesseur. L'espèce, si cen est une, doit être rare, car on ne l'a pas en- core retrouvée depuis la publication du Bri- tish fauna. Le Crénilabre norwégien. (^Crenilahrus noj^wegicus , nob. ; Lutjaniis noi'we- giciis , Bl.) Le lut j an norwégien ^ que Bloch a figuré (pi. 256), et que Lacépède, sur cette auto- rité, a aussi inscrit parmi ses lutjans, est un crénilabre qui est voisin de ces poissons, et que je ne suis pas encore parvenu a me pro- curer. Il a le corps semblable au crenilabrus melops ; mais, si la figure de Bloch est exacte, les dentelures des préopercules sont plus grosses , et surtout au bord horizontal de cette espèce. Les nombres sont encore CHAP. III. CRÉNILABRES. \77 ceux du crenîlabrus melops , sauf qu'il y aurait un rayon mou de moins à l'anale. D. 16/9; A. 5/10, etc. Je ne vois pas que Blocli ait marqué de tache derrière l'œil; mais il y en a une très -prononcée de chaque côté de la queue, qui ne se trouve pas sur nos crénilabres mélopes. Le corps est noirâtre ou violet foncé sur le dos , passant insensiblement aii jaune sous le ventre; il est tout marbré de grosses taches brunes; la dorsale a aussi des marbrures noires sur un fond jaunâtre; la caudale, jaune à la base, est violette à son bord; l'anale a cette même teinte; les pectorales et les ventrales sont bleuâtres; il n'y a pas non plus de rayures sur les joues. Tel est le poisson que Spengler avait en- voyé à Bloch. Il est voisin des précédens, mais il me parait devoir en être distingué. M. Retzius l'a cité dans son édition du Fauna suecica (p. 337, ^-^ 7^)? ^^^^ le nom de perça niaculosa , en conservant pour sy- nonyme le nom et la figure de Bloch. M. Nilsson* nous éclaire davantage sur cette espèce, et il ajoute que sur les côtes de Nor- w^ége des individus atteignent jusqu'à dix pouces. Elle paraît commune sur le littoral de la Norwége et dans la mer Baltique. 1. Niisson , Prod. Ichth. Scand., p. 76, n.° /|. i3. 12 478 LIVRE XVI. LABROÏDES. Le CrÉNI LABRE DE PeNNANT. {Crenilahrus Pennandi, nob.; Goldsinnj,VQm\zxA.') Devia-l-on considérer comme étant d'une espèce différente du précédent, le goldsinny de Pennant*, figuré dans l'édition in-4.° du British Fauna, et qui a été copié par Bonna- terre dans les planches de l'Encyclopédie mé- thodique ? Il ne me paraît différer du précédent que par l'absence de la tache des côtés de la queue, et je lui vois aussi quelques rayures sur les joues, que ne paraît pas avoir le poisson de Blochj car je ne crois pas qu'on doive prendre pour telles les varia- tions de couleur que la pelniure de l'iclithyologiste allemand indique au-dessous de l'œil. Ce qu'il y a de certain, c'est que ce s^old- sinny n'est pas le même que celui dont Pen- nant avait parlé d'abord d'après Ray, lequel est devenu le labrus cornuhius de Gmelin et des autres ichthyologistes , et qui a été ensuite confondu avec les espèces dont nous traitons ici. he Crénilabre de Couch. {^Crenilahrus Couchii^ nob.) Un autre poisson, très -voisin de ceux-ci, 1 Brii, zool. , III, p. :i5i, pi. 47- CHAP. III. CRÉNILABRES. 179 mais qui me paraît encore distinct, est le CoT^kwing de M. Couch/ Il le représente trois fois aussi long que large, comprimé; à mâchoires égales; à bouche étroite, peu fendue; à dents régulières. Les nombres de l'anale sont encore un peu diffé- rents. D. 16/9 ; A. 3/95 C. 14; P. 14; V. 1/5. La couleur de la tête et du dos est brune; les côtés sont d'un vert tendre avec de nombreuses bandes rouges et brillantes; les opercules sont rayés de rouge et de vert; une tache noire est marquée de chaque côté de la queue. Mais l'auteur ne parle pas de tache noire derrière l'œil, et je n'en vois pas non plus sur la figure. Ce n'est donc pas le crënilabre inëlopej ce n'est pas non plus le crénilabie norwëgien : l'espèce se rapproche plus du crénilabre bossu; mais les proportions et les nombres diffèrent. En tous cas je ne pense pas comme M. Yarell, et je ne crois pas qu'il faille réunir ce poisson à son lahrus goldsinnj. Si les individus qui lui ont été envoye's par M. Couch le confirment dans cette opinion, il faut avouer que la des- cription de cet auteur et sa figure sont bien incomplètes. 1. Couch, Fishes new îo the Brit. Faun., apud Loudon Mag. ofnat. hist., vol.Y^ V' ^1 y %• 4- 18Ô LIVRE XVI. LABROÏDES. M. Couch a trouvé cette espèce sur la côte de Cornwall. Le Crénilabre de Donovain. {Crenilahrus Donovani, nob. ; Labrus corniihius , Donovan. ) Donovan* a aussi un crénilabre confondu par lui, sous le nom de labrus cornubias, avec le goldsmny de Ray ou de Jago, et qu'il représente d'un vert plus ou moins doré ou rougeâtre sur le dos, traversé par six bandes verticales brunes, dont trois remontent sur la dorsale , où elles laissent de grosses taches. Les côtés et le ventre deviennent jaune verdâtre, plus ou moins argentés, et sont rayés iongitudinalement de verdâtre ou de bleu : on voit une taclie noire de chaque côté de la queue, et une bande bleu fonce' a la base de la caudale. La pecto- rale a sur l'insertion des rayons un arc bleu bordé d'orangé. La nageoire du dos est verte et couverte de petits traits bleus sur la membrane entre chaque rayon épineux : sur la portion molle ce sont des traits. La caudale est arrondie et jaunâtre au milieu, plus verte au bord ou pointillée de citron verdâtre sur l'anale, dont le fond est gris verdâtre; il y a deux grosses taches oblongues brunes, et le reste est pointillé de verdâtre. Il n'y a point de rayures sur la joue, et Donovan ne parle pas de tache derrière l'œil. 1. Donovan, Nat. hist. of. Brit, fish. , roi. III, pi. LXXII. CHAP. III. CRÉNILABRES. 181 M. Yarell a donné une seconde figure , non moins jolie, de ce petit crënilabie,'car tous ses caractères conviennent parfaitement au goldsinnj de Donovan; je lui vois cepen- dant une tache noire derrière l'œil. Voici les nombres tels que M. Yarell les compte : D. 16/8; A. 3/10; C. 14; P. 14; V. 1/5. MM. Donovan et Couch indiquent leurs poissons comme étant rares sur les côtes d'Angleterre. Selon M. Yarell, celui-ci serait plus facile à se procurer; car il en a plu- sieurs individus depuis un pouce et demi jusqu'à quatre pouces de longueur. Comme il n'y a point de rayures sur les joues, je ne puis le croire de la même espèce que le Corkwing de M. Couch. Je ne le crois pas le goldsinnj de Pennant, qui a des rayures sur la joue, et pas de ta- ches aux côtés de la queue. C'est encore moins le labrus cornubius de Risso. M. Audouin a rapporté de Granville de très-petits individus de cette espèce; ils n'ont que deux pouces à deux pouces et demi. On voit encore les taches de la dorsale et de l'anale. 182 LIVRE XVI. LABROÏDES. Mais je m'étonne que tous ces auteurs l'aient confondu avec le labrus cornuhius de Ray, qui est si facile à distinguer par sa tache noire sur le devant de sa dorsale et sur le dos de la queue. Le Crénilabre verdatre. {Crenilabriis viresceiis , nob.) Le poisson que Bloch^ a donné parmi ses lutjans, et qu'il tenait d'un marchand ham- bourgeois, me paraît assez voisin du labre rone d'Ascanius, et de tous ceux que je men- tionne ici; mais je crois devoir encore le con- sidérer comme d'une espèce distincte. L'enluminure de Bloch le représente jaune ver- datre sur le dos, argenté sur le ventre, rayé d'une douzaine de lignes longitudinales roussàtres; les na- geoires sont vertes avec deux raies rousses longitu- dinales sur la dorsale et sur l'anale : deux autres, verticales, sur la caudale. Il y a aussi deux traits obliques sur la joue et sous l'œil; mais point de tache noire ni derrière l'œil, ni sur les côtés de la queue. Voici les nombres de Bloch : D. 16/9 ; A. 3/9 ; G. 16 ; P. 12 ; V. 1/5. Ce ne peut être le lahrus melops, s'il est vrai qu'il n'y ait pas eu de tache noire der- rière l'œil. Ce n'est pas non plus le corkwln^ 1. Lutjanus virescens ,^\oc\\, 20^. CHAP. III. CRÉNILABRES. 183 de M. Couch, car il n'y a pas de tache à la queue. Il ne peut être aussi de l'espèce du creni- labrus Donovani, qui a des bandes verticales sur le corps et sur les nageoires, une tache près de la queue et même derrière l'œil, selon M. Yarell. Il parait plus voisin d'une espèce de Pallas , dont je parlerai plus loin. Le Crénilabre BRimNiCH. {Crenilahriis Brùnnichii ; Lut j anus Brûnnichii, Lacép.) A côte de ces espèces à seize rayons épi- neux à la dorsale , et si variées dans l'ocëan septentrional de l'Europe, il faut placer aussi plusieurs poissons à nombre égal d'épines à la dorsale, et qui se distinguent cependant du crenilahriis melops par des caractères tirés de la couleur ou quelquefois de leurs dents. Tel est d'abord celui que je regarde comme le lut j an Brûnnich, que Lacépède avait tiré de Brûnnich, et qui me paraît aussi le même que celui nommé par Bloch (pi. 2^1, fig. 2) lutjanus hidens, à cause de la saillie des deux dents mitoyennes de la mâchoire supérieure, qui sont plus fortes que les autres et dirigées en avant. Ce poisson a du reste 484 LIVRE XVI. LABROÏDES. la forme de noire crenilabrus îapina , mais avec le museau un peu plus court. D. 16/9; A. 3y9, etc. Il se décolore tout-à-fait dans l'esprit de vin; mais il conserve une grande tache noire ou bleu foncé, à la base de la pectorale, qui le fait aisément recon- naître. La peau du sous-orbitaire est aussi colorée en bleu; et les trois nageoires verticales, et surtout la caudale, sont piquetées de petits points toujours visibles. Le poisson vivant est peint de couleurs agréables; nous pouvons le juger par le dessin que M. Lauril- lard a bien voulu nous donner. Sur un fond olive, qui passe à l'orangé sous le ventre, le corps est rayé longitudinalement par treize lignes bleues du plus bel outremer; quatre traits de même couleur pas- sent en chevrons sur le dessus de la tête, et un autre forme un cercle sur la tempe. Une ligne plus pâle traverse obliquement de l'œil sous la mâchoire infé- rieure. Le dessous de la gorge est bleu; le devant de la tête, sous le sous-orbitaire, est olive comme le dos; la dorsale est jaune olivâtre, bordée de bleu; à la base des quatre premiers rayons épineux il y a un trait bleu, et deux rangées de points bleus sur le reste. L'anale est un peu orangée, bordée de bleu et toute couverte de points de cette nuance. La cau- dale, jaune orangé à la base, a son tiers postérieur bleu. La pectorale est jaune pâle, et porte, sur la portion qui rattache les rayons au bras , une grosse tache bleu foncé. On voit par ce que j'ai dit plus haut que c'est la seule tache qui persiste sur le CHAP. III. CRÉNILABRES. 185 corps, et qui se conserve dans l'eau-de-vie aussi long- temps que l'on garde le poisson. J'en ai des individus devenus tout blancs, qui ont cette tache rousse très- manifeste. Leur canal intestinal fait trois replis. Le péritoine est grisâtre. La vessie aérienne est ovalaire, alongée, et ses parois sont très-épaisses. Son squelette a treize vertèbres abdominales et dix-sept caudales. Le crâne est arrondi, assez bombé en arrière. Sa crête mitoyenne est haute, peu large et un peu en pointe conique. Nos individus sont longs de quatre pouces, Ils nous sont venus de Marseille par M. Cu- vier; de Nice , par MM. Risso , Savigny et Lau- rillard; de Rome et de Naples, par M. Savi- gny ; de Messine, par M. Bibron; de Palerme, par M. Constant Prévost; de Malte , par le doc- teur Leach; de Malaga, par M. Bâillon, et d'Iviça, par Laroche. Ce petit poisson estreconnaissable aux lignes bleues serpentiformes dont parle Briinnich* parmi ses labres qui lui paraissent encore diffi- ciles à déterminer. Bonnaterie a fait de cette description son lahrus serpentinus ^ que M. de Lacépède a placé dans ses lutjans, sous le nom que nous avons adopté. Mais cette même espèce se trouve encore un peu plus loin dans \. Fisc. Mass., p. 56, n.° 72. '1 8() LIVRE XVI. LAEROÏDES. Brûiinicli, car on ne peut douter un seul ins- tant que ce ne soit son perça inediterranea , qu'il a eu le tort de prendre pour le poisson de Linnë, lequel est de l'espèce suivante. Lacëpède a confondu ces deux espèces dans son lutjan méditerranéen; et M. Risso a copié toutes ces erreurs, car, à la suite l'un de l'au- tre , il a un créniiabre me'diterranëen et un crënilabre Biûnnich, qui bien certainement ne sont que de la même espèce. C'est diU^sWe lut j anus hidens àe^Xoch, quoi- que le dessinateur ait interrompu la ligne la- térale. Le Crénilabre méditerranéen. ( Crenilahrus mediterraneus , nob. ) La Méditerranée nourrit encore un autre crénilabre, semblable au précédent par ses dénis saillantes, par les lâches de la base de la pectorale; mais qui en diffère, parce qu'il a toujours une tache noire sur le haut du tronçon de la queue, près de l'insertion des rayons de la cau- dale, et par la teinte bleue de l'anus; la tache de la pectorale est aussi plus étroite; les nageoires verti- cales n'ont pas les petits points que nous avons signa- lés sur l'autre espèce. Les nombres sont les mêmes. D. 16/9; A. 3/9. CHAP. HT. CRÉNILABRES. 487 Le reste du corps est brun foncé sur le dos , avec quelques lignes noirâtres longitudinales; blanc sous le ventre. Celle-ci paraît rester un peu plus petite, et ne pas dépasser quatre pouces. Marseille, Toulon , Nice, Messine, Paleime, sont les difFérens points dont nous avons reçu cette espèce. Nous en avons reconnu deux variétés nota- bles. L'une vient de Toulon : elle a dix-sept rayons épineux à la dorsale ; l'individu est long de cinq pouces. L'autre , rapportée de Naples par M. Savigny, en a dix-huit : il n'a que quatre pouces. Peut-être que ces différences de nom- bres coïncideront avec d'autres caractères et serviront encore à établir deux nouvelles es- pèces. C'est bien certainement celle que Linné a décrite dans le Musée du prince Adolphe- Frédéric ', sous le nom de perça mediterranea, et que Biùnnich a cru être identique à celle qu'il décrivait et dont nous venons de parler. Cette erreur a été copiée par Lacépède et par M. Risso. Mais Briinnich avait aussi ce créni- labre parmi ses labres douteux; car la des- cription qu'il a donnée (p. 57, n." 73) convient 1. Mus. Ad. Fr. Prod., t. II, p. 85. ] 88 LIVRE XVI. LABROIDES. parfaitement pour les couleurs. Il n'y a compté que quinze rayons épineux à la dorsale. Bonnaterre a fait de cette description son lahrus cœruleo -vittatus y qui est devenu le lutjan marseillais de Lacépède. Cette synonymie a été employée par M. Risso pour un autre crénilabre, à quatorze rayons épineux à la dorsale, et qui n'est certaine- ment pas le poisson de Briinnicli. Gmelin avait aussi employé la description de Brimnich, et en avait fait son lahrus uni- maculatus , qui a été cette fois réuni par Lacépède au labre marseillais. Mais Gmelin en a rapproché a tort comme une variété, la description tirée du Spolia maris Aclriatici (p-97)- C'est plutôt à ce crénilabre qu'au précé- dent qu'il faut rapporter le lahrus pittima de Rafinesque. Je ne fais ici mention de cet auteur que pour avertir le lecteur qu'il m'a été im- possible de reconnaître la plupart des espèces mentionnées dans son ouvrage. Je ne le regarde pas comme de la même espèce que le ^oldsinnj de l'Océan ou au- tres crénilabres, dont il est parlé plus haut, parce que la position de la tache et les autres distributions des couleurs ne sont pas les mêmes. CHAP. III. CRÉNILABRES. i 89 Le Crénilabre de Bory. {Creiîilahrus Bory anus, Risso; Crenilabrus nigres- cens, Risso.) Je trouve encore, parmi les poissons re- cueillis à Nice par M. Laurillard , un créni- labre ayant une tache noire cerclée de jaune à la base de la pectorale, qui est roussfitre et sans tache sur sa membrane et ses rayons; la tête et le dos sont d'un vert assez foncé ; le ventre orangé , et les flancs rayés de treize bandes longitudinales bleues; on volt des rayures ondulées et anastomosées, de même teinte, sur la tête, sur la gorge et sur le devant de la dorsale. Cette nageoire, bordée de bleu , est d'un roux verdàtre à la base, couverte de deux rangées longitudinales de points bleus; sur l'anale, qui est orangée et lisérée de bleu, il y a quatre à cinq rangées de points; la caudale n'offre aucune tache, elle est orangée à la base, et bleue sur tout le bord ; la ventrale a la même disposi- tion de couleur , qui est partout du plus bel outremer. Ce qui le dislingue des deux précédens, ce sont deux bandes verticales d'un roux brunâtre sur la fin de la queue, sans s'étendre sur les rayons de la caudale. D. 16/9; A. 3/11, etc. Nos individus sont longs de cinq à six pouces. Les pécheurs de Nice l'ont donné à M. Laurillard sous le nom de rouquié nègre. En lisant la description de M. Risso , il est 190 LIVRE XVI. LABROÏDES. impossible de méconnaître dans ce poisson son crenilahrus Bojycmus. Les seules différences consistent en ce qu'il ne parle que d'une seule bande sur la queue, et qu'il leur donne un rayon épineux de moins. Mais je ne puis douter non plus que ce ne soit aussi son crenilahrus ni^rescens y car il a ainsi déterminé le dessin pris sur le frais , que M. Laurillard a exécuté à Nice. Or, dans ce dessin les bandes cauda- les sont clairement marquées, et cependant M. Piisso n'en a pas fait mention dans la des- cription de son crénilahre noirâtre. Grénilabre a sourcils d'or. {Crenilahrus chrjsophus , Risso.) M. Risso parle encore d'un crénilabre , voisin de ceux-ci, et que je n'ai pas retrouvé dans les nombreux individus de la collection du Cabinet du Roi. Suivant cet auteur le corps est ovalaire, d'un beau vert pré uniforme et sans aucunes taches; le des- sous est argenté; la bouche est bleuâtre, armée de dents antérieures plus fortes, une bande dorée colore le sourcil; toutes les nageoires sont vertes; la tache de la base des pectorales est de couleur verte et foncée. D. 16/10; A. 3/8; C. 14; P. 14: V. 15. La femelle seule aurait, selon M. Risso, une trace de tache sur le bout de la queue. CHAP. m. CRÉNILABRES. 191 La taille de ce poisson est de quatre à cinq pouces. 11 habite parmi les rochers , et se mon- tre en plus grande abondance sur la côte de Nice, au mois d'Octobre. Le Crénilabre de Bâillon. {Crenilahrus BailloTii , nob.) J'ai reçu de la baie de Saint- Valéry, près l'embouchure de la Somme, par M. Bâillon, un crénilabre qui a encore une tache a la base de la pectorale, et dont le corps est assez semblable à celui de noire creni- lahrus pcwo. La hauteur fait le tiers de la longueur du corps, la caudale non comprise, et qui est con- tenue huit fois dans la longueur totale. La tête est plus courte que la hauteur. La bouche est petite j les dents sont égales, sur un seul rang. D. 14/10; A. 3/13, etc. Le poisson frais avait le corps d'un gris bleuâtre, passant au violet sur les flancs. Cinq à six larges taches bleues noirâtres descendaient du dos en s'é- vanouissant sur les côtés; cinq à six séries de taches ou traits jaunes étaient tirés sur la longueur des flancs; un trait jaune oblique passait sur la nuque; et d'autres de la même teinte s'avançaient sur le front. Au-dessus des yeux, jusqu'à l'extrémité du museau, quatre raies orangées et longitudinales étaient tracées sur la région sous-orbitaire; le reste de la joue, sur 492 LIVRE XVI. LABROÏDES. un fond violet , était tacheté de points orangés. L'o- percule n'avait aucune tache. La dorsale avait sur sa portion épineuse, dont le fond est violet, un trait longitudinal jaune, et une bordure rosée lisérée de jaune pâle : sur la portion molle la bordure rose est plus large, et il y a quatre à cinq rangées de points jaunes. L'anale avait beau- coup plus de rose que de violet, et sur les derniers rayons il y avait des points jaunes. La caudale était verte, avec une large et belle tache rose foncé ou vineuse sur l'angle supérieur et postérieur. Les pec- torales étaient violacées, avec trois bandes verticales jaunâtres. La tache de la pectorale était bleue et bordée d'orangé. Enfin, sur les ventrales on voyait des points jaunes. Cette belle espèce devient assez grande, car l'individu a près de huit pouces. Je l'ai aussi reconnu dans des poissons décolores que j'ai reçus de La Rochelle par M. d'Orbigny; mais qui conservent encore le trait de la base de la pectorale, et dont les taches jaunes des nageoires effacées se dessinent en clair sur la membrane. C'est avec un vrai plaisir que je dédie cette espèce à mon ami M. Bâillon , qui a rendu tant d'autres services à notre ouvrage par ses recherches sur les poissons de nos côtes de la Manche. CHAP. HT. CRÉNILABRES. 195 Le Grénilabre ocellé. {Crenilahriis ocellatus , nob.j Labrus ocellatus , Forskal.) La Méditerranée nourrit en abondance un petit crënilabre qu'il est facile de reconnaître dans la description qu'en avait laissée Forskal 5 mais dont l'espèce a été mal caractérisée et même multipliée par ceux qui ont copié sans critique cet auteur, et ensuite Briinnich, qui en a aussi parlé. Le corps est un ovale dont la longueur contient trois fois ou trois fois et demie la hauteur. Son préo- percule est dentelé tout autour de l'angle jusque sur le bord inférieur; et, outre ce caractère tiré des formes, nous le reconnaissons à la tache bleu foncé presque noire , qui se conserve sur le haut de l'oper- cule après la mort de l'animal et même après un long séjour dans l'esprit de vm : souvent cette tache, lisé- rée d'un fin trait bleu ou blanc, devient un ocelle. Une tache oblongue de même couleur, mais moins foncée, existe au-devant de l'œil, le long du sous- orbitaire. Une troisième tache, mais moins arrêtée, se voit de chaque côté de la queue ; et sur quelques individus j'en vois une petite sur le commencement de la dorsale. Le fond du corps est un brun rou- geâtre, plus ou moins mêlé ou tacheté de bleuâtre. Les nageoires sont jaunâtres, avec des ocelles bleu pâle. Ceux-ci , plus prononcés sur la caudale , sont i3. i3 194 LIVRE XVI. LABROÏDES. disposés de manière à faire cinq à six lignes on- duleuses sur cette nageoire. D. 14/10; A. 3/9, elc. Nous en avons un grand nombre d'indivi- dus chez lesquels nous comptons : D. 15/9; A. 3/9, etc. Enfin, un seul s'est trouvé n'avoir que treize rayons épineux, de sorte qu'il n'a que vingt-trois rayons à la dorsale, au lieu de vingt-cinq, en y comprenant les rayons branclius. Ce petit ciënilabre nous est venu, comme les précëdens, de Toulon, de Marseille, de Nice, de Naples, de Palerme, de Messine, de Napoli de Romanie, d'Alexandrie d'Egypte, d'Iviça et de Malaga. C'est bien, comme nous l'avons dit, le pois- son que FoiskaP a nommé lahriis ocellatus, et qui a pris rang sous ce nom dans la trei- zième édition du Systenia naturce. Briinnich^ en a aussi parlé, et je crois même qu'il a décrit deux des variétés que nous avons signalées, l'une sous le n.° 7 i, et l'autre sous le n.° 74 de ses labres incertains- Cette dernière ne se distingue en effet de la première que par la tache mentionnée sur la dorsale; et la première ne diffère certainement pas de celle 1. Forskai , Faun. nrab. , p. Sy, ii.° 55. 2. Biiinnich, Fisc. Mass., p. 56 et 58. CHAP. III. CP.ÉNILABRES. 195 de Forskal. Celle sous le n° -y i , est devenue le lahrus olwaceus de Gmelin, et la seconde son lahriis venosus. Ces trois espèces nominales sont reproduites par Lacëpède*: deux parmi ses lut j ans, et la dernière est même inscrite dans son genre Labre sous le nom de lahrus reticulatiis^, que Bonnaterre avait déjà em- ployé pour changer l'épithète de Gmelin. On peut dire que M. Risso a bien singuliè- rement embrouillé l'histoire de ces espèces, lui, qui aurait dû, au contraire, nous faire bien connaître des poissons qu'il peut voir et étudier si facilement à Nice. Nous sommes cependant parvenus à bien reconnaître ces espèces sur ses descriptions in- complètes, et dans lesquelles il a mêlé ce qu'il prenait aux auteurs qu'il consultait, malheu- reusement, le plus souvent dans leurs copistes. Nous sommes arrivés à ces résultats en réu- nissant un grand nombre de ces petits poissons étiquetés par M. Risso soit à M. Savigny, soit à M. Laurillard; nous avons comparé ces pré- tendues espèces, et nous nous sommes assurés qu'il a souvent donné la même espèce à ces deux collecteurs sous deux noms différens. 1. Lacépède, t. IV, p. 218, Luij. ocellahis , Liiij. olivaceus. 2. Ejusd. , t. III, p. 5o8, Lab. maillé. 496 LIVRE XVI. LABROÏDES. Ainsi on trouve dans sa première édition* un lutjanus ocellatus, sous lequel il ne cite que Forskal, qui est de notre espèce, car nous avons vu des individus ainsi dénommés par lui; mais il a un labre maillé^ qu'il tient de Briinnich. Or, il ajoute dans cette descrip- tion un caractère pris d'une autre espèce, et dont Briinniclî, effectivement, ne fait pas mention , c'est la couleur bleue de l'anus. Ainsi son lahrus venosus est déjà une espèce factice; et il la rend encore plus imaginaire dans sa seconde édition (p. 325 ), car il ajoute une large tache de chaque côté de la partie supérieure de la queue; caractère qu'il em- prunte au crénilabre méditerranéen. Le nôtre a quelquefois une petite tache, souvent effacée, mais sur le milieu de la base de la caudale. Selon M. Bisso, les pêcheurs de Nice le nomment rouquié ou vachetto. L'examen d'un très-grand nombre d'indi- vidus de cette espèce me fait croire qu'il faut encore rapporter à notre poisson le labrus ocellaris de Linné ^. Les nombres des rayons et la petite tache noire se rapportent assez bien pour que l'on puisse admettre ce rapproche- 1. Risso, Ichlh. de Nice, p. 278. — 2. Ibid,, p. 269. 3. Mus. Ad. Fr. Prod. , t. II, p. 78, n." 19. CHAP. III. CRÉNILABRES. 197 ment, qui restera toujours douteux, à cause de la brièveté de la description linnéenne. Ce labroïde est reste parmi les labres de Lacëpède. Pallas a aussi ce poisson sous le nom de lahrus perspicillatus % tout en reconnaissant son identité avec le lahrus ocellatus de Fors- kal, il en changeait cependant le nom. Il est très-abondant au printemps dans la mer Noire, et les pécheurs de Théodosie le rejettent à la mer, parce qu'ils le regardent comme d'une nourriture malsaine. Le Crénilabre de Risso. {Crenilahrus Rissoi^ nob.; Luljanus olwaceus , Risso , mais non Lacép.) Nous avons reçu, étiqueté par M. Risso lui- même, sous le nom de lut j anus olwaceus^^ un petit crénilabre si voisin du précédent, que M. Savigny lui-même , à qui nous le devons , le regardait comme une simple variété. Cependant nous lui trouvons le corps plus court, l'ovale plus régulier , le profil moins concave ; les crénelures du bord horizontal du préopercule se portent moins en avant, et les nombres vont jusqu'à seize dans quelques individus. D. 15 à 16/10 5 A. 3/9, etc. 1. Pallas, Faun. Ross., t. III, p. 267. 198 LIVRE XVI. LABROÏDES. Le corps est oliviâtre; la tache de l'opercule peu marquée, moins que celle de l'extrémité du museau. Je ne vois pas de taches ni de points sur les nageoires : celle de la queue est réduite à un point noir. Ces observations me font croire que M. Risso a eu raison de regarder ce poisson comme étant d'une espèce distincte. Nos individus viennent de Naples, par M. Savigny, ou de Palerme. Ceux-ci sont dus aux recherches éclairées de M. Constant Prévost. Leur lon- gueur varie de deux à trois pouces. J'ai admis pour synonyme de cette espèce le lutjcnius olwaceuSy puisque M. Piisso Ta ainsi déterminé; mais je ferai de suite remarquer que sa citation de Brùnnich et de Lacépède sera dans ce cas mauvaise, et que son lutjanus olivaceus ne peut être regardé comme iden- tique de celui de Lacépède, ou du lahru,s olivaceus établi par Gmelin d'après Brùnnich. Le CrÉNI LABRE LITTORAL. {Crenilabrus littoralis, Risso.) Parmi ces vachetta des pécheurs nicéens M. Risso a encore distingué une espèce , dont il n'avait pas osé faire mention dans sa première édition. Elle a le corps alongé, le fond argenté verdatre sur le dos, une tache bleue à l'opercule et une noire CHAP. III. CRÉNILABRES. 1 99 près de la queue; mais elle diffère constamment de la précédente par de grandes bandes longitudinales argentées, qui tranchent agréablement sur le fond verdatre du poisson. La gorge est traversée par dix raies d'un beau bleu foncé, étendues souvent jusque sur les opercules, La tache de la base de la queue est toujours plus grande. Voici les nombres comptes par M. Risso. D. 14/10; A. 3/10; C. 13; p. 14; V. 1/5. La femelle fraie au printemps. On les trouve pendant toute l'année sur les plages couvertes de galets. Le Crénilabre petite tanche. {Creîiilahrus tinca, nob. ; Lahriis tinca^ Brima.) Un autre petit crénilabre de la Méditer- ranée, qui est parfaitement reconnaissable dans le lut j anus tinca de Briinnicli, et dont la hauteur est comprise trois fois et demie ou quatre fois dans la longueur du corps, suivant l'ëtat de plénitude du ventre, se distingue encore des précédens par son corps plus épais et arrondi sur les côtés, l'épais- seur étant moitié de la hauteur.^ Le museau est gros et rond. L'oeil, écarté de l'autre d'une fois son dia- mètre , et éloigné du bout du museau d'une fois et un tiers cette même mesure , a une largeur égale au quart de la longueur -de la tête, laquelle est con- 200 LIVRE XVI. LABROÏDES. tenue trois fois dans celle du corps , la caudale non comprise. Les dénis sont toutes égales et non proclives; les dentelures du préopercule sont toujours manifestes et ne dépassent pas l'angle arrondi de cette pièce. D. 15/9; A. 3/8, etc. J'en trouve un individu qui n'a que quatorze épines; mais il a un rayon mou de plus. La joue, l'opercule et l'interopercule sont cou- verts d'écaillés. Je vois peu de pores sur les parties nues de la tête. Il y a une trentaine d'écaillés entre l'ouïe et la caudale; chaque écaille est petite, oblon- gue, membraneuse dans sa partie visible, et sa portion radicale a douze ou quatorze rayons à éventail. Sur un fond rouge lavé de rose, le poisson a une bande brune ou bleu foncé, qui va du bout du mu- seau au dos de la queue, dans la largeur du diamètre de l'œil, qui l'interrompt; au-dessus une seconde raie va le long du dos sur la base de la dorsale, sans la recouvrir : elle avance sur le dessus de la tête jus- qu'au bout du museau. La bandelette rouge qui sépare ces deUx bandes brunes passe au-dessus de l'œil, se réunit sur le dessus de la tête en avant des yeux, et y forme un chevron. Sur le ventre il y a trois ran- gées longitudinales de points de la même teinte que les bandes, et de chaque côté de la queue et au- dessus de la ligne latérale une petite tache noire. L'anus est coloré en bleu brillant; la dorsale est orangée et bordée de bleu céleste; les autres na- geoires ont la base orangée. Une tache bleue est à l'aisselle de la pectorale. Le dessous de l'œil et de la CHAP. lîl. CRÉNILABRES. 201 mâchoire inférieure est aussi d'un beau jaune orangé. Sur le frais la couleur, selon M. Laurillard, est également rouge, avec deux larges bandes vertes: une qui règne le long de la base de la dorsale, et l'autre, qui commence à la lèvre supérieure, passe à travers l'œil, et va atteindre à la caudale au-dessous delà ligne latérale, quand elle n'est pas encore flé- chie, et au-dessus d'elle après sa courbure. Nos individus ne dépassent pas trois pouces. Cette description est faite d'après des indi- vidus en bon état, que nous devons à M. Rie- ner, qui les a pris à Toulon. Nous en avons reçu d'autres de Marseille, de Nice, par MM. Risso et Laurillard; de Naples, de Gênes, par M. Savigny ; de Sicile , par M. Bibron. Nous ne doutons pas que ce ne soit le la- brus tinca de Brïmnich; mais ce ne peut être celui de Linné, ainsi que nous l'avons fait voir à l'article de notre crénilabre paon. Il est toutefois curieux de remarquer que Gmelin, que Bonnaterre et Lacépède, qui à la vérité n'ont fait que le copier, n'ont pas cité cette espèce si claire et si reconnaissable de Briinnich, lorsqu'ils ont fait usage de descrip- tions que ce savant naturaliste regardait lui- même comme incertaines. C'est bien certainement le poisson dont M. Bisso a voulu parler sous le nom de lut- 202 LIVRE XVI. lalroïdes. janiis tinca^ mais, sauf le caractère de la co- loration de l'anus, il est bien évident que le reste de la description n'a pas été étudié sur la nature, et sa synonymie est encore plus fau- tive; car dans la première édition il ne cite que Pennant, et dans la seconde il y ajoute Gmelin, ce qui n'est pas plus vrai; et dans cette circonstance M. Risso a aussi négligé de se servir de l'ouvrage de Brùnnicli : il ne l'a pas cité. Le Créni LABRE Massa. (^Crenilahrus Massa, Risso.) . V Voici encore un petit poisson fort abondant dans toute la Méditerranée, et que nous fai- sons paraître sous le nom que lui a imposé M. Risso, quoiqu'il ait été connu avant lui par Brûnniclî. Il a le corps plus haut et plus ovale que le pré- cédent et beaucoup plus comprimé. La hauteur fait le tiers et quelque chose de la longueur totale; l'é- paisseur est moins que le tiers de la hauteur. Le museau est pointu; la ligne du profil monte obli- quement à la dorsale; le préopercule a des dente- lures fines qui ne dépassent pas l'angle; la peau nue de la tête est criblée de pores. D. 15/10; A 3/9, etc. La couleur est rouge ou lie de vin, niêlée de bleu chap. ni. crénilabres. 205 sur le dos, et de points irréguliers de celte couleur sur les côtés. Une tache bleue existe de chaque côté de la queue, mais sous la ligne latérale; disposition qui fait facilement distinguer cette espèce de la précédeme. L'anus n'offre aucune coloration remarquable. Les nageoires sont rougeâtres ou orangées et tachetées de bleu céleste. Une tache bleue, aussi foncée que celle de la queue, existe sur les trois premiers rayons de la dorsale. Ce petit poisson, de la taille du précédent, nous est venu de difterens points de la Mé- diterranée, où nous avons eu des correspon- dans. Ainsi nous le possédons de Toulon, par M. Kiener; de Montpellier, par M. Delille ; de Corse, par M. Payraudeau; de Nice, par MM. Laurillard etRisso; de Naples, par M. Savigny; de Napoli de Romanie, par M. Reynaud; du Bosphore, par M. Virlet. 11 est aisé de reconnaître notre poisson dans la description de Brimnicli', puisqu'il dit: macula Jiigra infra ad basin caudœ. Gmeliu a fait de cette description le lahrus griseus^j mais, comme il avait déjà employé pour sa quatrième espèce ce nom , M. de Lacépède a changé l'épithète de notre créni- labre en celle de cinei^eus y en plaçant cepen- L Fisc. Mass., p. 58, n." 75. — 2. Sjst. nai. , édiliou i5, p. 1296, n.° 64- 204 LIVRE XVI. LABROÏDES. dant cette espèce parmi ses lutjans à côté des lutjanus ocellatiis et lutjanus olwaceuSy avec lesquels elle a de nombreuses affinités. M. Risso a repris cette description de Briin- nich ou peut-élre de Lacëpède pour établir dans sa première édition un lutjanus cinereus, qui ne reparaît plus dans la seconde, où le crénilabre massa seul est conservé. Il est figuré dans la première édition (pi. 8, fig. 26). Il porte à Nice le nom de lan^aneu. I^a tache caudale est moins apparente sur les femelles. On la voit sur les cotes rocheuses de Nice, en Mars, Juin et Décembre. Le Crénilabre de Cotta. {Crenilabrus Cottœ j nob.j Lutjanus Cottœ , Risso.) Les collections faites à Nice par M. Lauril- lard nous ont fait connaître une petite espèce de crénilabre, qui nous paraît devoir être rap- portée à l'espèce décrite par M. Risso, dès sa première édition, sous le nom de lut j an Cotta. Elle a le corps plus alongé et plus rond que celui du crenilabrus massa; mais il le paraît un peu moins que celui du crenilabrus iinca. Les dents sont plus fortes et plus inégales. D. 14/10; A. 3/8, etc. Tout le corps est sur un fond rougeâlre grivelé è CHAP. III. CRÉNILABRES. 205 OU marbré de brun ou de bleuâtre; un large trait va du bout du museau à l'oeil, sans le dépasser; un autre, au-dessous de l'œil, s'étend en une sorte de bride sous la mâchoire inférieure ; un autre , plus court, le précède. Il y a une tache bleue sur le com- mencement de la dorsale; une autre, souvent mal terminée, sous la base de la queue. La dorsale a du brun sur sa partie épineuse, et un très-fin sablé noi- râtre sur la portion molle ; la caudale et l'anale sont pointillées de bleu. Notre plus grand individu a trois pouces et demi. Outre ceux que nous devons àM.Lauiillard, nous avons trouvé des individus de cette même ; espèce parmi les poissons rapportés de Napoli-. >>,^ de Romanie, par M. Reynaud, et du Bosphore, ■ * par M. Virlet. Le CrÉNI LABRE PlOISSAL. {Crenilabrus Roissalii, Risso.) Un autre de ces crénilabres a encore été mentionné par Biùnnich^, mais confondu par Gmelin avec une des espèces précédentes; aussi, pour plus de clarté, nous adoptons un des noms sous lesquels M. Risso a inscrit cette espèce dans son ouvrage. 1. Spol. mar. yldr., p. 97, n." 10. 206 LIVRE XVI. LABROÏDES. Ce poisson, de forme elliptique et régulière, a sa hauteur comprise trois fois dans sa longueur totale; les crénelures du préopercule très-fines, et il n'y en a point sur le bord horizontal. D. 15/9; A. 3/9, etc. Outre la tache noire que cette espèce conserve sur l'opercule et sur le sous-orbitaire, entre l'œil et le bout du museau, elle se reconnaît surtout aux deux plus foncées que l'action de l'alcool ne déco- lore pas, et qui sont sur la base des trois premiers et des trois derniers rayons mous de la dorsale. Ces taches sont d'un bleu-noirâtre assez foncé. Quelques individus ont une tache grise ou brune, peu mar- quée, sur les deux premiers rayons épineux, et d'au- tres entre le onzième et le douzième rayon de la dorsale ; on en voit aussi chez d'autres une sur les troisième, quatrième et cinquième rayons mous de l'anale. Il y en a d'autres qui ont une tache peu mar- quée de chaque côté de la queue. Le corps de nos individus, décolorés par l'alcool, paraît jaunâtre, tantôt marbré de brun clair, tantôt couvert de points disposés en séries régulières et formant huit a. neuf lignes longitudinales. Ceux de cette dernière variété ont des lignes brunes sur les joues. M. Risso, qui les a décrits frais, dit que le fond est couleur d'outremer, nuancé et varié de lignes sinueuses d'un vert-jaunâtre foncé, qui bordent pres- que toutes les écailles; la gorge et l'abdomen sont argentés, glacés d'azur, et avec des reflets aurore/ La dorsale est ornée de deux grandes taches noires, CHAP. m. CRÉNILABRES. 207 cerclées de fiiuve ; les ventrales, aurore azuréj les pectorales, vert jaunâtre, avec une lunule bleue à leur basej la caudale est colorée comme les pecto- rales. Cette espèce atteint près de cinq pouces. Nous lavons reçue de Montpellier, de Tou- lon, de Marseille, de INice, de Naples, de Messine, de Malte, dlviça; et le nombre des individus montre c[uelle y est partout fort commune. Nous avons parmi ces nombreux crénilabres une variété assez constante, en ce quelle a un rayon épineux de plus à la dorsale. D. 16/9; A. 3/9, etc. Le corps paraît aussi plus chargé de points ou de marbrures noirâtres. Ils viennent tous des mêmes lieux que les précédens. Le grand nombre d'individus que j'ai étu- diés comparativement me fait croire que Brùn- nich a mentionné cette espèce au n.° --ô, p. 5g de ses Poissons de Marseille. Je crois qu'il a eu sous les yeux, en rédigeant cet article, une des variétés où les taches de la dorsale sont peu apparentes: aussi n'en parle-t-il pas; mais tout le reste de la description convient par- faitement. 208 LIVRE XVI. LABROÏDES. Je retrouve une seconde fois l'espèce dans Brûnnich*, et par une description dans la- quelle elle est nettement caractérisée ; l'auteur n'oublie pas ici de signaler les taches noires de la dorsale. Seulement Brùnnich s'est trompé en regardant les poissons qui faisaient le sujet de cette seconde description comme une va- riété de son lahrus n.° -y 3; mais comme toutes ces déterminations étaient restées douteuses dans l'esprit de Brïmnich, c'était aux auteurs qui travaillaient après lui d'éclaircir les incerti- tudes, et on voit que les moyens étaient pos- sibles. C'est ce que ne fit pas Gmelin, car la description vague sous le n.° -^6 est devenue son lahrus ^uttatus, et la seconde, plus ca- ractéristique , est restée indiquée comme une variété du lahrus unimaculatus. M. de Lacépède a admis , sans plus de critique qu'à son ordinaire , le travail de Gmelin , et c'est ainsi qu'une espèce déjà signalée parBriinnich est restée comme inconnue, et que M. Bisso l'a regardée comme étant nouvelle en icbtliyo- logie, et qu'il lui a imposé un nom particulier dès sa première édition. C'est en effet son lut- jan Roissal% mais il la reproduit tout de suite 1. SpoL mar. Adr. , p. 97, n." 10. 2. Risso, Ichth. de Nice ; p. 276, pi. VIII, %. 28. CHAP. m. CRÉNILABRES. 209 en double emploi ; car ce n'est qu'une des nom- breuses variétés de cette espèce qui est nom- mée lutjanus Alherti^, celle-ci n'en différant, suivant la description, que par la tache noire de l'opercule. Or, elle existe constamment dans tous les individus que j'ai vus en si grande quantité. D'ailleurs , les nombres sont les mêmes : il n'y a donc pas de doute, selon moi, pour cette synonymie; et quoique M. Risso ne l'ait pas dit, il me paraît probable qu'il a reconnu lui-même cette identité, puisqu'il a fait disparaître ce lutjanus Alherti de sa se- conde édition, mais sans en faire connaître le motif. Quant à son lutjan varie, je devrais aussi le rapporter, et sans hésiter, à l'espèce dont nous parlons ici \ car elle porte le même nom vulgaire, et M. Risso a étiqueté lui-même à M. Savigny des poissons de l'espèce de notre crénilabre Roissal sous le nom de lutjan varié, mais je crois voir, en lisant sa description, qu'elle renferme , comme plusieurs autres, un mélange de caractères du lutjan Roissal et du lutjan tigré. Or, je crois aussi qu'il faut encore y rap- porter le crénilabre tigré^ de la seconde 1. Risso, Ichlh. de Nice, p. 323. 2. Ejusd. , ibid.f 2.* édit. , p. 317. i3. 14 210 LIVRE XVI. LABROÏDES. édition de l'Iclithyologie de Nice. Parmi les nombreux individus de cette espèce j'en ai qui ont été nommés par M. Risso lui-même , et ceux-là montrent parfaitement les deux taches sur la dorsale. D'ailleurs on peut voir que, sous les rapports des nombres de rayons, des formes, de la tache de l'opercule, de la coloration de l'anus, tous ces poissons sont de la même espèce. La tête a sur les joues deux lignes noirâtres plus nettement marquées que sur les autres variétés du crénilabre Roissal. Les points noirs dont le corps est semé, sont disposés en bandes trans- versales, assez nettes sur quelques individus. Suivant M. Risso , le fond de la couleur est de même verdâtre; mais il a oublié dans sa des- cription de parler de taches. Bloch avait aussi connu cette espèce, et il en a donné une figure assez reconnaissable sous le lahriis quinqueinaculatus. On ne peut deviner pourquoi Bloch n'en a pas fait un de ses lutjans, car les dentelures du préopercule y sont clairement marquées; il a seulement un peu exagéré la tache qui est sur le devant du museau, et même celle de l'angle de l'oper- cule. Les nombres des rayons sont absolument les mêmes. Bloch dit qu'il a reçu ce poisson de son ami Spengler, et qu'il est originaire de la mer de Norwége. CHAP. III. CRÉNILABRES. 21 \ Nous ne l'avons pas reçu de mers aussi froi- des; mais nous savons que l'espèce se trouve, quoique rarement, dans notre oeëan d'Eu- rope. M. Bâillon en a envoyé au Cabinet du Roi un individu péché au Croisic sur nos côtes de Bretagne. Cependant l'espèce doit être rare, car nous ne l'avons rencontrée qu'une seule fois depuis tant d'années que nous recueillons les poissons de nos côtes. Je ne la trouve men- tionnée dans aucun auteur des Faunes du Nord, et si S. A. R. le prince Christian de Danemarck l'a inscrite sur son Catalogue des Poissons du Danemarck, il a soin de faire remarquer que c'est sur l'autorité de Bloch. M. de Lacépède n'a pas manqué de repro- duire encore cette nouvelle espèce nominale, et de suivre Bloch en en faisant, contrairement aux principes de sa classification, un labre; quoique, s'il eût regardé la figure, il aurait dû, sans aucun doute, le placer parmi ses lutjans. Nous voyons par les travaux de Pallas que l'espèce avance aussi jusque sur les côtes ro- cheuses de la Tauride : c'est son labrus œrusi- nosiis du Fauna rossica (t. III, p. 264). Il dit que l'espèce vit en troupes, mais moins nom- breuses que le crénilabre paon. Il nous apprend que les arêtes du poisson cuit deviennent vertes, plus foncées que celles de l'orphie. 2i2 LIVRE XVI. LABROÏDES. Le Crénilabre a cinq taches. {^Crenilabrus quinquemaculatus , Risso.) M. Risso a donné, dans sa seconde édition, sous le nom que nous adoptons avec lui, un crénilabre qui est différent du poisson auquel Bloch avait donné cette épithète. C'est une espèce voisine ou peut-être une simple variété du crénilabre Roissal. Il a les mêmes formes, les mêmes nombres de rayonsj mais les taches de la dorsale sont au nombre de cinq : une sur les deux premières épines; la se- conde, sur les cinquième, sixième et septième rayons; la troisième, sur les dixième, onzième et douzième; celles des rayons mous sont dans les mêmes rap- ports avec les rayons que celles du crénilabre Rois- sal. L'anale a deux taches; une autre existe sur l'o- percule , et une de chaque côté de la queue. Nous l'avons reçu de Palerme par M. Cons- tant Prévost. Nos individus ont trois pouces de longueur. Suivant M. Risso , les couleurs sont aussi un peu différentes du précédent. Le dos est vert tendre et le ventre argenté, et tout le côté est parsemé d'écaillés bleu d'azur, qui forment un réseau; le tout traversé par des raies longitudinales obscures. Les joues et les opercules ont, sur un fond glacé d'azur, des lignes obliques d'un brun rougeàtre; les pectorales sont vertes, les ventrales bleu de ciel, l'anale rou- CHAP. III. CRÉNILABRES. 215 geatre mêlé de bleu; la caudale, d'un vert pâle, est polnlillée de rouge. Ils vivent sur les rochers couverts d'algues marines, et sont plus abondans pendant les mois de Novembre et Décembre. Le Crénilabre queue noire. (Crenilabrus melanocercus , Risso.) Un autre petit crénilabre de la Méditerranée a été décrit pour la première fois par M. Risso, sous le nom de lutjanus melanocercus , des- cription qui a pris place dans la seconde édi- tion parmi les crénilabres. Il a le corps alongé; sa hauteur fait le quart de la longueur totale; ses dents sont petites et égales, les crénelures fines , et s'étendant autour même du préo- percule, qui est très-rond. D. 17/6 ; A. 3/9 , etc. D'autres individus ont, comme l'indique M. Hisso : D. n/lj A. 3/9, etc. La peau de la tête n'a que peu de pores. Le corps est brun; le dos est rembruni par des teintes bleu foncé; un trait de cette couleur passe au-dessus de l'œil, et un autre, plus délié et plus noirâtre, prend naissance sous le bord de l'orbite, se contourne un peu de manière à décrire une petite courbe convexe sous le sous-orbitaire , et descend ensuite pour passer sous la mâchoire inférieure. La dorsale 214 LIVRE XVI. LABROÏDES. et la caudale sont rembrunies et lavées de bleu; l'a- nale est plus claire et plus bleuâtre; la base de la cau- dale est plus pâle que la plus grande portion de son extrémité, laquelle a des taches ou des points noi- râtres, qu'on voit aisément en étalant celte nageoire; la pectorale est pâle, avec une tache noire sur l'ex- trémité des rayons supérieurs. Tel est le poisson conservé daus l'eau-de-vie; mais M. Risso , qui le décrit d'après le frais, lui donne le corps rouge; la dorsale plus obscure que le dos, et à reflets bleuâtres; les pectorales orangées; la cau- dale est liséréede blanc; l'anale est rousse, pointillée de bleu. On voit cette petite espèce sur les rochers garnis de plantes marines, pendant les mois de Juin, Juillet et Septembre. Ce poisson ne dépasse pas trois pouces. On le trouve à Marseille et à Toulon , comme à Nice, Le Crénilabre bleu. ( Crenilahrus cceruleus, Risso , 2.^ édit. , pi. X , fîg. 25.) Nous croyons devoir séparer, avec M. Risso, un petit poisson tout aussi abondant que le précédent dans la Méditerranée, mais qui nous paraît avoir le corps plus court, la hauteur n'étant que trois fois et demie dans la longueur totale; l'ovale du corps plus régulier; le museau moins obtus; constamment seize rayons épineux à la dorsale. CHAP. m. CRÉNILABRES. 215 D. 16/7; A. 3/8, etc. Les couleurs sont plus claires : c'est un brun uni- forme sans teinte bleue sur le dos. Le trait sous l'œil est peu marqué ; la base de la caudale est d'un beau jaune, qui tranche vif et net avec le noir de la moitié externe de la nageoire, laquelle est lisérée de jau- nâtre; la pectorale n'a jamais de noir à son extré- mité, mais on voit à sa base un petit trait plus ou moins effacé. Sur le frais, M. Risso le décrit comme ayant le corps bleu céleste, irisé par une infinité de nuances d'ou- tremer, de rose, de pourpre; le ventre est d'un aurore tendre; l'iris d'un rose brun; les nageoires sont bleues j les pectorales et les ventrales très-pâles. Les nombreux individus que nous avons reçus de Marseille , de Montpellier, de Toulon, de Nice, n'ont que deux pouces à deux pouces et demi. M. Domnando vient de nous en en- voyer un d'Athènes , qui a trois pouces quatre lignes de longueur. La femelle fraie à la fin du printemps. On voit cette espèce apparaître parmi les algues marines en Mars et Avril. Le CrÉNI LABRE VERT TENDRE. {Crenilabrus chlorosochrus, Risso.) Je trouve dans l'Ichthyologie de M. Risso (2.^ éd., p. 327, pi. io,fig. 24;eti.''ed.p.275, pi 8, fig. 27) un crénilabre qu'il avait men- 21 6 LIVRE XYI. LABROÏDES. tioniié avec la même épithète parmi les lut- jans de la première édition, et que je n'ai pas vu dans les collections du Cabinet du Roi. Le corps est verdâlre, nuancé de rouge, traversé de petites lignes obscures, avec une laclie noire sur la portion dorsale de la queue. L'iris est vert, à cercles dorés, les nageoires variées; la dorsale par- semée de points rouges, la caudale traversée d'une bande noire à sa base , et pointillée de rouge. D. 16/8; A. 10; C. 14; P. 14; V. 1/5. Cette espèce se nomme langaneu^ ce qui prouve que les pécheurs la confondent avec le crënilabre Pioissal. Elle me paraît cependant ne pas lui appartenir : toutefois, si l'on compare les figures des deux éditions de l'ouvrage de M. Risso , on voit qu'elles sont assez différentes pour que l'on puisse difficilement conclure rien de positif d'après ces documens. Le Crénilabre arqué. {Crenilahrus arcuatus, Risso.) Je n'ai pu rapporter à aucune des espèces déposées dans le Cabinet, les caractères tirés de la description que M. Risso a insérée, sous ce nom, dans la seconde édition de son Iclitliyologie. Le dos de ce poisson est coloré en pourpre obscur; il est moins foncé sur les côtés, plus clair sous la CHAP. m. CRÉNILABRES. 217 gorge et le ventre, qui devient argenté violâtre ou bleu. Les opercules sont bariolées de lignes pourpres; il y a une tache noire près de la caudale; les pecto- rales et la caudale sont d'un jaune roussâtre; les autres, variées de différentes couleurs, ont des taches noires. D. 16/9 ; A. 3/10 j C. 14; P. 14; V. 1/^5. Le profil du dos est presque droit, et celui du ventre est très -arqué. Il me paraît que c'est d'après cette forme que M. Risso a tiré le nom spécifique de ce poisson, qui vit sur les rochers peu profonds, et que l'on trouve sur la côte en Mars, Avril et Septembre. Le Crénilabre marqué. ( Crenilàbrus notatus, nob. j Lutjanus notatus, Bl.) Ce n'est qu'avec doute que j'insère à la suite de ces espèces le poisson dont Bloch a fait une espèce sous le nom de lutjanus notatus. Bloch le représente semblable, par ses for- mes générales, à nos petites espèces dont je viens de parler. Les nombres sont à peu près les mêmes. D. 14/8; a. 3/10; C. 16; P. 14; V. 1/5. D'ailleurs rien dans la description ne pré- sente de note spécifique, Bloch n'ayant men- tionné que des traits qui conviennent au genre. 21 8 LIVRE XVI. LABROÏDES. Il le peint d'un jaune sale, marqué de taches bru- nes; une, plus foncée et noirâtre, est près de la cau- dale, qui est traversée par trois bandes rousses. La dorsale a une série de taches rousses sur la partie épineuse, et deux séries sur la portion molle. La pectorale et la ventrale ont deux bandes brunes. Je vois trois bandes brunes sur l'anale. Bloch dit ce poisson originaire des Indes orientales. Le poisson me paraît très-voisin de notre Cr, Donoi^ani ou de notre Cr. tinca de la Mé- diterranée 3 mais il est difficile de rien dire de précis d'après la figure et la description de Bloch. Le Crénilabre de Lincke. (Crenilabnis Linckiij nob. ) C'est encore parmi les crénilabres incertains que le lutjanus Linckii, représenté sous ce nom planche 252 de la Grande ichthyologie de Bloch, viendra prendre place. Celui-ci paraît être d'une espèce plus dis- tincte. Il a le corps assez oblong, les lèvres épaisses, le profil du museau un peu concave. Les nombres, suivant Bloch, sont : D. 15/11; A. 3/11 ; C. 13; P. 13; V. 1/5. La couleur est uniforme et violette sur le corps. CHAP. m. CRÉNILABRES. 219 jaunâtre sur les nageoires ; il n'y a aucune tache. Les écailles sont assez grandes. La figure a neuf pouces et demi. Blocli con- naissait ce poisson par le dessin que lui en avait envoyé M. Lincke. Il en ignorait la pa- trie. Les naturalistes se fixeront davantage sur la valeur de cette espèce, lorsqu'ils pourront étudier l'original, qui doit être conservé dans le Cabinet de l'université d'Iéna avec les autres poissons de Lincke. Le Crénilabre brun. {Crenilabrus fuscus i nob.; Lahrus fiiscus , Pallas.) Il me paraît que c'est encore parmi les cré- nllabres qu'il faut placer le labrusfuscus, que Pallas a décrit sous ce nom dans le Faunaros- sica, page 266. Pallas dit qu'il ressemble à son lahrus œru- mnosus, qui est notre crénilabre Roissaljmais qu'il a la tête un peu pointue; les lèvres épaisses, charnues, rougeâtres; le corps lancéolé, comprimé et à grandes écailles; les opercules étendus et alongés par des bords membraneux assez grands. La couleur est grise, avec des bandes onduleuses brunes : une près de la dorsale, une par le milieu des côtés; une tache noirq à la queue. D. 14/10; A. 3/9; C. 14; P. 18; V. 1/5. L'anale et la caudale sont souvent variées. 220 LIVRE XVI. LABROÏDES. Pallas le donne comme un poisson de bon goût, qu'il n'a vu que sur les rocliers voisins d'Alupka, sur les côtes de Crimée, oii il abonde vers le printemps. L'espèce doit être très-voisine de notre cre- nïLahrus tinca; mais les couleurs ne paraissent pas semblables. Le Crénilabre bridé. {Crenilabrus capistratus ^ nob.; Labrus capistratuSj Pallas.) C'est encore un crénilabre que le labrus capistratus de Pallas.^ Le corps est comprimé, à dos tranchant et couvert d'écaillés assez petites. Les lèvres sont épaisses, blan- ches à l'extérieur , rougeâtres en dedans , plissées obliquement; la mâchoire supérieure a deux dents plus fortes ; le préopercule est dentelé. La tête est verte, tachetée de brun, et sur la joue, au-dessous de l'œil, il y a deux traits obliques noirâtres, bordés de vert, qui embrassent le dessous de la mâchoire comme une bride. Au-devant de l'œil est une tache noire; le trône est verdàtre et tacheté de brun; le ventre est blanchâtre ; une grande tache noire existe de chaque côté de la queue ; la pectorale est d'un jaune verdàtre; les ventrales, vertes, sont tachetées de brun ; la dorsale et l'anale sont vertes et tachetées 1. Faurj' ross., l. lU, p. a6g. CHAP. m. CRÉNILAERES. 224 fie brun ; la portion molle de la dorsale est lisérée de rouge. D. 14/9; A. 3/8; C. 14; P. 13; V. 1/5. Pallas en a vu depuis la taille d'un pouce jusqu'à six; et il est assez abondant dans la baie de Théodosie. Il en a observé quelque variété sans taches; il a remarqué que les couleurs se perdent dans l'alcool et que le poisson devient gris. Cette espèce a des rapports avec le Cr. vi- rescens et avec le Cr. notatuSy par les nom- bres de rayons et par quelques dispositions générales des couleurs; mais les brides de la tête la distinguent suffisamment. Elle ne peut être non plus rapportée au lahrus griseus de Brimnich, comme Pallas a hésité à le croire. Le Crénilabre a frein. (CrenilabrusfrœnatuSj nob. ; Lahrus frœnatus ^ Pall.) Une autre espèce, voisine de la précédente, est celle que Pallas a nommée lahrus frœnatus, dans son Fauna rossica, page i^-j. C'est un petit poisson à corps couvert d'assez grandes écailles j épais; à museau court, obtusj à mâ- choires égales. D. 14/9; A. 3/8; C. 13; P. 13; V. 1/5. Le dessus de la tête est brun; il y a sous l'œil trois bandes brunes interrompues, obliques; le corps est 222 LIVRE XVI. LABROÏDES. gris , couvert de taches brunes : on en voit aussi sur la dorsale, qui est lisérée de brun; une tache noire existe près de la queue. Ce poisson est observé plus rarement qne les autres parmi cette quantité de petits labres que l'on prend sur les rivages de la Crimée. CHAP. IV. CTÉNOLABRES. 223 CHAPITRE lY. De quelques genres voisins des Crénila- bres et en particulier des Cténolabres. J'ai dû séparer du genre des crenilabres ceux de ces poissons qui ont derrière les dents co- niques qui bordent le devant des mâchoires, une bande plus ou moins large de dents en velours. Parmi ceux-ci j'ai formé un premier groupe des espèces qui ne diffèrent des crenilabres que par ce seul caractère. Car ils ont du reste le prëopercule finement dentelé en peigne ; trois rayons épineux seulement à l'anale. Je nomme ce premier genre cténolahre. Il ne comprend encore qu'un petit nombre d'espèces, répan- dues dans l'océan du Nord de l'Europe, dans la Méditerranée et sur les côtes de l'Amérique septentrionale. La patrie d'une seule espèce m'est inconnue. Le Cténolabre des roches. {Cteiiolabrus rupestris, nob.; Labrus riipestris, Linn.) Ray avait reçu de Jago la figure , accompa- gnée d'une courte notice, d'un poisson pris sur les côtes de Cornouailles, qu'il a publiée à la 224 LIVRE XVI. LAEROÏDES. suite de son Synopsis ( p. 1 63 , fig. 3 ). La taclie noire, marquée sur les premiers rayons de la dorsale, et celle qui est placée sur le haut et à l'extrémité de la queue , avant les rayons de la caudale, ne peuvent laisser le moindre équi- voque sur cette espèce. Jagole dormait comme le goldsinnj des pécheurs de Cornotiailles. Linné, de son côté, connaissait ce poisson commun dans la Baltique et sur les côtes de Norwégej il en donna une première descrip- tion dans le Musée du prince Adolphe- Fré- déric^, et il l'introduisit dans le Sjstema na- turœ sous le nom de lahrus rupestrisj mais sans profiter des travaux de Piay. Ce lahrus rupestris de Linné a été reconnu par Millier et les autres auteurs qui ont écrit sur les poissons de l'Océan septentrional ou de la Baltique. Ainsi l'auteur que nous citons en donne , dans le Fauna danica (t. III , p. 44» pi. 107), une figure fort reconnaissable, où on a seulement oublié de marquer les den- telures du préopercule. D'ailleurs, la descrip- tion de Millier est excellente, et, à cause des opercules dentelés, il plaçait le poisson parmi les perches. On le trouve cependant sous le nom de lahrus rupestris dans le prodrome 1. Mus. Ad. F,., t. I, p. G 5. CHAP. IV. CTÉNOLABRES. 225 du Fauna danica (n.° 382). M. Retzius le cite aussi dans son édition du Fauna suecica (p. 337, n.° 73) sous le nom de perça rupes- tris. Strôm' et Pontoppidan^ en font aussi mention. L'espèce était donc parfaitement connue lorsque Pennant écrivit les différentes éditions de sa Zoologie britannique. Dans celle de 1769 il y introduit un goldsùin/y d'après Ray ou Jago; car il ne cite que la figure du premier et il est facile de voir que l'article de Pennant a été rédigé sur celui de Jago. Mais dans l'é- dition in-4.° Pennant donne sous le nom de goldsinnj un tout autre poisson, notre creni- lahrus Pennantii^ ^ et Gmelin, d'après ces deux documens, se rapportant à deux êtres tout-à-fait différens, établit un lahrus cornu- biuSy être par conséquent complexe et à rayer du catalogue de nos Species, en même temps qu'il conserve le lahrus rupestris. Ce qu'il y a de singulier, c'est que ce lahrus cornuhius a été, sans aucune critique préa- lable, appliqué par un assez grand nombre d'auteurs récens, à des poissons toujours différens de celui de Ray, et souvent même 1. Strôm, Sund. to. , p. 291. — 2. Pontoppidan , f/w/. nat, of Nonv., t. II, p. 226. — 3. Vide supra. i3. i5 226 LIVRE XVI. LABROÏDES. diffëiens du second de Pennant. Nous l'avons fait remarquer à l'occasion des crenilabres, dont nous avons déjà parlé en citant les travaux de MM. Donovan, Turton, Fleming, Jenyns , Yarell et Couch. M. Yarell aurait pu cependant faire entrer dans son Histoire des poissons d'Angleterre, et sous un article particulier, notre poisson; car il en a donné une figure dans *la vignette de la page 3o i. Elle serait même à l'abri de tout reproche, si la tache des rayons de la dorsale n'y avait pas été oubliée. M. Risso a aussi un lahrus cornubius, mais l'espèce de la Méditerranée est différente de celle de l'Océan. Bloch a mentionné, dans sa Grande ich- thyologie, sous le nom de lutjanus rupestris (pi. 25o , fig. i) , l'espèce dont il s'agit dans cet article ; mais sous une enluminure un peu rude , et avec des lignes bleues sur la tête, dont Mùller et Linné ne font aucune mention. C'est aussi sous le nom de lahrus rupestris que M. Nilsson * en parle. Cependant j'ai peine à comprendre comment ce savant y associe le ber^snultra du Voyage de Linné en Laponie; car fauteur du Sjstenia naturœ dit positi- 1. Prod., Ichth. Scand. , p. 76, n." 5. CHAP. IV. CTÉNOLABRES. 227 vement que ce poisson avait dix-neuf rayons épineux à la dorsale et une tache noire à la base du dernier rayon mou de cette nageoire, carac- tères qui ne peuvent convenir qu'à notre pre- mier labre , et qui n'explique pas le lahrus suiU lus de Linné, que cependant M. Nilsson cite comme une conséquence de cette synonymie. Car en admettant que , par une faute d'impres- sion , il faille lire pour les nombres de la dorsale \ 7l^d au lieu de 9/1 7 , comme Linné l'a écrit, ce qui dans ce renversement ne devient pas encore, suivant notre manière de compter, les nombres des rayons de la dorsale de notre poisson, ce grand homme ajoute sur les couleurs différens traits qui ne conviennent plus à notre cténo- labre. 11 faut d'ailleurs se souvenir que, si Linné avait voulu écrire \ 7/9 pour les rayons de la dorsale, cela voudrait dire, selon sa manière de formuler, huit rayons épineux et neuf mous à la dorsale, nombres qui ne s'accordent à aucune des espèces du genre. Le corps , de forme plus alongée qu'ovale, est assez épais. La hauteur est comprise trois fois dans la dis- tance du bout du museau à la base des rayons de la caudale, et trois fois et demie dans la longueur totale; l'épaisseur ne fait pas lout-à-fait moitié de la hauteur. La longueur de la tête fait aussi moitié de celle du tronc. La bouche est petite, peu fendue; la mâchoire 228 LIVRE XVI. LABROÏDES. inférieure dépasse un peu la supérieure; il y a en avant quatre dents en crochets, plus grandes que celles qui suivent; et derrière cette rangée une bande étroite de dents en velours. Les lèvres sont assez épaisses, en bourrelet arrondi, ne recouvrant pas les dents du premier rang : la supérieure a quelques plis obliques très-fins. Le diamètre de l'œil est du quart de la longueur de la tète ; l'orbite est éloigné du bout du museau d'une fois et demie ce diamètre. Quoique l'œil soit sur le haut de la joue, le cercle de son bord n'entame pas la ligne du profil. L'intervalle qui sépare les deux yeux est un peu plus grand que le diamètre n'est long, convexe d'un œil à l'autre, et presque recliligne dans le sens longitudinal. La nu- que est un peu plus relevée; le sous-orbitaire est assez grand, mince et arqué en avant; le préopercule est large; tout le bord vertical et son angle, très- arrondi, sont très-finement dentelés. Le limbe seul est sans écailles , mais tout criblé de pores. Il y a trois rangées d'écaillés derrière l'œil et cinq au-dessous sur la joue. L'opercule, le sous -opercule et l'interoper- cule, sont écailleux. Les ouïes sont assez bien fendues. La membrane branchiostège a cinq rayons; elle est nue, et réunie à celle du côté opposé par un isthme sans écailles et assez large. Les deux ouvertures de la narine sont sur ledessus de la tête , distantes l'une de l'autre : l'antérieure est entourée d'une papille tubuleuse. D'ailleurs , tout le dessus delà tête est, comme le sous-orbitaire, dé- pourvu d'écaillés et percé d'un nombre assez consi- dérable de pores; il en existe aussi sur les côtés. CHAP. IV. CTÉNOLABRES. 229 La pectorale est insérée sous l'angle membraneux ' de l'opercule; elle a son angle supérieur et son bord libre arrondis. La dorsale commence un peu en arrière de celle- ci j la portion épineuse est très-basse : la molle est un peu plus haute ; les rayons simples de l'anale sont plus forts et plus hauts ; la caudale est courte, à bord légèrement convexe, et à moitié couverte d'écaillés; les ventrales sont petites, B. 5; D. 17/10; A. 3/8; C. 15; V. 1/5. Les écailles sont très-régulièrement disposées en séries sur le corps; j'en compte trente -cinq entre l'ouïe et la caudale, quatre rangées au-dessus de la ligne latérale et douze en dessous : chaque écaille est beaucoup plus longue que haute. Sa portion nue est couverte de stries concentriques très-fines ; le bord radical est droit, non creusé; il y a quinze à seize rayons à l'éventail. La ligne latérale est tracée parallèlement au dos par le sixième environ de la hauteur du tronc; elle s'infléchit sous la fin de la dorsale, et se rend à la caudale par le milieu de la hauteur du tronçon de la queue. Nos individus conservés dans l'eau-de-vie devien- nent plus ou moins pâles; mais la tache noire de la dorsale et celle du dos de la queue sont constam- ment très-marquées. Mûller et Linné , qui l'ont souvent vu frais, le re- présentent d'un gris plus ou moins verdâtre, lavé de rougeâtre, avec plusieurs bandes verticales plus foncées, qui s'effacent sur les portions inférieures; 230 LIVRE XVI. LABROÏDES. . et dix ou douze lignes longitudinales et parallèles, d'un gris verdâtre, le long des flancs. Il n'y a pas d'autres taches sur le corps que les deux caracté- ristiques que j'ai déjà signalées. Le foie est situé presque entièrement dans le côté gauche, où il se prolonge en un lobe long et pointu; il est concave en arrière et recouvre les replis du canal intestinal. On voit l'œsophage descendre d'abord dans le côté gauche au-dessus du foie, et se porter jusqu'à la pointe de son lobe; il se courbe, remonte dans le creux du foie, puis se courbe et descend de nouveau pour revenir bientôt le long de la première ansej il se replie alors, et, en faisant une sinuosité et en se dilatant un peu, il se rend à l'anus. La vessie aérienne est mince, argentée et moins grande que celle des crénilabres. Nous comptons quinze vertèbres abdominales et dix-huit caudales à la colonne vertébrale. Les côtes sont grêles et petites. Le dessus du crâne est arrondi. Il n'y a point de carène transverse en arrière de la gouttière dans laquelle jouent les intermaxillaires. Nos individus varient de trois à cinq pouces. Nous en avons de Saint-Malo, parM. Riener, et de Norv^ége, qui ont ëtë donnés au Cabinet du Roi par M. Alexandre Brongniart. Millier lui donne, comme dénomination vulgaire, les noms de rnatte, herg-neppe, strand-kat lisse , haw-karudse^ sôe-karudse, et tous les auteurs de ces Faunes du Nord CHAP. IV. CTÉNOLABRES. 231 en parlent comme d'une espèce commune sur les côtes rocheuses. Pendant que j'imprimais ces recherches sur le. lahriis rupestris de Linné, je reçois par l'obligeance de M. William Thompson , vice- prësident de la société des sciences naturelles de Belfast, une notice sur les crénilabres de l'Irlande \ extraite du Magasin de zoologie et de botanique, n.° 1 1. Je trouve dans ce travail que l'auteur a fort bien reconnu le goldsinriy, de Jago dans le lahrus rupestris de Linné, et qu'il en a pris des individus sur les côtes de Bangor tout-à-fait semblables aux nôtres ; mais que le nombre des rayons épineux de la dorsale paraîtrait varier, et que tantôt on en compte dix-sept et d'autres fois dix -huit sur la dorsale de ces poissons. Suivant M. Thompson, M. Selby aurait aussi retrouvé et reconnu le poisson de Jago de Ray sur la côte de Barncleugh , ce qui prouve que l'espèce est assez commune dans ces mers septentrionales. Je trouve dans le même mémoire une des- cription accompagnée d'une figure d'un cré- nilabre que l'auteur nommé crenilahrus niul- tidentatus , et sur lequel je reviendrai dans 1. Conir. ioyvards a Knon'l. ofi/ie crenilabr. of Ireland , p. 3. 252 LIVRE XVI. LABROÏDES. un de nos supplemens : il me paraît d'une espèce distincte, voisine de notre crenilahrus melops. Le Cténolabre bordé. {Ctenolabrus marginatus , nob.) La Méditerranée en nourrit une seconde espèce, qui a l'œil plus grand, car son diamètre fait près du tiers de la longueur de la têtç; il est placé plus près du museau, qui est plus aigu. La tête est plus étroite; l'intervalle qui sépare les deux yeux n'est que des trois quarts du diamètre de l'orbite. La tête est propor- tionnellement plus longue; car la hauteur portée sur elle ne dépasse pas le bord du préopercule ; comparée avec celle du corps, la hauteur du tronc est contenue quatre fois et deux tiers dans la lon- gueur totale. Il y a un rayon mou de moins à la dorsale et à l'anale. D. n/9; A. 3/T. Les écailles sont plus courtes et plus larges. Le poisson est d'une couleur plus uniforme ; car je ne vois pas les tracçs des rayures longitudinales qui existent sur l'espèce précédente. La tache noire du devant de la dorsale est plus noire, plus haute, et va jusqu'au sixième rayon. La dorsale et l'anale ont un fin liséré noir. Le bord de la caudale est noirâtre; la base paraît avoir été jaune; la tache noire de chaque côté de la queue existe comme dans toutes les autres espèces du genre. CHAP. IV. CTÉNOLALRES. 255 Il y a du noîrâlre sur l'opercule et sur la base de la pectorale. Ce sont de petits poissons de trois pouces et demi. Ils ont ete rapportés de Marseille et de Toulon par M. Delalande et M. Roux. Ce serait sans doute sous cette espèce qu'il faudrait placer le lahrus cornuhius^ de la pre- mière édition de M. Risso ; car il copie la phrase de Linné, en ne citant que l'édition in -8.° de Pennant, c'est-à-dire l'article de Ray Ainsi M. Risso n'aurait eu que le tort de confondre deux espèces extrêmement voi- sines, ce qui était en quelque sorte consa- cré à fépoque où il écrivait son ouvrage; mais sa description est certes un mélange con- fus , dont plusieurs traits appartiennent à des espèces différentes. Il ne donne que quatorze rayons épineux à la dorsale, et cependant Linné lui en indique dix-sept. Comment donc a-t-il pu regarder comme identiques des êtres dont les caractères sont si distincts? Puis il parle de taches bleues à l'anus; caractères qui sont pris sans aucun doute d'autres espèces du genre des crénilabres. Dans sa seconde édition^ il augmente en- 1. Ichtlî. de Nice, p. 267, n." 8. — 2- Ibid., l. III, p. 325, n.° 255. 254 LIVRE XVI. LABROÏDES. core plus la confusion de la première; car il entasse les synonymes de Gmelin et de Lacd- pède, sans corriger d'ailleurs aucune des er- reurs que nous venons d'indiquer. Le CtÉNO LABRE CENDRÉ. {Ctenolahrus cinereiis^ nob.; Lahrus cinereiis ,Voi\\.) Nous avons encore trouvé parmi les poissons du Cabinet du Roi un de ces cténolabres, que nous avons vu avec d'autant plus de plaisir, qu'il a été déjà décrit dans le Faiina rossica de Pallas. Il a le corps plus alongé que celui de l'Océan, le museau plus gros et plus rond , et l'œil plus petit que celui de la Méditerranée, les dents antérieures de la mâchoire supérieure plus grosses et plus cour- bées , la tache caudale beaucoup plus grande , et celle de la dorsale plus petite ; car elle ne s'étend pas au-delà du quatrième rayon épineux. D. 17/10; A. 3/8, etc. Les rayons osseux de la dorsale et de l'anale sont plus hauts que ceux des espèces précédentes. Il paraît d'ailleurs d'un brun cendré ou verdàtre uni- forme. Je n'ai vu qu'un seul individu de cette es- pèce, qui a été rapporté du Bosphore par M. Yirlet; il l'a entendu nommer par les Turcs tchuchur Baloc. CHAP. IV. CTÉNOLABRES. " 255 Pallas' a décrit, sous le nom de lahrus ci- Jiereus, une espèce qu'il signale comme n'ayant aussi que les quatre premiers rayons de la dor- sale tachetés de noir. Le reste de la descrip- tion s'accorde parfaitement, à l'exception du nombre des rayons épineux de cette nageoire : il n'en compte que seize. Le poisson est long de quatre pouces. Le Cténolabre a museau aigu. {Ctenolahriis acutus y nob.) Parmi des poissons que M. Bâillon avait reçus de Malaga, et qu'il a bien voulu donner au Muséum, j'ai trouvé un petit cténolabre assez semblable à celui de la Méditerranée par la forme générale ; mais qui paraît avoir encore le museau plus aigu, parce que la ligne du profil des- cend plus obliquement de la dorsale vers la bouche. Les dents sont petites et égales. La tache caudale est plus petite, et celle de la dor- sale ne s'étend que sur les trois premiers rayons j et il y a encore un rayon mou de moins à la dorsale. D. n/8; A. 3/8, etc. L'individu n'a que trois jx)uces et demi. ' " ■ m I I ■ . I 1. Faun. ross. asiai., t. III, p. 2G7. 256 LIVRE XVI. LABROÏDES. Le CtÉN GLABRE IRIS. (Ctenolabrus iris, nob.) Nous avons encore reçu de la Méditerranée une cinquième espèce de ce genre. Elle a le museau très-aigu et très-déprimé; la ligne latérale du profil inférieur presque droite, et celle du supérieur monte , par une ligne un peu concave entre les yeux, jusqu'à la dorsale, et se continue, pour redescendre par une ligne très-arquée , jusqu'à la queue, qui est beaucoup plus basse que celle des es- pèces précédentes. La hauteur est du cinquième de la longueur totale; la tête n'en fait que le quart. Le museau est si étroit que l'orbite entaille la ligne du front. Le diamètre de l'œil est du quart de la lon- gueur de la tête. Le préopercule est très-arrondi et finement dentelé. Les quatre dents mitoyennes sont en petits crochets, et celles de derrière sont un peu plus grenues que dans les espèces précédentes. La couleur est un beau rouge écarlate, avec un trait brun allant de l'œil s'évanouir sur l'épaule en traversant l'opercule. Il y a la tache noire sur le des- sus de la queue, à la base des rayons de la caudale, mais il n'y en a plus sur le devant de la dorsale épi- neuse; elle est en quelque sorte reportée en arrière sur les trois premiers mous de la nageoire du dos. Il en existe une sur l'extrémité des rayons mitoyens de la caudale. D. 16/12; A. 3/10; C. 13; P. 16; V. 1/5. J'en ai des individus de quatre pouces de CHAP. IV. CTÉNOLABRES. 237 long, que M. Savigny a pris dans la baie de Naples. Je viens d'en ^recevoir d'autres indivi- dus de la Sicile , de la même taille , qui me sont envoyés par M. le prince Charles Bonaparte. Nous, en avons reçu de Malte un plus petit individu, mais tout aussi bien caractérisé, par les soins du docteur Leach. Le CtÉNO LABRE CHOGSET. ( Clenolahrus chogset^ nob. ; Labrus Burgall, Scliœpf.) Le poisson décrit par Mitcliill sous le nom de lahrus chogset est aussi un cténolabre, qui a le corps alongé, et assez semblable, par sa forme à noire Cten. riipeslris. Sa hauteur est comprise trois fois et trois quarts dans la longueur totale; l'épais- seur n'est pas tout-à-fait moitié de la hauteur. La tête est plus courte que cette mesure. Le profil supérieur est assez convexe ; le cercle de l'orbite ne l'entame pas , quoique l'œil soit au haut de la joue; son diamètre est contenu plus de quatre fois dans la longueur de la tête. Le dessus du crâne, le sous-orbi taire et la plus grande partie de la joue sont nus; il n'y a que deux rangées derrière l'œil et trois en dessous de petites écailles couvrant le préopercule : le limbe en est nu. Le bord vertical est finement dentelé; l'oper- cule a un bord membraneux assez large; sur le mi- lieu de l'os est une petite plaque d'écaillés plus grandes que celles du préopercule, plus petites que celles du corps. Le bord est nu, ainsi que le sous-opercule et 258 LIVRE XVI. LADROÏDES. l'interopercule. Les lèvres sont épaisses, mais sans plis en dessous. Les six ^enis du milieu sont assez grosses et crochues. Les rayons antérieurs de la dor- sale sont bas. Les nageoires sont arrondies. D. 18/10 ; A. 3/9 ; C. 15 ; P. 14 ; V. 1/5. Les écailles sont lisses, assez épaisses , peu grandes ; j'en trouve quarante-six entre Fouie et la caudale, six au-dessus de la ligne latérale et dix-sept au-dessous. Une écaille est plus longue que haute et n'a que dix à douze rayons à l'éventail. La ligne latérale se courbe très-peu sous la fin de la dorsale. La couleur du poisson conservé dans l'eau-de-vle est un brun plus ou moins verdâtre, sur lequel on voit, et principalement sur les nageoires, des teintes violettes. La dorsale semble avoir conservé de petits ocelles plus pâles que le fond. Mitchill', qui Ta vu frais, indique presque les mêmes teintes : un fond bleuâtre passant au vert; les opercules plus verts, ainsi que l'anale et les ventrales ; quelquefois le dos est nuageux et varié de taches orangées. C'est un poisson qui atteint rarement plus de huit pouces. Il a la vie très-tenace , même quand il est hors de l'eau. C'est le bergall ou le hluefish des pêcheurs de New-York, le cJiogset des Mohegans. II L Mitchill, Phii. trans. o/Neiv- York, vol. i , p. 4o3, pi. 3 , flg. 2. CHAP. IV. CTÉNOLABRES. 259 vit dans les mêmes eaux que le tautog ( tau- toga nigra nob. , lahrus tautoga Mitch. ) Ce nom de bergall nous a fait retrouver le lahrus burgall de Blocli, mentionné par Scliœpf dans le tome ViTI des écrits des natu- ralistes de Berlin. Les nombres sont les mêmes. Le docteur Mitcliill cite une variété remar- quable de son cliogset, qui est jaune et que l'on nomme, à cause de cela., jellow cJiogset ou jellow bergall. Le fond est souvent aussi orangé, ou coloré de jaunâtre teinté de rou- geatre. Nos individus viennent de New- York par MM. Milbert et Lesueur, et nous en avons un autre qui a été pris à Terre-Neuve et donné au Cal)inct du Roi par M. Le Guillou, un des chirurgiens de la marine royale, aujourd'hui embarqué sur la Zélée, conserve de l'Astrolabe, dans l'expédition de M. Dumont d'Urville. Le Cténolabre mouche. {Ctenolabrus uninotatiis ^ nob.) Le même M. Milbert a envoyé parmi ses chogsets une espèce voisine de la précédente, dont M. Mitchill n'a point fait mention, et qui cependant s'en distingue par un corps un peu plus trapu, la hauteur n'étant 210 LIVRE XVI. LABROÏDES. pas quatre fois dans la longueur totale. Les dents sont plus égales, plus serrées et plus petites; les den- telures du préopercule sont très-fines; le limbe en est nu, ainsi que le sous - opercule et l'interoper- cule. La caudale est plus arrondie; la dorsale l'est un peu moins. Les nombres sont les mêmes : D. 18/10; A. 3/9, etc. La ligne late'rale est un peu plus fortement déviée. Le corps est plus vert, sans aucunes teintes bleues; la tête en a conservé de plus marquées, et sur tous nos individus je vois une tache noire sur le bas des deux premiers rayons mous de la dorsale. Nous n'en avons pas reçu qui aient plus de quatre pouces. Ils viennent tous de New- York. Le Cténolabre flagellifère. {Ctenolahrus Jlagelliferj noh.) Nous avons encore un de ces cténolabres, remarquable par les prolongemens filamenteux de la membrane qui unit les premiers rayons de la dorsale. Le corps est plus en ovale régulier; il est plus haut et moins alongé que le précédent, et il est plus com- primé. La courbure du dos est plus grande que celle du ventre. La hauteur fait, à peu de cliose près, le tiers de la longueur totale; l'épaisseur n'est que du quart de la hauteur; la longueur de la tête égale la hauteur du corps. Le museau est aigu; la ligne du front descend assez obliquement^ la nuque est plus CHAP. IV. CTÉNOLABRES. 241 soutenue, et se relève à partir de l'orbite. Celui-ci est creusé sur le haut de la joue, entame la ligne du profil, et sa crête sourcilière est assez élevée. Le diamètre est compris quatre fois et demie dans la lon- gueur de la tête. Le sous-orbitaire est haut et large , sans écailles, comme le dessus de la tète. Les deux ouvertures de la narine sont percées en dessus et sur le devant de l'œil, comme dans les autres cténolabres. Le préopercule est très finement dentelé le long de son bord vertical, qui fait un angle presque droit avec le bord horizontal. L'opercule, l'interopercule et le sous-opercule, sont couverts de très -grandes écailles, qui dépassent, comme une membrane fes- tonnée, le bord de la fente des ouïes. La bouche est assez fendue ; les deux mâchoires sont égales : à la supérieure il y a deux fortes dents en crochets, entre lesquelles sont deux autres un peu plus petites. De l'autre côté de ces canines est la rangée de dents externes, qui vont en croissant, à mesure que l'on approche de l'extrémité de l'inter- maxillairej les dernières cependant ne sont pas en crochets. Le maxillaire inférieur a deux fortes canines, sé- parées seulement par deux dents pointues, coniques, mais plus petites; puis vient le long de l'os une ran- gée de petites dents coniques et droites : les internes sont un peu mousses. La dorsale a de fortes épines assez longues , et la membrane qui unit les trois premiers rayons se pro-^ longe, près du premier et du second, en un filet mou plus long que le rayon j les autres prolongemens i3. 16 242 LIVRE XVI. LABROÏDES. membraneux, quoique plus courts, sont encore assez sensibles. Les rayons mous sont plus alongés que les premiers ; ceux de l'anale le sont beaucoup plus, car ils touchent à ceux de la caudale, qui est arrondie. La pectorale est petite, la ventrale est pointue. D. 9/11; A. 3/9; C. 14; P. 13; V. 1/5. Les écailles sont grandes et finement striées à leur surface; j'en compte vingt entre l'ouïe et la caudale, deux rangées au-dessus et cinq au-dessous de la ligne latérale, qui est fortement infléchie sous la fin de la dorsale. Le poisson est entièrement décoloré par l'action de l'alcool ; mais une tache noire s'est conservée sur le haut de la membrane , entre les deux premiers rayons de la dorsale. Ce poisson est long de quatre pouces ; j'en ignore la patrie. Il n'y en a qu'un seul individu dans le Cabinet du Roi. Quand il sera mieux connu, il est très-probable qu'on le distinguera génériquement. Il a des affinités avec nos lacli- nolèmes. DES ACANTHOLABRES. J'ai cru devoir faire un genre particulier des labroïdes à prëopercule dentelé qui pré- sentent quelques modifications dans la dis- position de leurs dents. Celles de la rangée ex- terne sont coniques et grosses, et par derrière il y en a de petites formant une bande étroite. CHAP. IV. ACANTHOLABRES. 245 Un second caractère consiste dans les nom- breux rayons épineux de l'anale. Ces poissons correspondent, dans les la- broïdes, à nos centrarchus de la famille des percoïdes. En les retirant des crénilabres, on précise davantage les caractères de ces différens genres. Je n'en connais qu'un petit nombre d'espèces des mers d'Europe, et dont celles de notre Océan septentrional me sont moins bien connues que celle de la Méditer- ranée. Z/'ACANTHOLABRE PaLLONI. {Acantholcibrus Palloniy nob.) J'ai pu, en effet, voir plusieurs individus de l'acantholabre de cette mer. Je lui conserverai l'épithète que M. Risso lui avait donnée sous le nom de lutjanus Palloni, dès sa première édition , parce nous avons dans le Cabinet du Roi un poisson désigné sous cette dénomina- tion par cet ichtliyologiste dès 1812, et qu'un autre de la même espèce, et ainsi étiqueté par M. Risso, faisait partie des collections for- mées à Nice par M. Savigny. Ce poisson a le corps assez régulier : sa hauteur fait le double de l'épaisseur et est comprise quatre fois dans la longueur totale; celle de la tête égale cette même hauteur du corps. Le inuseau est assez 244 LIVRE XVI. LABROÏDES. oblus et arrondi; l'intervalle qui sépare les deux yeux est convexe, et le diamètre de l'œil surpasse un peu le quart de la longueur de la tête. Le sous- orbitaire est presque entièrement au-devant de l'œil. Le bord vertical du préopercule est oblique en avant, son angle est arrondi; le bord horizontal descend un peu en dessous; les dentelures, fines et égales, ne dépassent pas l'angle. Toute la joue, l'opercule, le sous-opercule et l'interopercule, sont couverts d'é- cailles ; elles avancent aussi sur le crâne jusques entre les yeux, de sorte que le bout du museau, le premier sous - orbitaire et les branches de la mâchoire infé- rieure, sont les seules parties de la tête qui ne soient pas écailleuses. La mâchoire inférieure paraît dépasser un peu la supérieure, surtout quand la bouche est ouverte: elle est d'ailleurs peu fendue. Les dent» sont égales , coniques , pointues, et plus grandes au milieu que vers le fond de la bouche. La rangée des dents internes est étroite : elles sont assez fortes; les pha- ryngiennes ressemblent à celles des labres ordinaires. La dorsale s'élève à l'aplomb de l'angle de l'oper- cule ; elle est soutenue par des épines l'oides et poignantes; la partie molle est courte et arrondie. La caudale et l'anale le sont de même, et quelques écailles s'étendent sur leurs membranes. B. b; D. 20/9; A. 5/8; C. 15; P. 15; V. 1/5. Les ventrales sont de médiocre grandeur, arron- dies, et ont entre elles une longue plaque cornée triangulaire, plus grande que celle des pentapodes. Les écailles du corps sont fortes , point dentelées ni ciliées. Une écaille, séparée et détachée, montre CHAP. IV. ACANTHOLABRES. 245 que la portion radicale est très-large; son bord d'in- sertion est festonné. Le triangle de l'éventail a treize rayons; il est opposé à celui de la portion libre et colorée. Je compte quarante-deux rangées d'écaillés entre l'ouïe et la caudale; il n'y en a que trois au- dessus de la ligne latérale et treize au-dessous. Cette ligne commence au surscapulaire, se recourbe pour monter près du dos, et descend ensuite très -peu jusque sous la fin de la dorsale, où elle s'infléchit pour se rendre de là, par le milieu du tronçon de la queue, à la caudale; elle est composée d'une série de points relevés en relief sur chaque écaille. Nos individus, plus ou moins décolorés par l'ac- tion de l'alcool, montrent une tache noire ronde sur le haut du tronçon de la queue, en avant des rayons supérieurs de la nageoire. D'autres ont une petite tache noire en avant, ou ont encore une tache noire à la base des derniers rayons de la dor- sale, précédée de trois ou quatre autres, qui sem- blent môme descendre en bandes larges et transverses sur le dos; mais elles s'évanouissent dès qu'elles ont atteint la ligne latérale. Je vois aussi sur un de ces individus de Nice des traces de lignes rousses lon- gitudinales et parallèles, au nombre de treize sur chaque côté. D'après un dessin colorié que M. Risso nous a communiqué , le poisson serait bleuâtre sur le dos , noir sur le dessus de la tète, et rougeâtre, à reflets bleus et argentés sur le reste du tronc. La dorsale est jaune, tirant à l'orangé sur les rayons épineux; la caudale est verdàtre, l'anale bleuâtre; les pectorales 246 LIVRE XVI. LABROÏDES. et les ventrales sont orangées et bordées de bleuâtre. Le foie est réduit à un seul lobe, situé plus à gauche qu'à droite de l'intestin. Cet organe est court, et ne fait que deux fortes sinuosités plutôt que de véritables replis. La vessie aérienne est grande, simple et cachée sous un repli fibreux et épais du péritoine ^ qui, dans le reste de l'abdomen, est mince et argenté. Le squelette n'offre aucunes particularités remar- quables; il ressemble à celui des autres labroides: il y a seize vertèbres abdominales et dix-neuf caudales. Tel est le poisson que M. Risso ( i.""^ éd., p. 203) dit se nommer tenco, et qu'il cite dans sa seconde édition (p. 3ig ) sous le nom de crenilabims exoletus, pensant alors qu'il est de la même espèce que le poisson de l'Océan septentrional. Il le dit d'une couleur rosée pâle, à reflets dorés, la gorge et le ven- tre étant d'un blanc mat; les traits de la ligne latérale sont jaunes; la dorsale, verte ou jau- nâtre, est variée de teintes obscures; l'anale est blanche; les pectorales sont jaunâtres, les ventrales roses. Il faut remarquer que cette description est assez différente de celle que nous avons faite d'après son dessin. L'espèce vit sur les rochers peu profonds. On la trouve sur la côte en Mars et Août. M. Savigny l'a aussi rapportée de Naples; et je viens encore d'en recevoir un individu de Sicile qui m'a été envoyé par le M. le prince Ch. Bonaparte. CHAP. IV. ACANTHOLABRES. 247 X'ACANTH GLABRE DU NoRD. {Acantholahrus exoletus, nob.; Lahriis eocoletiis, Linn.) Linné avait désigné par l'épithète d^exo- letus un labre qui lui paraissait anomal dans le genre tel qu'il l'entendait, à cause des cinq épines de son anale. Je n'ai jamais vu ce pois- son de l'Océan septentrional, et cependant il me paraît être différent du précédent, car Linné ne lui compte que dix-neuf rayons épineux à la dorsale, et il lui donne des lignes bleues sur le corps. Oihon Fabri- cius ', qui n'a fait que l'entrevoir une seule fois en naviguant, l'indique comme bleu et brillant. Voici les nombres tels que Linné les a indiqués, et écrits à notre manière : D. 19/8; A. 5/8; C. 13; P. 13; V. 1/5. Ce poisson paraît très-rare, et si on le voit cité dans toutes les Faunes du Nord, il me semble en général que c'est sur la foi de Linné, Otlion Fabricius excepté. Strœm^, Millier^, le comptent parmi leurs poissons. Le prince royal de Danemarck le nomme comme provenant des côtes occidentales de la Norwége. Outre les noms de Blaagomme , de Blaastaaly etc., communs à d'autres labroides, je trouve que 1. Faun. Groenl. , p. i66. — 2. Sœndm. y t. I/% p. 267.— 3. Fauv. Dan., Prod. , p. 6, n.° 38G. 248 LIVRE XVI. LABROÏDES. Fabricius a indiqué, comme tlënomination dans l'idiome des Groenlandais, le nom de Keblernak. Millier, trompé par les rayures bleues dont le corps de ce poisson est orné, l'a cru iden- tique avec le labriis cœruleus d'Ascanius, et cette erreur a été reproduite par M. Retzius, dans son édition du Fauna suecica^ en l'aug- mentant encore, car il a ajouté à cette syno- nymie fautive le striped wiYisse de Pennant, et comme variété le labrus carmeus de Bloch, dont nous avons parlé plus haut. Bloch et Lacépède l'ont placé parmi leurs labres : le premier sous le nom de Linné, et le second sous celui de labrus pentacanthus. Je trouve aussi dans l'ouvrage de M. Nilsson un labrus exoletus j mais comme ce savant n'a compté que dix-sept rayons épineux à la dorsale, et seulement sept mous, je me de- mande si le poisson était bien de la même espèce. jL'AcANTHO LABRE DE COUCH. (^Acantholahrus Couchii, nob.) M. Couch a publié, dans le Recueil de M. Loudon' la description et la figure d'un 1. Couch , apud Loudon, Mag. nat. hisl. ; descr. , vol. V, p. 18 el 742 , et fig. 11." 121. CHAP. IV. ACANTHOLABRES. 249 acantholabre, qui me paraît différer de celui de Linné, principalement par le nombre des rayons ; car il a six épines à l'anale et vingt et une à la dorsale. Voici ses nombres écrits suivant notre manière : D. 21/8 j A. 6/8; C. 15 j P. 14; V. 1/5. La couleur est un brun uniforme et brillant, plus clair sous le ventre; le sourcil est noir, et une tache brune et foncée est sur le dos de la queue, à la base des rayons de la caudale. Les pectorales sont jaunes J les autres nageoires sont bordées de cette teinte. M. Yarell' a reproduit d'une manière plus élégante la figure de M. Couch, et l'a donnée, ainsi que son prédécesseur l'avait fait, comme le labrus luscus de Linné, qui n'a cependant que trois rayons épineux à l'anale. On le trouve aussi répété dans le Traité de M. Jenyns^ mais ces deux auteurs n'en parlent que d'après M. Couch. Comme l'espèce n'est certainement pas le labrus luscus de Linné, j'ai cru devoir le dédier au zélé naturaliste qui a avancé l'ich- thyologie des côtes d'Angleterre. 1. Brit. fish. , p. 3o2. — 2. Jenjns, Brit. an. Kingd, p. 4oo. 250 LIVRE XVI. LABROÏDES. Z/'ACANTH GLABRE DE YarELL. {Acantholahrus Varelliij nob.) Je placerai aussi dans ce genre le poisson que M. Yarell^ a figure et décrit d'après un individu acheté par lui au marcbé de Londres. Il diffère sensiblement de tous les autres par les nombres des rayons de sa dorsale; et de celui de Linné , par les six épines de son anale. D. 16/13; A. 6/8; C. 12; P. 15; V. 1/5. Ce poisson était d'un noir pourpre foncé, plus clair et plus brillant sous le ventre ; les lèvres et les parties antérieures de la tête couleur de chair lavée de pourpre, les nageoires bleues et les ventrales mar- quées de noir à la pointe. L'individu avait neuf pouces et demi. Cette espèce nouvelle appartient à nos acan- tholabres, et je me suis fait un vrai plaisir de la dédier à M. Yarell. Il l'a regardée à tort comme le lahrus vetula de Bloch que j'ai déterminé après l'avoir vu dans le Cabinet de Berlin. X'ACANTHO LABRE PETITE BOUCHE. {Acantholabrus microstoma, nob.; Crenilahrus micros toma , Thompson.) M. William Thompson, vice-président de la société d'histoire naturelle de Belfast, vient 1. Yarell, Brit.fish., p. 284. CHAP. IV. acantholabres. 251 de décrire* quelques poissons des côtes de l'Irlande. J'ai trouvé parmi ces descriptions celle d'un acantholabre , que l'auteur a nommé crenilabrus micT^ostoma. Ce poisson a la forme de notre crenilabrus melops et des espèces voisines j c'est-à-dire qu'il a le corps plus court et plus haut que celui des autres acantho- labres. Sa bouche est petite et peu fendue; les écail- les paraissent plus grandes. L'auteur en a eu trois individus, sur lesquels il a vu varier les nombres des rayons de la manière suivante : D. 19/7; A. 5/7; C. 13; P. 14; V. \/h. D. 19/6; A. 5/7; C. 13; P. 13; V. 1/5. D. 20/6; A. 6/7; C. 15; p. 13; V. 1/5. Le dos était bleu foncé; le dessus de la tête pourpre, plus noir sur le bord supérieur de l'orbite; des raies violettes et orangées longitudinales sur les joues, et verticales sous la mâchoire inférieure; le ventre, blanc argenté; la dorsale, violette, bleue à la base et bordée d'orangé; la caudale, brune, et noirâtre à la pointe; la pectorale, orangée, et portant une large tache noire à sa base. Je ne parle de ces poissons que d'après les descriptions que j'ai indiquées plus haut. Il ne serait pas impossible que la troisième va- riété, citée par M. W. Thompson, fût d'une espèce particulière. Je laisse aux naturalistes 1. Will.Thomps. yProcsfc?. of zool. soc. of London , Juin 1837, p. 55, et Contrib. towards a knowlegde of the crenil. of Ireïandf in Mag. of zool. and bot. , p. 6, vol. 2 , pi. XIV. 252 LIVRE XVI. LABROÏDES. qui verront ce poisson, à lever ces différens doutes, en examinant avec soin la dentition de ces individus , qui ont été pris sur les côtes d'Antrim. L'ACANÏHO LABRE VERT. {Jlcantholahrus ^iridis ^ nob.) Les collections faites aux Canaries par MM. Webb et Berthelot, montrent que lo- cëan Atlantique fournit aussi des poissons de ce genre. L'espèce que j ai sous les yeux res- semble au crénilabre mélope. La longueur de la lête fait le quart de celle du corps. La hauteur du tronc est le tiers de celle du corps, la caudale n'y étant pas comprise. Le préo- percule est finement dentelé. Les dents sont égales et serrées. D. 17/9; A. 4/9; C. 13; P. H; V. 1/5. J'en ai un individu qui a cinq rayons épineux à l'anale; d'ailleurs il n'a pas de caractères spécifi- ques différens. La couleur est verte, avec des nuances jaunes sur la caudale et la portion molle de la dorsale et de l'anale. Nos individus ont six pouces de long. MM. Webb et Berthelot font entendu nommer par les pêcheurs canariens verde. J'en ai fliit donner une figure dans l'atlas de l'Histoire naturelle des Canaries (pi i7?fig- 4)- . CHAP. V. SUBLETS. 255 CHAPITPxE V. Des Lahroïdes à museau protractile et à ligne latérale non interrompue. DES SUBLETS. Je place dans ce chapitre un genre de lahroï- des que M. Cuvier a établi dès la première édition du Règne animal, et qui a les plus grandes affinités avec les crénilabres, tels que je les ai caractérisés; car les mâchoires ne por- tent que des dents coniques disposées sur uu seul rang. Mais la protractilité de leur bouche, les fait aisément distinguer des poissons de l'autre genre. Ils tiennent dans cette famille le même rang que les smaris et les gerres occu- pent dans la grande famille des sparoïdes; et l'on aurait pu même, pour rendre le parallé- lisme plus complet, faire une famille des la- broïdes à museau protractile , et composées des genres siihlets et filous, de même que M. Cuvier à voulu former une famille dis- tincte, sous la dénomination de méniâes , des spares à museau protractile. Mais comme il est contraire aux principes d'une bonne mé- thode naturelle de multiplier inutilement les familles, et que dans cette circonstance c'était 252 LIVRE XVI. LABROÏDES. qui verront ce poisson, à lever ces différens doutes, en examinant avec soin la dentition de ces individus , qui ont été pris sur les côtes d'Antrim. L'ACANÏHOLABRE VERT. {Jlcantholahriis ojiridis , nob.) Les collections faites aux Canaries par MM. Webb et Berthelot, montrent que l'o- cëan Atlantique fournit aussi des poissons de ce genre. L'espèce que j'ai sous les yeux res- semble au crënilabre mëlope. La longueur de la lête fait le quart de celle du corps. La hauteur du tronc est le tiers de celle du corps, la caudale n'y étant pas comprise. Le préo- percule est finement dentelé. Les dents sont égales et serrées. D. 17/9; A. 4/9; C. 13; P. 14; V. 1/5. J'en ai un individu qui a cinq rayons épineux à l'anale; d'ailleurs il n'a pas de caractères spécifi- ques difTérens. La couleur est verte, avec des nuances jaunes sur la caudale et la portion molle de la dorsale et de l'anale. Nos individus ont six pouces de long. MM. Webb et Berthelot font entendu nommer par les pêcheurs canariens verde. J'en ai fait donner une figure dans l'atlas de l'Histoire naturelle des Canaries (pi. i7?fig- 4)- CHAP. V. SUBLETS. 255 CHAPITRE V. Des Lahroïdes à museau protractile et d ligne latérale non interrompue. DES SUBLETS. Je place dans ce chapitre un genre de lahroï- des que M. Cuvier a établi dès la première édition du Règne animal, et qui a les plus grandes affinités avec les crénilabres, tels que je les ai caractérisés; car les mâchoires ne por- tent que des dents coniques disposées sur un seul rang. Mais la protractilité de leur bouche, les fait aisément distinguer des poissons de l'autre genre. Ils tiennent dans cette famille le même rang que les smaris et les gerres occu- pent dans la grande famille des sparoïdes; et l'on aurait pu même, pour rendre le parallé- lisme plus complet, faire une famille des la- broïdes à museau protractile, et composées des genres suhlets et filous, de même que M. Cuvier à voulu former une famille dis- tincte, sous la dénomination de ménides, des spares à museau protractile. Mais comme il est contraire aux principes d'une bonne mé- thode naturelle de multiplier inutilement les familles, et que dans cette circonstance c'était 25G LIVRE XVI. LABROÏDES. synonymies d'Aitedi. Qui pourrait, en effet, blâmer d'attribuer à nos sublets cette diagnose de son neuvième labre? Ljbrus rostro sur-* sum reJlexOy cauda in extremo Circulari ? Mais la synonymie qu'il y a jointe, laisse sub- sister les doutes que j'ai déjà indiqués plus haut (p. 134)- Malgré les assertions de M. Risso, je crois ne devoir admettre qu'une seule espèce de ce genre, celle dont je vais donner la des- cription sous le nom suivant : Le SUBLET GROIN. ( Coricus rostratus, nob. ; Lutjcmus rostratuSj Blocli, pi. 254,2.) Ce petit poisson a le corps plutôt parallélograni- nûque qu'ovalaire. En effet, la ligne du profil su- périeur monte par une courbe concave jusqu'à la naissance de la dorsale, d'où elle descend, par une courbure un peu convexe, vers la queue. Celle du profil inférieur se porte, par une ligne oblique et descendante, à l'abdomen, jusqu'au-delà des points des ventrales, pour remonter ensuite à la queue. L'angle du dos est plus avancé que celui de l'ab- domen, et c'est entre eux deux que l'on mesure la plus grande hauteur du corps; elle est comprise trois fois et demie dans la longueur totale, la tête égalant cette hauteur, et la caudale en en faisant la moitié. La hauteur du tronçon de la queue n'est que le tiers de celle du tronc. Quand la bouche CHAP. V. SUBLETS. 257 est fermée, le museau est aigu, et la mâchoire in- férieure se porte très-obliquement vers l'angle posté- rieur de ses branches. L'œil est placé à peu près au miheu de la longueur de la joue; il est de médiocre grandeur, son diamètre étant compris un peu plus de cinq fois dans la longueur de la tête, et distant du bout du museau de deux fois la longueur de ce diamètre. L'orbite n'entame pas la ligne du profil ; c'est au-dessus de cet organe que la ligne du front est le plus concave , et à cet endroit la tête n'a pas en hauteur la moitié de sa longueur. Le sous-orbilaire est étroit et assezalongé, un peu échancré en avant. Le préopercule a le limbe étroit; le bord vertical et son angle, qui est arrondi, finement dentelés : le bord liorizontal est lisse. Je ne vois sur la joue, au-dessous de l'œil , que deux rangées d'écaillés. Les trois autres pièces operculaires en sont aussi couvertes. Elles sont plus grandes que celles des sous-orbitaires, mais plus petites que celles du corps. Le bord membraneux est petit; la bouche est peu fendue, mais elle est protractile. Les branches montantes des intermaxillaires ont le double de la longueur de la branche horizontale; et le maxillaire, petit et élargi en palette ronde à son extrémité inférieure, a en dessous une échan- crure qui reçoit l'angle de l'articulaire de la mâ- choire inférieure , sur lequel il bascule quand celle-ci s'abaisse. Une branche grêle, et pliée à angle droit sur cette portion inférieure de l'os maxillaire, va rejoindre la branche montante de l'intermaxillaire , d'où il résulte que l'abaissement de la mâchoire in- férieure porte nécessairement en avant le maxillaire i3. 17 258 LIVRE XVI. LABROÏDES. et l'intermaxillaire , et fait exécuter à la bouche son mouvement de prolraction. Quand la mâchoire in- férieure se relève, elle relire, en portant l'articulaire en arrière, le maxillaire, qui entraîne les inlermaxil- laires, dont les branches glissent dans la coulisse pra- tiquée pour leur mouvement entre les deux sous- orbitaires et les deux os propres du nez. Les dents sont petites et sur un seul rang, en tout semblables à celles de nos crénilabres ; elles sont toutes implantées perpendiculairement sur la mâchoire, et celles du milieu ne se portent pas horizontalement en avant ; les pharyngiennes sont de même mousses et grenues. Les lèvres sont minces et étendues en assez larges membranes sur les côtés de la bouche. Les deux ouvertures de la narine sont pratiquées près de la ligne du profil, au-dessus de l'œil : la postérieure est ovale et plus grande que l'antérieure. La langue est libre et pointue. Les ouïes sont large- ment fendues; il y a , comme à l'ordinaire, cinq rayons aux ouïes. La pectorale est attachée sous l'angle membra- neux du bord de l'opercule, un peu obliquement; ses rayons sont très-petits , et sa membrane tellement transparente qu'on la voit à peine quand elle est étalée et collée sur le corps : elle est généralement du septième de la longueur totale ; mais j'ai trouvé des individus qui l'ont un peu plus longue, et dans ce cas elle est comprise six fois et demie dans cette même longueur totale. La dorsale commence un peu en arrière de l'a- plomb tiré par l'insertion des pectorales ; ses rayons CHAP. V. SUBLETS. 2^9 épineux sont bas et faibles : la portion molle se ter- mine en pointe, La caudale est arrondie. En avant de l'anale est un appendice charnu , conique , mousse , et percé de deux trous : l'un pour la laitance, l'autre pour l'urine. Les ventrales sont reculées assez en arrière des pectorales. B. 5; D. 15/10; A. 3/9; G. 13; P. 12; V. 1/5. Il y a trente rangées d'écaillés entre l'ouïe et la caudale. Une écaille a le bord radical crénelé par les extrémités des treize rayons de l'éventail. La portion nue est finement ciselée par des stries divergentes, en rayonnant du centre vers le bord, et croisées par d'autres moins fortes, circulairef- et parallèles au bord. La ligne latérale est tracée sur la quatrième série d'écaillés; elle est parallèle au dos, et composée d'une suite de tubulures relevées et redressées vers la dorsale. La couleur est un rouge orangé, quelquefois lavé de verdàtre. A l'anus existe une grande tache bleue. Les pectorales sont plus ou moins rouges , les ven- trales jaunes. Je vois la caudale colorée d'une belle teinte orangée chez les individus à pectorales pâles, et jaunâtre chez ceux à pectorales rouge assez foncé. Celte nageoire de la queue a le plus souvent près du bord un fm liséré noirâtre et des points de même teinte , plus ou moins effacés entre les rayons. L'anale a une très - faible couleur orange chez les individus à caudale orangée, et elle est jaune sur ceux de l'autre variété. Chez les premiers la dor- sale a une tache noire, étendue sur toute la mem- 2G0 LIVRE XVI. LABROÏDES. brane réunissant les trois premières épines. Sur le reste de la portion épineuse il y a deux séries de points noirs : une près du bord, et une à la base de la nageoire. La portion molle a le tiers inférieur rougeâtre, le reste pâle et comme incolore. Sur les individus de la seconde variété, je vois la nageoire plus verdâtre et des points entre tous les rayons épineux; la tache noire sur le devant étant plus ou moins bien marquée. L'anale a une suite de petits points noirs à sa base. Ces points se montrent aussi sur la poitrine, sur le ventre, sur la queue, et en plus grande abondance sur la tète; dont le dessus de la tête est brun. Une bandelette de cette couleur tra- verse du bout du museau à l'œil ; puis elle reprend derrière l'orbite et s'étend sur l'opercule, passe par l'angle et va finir sur les flancs, à moitié de la lon- gueur du corps. Le dessus de la ligne latérale est noirâtre. On voit quelquefois au-dessus de la bande brune une autre argentée, mais qui ne la suit pas aussi loin. Les nombreuses variations des teintes de ces petits poissons ont suggéré à M. Risso l'idée d'en distinguer d'abord deux espèces, et il en a même plus tard établi une troisième. La première , qu'il a nommée Le SuBLET Lamarck {Corlcus Lamarcku)y a , suivant sa diagnose , le corps gris obscur , varié de teintes dorées et CHAP. V. SUBLETS. 261 argentées, et marqué de lignes ou de points rouges. Le plus grand nombre d'individus auraient le dos bleu d'outremer; les côtés teintés d'aurore argenté, parsemés de points rouge-carmin. Les nageoires sont variées de plusieurs couleurs; l'iris est doré; l'œil a l'éclat du rubis. M. Risso en a distingué une première va- riété, offrant les mêmes fonds, mais qui manque de points rouges; et une seconde , jaune doré, verdâtre, avec les opercules pointillés d'obscur. La seconde espèce est he SUBLET VERDATRE. ( Coricus 'virescens. ) Elle a le corps vert, varié de jaune, et la tête traversée par des lignes violettes. Le vert foncé du dos passe au doré sur le ventre; les nageoires sont d'un vert tendre; les yeux sont rouge argenté, avec l'iris doré. 11 distingue de cette seconde espèce trois variétés. Une, chez laquelle le jaune domine ; une seconde, où le vert s'étend sur tout le corps; et une troisième, qui offre un mélange de toutes les gradations du vert et du jaune, sans raies violettes^ 262 LIVRE XVI. LABROÏDES. 11 a nomme la troisième espèce Le SUBLET ROUGEATRE. {Coî^icus ruhescejis.) Son dos est brun-rouge; les côtés portent une bande longitudinale rose argenté ; la base de la queue est tachetée de noir. La couleur du dos dépend de la dispersion de taches d'un brun obscur, mêlées à d'autres, couleur d'outremer, sur un beau fond rose- Le blanc argenté lavé de rose, qui s'étend sur la gorge et le ventre , est séparé de la teinte du dos par la bandelette argentée et rosée. L'iris est doré; les yeux ont l'éclat du rubis, avec des reflets argen- tés; les nageoires variées de jaune et de rouge. Sur les premiers rayons de la dorsale existe une tache bleuâtre, et la caudale est marquée à sa base d'un point noir très-petit. La tache de la dorsale serait moins apparente sur les femelles. M. Laurillaid, qui en a rapporté de nom- breux individus pris à Nice, et reconnus par M. Risso pour son suhlet verdâtre^ les décrit comme ayant le corps traversé par douze raies longitudinales ver- tes, avec une bande d'un violet obscur, partant de la tête à la hauteur de l'œil, et se perdant vis-à-vis de l'anale; la dorsale était bordée de rose. Une autre variété avait le dos vert obscur, les côtés jaunâtres; la tête et les flancs traversés par une ligne brune. Je suis étonné que cet habile observateur ne parle pas de la variété rouge, ou bleu poin- CHAP. V. SUBLETS. 263 tille, qui me paraît la plus abondante sur tous les points de la Méditerranée. Ces variétés, qui ne sont pas mentionnées par M. Risso, rentreraient dans l'espèce de sonsublet verdâtre, si les nombres des rayons étaient les mêmes. A en juger d'après les nombres cités par M. Piisso, le sublet verdâtre à seize rayons épineux serait très-différent des deux autres, qui n'en auraient que quatorze; mais j'ai vérifié ces nombres sur plus de cent individus , et dans ce grand nombre je n'en ai trouvé qu'un seul ayant seize rayons à la dorsale, et cinq n'en ayant que quatorze. J'ai observé plus de trente sublets, envoyés de Nice par M. Risso lui- même, sous le nom de lutjanus Lainarckii , et sur tous j'ai trouvé quinze rayons épineux à la dorsale. Comme sur les individus à seize ou à quatorze rayons, je ne trouve aucun caractère qui justifie la distinction spécifique faite par M. Risso ; et que les couleurs, si :aria- bles dans les labres, ne peuvent dcnnei des signes spécifiques, je persiste à croire que l'on doit considérer ces nombreuses variétés de teintes comme appartenant toutes à une même espèce. Les recberclies anatomîques que j'ai faites confirment aussi ces conjectures. Je trouve 264 LIVRE XVI. LABROÏDES. dans tous ces individus, quel que soit le nom- bre de leurs rayons, un foie assez gros, convexe en dessous, concave en dessus, pour loger dans son sillon l'œsophage et l'estomac. Ce foie, situé presque en entier dans le côté gauche de l'abdomen, donne à droite et en haut un très -petit lobule. La vésicule du fiel est très-petite. L'intestin ne fait que deux plis; la troi- sième anse a deux fois plus de longueur que la seconde. La rate est petite et lenticulaire, siiuée à droite de l'intestin. Les ovaires forment deux petits corps trièdres occupant la moitié inférieure de l'ab- domen, réunis largement par en bas, et contenant des œufs d'une petitesse excessive. La vessie aérienne est grande, simple, ovoïde, à parois argentées ré- sistantes; elle contient des corps rouges très-volu- mineux. Outre les parties du squelette que nous avons déjà mentionnées en décrivant l'extérieur de l'ani- mal, j'ajouterai que la colonne épinière a trente et une vertèbres, dont treize sont abdominales, et que je n'ai pas trouvé de variations dans ce nombre, lorsque j'en observais dans celui des rayons épineux de la dorsale. Les côtes sont petites, mais assez fortes. Il n'y a que deux ou trois côtes horizontales. Ce qui me porte encore à croire qu'il n'existe qu'une seule espèce de sublet, c'est que les pécheurs ne distinguent pas par des noms differens ces nombreuses variétés, pa- rées de couleurs si variées, qu'ils observent CHAP. V. SUBLETS. 265 constamment. Leur nom nicéen est suhlaire. Ce sont des petits poissons que l'on trouve pendant toute l'année sur les cotes rocheuses et peu profondes. La femelle fraie au prin- temps. Leur chair est tendre, savoureuse. L'espèce abonde dans toute la Méditerranée. M. Delille nous l'a envoyée de Montpellier; M. Delalande, de Martigues; MM. Cuvier et Pol. Roux, de Marseille ; M. Kiener, de Tou- lon ; MM. lUsso , Savigny et Laurillard , de Nice ; M. le prince Charles Bonaparte , de Rome ; MM. Constant Prévost et Bibron, de Sicile; M. Leach, de Malte; M. Domnando, d'Athè- nes; M. Reynaud, de Napoli de Romanie; M. Geoffroy Saint-Hilaire, d'Alexandrie d'E- gypte : M. de Laroche l'a aussi trouvée aux îles Baléares. C'est de Naples que nous avons reçu les plus grands individus. Ils ont quatre pouces et demi de long sur dix-huit hgnes de hau- teur. Les autres n'ont pas généralement trois pouces de longueur. DES CLEPTIQUES. Parra a figuré^, sous le nom de rahiruhia 1. Parra, Hisi. de los raros mariiimos de la Hamna; p. 44 ? Lam. 2 1 , fig. 1. 26G LIVRE XVI. LABROÏDES. S^enizarra, un labroïde que nous avons appris à connaître par les collections faites à la Mar- tinique par M. Plëe. Nous avons reconnu que ce poisson doit être d'un genre particulier, voisin des sublets, par la protractilité de son museau, par les dentelures de son préopercule et par sa ligne latérale non interrompue. La petitesse de sa bouche, la manière dont elle rentre sous la voûte des sous-orbitaires; ses dents sur un seul rang, mais en très-petit nombre et à peine visibles; ses dents pharyngiennes composant, par leur réunion , des petites lames à bord den- telé en scie ; ses nageoires verticales, couvertes en grande partie d écailles semblables à celles du reste du corps , sont les caractères distinc- tifs de ce genre. Dès notre premier travail sur les poissons , nous avons reconnu , M. Cuvier et moi, la nécessité de l'établir. Pour rappeler ses affinités avec les filous {epihulus), que M. Cuvier en rapprochait trop, dans ma ma- nière de voir, nous avons imaginé de nom- mer ce genre du nom de clepticus , KhsTrny/oç étant une épithète que les Grecs donnaient aux êtres enclins à voler. C'est ainsi que le genre a paru sous cette dénomination dans la seconde édition du Règne animal; mais on peut remarquer que CHAP. V. CLEPTIQUES. 267 M. Cuvier a négligé de donner plusieurs de ses traits caractéristiques; car, entre autres oublis, il n'a pas parlé de la dentelure du préopercule. Nous n'avons jusqu'à présent reçu qu'une seule espèce de ce genre, dont nous ne pos- sédons qu'un petit nombre d'individus, quoi- que M. Plée nous dise dans ses notes que le poisson n'est pas rare aux Antilles. En voici la description. Le Cleptique créole. ( Clepticus genizarra , nob. ) Le corps est alongé et assez régulier : sa hauteur fait le quart de la longueur totale, et son épaisseur est comprise deux fois et demie dans la hauteur, La longueur de la tête est du quart de celle du corps, la caudale non comprise , qui n'est elle-même qu'un peu moins longue que la tête. La ligne du profil supé- rieur est convexe sur la nuque, et assez semblable à la courbure inférieure ; aussi l'oeil est-il à peu près au milieu de la hauteur de la tête , mais sur le tiers antérieur. L'orbite est rond, petit, son diamètre étant contenu cinq fois et demie dans la longueur de la tête. Le sous-orbitaire est une petite pièce quadrila- tère, couverte d'une peau adipeuse et nue, située tout au-devant de l'œil, et dont le bord antérieur, con- cave en haut, devient au contraire convexe en bas; il forme avec celui du côté opposé une sorte d'ogive, 2G8 LIVRE XVI. LABROÏDES. dans laquelle se place et joue la mâchoire supérieure. Sur le bord supérieur et un peu oblique de cet os, est un petit sillon dans lequel on voit les deux très- petites ouvertures de la narine : la postérieure est cependant plus visible que l'antérieure. Tout le pour- tour de l'œil, ainsi que le petit espace compris entre les deux narines et l'extrémité du museau, est nu. C'est la seule portion du corps qui soit sans écailles; car il y en a sur les branches de la mâchoire infé- rieure, sur toutes les pièces operculaires, sur la base des nageoires impaires et même sur celle de la pec- torale. Le préopercule occupe le bas de la joue; son bord vertical est légèrement concave, très-finement dentelé; son angle est arrondi, et sa courbe s'étend le long du bord horizontal, qui est lisse, mince et sans dentelure. On ne distingue pas de limbe. Les écailles, au nombre de trois rangées vers le haut du bord vertical, et de sept vers l'angle, s'étendent jusqu'au bord, dont elles cachent les dentelures. On ne distingue pas sous les larges écailles de l'opercule cet os du sous-opercule, et Tinteropercule ne se reconnaît qu'à la petitesse des écailles. Ces pièces sont lisses, sans dentelures; le bord membra- neux et l'angle de l'opercule sont assez larges. Les deux bords de l'interopercule se touchent sous l'isthme, et la fente des ouïes, quoique grande, ne se voit qu'à peine, tant l'appareil operculaire s'ap- plique hermétiquement sur la ceinture de la poi- trine; en la soulevant on voit la membrane bran- chiostège entièrement pliée et cachée sous l'intero- percule et le sous-opercule; elle est soutenue par CHAP. V. CLEPTIQUES. 269 six rayons branchiostèges. Les branchies, au nom- bre de quatre de chaque côté, sont petites. Les lames des peignes sont très-fines, serrées, et celles des trois premières sont profondément divisées et simu- lent sur chaque arceau une branchie double : les lames de la quatrième sont simples. Les râtelures de la première externe sont formées de lames longues, serrées, dirigées en dedans, comme pour rétrécir et proléger l'entrée de la cavité branchiale. Les râ- telures des autres branchies deviennent des lames horizontales, entrecroisées, sans aucunes dents ni épines. Les deux pharyngiens supérieurs portent cinq rangées de lames émaillées , denliculées, dont les pointes sont fort aiguës et font du bord externe de ces deux os une sorte de scie, qui joue sur un sys- tème semblable du pharyngien inférieur, dont la tige, sans dentelures, s'avance entre les branchies, vers le corps de l'os hyoïde. Cette dentition, qui rentre dans celle des labroides ordinaires, offre encore cependant une disposition caractéristique du genre des cleptiques. La bouche est extrêmement petite; mais elle peut s'alonger en un long tube par la protraction des intermaxillaires, dont les branches sont très-longues. L'ouverture est semi-circulaire, les deux intermaxil- laires étant réunis en demi- cercle. La lèvre supé- rieure a très- peu d'épaisseur, est très -adhérente à l'os , dont la branche latérale n'a que quatre à cinq petites dents coniques; la mitoyenne seule est hori- zontale ; elle seule dépasse un peu la lèvre , et peut se voir facilement; les autres se sentent au toucher 270 LIVRE XVI. LABROÏDES. comme de petites aspérités. Quand la mâchoire infé- rieure s'abaisse pour ouvrir la bouche, la branche horizontale de l'intermaxillaire seule se détache du bord de la voûte des sous-orbitaires, et l'on ne voit pas du tout les maxillaires; mais ils deviennent visibles quand on fait sortir le tube entier de la bouche: on aperçoit les branches montantes dans toute leur longueur; elles jouent sous la peau nue du devant du museau; elles remontent sur le crâne jusqu'à la hauteur du milieu de l'orbite. Le maxillaire se mon- tre alors comme une languette plate, arrondie par en bas, mince et un peu courbée, pour se cacher entièrement dans la rétraction de la bouche sous le sous-orbitaire. La mâchoire inférieure, qui a une lèvre très-épaisse et étendue sous elle, a deux dents mitoyennes horizontales , un peu plus fortes que les deux ou trois autres, extrêmement petites, qui la suivent. Les branches horizontales sont portées assez loin en arrière; elles deviennent larges, et ont un articulaire as^ez grand , qui sert à faire basculer les maxillaires et attirer en avant les intermaxillaires. La langue a de la liberté dans l'intérieur de la bouche ; elle est pointue et lisse comme le palais. Quand les rayons de la dorsale sont abaissés, ils sont tout-à-fait cachés par les écailles de la base de la nageoire, qui ne font pas cependant une large gout- tière, comme celle des spares. Les rayons, en se re- dressant, entraînent et relèvent avec eux les écailles qui les recouvrent; la nageoire devient tout-à-fait écailleuse; on ne voit que la pointe des épines, et une plus longue portion des rayons articulés. La CHAP. V. CLEPTIQUES. 271 longueur des rayons épineux augmente successive- ment du premier au douzième, puis les deux pre- miers rayons mous s'alongent un peu, et ils sont en- suite dépassés de plus du double de leur longueur, jusqu'au septième articulé, lequel est suivi de trois autres rayons, moitié plus courts que lui, ce qui rend la portion molle de l'anale pointue, puis échan- crée en arrière, comme si la nageoire était coupée. L'anale est faite de même : c'est le septième et le huitième rayon mou qui sont prolongés en pointe. La caudale est fourchue quand elle est fermée , et coupée en croissant quand ses rayons sont écar- tés. La pectorale est pointue, triangulaire; elle est comprise quatre fois et demie dans la longueur to- tale : elle n'a pas d'écaillés à sa base. La ventrale est de médiocre grandeur; elle a dans son aisselle une série d'écaillés pointues, et une plus longue sépare la base des deux nageoires inférieures. Les écailles sont lisses, assez grandes; j'en compte trente-cinq entre l'ouïe et la caudale , cinq rangées au-dessus de la ligne latérale tracée parallèlement au dos le long de la sixième rangée, et dix à douze au-dessous. Chaque écaille a une base radicale qua^ drilatère, plus que double en surface de la portion nue; elle a un large éventail triangulaire à dix-sept rayons. La portion nue de l'écaillé, vue à la loupe, montre de très-nombreuses stries longitudinales. La ligne latérale se continue sans interruption jusqu'à la caudale; elle est formée d'une sorte de petites tubulures simples et un peu relevées. Le poisson, décoloré par l'esprit de vin, est d'un 272 LIVRE XVI. labroïdes. brun olivâtre foncé sur le clos; lavé de bleuâtre, argenté et marbré de bleu sur le ventre. La caudale est violâlre; les pointes de la dorsale et de l'anale sont brunes , ces deux nageoires étant bordées de brun; la face interne de la pectorale est très-foncée. Le foie est peu volumineux; la vésicule du fiel est assez grande, ovale, suspendue à un long canal cys- tique : sa plus grande portion est située dans le côté droit de l'abdomen. Le canal intestinal n'offre aucune dilatation ; il descend d'abord jusqu'au tiers de l'ab- domen, puis fait un petit feston, et remonte vers le diaphragme pour se porter de nouveau vers le bas; au second tiers , il revient de nouveau vers la tête : cette anse va loucher le premier pli, d'où l'intestin, en s'élargissant, se rend droit à l'anus. Son épiploon est très gras. Les organes de la génération n'étaient pas développés. La vessie aérienne est mince, mais très- grande. Le péritoine est argenté. Nous en avons des individus qui ont jus- qu'à dix pouces de longueur. Ils nous sont venus de la Martinique par M. Garnot; mais nous connaissions déjà l'espèce par un indi- vidu plus petit, qui nous avait été envoyé de la même île par M. Plee. Ce voyageur le regarde comme un des pois- sons communs sur le rivage , et c'est même de là qu'il déduit l'origine du nom vulgaire de Créole, sous lequel il nous l'a envoyé. Il dit que sa chair est de bon goût, et qu'il ne dé- passe pas une livre de poids. CHAP. V. CLEPTIQUES. 273 Parra l'indique avec des couleurs plus vives que M. Plëe, mais à peu près semblables : la tête est carmin obscur; le dos, plus clair, passe au rose; les cotes orangés et les pecto- rales noirâtres. Il le dit un poisson de hauts fonds, et très-rare dans les mers de la Havane; car le pécheur qui lui a apporté l'individu qu'il a peint, n'en avait pas encore vu d'au- tres, quoiqu'il se livrât à l'exercice de la pèche depuis plus de quarante ans. i3. 18 274 LIVRE XVL LABROÏDES. CHAPITRE YI. Des Laclinolèmes {haclniolaiinus) , nom- més vulgairement aux Antilles aigret- tes ou capitaines. Catesby, dans son Histoire naturelle de la Caroline, a donne (t. II, pi. i5) la figure de la tête et des premiers rayons dorsaux d'un poisson qu'il nomme suilluSy et dont il n'est pas question dans les auteurs systématiques, excepté toutefois Bonnaterre, qui, dans l'En- cyclopédie méthodique \ l'a confondu avec le lahrus suilliis ou her^sniltra de Linné, et en a fait ainsi un poisson des Antilles et d'Eu- rope. Cet oubli tient probablement à ce que sa description est aussi incomplète que sa figure; on voit cependant qu'il a des caractères remarquables dans la protrac tilité de sa mâ- choire supérieure , dans les grandes dents qui l'arment en avant, ainsi que l'inférieure; dans le prolongement en longues lanières des pre- miers rayons de sa dorsale , dans son profil con- cave et dans l'intégrité de toutes ses pièces operculaires. 1. Explic. des pi. d'ichlh., p. 109. CHAP. VI. LACHNOLÈMES. 2715 Ces mêmes caractères généraux se retrou- vent dans un poisson de la Havane, décrit et représenté par Parra (pi. 3, fig. 2), sous le nom de perro, c'est-à-dire chien en espa- gnol; mais il ne paraît pas que ce perro soit de la même espèce que le suilluSf ou du moins faut-il avouer que les descriptions de leurs couleurs, telles que les donnent Catesby et Parra, et même les formes de' leurs museaux, ne se ressemblent guère ; mais l'identité du genre n'en est pas moins certaine. Nous avons vu aussi un dessin d'un poisson du même genre, fait en 1771 au Cap-Français de Saint-Domingue, et intitulé aigrette ou vivaneau; et M. Plée nous en a envoyé de la Martinique, sous le nom de capitaine; de Porto-Rico, sous le nom de cotorra {perru- ches^ de Barthélémy, sous celui d'aigrette^ et de Saint -Thomas, sous celui de hog-Jish [poisson cochon), tous semblables entre eux et à ceux de Parra et de Catesby par les ca- ractères généraux; mais assez différens par les détails des proportions et quelques accidens de couleurs, pour être considérés comme formant au moins quatre espèces, ainsi que nos lecteurs vont en juger. J'ai lieu de crohe cependant que Linné avait vu un poisson de ce genre dans le Musée 276 LIVRE XVI. LABROÏDES. de De Geei^; car ce qu'il en dit dans sa douzième édition convient parfaitement à nos lachnolèmes. Il le décrit sous le nom de « LJBRUS FALCATUS, pinïiœ dorsali analique raâiis quinque primis inerniihus falcata. '' Et il ajoute : « corpus latitudine Bramœ, ar^ genteum. Radii quinque prirni e mollihus doj^- salis analisque elongati, sequentibus œqua- libus, unde hœ pinnœ falcatœ j dentés acuti sunt; pinnœ ventrales parvœ. '' Le poisson venait d'Amérique , comme tous nos lachnolèmes; mais les nombres de rayons sont différens de tous ceux que nous avons observes. Les voici tels que Linné les a comptes, et écrits suivant notre méthode: D. 7/20; A. 3/17; C. 20; P. 17; V. 1/5. Ce poisson est devenu le labre faucheur de l'Encyclopédie, et il est cité sous ce nom dans l'ouvrage de Lacépède. Tous nos lachnolèmes ressemblent à des labres proprement dits , par leurs lèvres , par l'ensemble de leurs formes, par la membrane qui descend de leurs sous-orbitaires, par les écailles de leurs joues, par les lanières de leur dorsale. Mais on les reconnaît dès l'extérieur aux prolongemens flexibles de leurs premiers aiguillons dorsaux; à leur ligne latérale parai- CHAP. VI. LACHNOLÈMES. 277 lèle au dos non interrompue; à leurs dents an- térieures fortes, crochues, portées en avant et suivies d'une série de petites dents égales. Un caractère plus profond consiste dans leurs pha- ryngiens , qui , au lieu d'être armés sur leur tota- lité, comme dans les labres, de dents en forme de pavés, n'en ont que sur une petite étendue et sont couverts, sur le reste de leur surface, d'une membrane veloutée. C'est de cette parti- cularité que nous avons dérivé leur nom géné- rique, laclinolhne, de '^c^%v^ {lanugo) et de ?^ccifAo^ (giUtiir)j il signifie gorge laineuse, gorge veloutée. Leur intérieur est aussi analogue à celui des labres : ils manquent de cœcums. II paraît qu'ils se ressemblent entre eux par les couleurs non moins que par les formes. Leurs teintes générales sont rouges, et pres- que tous ont une tache noire sur la base de la dorsale à son bord postérieur. Le Lachnolème aigrette. {Lachnolaimus aigula , nob.) L'espèce que nous décrirons en tête du genre, est Yaigrette de Saint-Barthélémy. Son corps est ovale, et assez comprimé lorsque sa bouche est rentrée et fermée. Sa plus grande liau- 278 LIVRE XVI. labroïdes. teur, prise au milieu du tronc, est deux fois et trois quarts dans sa longueur totale, la caudale comprise, et deux fois et un quart seulement, en ne la comp- tant pas. Son épaisseur est deux fois et demie dans sa hauteur. La longueur de sa tête fait le quart de la longueur totale, et elle est aussi haute à la nuque qu'elle est longue; mais la -bouche, en s'alon géant, ajoute plus d'un quart à la longueur de la tête, et les proportions générales changent en conséquence. La manière dont la mâchoire supérieure se porte en avant et dont l'inférieure s'abaisse dans cette protrac- tion, donne à la physionomie de ce poisson un rap- port sensible avec celle de nos hœmulons ou goretles. Des lèvres charnues garnissent les deux mâchoires, et les sous-orbitaires sont enveloppés sous une large production de la peau, qui unit ceux d'un côté à ceux de l'autre, et sous laquelle la mâchoire supé- rieure se cache presque entièrement dans la rétrac- tion. Cest même à peine si le maxillaire se montre un peu dans la protraction; il est plat, un peu élargi, et arrondi à son extrémité. La fente de la bouche, même lorsqu'elle est visible jusqu'à la commissure, ne fait qu'un peu plus du tiers de la longueur de la tête (les mâchoires censées retirées), et ne s'étend pas jusque sous l'œil, qui est à peu près au milieu de cette longueur et au quart de la hauteur. La mâchoire supérieure a en avant quatre dents alongées , crochues et terminées en pointe; et de chaque côté treize ou quatorze petites dents coniques et mousses, à peu près égales, et se montrant peu hors de la gencive. L'inférieure a aussi en avant quatre dents chap. VI lachnolèmes. 279 longues et crochues; mais les deux intermédiaires sont de moitié plus courtes de chaque côté; elle en a dix-sept ou dix-huit, coniques et courtes, un peu moins cependant que celles d'en haut. Les voiles de derrière les dents sont épais et peu larges. La langue est ovale, obtuse, peu libre; elle est, ainsi que le palais , veloutée vers sa base et sans dents ; et une membrane, dont le velouté est encore plus épais, couvre les deux pharyngiens supérieurs an- térieurs et les bords de l'inférieur , de sorte qu'il n'y a de dents en pavés qu'au troisième d'en haut et à la partie moyenne et postérieure de celui d'en bas. Le diamètre de l'œil est du cinquième de la longueur de la tête ; l'intervalle des yeux est presque double de ce diamètre. Un léger rebord de la peau garnit le tour de l'orbite, mais sans former aucune pau- pière. L'orifice postérieur de la narine est un trou assez petit, sans rebord, placé en avant de l'œil, à une distance égale à la moitié de son diamètre; l'anté- rieur, encore beaucoup plus petit et semblable à une piqûre d'aiguille, est à la même distance, en avant du postérieur, mais un peu plus bas; l'inter- valle et le tour des yeux, et tout le museau et les mâchoires, sont couverts d'une peau sans écailles, ainsi que le limbe du préopercule; mais le crâne, la tempe, la joue et les trois pièces operculaires sont écailleux. Le préopercule est rectangulaire , et a l'angle arrondi et le bord entier. L'opercule est deux fois plus haut que long, coupé en arc peu courbé; un bord cutané le termine en angle obtus. La membrane bran- chioslège s'unit à sa correspondante sous risihme , 280 LIVRE XVI. LABROÏDES. à peu près vis-à-vis le milieu de l'œil; elles ont cha- cune six rayons. La quatrième brancliie est tout- à-fait collée à l'épaule, de manière que l'eau ne peut passer entre elle et le corps. Il y a une demi- branchie attachée sous les os de la 'joue. L'aisselle est nue, et il n'y a à l'épaule ni armure ni écaille particulière. La pectorale, de forme demi-ovale et attachée au tiers inférieur de la hauteur, est d'un peu moins du cinquième de la longueur et a quinze rayons. Le premier, qui est simple, n'a que moitié de la longueur des trois suivans , qui sont les plus longs. Les ventrales , à peu près de la longueur des pec- torales, sont attachées un peu plus en arrière, l'une près de l'autre ; sur leur base est un petit repli écailleux, et il y en a un impair entre elles. Leur épine est grêle et d'un quart plus courte que le deuxième rayon mou, qui est le plus long. La dorsale commence, au-dessus de l'attache des pectorales, par trois rayons comprimés, et les ter- mine en pointes flexibles de près de moitié de la longueur du corps; le quatrième n'a que le tiers de la longueur des autres, et il est suivi de dix autres, de moitié plus courts que lui. Entre tous ces rayons la membrane est échancrée jusqu'à sa racine; mais à chacun des dix derniers elle forme une petite lanière qui dépasse l'épine de moitié. La dixième épine reprend un peu de longueur, et des onze rayons mous qui la suivent, le quatrième et le cin- quième sont les plus longs, et donnent à cette partie de la nageoire une pointe aiguë. Cette portion molle CHAP. VI. lachnolèmes. 281 de la dorsale , dont la pointe égale en hauteur la moitié des premiers rayons épineux , n'occupe pas en longueur sur le dos moitié de l'espace qu'y tient la partie épineuse, et les deux ensemble y prennent à peu près les deux cinquièmes de la longueur totale. L'anale commence vis-à-vis l'avant-dernier rayon osseux du dos, et a trois épines courtes et fortes, munies de lanières, comme celles de la dorsale; et dix rayons mous, dont le troisième et le quatrième forment aussi une pointe aiguë, égale à celle de la nageoire supérieure. Les écailles du corps s'étendent un peu sur les hases de ces nageoires, et les aiguillons de la dor- sale peuvent, jusqu'à un certain point, se cacher entre elles. La portion de queue derrière la dorsale et l'anale est du sixième de la longueur totale, et un peu moins haute que longue. La caudale a ses deux angles prolongés en pointes aiguës; leur longueur est de plus du cinquième du total; dans le milieu elle n'en a que le huitième. On y compte quatorze rayons, dont les deux extrêmes sont sans branches. D. 15/11, dont cinq filets; A. 3/10; C. 14; P. 15; V. 1/5. Les écailles sont grandes, ovales, plus longues que larges , à peu près lisses dans leur partie visible, membraneuses et très-fmement striées sur leur limbe. L'éventail prend les deux tiers de la longueur et a ' dix-sept ou dix-huit stries. Celles qui couvrent la racine de la caudale, sont plus alongées que les autres; il en est de même de celles de la joue. La 282 LIVRE XVI. LABROÏDES. ligne latérale, à peu près parallèle au dos, occupe en avant le tiers de la hauteur, et se marque sur chaque écaille par une élevure linéaire et simple, qui occupe moitié de la longueur. Les nageoires n'ont aucunes écailles. Dans la liqueur il paraît entièrement d'un brun pourpré, avec une tache ronde et d'un brun foncé à la base postérieure de la dorsale. Mais M. Plée^ qui l'a vu et dessiné vivant, lui donne des couleurs plus belles et plus variées: le dos, selon lui, est rouge, les flancs d'un rouge nuancé de blanc, la mâchoire infé- rieure blanche; sur la tempe et sur la joue se voient de petits traits obliques bleus; les longs rayons épi- neux de la dorsale sont très-rouges, et la tache de l'angle de cette nageoire très-noire. A l'ouverture du corps du lachnolème, l'abdomen paraît petit; on voit les viscères qui servent à la digestion et à la génération, renfermés dans une ca- vité un peu plus longue que haute, très-étroite, et dont les parois sont tapissées par un péritoine argenté brillant, assez mince sur les muscles du ventre , mais qui s'épaissit beaucoup sous le dos, excepté à l'endroit où il laisse passer les vaisseaux qui se rendent à la vessie aérienne. Celle-ci, par son volume, lait plus que doubler la capacité de la cavité que l'on a vue d'abord. Le canal intestinal est un tube alongé, simple, sans dilatation sensible qui fasse l'estomac. A son entrée près du pharynx l'œsophage est très-plissé; 1. Barthélémy', n." 22, fol. 106, de Porto-Rico. CHAP. VI. LACHNOLÈMES. 285 ces plis ne se portent pas loin en arrière, et la mu- queuse est couverte de petites cellules hexagonales, formées par la réunion des papilles élevées sur sa surface. Cette disposition est la même sur toute la veloutée de l'intestin. Vers le tiers de sa longueur il y a un étranglement, puis l'intestin fait quelques ondulations, et ensuite un repli très -court, après lequel il se courbe de nouveau et se rend droit a l'anus, en augmentant beaucoup de largeur. Une valvule charnue, épaisse, en forme de bourrelet, sépare le rectum du reste de l'intestin 5 elle répond à la hauteur du premier repli. La rate est petite, ovale, aplatie, suspendue au- dessus de l'intestin vers le second repli. Les laitances sont médiocres, rejetées vers l'ar- rière de l'abdomen j les sacs sont ovales, alongés, et se prolongent en un canal peu étroit qui débouche derrière l'anus. La vessie natatoire est très- grande : elle s'étend depuis les branchies jusque dans les muscles de la queue, où elle pénètre assez loin par les deux cornes à base très-large , qu'elle envoie en arrière. Sa tuni- que propre est membraneuse et d'une grande té- nuité; celle que lui fournit le péritoine est épaisse, fibreuse, très -solide, et donne de fortes brides qui s'unissent intimement avec les aponévroses des mus- cles latéraux, de manière que la vessie adhère aux côtes avec beaucoup de force: Vers le haut, cette tunique de la vessie adhère aux apophyses trans- verses des vertèbres , qui sont grosses et élargies , pour donner de plus grandes attaches encore à celte tunique, qui brille d'un bel éclat argenté. 284 LIVRE XVI. LABROÏDES. Les reins sont renflés antérieurement entre les branchies et la vessie aérienne; ils deviennent sous la colonne vertébrale un simple filet, qui descend entre les fourches de la vessie natatoire, et qui se renfle de nouveau en un bulbe unique, qui dé- bouche immédiatement dans la vessie urinaire; celle- ci est grande, en ovale alongé, un peu comprimé, et étendue depuis l'anus jusqu'en avant de la bifur- cation du sac des laitances. Nous ne pouvons rien dire du foie, qui était détruit; mais nous avons pu juger que ce viscère doit être très-petit dans ce poisson. L'individu que nous décrivons est* long de onze pouces, et en a quatre de hauteur. Uaîgrette de Saint-Domingue, dont je n'ai qu'un dessin peu correct pour la partie de la queue, me paraît cependant, d'après les rayons de sa dorsale et la forme de sa tête, appartenir à la même espèce que celle de Saint-Barthëlemy. La note qui accompagne le dessin dit que l'individu était long de deux pieds, que l'es- pèce porte aussi le nom de vwaneau, sans doute à cause de sa couleur rouge , semblable à celle du vrai vivaneau (mesopi^ion), et que c'est un excellent poisson , dont la chair est blanche comme du lait, et d'un goût déli- cieux. CHAP. VI. LACHNOLÈMES. 285 Le Lachnolème capitaine. {Lachîiolaimus diiaCj nob.) Le lacliiiolème envoyé de la Martinique par M. Plée, et qui se nomme capitaine dans cette île, ressemble à celui de Saint-Bartlié- lemy pour les formes; mais son quatrième rayon dorsal n'est que d'un tiers plus court que le troisième, et, au contraire, les pointes de ses trois nageoires verticales ne sont ni si alongées ni si aiguës. Dans la liqueur il paraît entière- ment aurore, avec la tache noire à la dorsale, des teintes noirâtres au bord de l'anale, et une triple série de points noirâtres sur la membrane de la caudale, dont celle de la base est plus large. D'après la description de M. Plée, dans l'état frais il est rouge et a les nageoires jaunes. Le lachnolème capitaine a le foie petit; le canal intestinal simple, onduleux, et faisant en outre deux replis très-courts dans sa longueur; peu avant de déboucher à l'anus, une valvule assez épaisse indi- que le rectum, qui est très-large. Son diamètre a plus que le double de celui de l'intestin. La veloutée n'a que de petites rides irrégulières et inégales. Nous n'avons pas vu la vessie aérienne de celle espèce parce qu'elle était détruite. Cet individu est long de huit pouces. Ses dents antérieures, surtout celles d'en bas , sont beaucoup moins longues à propor- 286 LIVRE XVI. LABROÏDES. tion que dans celui de Saint-Bartliélemy; mais il paraît jeune. M. Plëe assure qu'il y en a à la Martinique de vingt-cinq à trente livres pesant, qu'ils y sont peu communs, et qu'on les y recherche à cause de la bonté de leur chair. Le Lachnolème a grouin de cochon. {Lachnolaimus suillus ^ nob.j Catesb., XV.) Un des lachnolèmes envoyés de Saint- Thomas, sous le nom de ho^-jisli, me paraît répondre mieux que tous les autres à la figure de Catesby. C«st une femelle, longue d'un peu plus de deux pieds; son museau est plus alongé et plus concave à proportion que dans les précédents; sa tête n'est que trois fois et deux tiers dans la longueur totale , prise jusqu'au bout des longues pointes de la cau- dale. Ses dents antérieures sont très-fortes, excepté les deux intermédiaires d'en bas; outre la rangée de petites de chaque côté, il y en a à la face interne de chaque mâchoire deux ou trois rangs irréguliers et elles y sont encore plus petites. Sa dorsale n'a que trois rayons alongés; le quatrième est aussi court que les dix qui le suivent. Au contraire, les angles de sa caudale s'alongent en pointes étroites et aiguës, plus longues que le reste de la mâchoire, et qui, à CHAP. yi. LACHNOLÈMES. 287 elles seules prennent près du sixième de la longueur du poisson. A l'état sec la couleur paraît d'un gris fauve. La tache de la dorsale est petite ; la moitié de la cau- dale, du côté de la base, est couverte d'une large bande verticale noirâtre, qui se prolonge sur les bords jusqu'aux extrémités de ses pointes. La membrane de sa dorsale est noire à sa base, et du pied de ses trois premiers rayons part une bande noirâtre, qui se porte, en s'affalbllssant, jusque vers l'œil et au- delà sur les côtés du museau. Sur chaque flanc, au- dessus de la pointe de la pectorale, est une tache oblongue et noirâtre. La pectorale même est jaune. La ventrale et le bord antérieur de la dorsale et de l'anale sont teints de noirâtre. Dans le frais, d'après les notes qui nous sont fourmes par M. Plée et par M. Rlcord, l'espèce a le bord des écailles rouge et la base jaunâtre; le dessus de la tête pourpré; les deux côtés de sa mâchoire inférieure d'un rouge de sang très-vif, les écailles de la joue d'un bleu clair sur un fond orangé, couvert de petites rlvulatlons rouges; la portion épineuse de la dorsale brune; ses longues pointes rouges ou orangées, avec des filets brunâtres; la seconde dorsale bordée sur le devant de gris foncé, et de rouge sur le haut; la base est verdâtre, les pectorales jaunes; les ventrales noires à la pointe , et jaune taclieté de rouge à la base; la caudale a la moitié noire et le croissant jaune; les pointes sont noires, son Iris rouge. Il ajoute que ces couleurs sont sujettes à varier; 288 LIVRE XVI. LABROÏDES. mais on volt que ce qu'il en dit, joint à ce que nous y avons observé, s'accorde assez bien avec la des- cription et la figure de Gatesby. ^ M. Plée assure que la chair de ce poisson est très-estimée , et qu'on le trouve en abon- dance parmi les rochers des petites Isles- Vierges. L'individu qu'il nous a envoyé est, dit-il, des plus grands. Catesby en a vu de bien supérieurs, car il leur attribue une lon- gueur de trois et de quatre pieds. Cette espèce se retrouve aussi à Saint- Domingue, d'où M. Ricord nous en a rap- porté un bel individu, aussi grand que celui qui a servi à notre description. Il a tous les caractères que nous avons signalés sur le pois- son de Saint-Tliomas. Le Lachnoléme petit chien. {Lachnolaimus caninus , nob.) Les mers des Antilles nourrissent une qua- trième espèce de lachnolèmes, qui atteint à une taille assez considérable. 1. Catesby n'avait vu que la partie antérieure du poisson ^ et à ce qu'il paraît déjà un peu altérée. Il indique bien le rouge de la bouche, \t& petites taches bleues des joues, le brun du dcA'ant du museau , le jaune de la pectorale, le noir de la dorsale et des ventrales; mais il peint le dos d'un brun pourpré, et dit que le ventre était tacheté de jaune. CHAP. VI. LACHNOLÈMES. 289 Elle n'a que les trois premiers rayons alongés en lanière, qui atteignent, en les abaissant, à la taclie de la base de la dorsale. Le quatrième rayon est court et devient une forte épine. Le museau est beaucoup moins prolongé. La mâchoire supérieure a au milieu quatre très-grosses dents coniques et pointues; et, à l'inférieure, des quatre plus grosses les deux externes dépassent les autres. Le long des mâchoires il n'y a qu'une rangée de dents. Il est probable que cette disposition aura fait donner à l'espèce le nom de perro par les Espagnols de la Havane. Le corps est rouge, plus uniforme, sans tache sur les flancs, sans brun sur la dorsale et sans pourpré sur la nuque. Nous avons pu faire sur le squelette de cette espèce les oÎ3servations suivantes : La crête interpariétale est très-haute et se divise antérieurement en deux petites, qui sont divergentes et se portent sur le devant des frontaux antérieurs, pour laisser glisser entre elles les branches montantes des interniaxiilaires. Il y a deux autres petites crêtes sur la région mastoïdienne. La colonne vertébrale a douze vertèbres abdominales et dix -sept caudales; la dernière, en éventail, est large et sans apophyse latérale. Nous avons connu cette espèce d'après un individu mâle, long de dix pouces, que M. Plëe a recueilli à Saint-Thomas. Mais nous en avons aussi des individus plus petits, qui ont été donnés au Muséum par M. L'Herminier, et i3. 19 290 LIVRE XVI. LABROÏDES. d'autres, plus grands, dont un de vingt-deux pouces, rapportés de Saint-Domingue par M. Ricord. Nous considérons encore comme de la même espèce un petit individu long de quatre pouces, que nous avons observé parmi les poissons de la collection de Mont- pellier. Cette suite d'individus montre que tous ont les mêmes rayons dorsaux, et dans les mêmes proportions ; que les dents antérieures s'alongent avec l'âge, et qu'il en est de même des pointes de la dorsale, de l'anale et des fourches de la caudale. Ainsi cette nageoire est coupée carrément dans le plus petit de nos individus; elle est écbancrée dans ceux de moyenne taille, et elle devient, dans le grand poisson de Saint-Domingue, tout aussi pro- fondément fourchue que la caudale du Lachn. sidllus, La figure de Parra représente fort exactement (pi. 3, iig. 2) l'individu que nous devons aux recherches de M. Plée; elle manque également de noir sur la queue, de taches aux flancs, et n'a que trois fdamens de couleur fauve comme le corps, où les bords des parties molles de la dorsale et de l'anale sont seuls teints de rose. L'auteur assure que sa chair est suspecte. CHAP. VI. LACHNOLÈMES. 291 Le Lachnolème perroquet. {Lachnolaimus psittacus y nob.) M. Plëe, qui parait avoir regardé tous les lachnolèmes comme identiques, en décrit un de Porto-Rico , d'un rouge rose, qui, outre la tache noire de l'angle de la dorsale, en a une autre, plus petite, à l'angle correspondant de l'anale, laquelle s'efface après la mort. Les colons espagnols de cette île ont donné à ce poisson, à cause de ses belles couleurs, le nom de cotorra, qui signifie perruche. Comme nous ne l'avons pas vu , nous ne pou- vons pas dire jusqu'à quel point il ressemble aux autres ou en diffère pour les caractères de forme, ou s'il doit être d'une espèce à part; mais la tache de son anale nous le fait soupçonner; il est le seul sur lequel on trouve ce caractère. 292 LIVRE XVI. LABROÏDES. CHAPITRE YÏI. Des Tautogiies {Tautoga, iiob.). J'ai employé, à l'exemple de Mitchlll, le nom qui se terminait, par une heureuse eu- phonie, en une désinence latine, pour faire connaître un nouveau genre de la famille que je traite dans ce chapitre. Les tautogues sont des labroides dont le caractère générique consiste dans la double rangée de dents sur les deux mâchoires, et dans le nu de la peau épaisse et sans écailles, qui couvre l'opercule , le sous-opercule et l'in- teropercule : il n'y en a même que fort peu sur le préopercule. Ce genre semble nous conduire aux girelles, dont la joue est toute nue. Nous ne possédons dans nos collections qu'une espèce de l'Atlantique, qui offre d'assez nombreuses variétés, et qui fournit, sur les côtes des États-Unis d'Amérique, une pèche abondante; nous pensons même qu'il n'y a qu'une seule, quoique Mitchill en ait distingué une seconde dans son premier Essai sur les poissons de New- York , dont il n'a plus parlé dans son grand mémoire. Mais la mer des CHAP, VÏI. TAUTOGUES. 2D5 Indes en nourrit plusieurs autres qui offrent toutes le même caractère générique. Le Tautogue noir. ( Tautoga nigra, Mitcli.) Ce poisson, qui porte à New-York le nom de hlack-fisli (poisson noir), dénomination qui lui est commune avec le centropriste noir {^centropristis atrarius^ nob. ), et quelques, autres encore, de familles très-différentes, tels que des silures, n'est pas du nombre de ceux que Garden fit connaître à Linné; aussi ne le trouve- t-on pas dans le Sjstema naturce, ni dans l'édition de Gmelin, quoique cet éditeur aurait pu l'y placer d'après la description fort exacte que Sclicepf en a donnée dans son mémoire sur les poissons du nord d'Amérique.* Cette description a servi à Blocli^ pour in- troduire l'espèce dans son Système posthume, sous le nom de lahriis ainericanus. Mitchill a mentionné ce labroïde^, d'abord dans son premier Essai sur l'histoire des pois- sons de New-York, publié en iSi/f, et oii il le considère comme d'un genre particulier, 1. Beschreib. Nord- Amer. Fiscke ^ von Joh. Dav. Schœpf, in Nalurforsch. Fr. , t. VIII, p. i56. — 2. Bloch , édit. Schn., Syst. poslh. , p. 261 , n." 80. — 3. Report of Sam. Milch. , on ihe fish. of New-York. p. 3 3. 294 LIVRE XVI. LABROÏDES. qu'il désigne sous le nom de tautoga, latini- sant ainsi le nom vulgaire des pêcheurs de Rhode-Island. Le même auteur en a parlé en- suite plus au long, sous le rapport de ses ha- bitudes et des différentes observations que les Américains ont faites sur un poisson si connu d'eux, mais sans mieux signaler ses caractères zoologiques, dans son grand travail sur les poissons de New^-York, inséré dans le premier volume de la Société littéraire et philoso- phique de cette ville pour l'année 181 5. Il y place notre poisson parmi les labres, sous le nom de lahrus tautoga, sans rappeler le travail de Schœpf , ni l'emploi qu'en avait fait Bloch. Ayant appris à connaître les caractères gé- nériques de ce poisson , nous adopterons , pour ne pas introduire de nouveaux noms, celui que Mitchill avait déjà employé; mais l'établissement du genre et de ses rapports sera évidemment notre œuvre. Nous allons en justifier par la description suivante. Le corps du tautogue est alongé, comprimé et du double plus haut de l'avant que de l'arrière. C'est au-devant de la dorsale quil a le plus de hauteur: elle est contenue trois fois et un tiers dans la lon- gueur totale. Le profil descend vers l'exlrémité du museau par une courbe assez soutenue et relevée CHAP. VIT. TAUTOGUES. 295 en bosse au-devant des veux. Ces organes sonipelits; le diamètre n'est guère que du huitième ou neuvième de la longueur de la tête, qui est comprise trois fois et deux tiers dans la longueur totale du corps. On ne distingue pas le sous-orbitaire sous la peau épaisse et sans écailles qui le recouvre. Le préopercule est grand , à angle arrondi, à bords lisses et sans aucunes dentelures; on n'y aper- çoit point de limbe. L'opercule est large, échancré en arrière, bordé par une membrane épaisse, qui s'étend sur tout l'os et sur le sous -opercule, ainsi que sur l'interopercule et sur la mâchoire inférieure. Les deux ouvertures de la narine sont percées dans le haut de la joue, au-devant de l'œil. L'anté- rieure, qui est au tiers postérieur de la distance entre le bord antérieur de l'œil et le bout du museau, est petite et tubuleuse; la seconde est un grand trou ovale, près de l'œil. Le museau est très-gros et renflé. La mâchoire inférieure est un peu plus courte que la supérieure. Les lèvres, et surtout celle d'en haut, sont très - épaisses , et n'offrent que peu de plis, à la manière des labres ordinaires; elles sont garnies de nombreuses papilles. Les dents sont fortes et coniques, et disposées sur deux rangs; les quatre antérieures, tant en haut qu'en bas, sont les plus grosses , celles de la rangée interne les plus petites : les pharyngiennes sont globuleuses comme celles des labres. Le surscapulaire est recouvert par la peau épaisse de la tête , et qui s'étend aussi sur l'huméral. Il y a des pores assez visibles et peu nombreux sur le 296 LIVRE XVI. LABROÏDES. haut de la tempe. L'huméral a la forme d'un large triangle. La pectorale est un grand éventail arrondi, dont la longueur égale la moitié de la hauteur du corps ; elle est attachée sous les deux tiers de cette même hauteur. Les ventrales sont reculées sous la moitié de la pectorale. La dorsale est au contraire un peu plus avancée que la base de la nageoire de la poitrine; elle est basse, et ne commence à s'élever un peu que sur la portion molle, qui est arrondie. La longueur to- tale de la nageoire égale la moitié de la longueur du poisson, et la portion molle n'a pas le tiers de la longueur de la dorsale. L'anale répond au premier rayon mou de celle-ci; elle est arrondie en arrière,- mais un peu plus haute. La caudale est coupée car- rément. B. 5; D. 17/10; A. 3/8; C. 13; P. 17; V. 1/5. Les écailles sont minces, nombreuses, plus petites sur le dos que sur les côtés entre l'ouie et la cau- dale : on en compte de soixante-cinq à soixante- dix, et c[uarante à quarante -cinq dans la hauteur. Une écaille, vue isolée , montre plus de longueur que de hauteur; la portion recouverte est presque triple de la partie visible; l'éventail est composé de qua- torze rayons, qui entament à peine le bord radical, îl y a un groupe de très-petites écailles noyées dans la peau sur le haut du préopercule et sous le sur- scapulaire; toutes les autres parties de la tète en sont dépourvues; il y en a de très-petites sur la mem- brane de la dorsale et de l'anale, et «juelques-unes. CHAP. VIT. TAUTOGUES. 297 un peu plus grandes, s'avancent entre les rayons de la caudale : celles que suit la ligne latérale sont plus étroites. Cette ligne est parallèle à la courbe du dos, tracée à peu près par le tiers de la hauteur, sur la treizième rangée d'écaillés, et infléchie sur la queue qu'elle traverse par le milieu : elle n'est pas inter- rompue. La couleur des individus conservés dans l'eau-de- vie est d'un brun uniforme, rougeâtre sur le dos et blanchâtre sous le ventre. La mâchoire inférieure est blanche avec quelques grosses taches noirâtres; un d'entre eux, long de treize pouces, a de grandes mar- brures noirâtres sur un fond brun pâle. D'autres individus montrent le dessous de la mefnbrane bran- chiostège très-noir. Mais, selon Mitchill, le poisson frais a le dos et les côtés noirs, à reflets bleuâtres, comme la cor- neille; les lèvres, la mâchoire inférieure et le ventre étant blancs. L'anatomie du tautoga ressemble à celle des la- bres proprement dits. Le cœur a, comme à l'ordi- naire, la forme d'une pyramide quadrangulaire, dont l'arête inférieure est arrondie, et dont l'angle anté- rieur et inférieur est fort aigu ; l'oreillette est mé- diocre , et le bulbe de l'aorte peu renflé. Le foie est très-volumineux; le lobe gauche est divisé en deux forts lobules, chacun plus gros que le droit; la vésicule du fiel, attachée à ^celui-ci, est longue, cylindrique, peu large; le canal cholédoque rampe sur le foie , y reçoit de nombreux vaisseaux cystiques , et se renfle un peu avant de déboucher dans l'estomac. 298 LIVRE XVI. LADROÏDES. La veloutée de celle portion du canal alimentaire et de tout le reste du tube digestif, est garnie de papilles élevées, minces et placées dans le sens de la longueur de l'inteslin, comme de nombreuses plicatures. Vers la moitié de la longueur de la cavité abdomi- nale, le diamètre de l'estomac diminue; l'intestin fait un premier pli, et il se porte vers le diaphragme jusque dans la fourche du foie. Il se plie de nouveau, descend au-delà de la crosse de l'estomac, revient encore sur lui-même, remonte à droite de l'estomac jusqu'à la hauteur du premier pli, se contourne de nouveau, et à cet endroit le diamètre augmente de près du double. Une valvule épaisse , à quelque distance du dernier pU, marque le reclmn, dont la largeur est presque double de celle de l'intestin, qui précède la valvule. La rate est sur l'estomac, entre les deux laitances; elle est ovoïde, grosse et d'un tissu dense. Les laitances occupent les deux tiers postérieurs de l'abdomen ; elles sont cylindriques, un peu amin- cies en avant. La vessie aérienne est très-grande , un peu échan- crée à la partie antérieure, qui est grosse et renflée; l'autre extrémité est pointue. Les reins sont peu vo- lumineux; ils débouchent presque immédiatement dans une grande vessie urinaire, qui n'est marquée par aucun renflement particulier. L'étude du squelette nous montre que le dessus du crâne ressemble plus à celui des percoïdes qu'aux labres, dont nous avons déjà traité. En effet, en ar- rière de la partie convexe du front, entre les yeux. CHAP. VII. TAUTOGUES. 299 s'élève une crête osseuse, impaire, triangulaire, qui descend sur la région occipitale, sans la dépasser. De cliaque côté sont deux autres crêtes, moins sail- lantes, qui divisent le dessus du crâne en trois fosses assez profondes. La portion du maxillaire, cachée par le sous-orbitaire , est épaisse et élargie en une palette demi-ovale; l'angulaire de la mâchoire infé- rieure est très-fort , l'huméral élargi. Derrière l'angle de l'opercule une plaque trapézoide donne de son angle antérieur et inférieur une lame pliée en gout- tière, dont le bord interne se recourbe en arrière et forme la ceinture osseuse de la poitrine. Le cubi- tal est en arc à large courbure; il est surmonté du radial, percé d'un grand trou ovale. Le coracoïdien est très-large et épaissi en avant. Je compte seize vertèbres abdominales et dix- huit caudales .'-la dernière est élargie en deux plaques flabelliformes , et porte les principaux rayons de la caudale ; les supérieurs et les inférieurs sont atta- chés aux apophyses épineuses de la pénultième et de l'antépénultième. Les côtes sont longues, fortes et ont de longues apophyses horizontales. Le premier interépineux de l'anale est assez fort. Nous avons reçu ce poisson du marché de New-York par les soins de M. Milbert et de M. Hyde de Neuville , alors ministre de France aux Etats-Unis. Nos plus grands individus ont dix-huit pouces de longueur. II atteint, selon Mitchill, jusqu'à dix ou douze livres de poids et même davantage. Il abonde sur les 500 LIVRE XVI. LABROÏDES. côtes de l'État de New -York, et il paraît sur le marché sous le nom de hlack-Jîsh, nom qui lui est donne à cause de la couleur noire de son dos et des flancs. Mais les pêclieurs moliegans le nomment dans leur patois tautog. Le tautog vit parmi les roches, les récifs et les fonds rocailleux des côtes de Long-Island; et nous venons aussi de le recevoir de l'em- bouchure de l'Hudson par M. le comte de Castelnau. Il ne remonte jamais dans les ri- vières comme le saumon ou l'esturgeon. Le docteur Mitchill ajoute à ces détails les par- ticularités suivantes: Le tautog n'est pas originaire de la baie de Massachussets, mais il s'y est beaucoup mul- tiplié depuis que les pécheurs l'y ont porté; et aujourd'hui le marché de Boston est aussi amplement fourni de ce poisson que celui de NcAV - York. Sa chair est si bonne et si rechcrcliée pour la table, qu'on la vend dans cette dernière ville de huit à douze cens la livre. Sa vie est très -tenace : on peut le garder long-temps hors de l'eau, et souvent on porte dans les marais, pour les y nourrir et les y engraisser, ceux qui ne pèsent en- core que deux à trois livres. Il paraît qu'il est sensible au froid, et qu'il entre en une sorte de somnolence, plus commune à un grand CHAP. VIT. TAUTOGUES. 501 noml^re de poissons qu'on ne le croit généra- lement^ etMitchill assure que le tautog reluse alors toute nourriture. Il ajoute qu'une mem- brane adventive vient fermer l'anus; mais ce fait n'a" probablement pas été suffisamment bien observé. Le poisson reprend de l'appétit dès l'apparition du printemps. L'époque de la floraison du dogwood [coimus florida, Lin.) est la saison que Ton regarde comme favorable pour amorcer le hlack-fish. Si ce cornouiller aux grandes fleurs manque dans l'endroit, les pêcheurs portent leur jngement d'après la végétation du châtaignier. On conserve même ces traditions dans des vers populaires cités par Mitchill. ' L'appât ordinaire du tautog sont des mol- lusques voisins des myes ou des venus et des crustacés. Mitchill en distingue plusieurs variétés. L'une j son Tautoga fusca, a le fond de la couleur brun, avec des bandes ou des zones de même couleur. 1. îVhen Chesinut lemes are as hlg as ihumb-nail Then bite Black-fish wiihout fail ; But when Chestmit leaçes are as long as a span Then eaich Black-fish , if JQU can. 302 LIVRE XVI. LABROÏDES. Une seconde est son Tautoga rubens, qui a des nuages rougeàtres, donnant celte teinte gf^nérale à tout le corps du poisson. Une troisième, que Mitchill a désignée par une épithète plus vague, sous le nom de Tautoga alia, aurait encore d'autres mélanges de nuances ou de taches. Cet auteur distinguait encore dans son pre- mier Essai un tautoga ccerulea^ qu'il disait être plus rare, ne dépassant jamais sept à huit pouces anglais, se trouvant dans les mêmes eaux que le hlack-jisli, se nourrissant des mê- mes animaux et incommode aux pécheurs, parce qu'il enlève l'appât des liaims apprêtés pour le tautog ordinaire. Il vit long -temps hors de l'eau, quoiqu'il ait moins de ténacité vitale que l'autre. Mitchill n'en a plus reparlé dans son grand mémoire sur les poissons de Nev^-York. Il me paraît probable qu'il a jugé que ce nen était aussi qu'une simple variété, et, en efFet, les nombres des rayons sont toujours les mêmes : peut-être aussi que sous le nom de hlue-jîsh il l'a indiqué parmi ses variétés de son labre chogset. CHAP, VII. TAUTOGUES. 503 Le Tautogue a bandes. ( Tautogafasciata, nob.; Lahrus fasciatus , Bl, 290; Lahriis fuUginosus j Lacép. ) Les mers de l'Inde ont aussi leurs tautogues. En voici un de l'Isle- de -France, figuré par Bloch, observé auparavant par Commerson, et qui, malgré ses couleurs tranchées, parlés- quelles on pouvait si facilement le caractériser, a reçu plusieurs noms, et a été méconnu des naturalistes. Son corps est court et en ovale régulier; sa hau- teur fait le tiers de sa longueur, et son épaisseur le tiers de sa hauteur. La courbure du dos et celle du ventre sont assez régulières et semblables, La hauteur du tronçon de la queue n'est pas tout-à- fait la moitié de celle du corps. La tête a nn faciès assez semblable à celui de nos carpes; sa longueur est comprise trois fois dans celle du tronc, en n'y comptant pas la caudale, dont la longueur égale à peu près la moitié de celle de la tête. L'œil est placé sur le haut de la joue; il est petit et rond; son diamètre ne fait que le septième de la tête; il est éloigné du bout du museau de trois longueurs de diamètre, et on en mesure près de quatre sous lui. Le sous-orbitaire antérieur est caché sous la peau nue qui le couvre; elle est percée d'un assez grand nombre de pores : les autres pièces osseuses qui complètent le cercle de l'orbite sont lisses et sans rugosité. Les deux ouvertures de la narine sont petites, égales, et toutes 304 LIVRE XVI. LADROÏDES. deux un peu tubuleuscs. Les lèvres sont très-épaisses: la supérieure a huit à neuf plis ; l'inférieure est éten- due en deux ailes très-larges de chaque coté des branches de la mâchoire. Deux canines droites , projetées en avant, saillent de chaque mâchoire, qui porte le long du bord des dents courtes et coniques. A l'angle il y a une canine dirigée en avant; il ny a pas de dents sur le rang interne. Les voiles mem- braneux , supérieur et inférieur, sont très-dévelop- pés. La langue est libre au fond de la bouche; sa pointe est large et arrondie. Il y a un petit groupe d'écaillés sous la joue et derrière la tempe. Le reste du préopercule, son limbe, l'opercule, le sous- opercule et l'interopercule, sont couverts par une peau sans écailles. L'opercule a quelques stries , son bord membraneux, surtout k l'angle, est assez grand. Les deux interopercules se touchent sous l'isthme, sans être cependant très -larges. La portion épineuse de la dorsale est plus basse que la molle; la caudale est arrondie, surtout aux angles; la pectorale est peu pointue; le premier rayon de la ventrale est prolongé. D. 9/11 ; A. 3/11 5 C. 15 ; P. 13 5 V. 1/5. Les écailles sont assez grandes, finement ciselées; il y en a vingt-six entre l'ouïe et la caudale, cinq au-dessus de la ligne latérale, et onze au-dessous. Cette ligne est droite jusque vers l'extrémité de la dorsale, où elle s'infléchit pour se rendre ensuite à la caudale par le milieu du tronçon de la queue; elle est formée d'une série de tubulures non ra- meuses. CHAP. VII. tautogues. 505 Le poisson conservé dans l'esprit de vin offre , sur un fond blanc, cinq larges bandes brunes j la première descend en écharpe derrière l'ouïe , et prend la base de la pectorale ; la seconde vient du quatrième rayon épineux; les deux autres descendent sous la portion molle de la dorsale: la dernière couvre la queue. Les nageoires sont toutes plus foncées que les bandes, et elles ont une teinte violette. Les pec- torales seules sont blanches, avec une grande tache noire à la base; à l'exlrémiie de la ligne latérale il y a une petite tache noire de chaque côté de la queue. On voit sur la tête et sur l'anale des traces de bandes effacées. Derrière l'œil il y a aussi une tache brune. Nous connaissons les brillantes couleurs de ce poisson par la description que M. Dus- sumier en a faite sur le frais, et par un dessin que M. Théodore Delisse nous en a envoyé de risle-de-France. Le poisson frais a la tête bariolée de lignes vertes , et de bandes roses bordées de bleu, qui produisent un très-agréable assortiment de couleurs. En avant de l'œil on voit trois raies longitudinales vertes et trois bandes roses; le dessous de la gorge est jaune; la nuque, d'un beau vert, a des taches roses ; l'oper- cule, qui devient plus jaunâtre, a quatre grandes taches roses irrégulières; le fond du corps est blanc jaunâtre; les bandes brunes ont une teinte rougeâtrej la dorsale épineuse est jaunâtre ; la portion molle est moitié jaune, moitié noirâtre; l'anale est toute noire; la caudale, jaunâtre, est bordée de noir; les l3. 20 506 LIVRE XVI. LABROÏDES. ventrales sont très-foncées, les pectorales sont jau- nâtres. Tel est le poisson que Commerson avait vu à risle-de-France, au mois de Décembre 176g, et dont il a laissé dans les manuscrits deux des- criptions et un dessin. L'une d'elles, faite avec grand soin, a ëtë employée par M. de Lacépède , et est devenue son labriisfuliginosus^ sans rien changer à la diagnose du compagnon de Bou- gainville. L'autre est moins complète; Com- merson renvoie à son dessin fait au crayon noir et rouge, et dont il avait sans doute reconnu le peu d'exactitude , quant aux couleurs , attendu que la description et le dessin avaient ëtë pris sur un individu peu frais, et dont les cou- leurs ëtaient dëjà altërëes; car dans cette description il a soin de mettre en note : vide infra ad lahjmrn fuli^inosum , capite eoc vi- ridi, etc., in recentiore specimine descriptinn. Lacëpède a fait graver ce dessin en le réduisant et en le donnant, comme une espèce distincte, sous le nom de labre nialaptéronote ; mais il a reproduit encore une troisième fois cette même espèce dans un autre genre : car il n'est pas possible de douter que le lahrus fasciatus de Blocli ( pi. 290 ), qui est devenu le spare zonéphore dans Lacëpède, ne soit de la même espèce. Bloch a toutefois représenté trop d'ë- CHAP. VII. TAUTOGUES. 307 cailles sur la joue , et il a fait monter trop haut les écailles sur les nageoires verticales; les nom- bres sont les mêmes, et la distribution des couleurs convient très- bien à notre poisson. C'est aussi le spams quinquefasciatus de W. Bennett {Fish of Cejl , n.° aS); les Cin- galais le nomment panoo-^irawah. Mais il est une autre synonymie, à laquelle on est assez loin de s'attendre, car ce poisson a déjà été vu par Thunberg , et décrit sous le nom de niullus fasciatiis^ . La figure qu'il en donne fournit les élémens nécessaires pour re- connaître cette espèce sous ce nom, si éloigné de tous ses rapj)orts naturels. On ne peut con- cevoir pourquoi cet élève de Linné n'a pas classé cette espèce dans le genre des labres. M. Lacépède, en employant cette note de Thun- berg, a fait reparaître encore notre poisson une quatrième fois sous le nom de spare niéaco. ^ J'avais cru que l'on devait aussi en rappro- cher le spams anchora^o de Bloch, pi. i^-y; mais j'avoue que ce rapprochement ne me paraît pas possible; en même temps je suis obligé de dire que j'ignore tout-à-fait à quelle es- pèce il faut rapporter cette figure, qui est peut-être celle d'un labre ou d'un cossyphe. 1. Thunberg, Vqy. au Jap. , IV, p. 55i, pi. 3i4- 2. Lacépède, IV, p. i6o. 508 -LIVRE XVI. LABROÏDES. Commerson et M. Dussumier s'accordent à regarder notre tautogue comme un poisson rare des rivages rocheux de l'Isle-de-France; ce dernier et M.W.Bennett le donnent comme un bon poisson pour la table. Les individus de Commerson et de M. Dus- sumier ont un pied de long. M. Julien Des- jardins nous en a aussi envoyé de plus petits: ils n'offrent aucunes différences dans les cou- leurs. Un individu de cette espèce faisait aussi partie des collections faites à fIsle-de-France par les compagnons de M. le capitaine Du- perrey. Le Tautogue de Mertens. {Tautoga Mertensli, nob. ) Je ne crois pas qu'il faille regarder comme une variété du précédent, le poisson que M. Mertens nous a fait connaître par le dessin , dont voici les principaux traits caractéristiques. La tête est verte, avec trois bandelettes élroiles, longitudinales : deux au-devant de l'œil : la troisième naît de l'angle de la bouche; elles sont roses bordées de bleu. Il y a sur les opercules et derrière l'œil cinq autres taches roses alongées, dont les trois supé- rieures sont aussi bordées de bleu. Les lèvres sont de la même couleur que les taches, mais sans liséré. Il y en a aussi de bleues sur la nuque. Le corps est traversé par cinq larges bandes brunes. La dor- CHAP. VII. TAUTOGUES. 309 sale esi jaunâtre , avec trois raies longitudinales bleues, dont une suit le bord. L'anale est violette, bordée d'un trait rose entre deux lisérés bleus. La pectorale et les ventrales ont les rayons jaunes: il en est de même de la caudale dont la membrane est brune. Les nombres des rayons sont les mêmes. D. 9/11 ; A. 3/11; C. 13; P. 13; V. 1/5. Le dessin représente un poisson long de sept pouces et demi. M. Mertens dit que les individus vivent isolés parmi les rochers de l'arcliipel des Carolines. L'espèce me semble intermédiaire entre celle que j'ai décrite dans l'article précédent, et celle de la mer Rouge, dont je vais parler. Le Tautogue a six bandes. ( TcuUoga sexfasciata , nob. ; Hallchores sexfas- ciatus y Rupp.) La mer Rouge nourrit une espèce voisine de celles-ci par la distrllmtion des couleurs, qui offrent cependant quelques différences 5 mais elle s'en distingue, parce que la joue est couverte sous l'œil d'un bien plus grand nombre d'écaillés; le sous-orbitaire est plus petit; les os sont plus rugueux, surtout î'interoper- cule, qui est plus étroit; la dorsale et l'anale sont plus hautes; la caudale est plus longue et plus large 5 les ventrales sont un peu plus alongées. 3i0 LIVRE XVI. LABROÏDES. Le dos est rougeâtre et le ventre est bleuâtre: ces teintes sont traversées par six bandes brunes ou noirâtres. Il n'y a pas de rayures sur les joues ni sur les opercules. Sur la nuque, derrière l'oeil, il y a des taches bleues. La dorsale est rayée longitudinalement, et la cau- dale verticalement, de traits carmins sur un fond gris rosé. L'anale est brune comme les bandes ver- ticales du corps, avec un liséré noirâtre. Les pec- torales et les ventrales sont jaunes. J'en ai un individu d'un pied de long; il nous a été envoyé par M. Botta. M. Ruppel a trouvé cette espèce sur le marché de Djedda pendant le mois d'Août; il l'a, avec raison, distingué du lahrus fasciatus de Bloch, qui était alors classé parmi les chei- lines, quoique ceux-ci se distinguent de nos tautogues parce que leur ligne latérale est in- terrompue, et que leur opercule et leur préo- percule sont couverts de grandes écailles sem- blables à celles du corps. M. Ruppel avait cru devoir placer cette nouvelle espèce de poissons dans le genre qu'il avait nommé halichores y et dont il a malheureusement fondé le caractère sur la présence de la dent saillante en crochet de l'angle de la mâchoire. Ce caractère appar- tient à toute la famille des labroïdes : nous l'avons vu se montrer dans des labres, dans les cossyphes, dans les malacanthes, etc.; beau- CHAP. VU. TAUTOGUES. 311 coup de girelles , que M. Ruppel réunit à ses halichores, ont aussi cette singulière dent; les scares en sont également pourvus. On voit donc que nous n'avons pu nous servir de ce caractère pour faire une nouvelle coupe gé- nérique. Si M. Ruppel avait fait attention à la position des écailles de la joue, et qu'il en eût tiré sa diagnose, l'espèce qui nous occupe n'au- rait pas été rangée avec les autres girelles , qu'il a réunies sous le nom de halichores^ et le genre eût été établi d'après un caractère zoo- logique digne d'être noté. En se rappelant ce que j'ai dit au commencement de ce chapitre, on voit d'ailleurs que Mitchill avait déjà fait cette coupe pour l'espèce que nous avons décrite la première dans ce genre. Le Tautogue aux grandes lèvres. ( Taiitoga melapterus , nob. ; Labrus melapteruSy BL, 2850 MM. Ruhl et Van Hasselt ont envoyé de Java au Musée royal de Leyden, sous le nom de cheilinus macrocheilus , un tautogue, re- marquable en effet par l'épaisseur de ses lèvres» J'aurais même été tenté de conserver ce nom à l'espèce, si elle n'était pas déjà nommée depuis long-temps par Bloch. 312 LIVRE XVI. LABROÏDES. Sa hauteur fait le tiers de la longueur du tronc. La caudale, coupée carrément, est contenue sept fois et deux tiers dans cette même longueur- celle de la tête est comprise trois fois et deux tiers dans la dislance du bout du museau à l'extrémité de la nageoire de la queue. L'œil est petit, et situé sur le haut de la joue, mais bien au-dessous de la ligne du profil; son diamètre est du septième de la lon- gueur de la télé, et du cinquième de la hauteur; il est éloigné du bout du museau de trois distances de diamètre. Le premier sous-orbitaire est une grande plaque oblongue, altachée obliquement au- devant de l'œil, deux fois plus haute qu'elle n'est large ; les autres sous-orbiiaires forment un grand arc au-dessous de l'œil : leur surface est toute ru- gueuse. A une distance égale à la largeur de l'œil, sur le haut de l'angle antérieur du premier sous-orbitaire, est l'ouverture antérieure de la narine, qui est petite comme un trou d'aiguille , et derrière elle en est une autre , grande et ronde. La bouche est assez proiraclile. Les lèvres sont charnues et très-épaisses; la supérieure a sept gros plis : l'inférieure n'en a que deux, mais elle est éten- due en deux larges voiles de chaque côté de la bouche. L'épaisseur des lèvres ne laisse presque rien voir des os qui les portent, ni même des maxil- laires, qui sont cachés dans la rétraction de la bou- che en totalité, et dans la protraction dans leur plus grande parlie, par le voile adipeux du sous- orbitaire. Les deux dents mitoyennes d'en haut et d'en bas CHAP. VII. TAUTOGUES. 313 sont coniques, pointues, recourbées; elles sont lon- gues, suivies de onze à douze dents coniques et cour- tes, et qui diminuent à mesure qu'elles sont plus près de l'angle, oi^i il n'y a pas de dents saillantes. Il y a quelques écailles sur la joue. Le limbe du préopercule et les trois autres pièces operculaires sont nus. Le bord membraneux de l'opercule est large et étendu en un lobule assez grand. On voit aussi quel- ques petites écailles sur la tempe. Il y a vingt- sept rangées d'écaillés entre l'ouïe et la caudale, quatre rangs au-dessus de la ligne latérale et onze au-dessous, en les comptant à la plus grande hauteur du corps. La ligne latérale est formée d'une série de tubulures relevées sur chaque écaille , non branchues , et elle n'est pas interrompue. La dorsale a ses premiers rayons très-bas; les derniers mous ont leur hauteur double de celle des antérieurs. Les ventrales sont très- pointues. La cau- dale a le bord un peu concave. D. 9/11 j A. 3/11; C. 13; P. 13; V. 1/5. Quelques petites écailles sont étendues en ligne entre la base des rayons de la caudale. Le premier rayon épineux de l'anale est si petit qu'on ne le voit que par la dissection. Dans l'eau-de-vie le poisson paraît brun, éclairci sous le ventre; la lèvre supérieure est foncée, l'in- férieure blanchâtre; la dorsale et l'anale ont une teinte violette rembrunie; la caudale est plus pâle: elles sont tachetées ou rayées de petits traits bleuâ- tres. On voit sur le bord de l'anale deux traits fon- 314 LIVRE XVI. LABROÏDES. ces, séparés par une bandelette blanchâtre, et, exté- rieurement, une autre bandelette de même couleur, lisérée de noirâtre j les nageoires paires sont déco- lorées. Mais sur le poisson frais les couleurs sont bien vives et très - agréablement distribuées : nous le jugeons par le beau dessin que MM. Kuhl et Van Hasselt avaient envoyé de Java. Le dos et le dessus de la tête est peint en brun rougeâtre de lie de vin ; la joue et les opercules sont orangés ; une grande tache verte colore le sous-orbitairej au- dessus et au-devant de l'œil il y a deux traits verts, un autre sur la tempe, et des rivulations de même couleur sur l'opercnle, sur le sous-opercule, sur rinteropercule et sur le préopercule, lequel a en outre des points verts près des mâchoires; et on voit, au milieu de ces traits onduleux et verts, d'au- tres, en plus petit nombre, d'un beau bleu d'ou- tremer. Les écailles des flancs sont vertes, bordées d'un croissant bleu d'azur, et d'un second, exté- rieur, très-foncé. Sous le ventre le fond est rosé, et les écailles n'ont plus qu'une seule bordure bleu pâle. La caudale est verte; la dorsale et l'anale sont rouge violacé, rayées et tachetées de bleu. La ven- trale est rougeâtre et sans taches. Bloch (pi. 285) a donné une mauvaise figure de ce poisson, que j'ai vu à Berlin, sous le nom de labrus melapterus, nom qui convient en effet assez bien à l'animal desséche; mais il a oublié d'abord les écailles de la joue^ CHAP. VII. TAUTOGUES. 315 il a donné une couleur imaginaire au corps, il a rendu la caudale trop noire, il a mal compté les rayons épineux, qui sont trop grossis; cependant il a bien rendu les carac- tères des dents, surtout des inférieures, et en général, malgré les défauts, on peut en- core reconnaître l'espèce dans cette mauvaise figure. Le Tautogue veiné. (^Tautoga tessellata, nob. ; Lahrus tesselatus, BIocli, pi. 291 , fîg. 2.) Si l'on s'en rapporte à la description et à la figure de Bloch , je pense qu'il faudra pla- cer parmi ces tautogues le poisson que cet auteur avait reçu comme originaire des mers de Norwége , par les soins de son ami Spengler. Les nombres des rayons diffèrent assez de ceux de toutes les autres espèces. Sur un fond violet, qui devient argenté sous le ventre, le corps et la tête sont marquées de taches brunes, anastomosées entre elles. D. 17/10; A. 9/3; C. 16 ; P. I65 V. 1/5. Bloch ne donne que quatre rayons à la membrane branchiostège ; mais il y a tout lieu de croire qu'il y a erreur dans ce nombre. Je n'ai jamais vu ce poisson. S'il vient des mers du Nord, il doit y être rare. 31 G LIVRE XVI. LABROÏDES. CHAPITRE Vlll. Des Malacanthes et des Malaptères, Ce genre est un de ceux qui prouvent le mieux avec quelle incurie , et même avec quelle infidélité, Bloch nous a transmis les documens qu'il trouvait dans les papiers de Plumier. L'archipel des Antilles produit une espèce à laquelle nos colons de la Martinique ont transporté le nom de vU'e. Le savant minime en avait laissé une figure fort exacte, dont l'original existe encore à la Bibliothèque du Roi, et que M. de Lacépède a fait graver, tome IV, planche 8, figure i; mais Bloch, s'imaginant que ce devait être la figure d'une coryphène, lui a fait arranger, sur la planche 175, le profil du museau en demi- cercle, et a nommé en conséquence le poisson corjphœna Plumieri. Lorsqu'il composa son Système post- hume (p. 299) , il reconnut cette faute et la re- jeta sur son dessinateur, et il y exprima même l'opinion que ce poisson pourrait bien être un labre; mais dans l'intervalle M. de Lacé- pède, quoique possédant la figure non altérée, n'en avait pas moins laissé l'espèce dans les coryphènes (t. III, p. 201), en quoi il a été imité par Shaw, pendant que Schneider, trou- vant une autre figure de ce poisson dans Parra^ CHAP. VIII. MALACANTHES. 317 (pi. i3, fig. i) OÙ elle est appelée matejuelo Z>/«?7C0, en faisait un double emploi' et plaçait ce poisson dans les spares, sous le nom de spams oblongus. Enfin, une espèce du même genre, dessinée dans la mer des Indes par Commerson, et associée par lui à ses cliei- lions, en formait deux dans M. de Lacépède: l'une, d'après la figure ( t. III , p. 527, et pi. 28, fig. 2) sous le nom de labre large raie, et l'autre, d'après la description (t. IV, p. 3o4), sous celui de tœnianote large raie- Les malacanthes ne sont pas des coryphè- nés , quoiqu'ils semblent participer à quelques- uns des caractères de ce genre, par la longueur de leur dorsale et de leur anale, et que les nageoires ont leurs rayons presque aussi flexi- bles. Cependant c'est à la famille des labroïdes qu'ils appartiennent véritablement. Nous les plaçons dans le voisinage du genre singulier des lachnolèmes, à cause de leur joue couverte d'écaillés et de leur ligne latérale non interrompue, et parce que la flexibilité de leurs rayons semble être déjà annoncée dans les prolongemens filamenteux de ceux de la dorsale de nos capitaines. - Leur caractère le plus apparent consiste clans 1. Blocli , Syst. posih., p. 285. 318 LIVRE XVI. LABROÏDES. leur longue nageoire dorsale, où, parmi de très-nombreux rayons, il n'en est que trois ou quatre en avant qui soient simples; encore sont-ils quelquefois tout-à-fait flexibles : tous les autres sont branchus. C'est de cette mollesse de leurs rayons épineux du dos que nous avons dérivé le nom de malacanthe (de fxuKuKcSf mou, et dHxKotvOcCi épine). Ils ont d'ailleurs le corps alongé, peu comprimé; les écailles petites ; l'anale presque aussi longue que la dorsale; les autres nageoires médiocres; la tête oblongue; le front peu convexe; l'œil médiocre et placé en arrière; la bouche assez fendue; les lèvres charnues. Chacune de leurs mâchoires a une rangée de dents, parmi lesquelles il en est de fortes et crochues; mais leur palais et leur langue n'en ont aucune. Sous ces divers rap- ports ils se rapprocheraient de plusieurs labres, auxquels ils tiennent aussi par des intestins sans cul-de-sac stomachal et sans cœcums; mais ils en diffèrent par leurs dents pharyn- giennes, qui sont en cardes en haut, et qui n'en offrent en pavés qu'au pharyngien inférieur, encore y sont-elles accompagnées de dents en carde; enfin fépine assez forte de l'angle de de leur opercule est aussi un de leurs carac- tères essentiels. Nous ne connaissons jusqu'à présent que CHAP. Vin. MALACANTHES. 319 deux espèces de ce genre : l'une des mers d'Amérique, l'autre de celles des Indes. Le Malacanthe de Plumier. {Malacanthus Pliunieri, nob.; Coryphœna Plumieri, Bl., 1765 Sparus ohlongus , Bl. Sclin.) Le malacanthe d'Amérique est alongë. Sa longueur totale, avec la caudale et ses pointes, comprend huit fois et demie sa hauteur, et sans cette nageoire près de sept fois. La longueur de sa tête y est quatre fois et deux tiers, et elle est deux fois aussi longue que haute. L'épaisseur, aux pectorales, fait les deux tiers de la hauteur. Il résulte de là que les lignes du dos et du ventre sont presque droites, et celles du profil et de la gorge très-peu arquées. Le crâne, le front et le museau forment une surface très-légèrement convexe, et qui a en largeur entre les yeux les trois cinquièmes de la hauteur de la tête. Le diamètre de l'œil est du sixième de la lon- gueur de la tête; il en occupe le quatrième sixième, fort près de la ligne du profil. La bouche est fen- due, et prend les trois cinquièmes de la distance du bout du museau à l'œil. Les lèvres sont épaisses, charnues j le maxillaire est petit, caché sous les replis de la peau, qui ne laisse rien paraître non plus du sous-orbitaire. L'orifice antérieur de la narine, prati- qué à moitié de la distance de l'œil à l'extrémité du museau, est petit, rond, entouré d'un léger rebord; l'autre, ouvert au tiers de la distance entre le premier et Tœil, est petit, ovale et sans rebord. 320 LIVRE XVI. LABROÏDES. La mâchoire supérieure a en avant six fortes dents pointues, entre lesquelles en sont deux petites, puis de chaque côté une rangée de quinze petites, coniques et pointues, et à l'angle une forte, un peu dirigée en avant. A la mâchoire inférieure il y en a en avant six et deux petites, à peu près comme en haut, mais un peu moindres; et puis de chaque côté cinq crochues, pointues, comprimées, qui vont en grandissant jusqu'à la cinquième; la sixième est de moitié plus petite, et après elle il en vient dix ou douze très-petites, et enfin, à l'angle, une plus forte, un peu dirigée en avant, bien moindre cependant que celle qui lui correspond à la mâchoire supérieure. Les deux mâchoires ont toute leur partie antérieure derrière leurs six dents de devant garnie d'une rangée en velours ras et serré. Les voiles maxillaires sont minces, mais assez larges. Le palais est lisse; la langue est également désarmée, petite, plate, un peu poin- tue, et assez libre. Le préopercule est entier et a l'angle arrondi, le bord montant vertical , et le limbe peu distinct. La longueur de l'opercule est d'un peu raioins du quart de celle de la tête; il forme avec le sous-opercule une pièce deux fois aussi haute que longue; l'épine qui termine son angle est plate, mais forte et assez pointue. Les ouïes sont bien ouvertes , mais leurs membranes s'unissent ensemble vis-à-vis l'angle du préopercule, et enveloppent l'isthme sans s'y attacher; car il ne se fixe lui-même à leur face interne que sous l'œil. De chaque côté sont six rayons assez forts; le premier est plat et caché sous le sous- opercule, les suivans sont à découvert, et le sixième CHAP. vin. MALACANTHES. 321 est fort rapproché de son correspondant de l'autre coté. Les arceaux des branchies n'ont que de petits tubercules lisses sur deux rangs. Les pharyngiens ont des dents en velours , si ce n'est le rang interne des inférieurs où elles sont en petits pavés, et l'an- térieur des supérieurs, où elles sont en crochet. Les branchies ont leurs lames fendues jusqu'à moi- tié; la dernière n'est séparée de l'épaule que dans un petit espace. H y a une petite demi-branchie ad- hérente à l'os qui porte l'opercule. L'épaule n'a point d'armure, et est même sans écailles dans l'aisselle et un peu au-dessus. La pectorale est aussi large que longue , et serait arrondie , sans une pointe assez aiguë que forme son sixième rayon ; elle en a en tout seize, dont le premier est simple et court : ils croissent jusqu'au sixième et décroissent ensuite. Cette nageoire n'a que le neuvième de la longueur totale; elle s'at- tache au-dessous du milieu de la hauteur. Les ventrales sont d'un tiers plus courtes, aussi un peu pointues ; leur membrane s'attache à l'ab- domen par le tiers de sa base; leur épine n'a que moitié de leur longueur et n'est pas très-forte. La dorsale commence vis-à-vis la base des pec- torales par cinq rayons simples, mais flexibles, dont le premier est à peine du dixième de la hauteur du corps. Le cinquième n'a qu'un tiers en sus; il est suivi d'un sixième, simple, mais articulé, et de cin- quante-cinq autres, tous articulés et branchus , excepté le dernier, qui n'a point de branches; c'est donc en tout soixante et un rayons, formant une nageoire qui, dès le dixième ou le douzième, prend et conserve moitié de la hauteur du corps. l3. 21 522 LIVRE XVI. LABROÏDES. L'anale commence vis-à-vis la pointe de la pr clo- rale ; elle est à peu près de même hauteur que la dorsale, et a cinquante et un rayons, dont le premier seul est simple et sans branches. Ces deux nageoires finissent vis-à-vis l'une de l'autre, et ne laissent entre elles et la caudale qu'un espace du dix-huitième de la longueur totale, à peu près aussi haut que long; mais qui n'a pas en épais- seur moitié de sa hauteur. La caudale a dans son milieu le douzième à peu près de la longueur du reste du poisson ; mais les rayons supérieurs et inférieurs s'alongent , et les ex- trêmes forment deux pointes grêles et deux fois plus longues que la partie moyenne. Une peau nue recouvre le front, le museau, les mâchoires, les lèvres, le limbe du préopercule, l'interopercule, le dessous de la gorge et la mem- brane des ouïes; ma's il y a des écailles sur le crâne ^ la tempe, la joue, l'opercule, le sous-opercule et la poitrine, ainsi que sur tout le corps : les nageoires n'en ont point, si ce n'est de très-petites entre les bases des rayons de la caudale. Ces écailles sont au nombre de plus de cent soixante entre l'ouïe et la caudale, et de près de cinquante sur une ligne verticale. Leur forme est elliptique; leur base, tron- quée carrément, a huit ou dix très-petites crénelures, et des sillons qui ne se réunissent pas en éventail. Leur partie externe, vue à une forte loupe, a le milieu pointillé, les côtés striés, et 1q bout un peu dentelé : aussi laissent - elles sentir quelque âpreté quand on les louche d'arrière en avant. La ligne CHAP. VIIT. MALACANTHES. 325 latérale occupe à son origine le quart supérieur de la hauteur, et demeure à peu près droite et parallèle au dos sur toute sa longueur; elle ne se marque que par une légère élevure sur chaque écaille. Ce poisson est agréablement varié de jaune et de lilas ou de bleuâtre. En avant de l'œil et sur la tempe, le jaune et le lilas sont disposés en lignes longitudinales. Sur l'opercule il y a des marbrures jaunes sur un fond lilas. A la dorsale le fond est d'un lilas rougeâtre , avec trois séries longitudi- nales de taches jaunes, et un liséré d'un lilas plus foncé. L'anale est à peu près de même. La caudale est jaune, et a le bord postérieur bleuâtre et trans- parent , et un liséré bleu aux bords supérieur et inférieur. Dans nos individus le corps jDaraît bru- nâtre en dessus, blanchâtre en dessous; mais d'après la figure de Plumier il aurait, au moins dans cer- tains temps, la partie dorsale jaune, irrégulièrement ondée de lilas ou de bleu. Cette figure donne aussi à la dorsale une teinte rouge uniforme, assez diffé- rente de ce que nous observons. L'enluminure est assez bien rendue sur la planche n." 176 de Bloch, qui ne pèche que par la trop grande convexité du museau; mais sa description, qu'il n'a pu faire que d'après la figure, est beaucoup plus fautive, surtout par les nombres des rayons qu'il donne. Voici ceux que nous avons comptés nous-mêmes sur la nature. B. 6;D.6/55j A. 1/50; C. 17; P. 16; V. 1/5. Nous avons fait sur cette espèce les obser- vations anatomiques suivantes : Le foie du malacanthe est très -petit, et ne forme ►24 LIVRE XVI. LABROÏDES. qu'un seul lobe quadrilatère placé sous l'œsophage. Les canaux biliaires se réunisseni de plusieurs points à sa face concave; mais il n'y a pas, à proprement parler, une vésicule du fiel distincte. Le canal cholé- doque est assez long; il débouche dans le duodénum en arrière du pylore. L'entrée de l'œsophage est très-large; l'estomac est un sac assez grand, peu alongé, arrondi en ar- rière; les parois sont minces, et à l'intérieur on ne voit de plis ou des rides longitudinales que dans le fond de l'estomac; le pylore est percé à la moitié delà longueur de l'œsophage et de l'estomac, mesurés ensemble; son ouverture est large, pourvue d'une valvule charnue, hérissée de papilles assez épaisses, qui rétrécissent l'entrée. L'intestin n'est pas très-long ; il se replie trois fois et fait quelques ondulations dans l'intervalle de ses plis. Une valvule épaisse et charnue est à l'entrée du rectum, qui se dilate lorsqu'il débouche à l'anus. Le fond de l'estomac répond à la hauteur de l'anus; mais la cavité abdominale s'étend en arrière de plus du double encore, pour loger les organes de la géné- ration, de la sécrétion de l'urine, et plus de la moitié postérieure de la vessie natatoire. L'individu que nous avons disséqué était un mâle. Les laitances étaient très-peu développées ; elles sont placées dans le fond de la cavité abdominale, en avant des reins et au-dessus de la vessie urinai re. Un long canal, placé sur cette vessie et se dirigeant en avant, verse la laitance par un trou percé derrière le rectum. CHAP. VIIT. MALACANTHES. 52S L.TUES. 527 serve ce nom. M. Plëe lexplique d après 1 ha- bitude que l'on suppose à ce poisson de char- rier, avec beaucoup de travail, des pierres et des roches pour se faire un abri dans le tond de la mer. Il est plus probable quil vient sim- plement des rapports de forme et de couleur quon lui aura trouvés avec la viue d'Europe ( trachinus draco), et que l'histoire sera nëe du nom, comme il est arrivé bien souvent. Parra, qui l'appelle (p. 22, et pi. i3, fig. 1) matejuelo blanco , nen rapporte rien de sem- blable. Il assure qu'à Cuba Ion n'en mange point. A Saint-Domingue on en fait peu de cas, selon M. Ricord. M. Plée nous dit, au contraire, quà la Martinique il est estimé. Ces diÔérences peuvent tenir à la nature des fonds où on le prend. Il se pèche soit dans des nasses, soit à la Ugne. Le Malacamhe a large raie, ou Tubleu DE lIsLE-DE-Fra^CE. {MaLicanthus tœniatus, nob. ; Labre large raie, et Tœnianote larse raie^, Lacép.) Cette espèce a été décrite et représentée à lIsle-do-France par Commei^on, en Octobre 1-69. Elle est rare dans cette mer, et je ne sais si le nom de tubleu j que Commerson lui 528 LIVRE XVI. LABROÏDES. donne, est un nom vulgaire, ou s'il a été ima- giné par le voyageur. M. de Lacëpède , suivant son usage, a tiré deux espèces des documens laissés par Commerson : la figure lui a fourni son labiée large raie (t. III, p. 627, et pi. 28,fig. 2), et la description, son tœnianote large raie ( t. IV, p. 304)5 tandis que par une erreur contraire il a rapporté à ce taeniauote ( t. IV, pi. III , fig. 2 ) la figure d'un poisson tout dif- férent, même par le genre et par la famille j car c'est un de nos apistes (^ap. tœnianotus, nob.). On a dû se demander souvent, comment M. de Lacépède a pu être conduit à tant de doubles emplois et à tant de confusions, qu'il lui aurait été si facile d'éviter, en rapprochant même rapidement les matériaux dont il faisait usage; mais on se l'expliquera, lorsque l'on saura qu'il a composé son livre à la campagne, où les troubles de 1793 l'avaient forcé de se cacher pour soustraire sa tête vénérable à l'échafaud révolutionnaire; qu'il travaillait non pas sur les manuscrits originaux, ou sur les poissons eux-mêmes qui étaient à sa dis- position , mais sur des notes qu il avait prises en dilTérens temps, et qui ne lui présentaient plus d'idées complètes; et même dans l'occa- sion, présente il est encore plus excusable CHAP. Vin. MALACANTHES. 329 qu'en bien d'autres, parce que les dessins que Commerson a laisses de son tuhleii, ne portent point de nom ni de renvoi à la description, et qu'une lecture assidue et répétée du ma- nuscrit pouvait seule en faire reconnaître l'identité. Quant à la figure d'apîste, j'avoue que je ne comprends pas comment elle se trouve mê- lée à cette histoire : le moindre coup d'œil suffisait pour juger qu'elle n'a point de rap- port à la description de la page 3o4/ Ce tuhleu n'est pas du nombre des espèces conservées en nature par Commerson , et nous n'aurions pu en parler que d'après la description et les figures de cet observateur, si M. Dussumier n'avait pas été assez heureux dans ses recherches pour nous envoyer le poisson. Depuis M. Desjardins nous en a procuré de la même île, et MM. Quoy et Gaimard l'ont aussi rapporté de leur voyage. Nos exemplaires sont parfaitement conser- vés; mais ils manquent de leurs viscères. Cette espèce ressemble beaucoup, par sa 1. Peut-être est-ce une distraction et a-t-il voulu écrire iœnia- note iriancanthe; mais une question non moins difficile est de deviner comment 11 a jju associer ce triacanthe, qui est vraiment un apiste, genre voisin des scorpènes , avec le large raie, qui est manifestement de la famille des labres. 350 LIVRE XVI. LABROÏDES. forme alongée, par la force de l'épine oper- culaire, pyr le nu du dessus de la tête, éga- lement aplatie, par les petites écailles sur le préopercule , au malacanthe des mers d'Améri- que ; mais elle en diffère parla forme des dents et parce que la caudale est à peine fourchue : quelques différences existent dans les rapports de proportion des diverses autres parties : aussi allons-nous donner une description dé- taillée de cette rare espèce. La tête, plus longue que celle du malacanlhe de Plumier, n est que du quart de la longueur totale. L'œil est situé sur le haut de la joue, sans que l'orbite entame la ligne du profil, et à peu près au milieu de la dislance entre le bout du museau et la pointe de l'opercule : le diamètre fait le septième de la longueur de la tête; et trois fois et demie ce diamètre fait la dislance qui sépare l'œil de l'ex- trémité du museau. La fente de la bouche est un peu moins du tiers de la longueur de la tête. Les dents sont sur une bande assez large et en ve- lours, sur le devant des mâchoires : celles du rang externe seules, un peu plus fortes, se continuent avec la rangée unique de dents courtes, mais coni- ques, des côtés de la bouche. Elles augmentent de force en approchant de l'extrémité de l'intermaxil- laire : la dernière est même plus forte, et rappelle la disposition que nous avons signalée dans le plus grand nombre des labroïdes, et qui est plus mani- feste dans le premier de nos malacanthes. Le palais CHAP. VIII. MALACANTHES. 331 el la langue sont lisses et sans aucunes dents; les deux voiles, supérieur et inférieur, sont larges; les lèvres sont épaisses et charnues, mais peu plissées en dessous. Les deux ouvertures de la narine sont rapprochées l'une de l'autre; l'antérieure est sur la seconde moitié de l'intervalle de l'œil au bout du museau, et n'est qu'un petit trou semblable à une piqûre d'épingle; la postérieure est une fente longitudinale. On doit déjà pressentir que le sous-orbitaire est un. os long et étroit, à cause de la longueur et de l'étroitesse du museau. Le préopercule est assez grand ; son angle est ouvert et arrondi ; le bord montant est incliné en arrière, et l'inférieur est dirigé obli- quement et en bas vers l'angle de la mâchoire infé- rieure. L'opercule a la forme d'un pentagone irrégulier. Le bord antérieur est caché sous le postérieur du préôpercule, sans atteindre jusqu'à l'angle infé- rieur; de la terminaison de ce bord en commence un second, dirigé obliquement d'avant en arrière, et qui va rejoindre le bord inférieur postérieur, en faisant avec lui un angle assez aigu et rentrant, ou un arc convexe en avant. Le bord postérieur supérieur est un peu festonné en ^-x-'x.-w^'x, , et se réunit au précédent , en donnant de leur angle la pointe osseuse operculaire, qui atteint jusqu'au mi- lieu de l'huméral, et qui est très -acérée. Le sous- opercule est une lame étroite, taillée suivant la courbe du bord de l'opercule. L'interopercule suit de même le bord de celui-ci; il est un peu plus large en 532 LIVRE XVI. LABROÏDES. arrière ; enire lui et les deux os postérieurs de l'ap- pareil operculaire, il y a une petite pièce triangu- laire, mince, mobile, que je regarde comme démem- brée de l'interopercule , et qui a donné une forme pentagonale à l'os qui porte l'épine. Nous avons dit que le préopercule est en partie couvert d'écaillés : il en est de même de toute la partie de l'opercule qui est au-dessus de la pointe. On voit quelques points écailleux sur le sous-oper- cule; mais l'interopercule, le limbe du préopercule, les mâchoires, la membrane brancliiostège, le sous- orbitaire, et le dessus de la tête jusqu'au bord posté- rieur de l'orbite, sont recouverts d'une peau épaisse sans écailles. Le dessus du crâne entre les yeux a deux fois la largeur du diamètre de l'œil, et le bout du museau est de moitié plus étroit. Les ouïes sont largement fendues; la membrane brancliiostège est cependant réunie à celle du côté opposé, sous toute la portion inférieure de la tète. Les rayons sont cachés par l'épaisseur de la peau, de manière à n'être vus que par la dissection. Ils sont forts, au nombre de cinq, et le dernier, couché sous l'opercule, est aplati et arqué. ^ Les branchies sont au nombre de quatre, et il y en a une rudimentaire sous le haut de l'opercule. Les râtelures des arcs branchiaux sont de petits tuber- 1. Commerson porte le nombre a six clans la description, d'ailleurs fort exacte, qui existe dans ses manuscrits, li y a ici erreur, je les ai comptés avec soin des deux côtés de la mem- brane; le nombre est celui que je donne. CHAP. VIII. MALACANTHES. 535 cules rugueux. Les dents pliaryngiennes sont en cardes pointues et coniques. Le tronc est arrondi de l'avant et comprimé vers la queue; sa plus grande hauteur aux pectorales est du septième de la longueur totale : derrière les deux grandes nageoires impaires elle n'est que du ving- tième. L'épaisseur aux pectorales surpasse la moitié de la hauteur. Ces nageoires ont le bord supérieur arqué, leur terminaison pointue, et le bord inférieur sinueux et très-convexe en dessous. Les rayons sont larges et plats, au nombre de dix-sept; le premier seul est simple et de moitié plus court que le plus long, qui mesure à peu près le huitième de la lon- gueur totale. L'huméral se montre au-dessus de la pectorale en une plaque demi-ronde, dont le bord supérieur va rejoindre, sous le bord membraneux de l'opercule, le scapulaire , qui est en partie caché sous l'ouïe. On ne voit qu'un peu du bord arqué de sa portion supérieure. Le surscapulaire est seul couvert d'écail- lés. Le bas de l'huméral forme une large ceinture, entièrement recouverte par l'ouïe, et qui ne se voit qu'en soulevant l'opercule. La ventrale a les deux tiers en longueur de la pectorale, elle est étroite, et insérée sous le ventre un peu en arrière de celle-ci. Son épine osseuse est poignante, quoique grêle et collée tellement au pre- mier des cinq rayons branchus, qu'on ne la juge bien qu'après l'avoir séparée avec le scalpel. La dorsale commence un peu au-delà de la pec- torale j elle se continue sur toute l'étendue du dos, 334 LIVRE XVI. LABROÏDES. s'élevant un peu vers l'arrière. On lui compte qua- rante- sept rayons, dont les quatre premiers sont simples et moins flexibles , quoique grêles , que ceux du malacanthe d'Amérique. Le sixième est simple, mais articulé : les autres sont tous branchus. L'anale a trente- huit rayons, dont le premier, très-flexible, est simple : il répond au seizième de la dorsale. Ces deux nageoires atteignent aussi loin l'une que l'autre, et le tronçon de queue qu'elles laissent derrière elles , est du quinzième de la lon- gueur totale. La caudale de ce poisson a le bord droit quand elle est étalée, et légèrement concave quand les rayons sont à moitié rapprochés. B. 5 5 D. 4/43 ; A. 1/38 ; GAI ; P. 17 ; V. 1/5. Les écailles sont petites et légèrement rudes au toucher. Je compte cent vingt-cinq rangées entre l'ouïe et la caudale, et une trentaine dans la hau- teur. Vue isolée, une écaille a la forme rectangu- laire; plus des deux tiers de sa surflice est recou- verte; la portion nue a le bord libre cilié, la sur- face grenue : le bord radical a trois fortes épines d'insertion. La ligne latérale est marquée par une suite de tubulures, et commence au-dessus de l'ouïe par le quart de la hauteur; elle s'abaisse peu à peu, et, arrivée au milieu de la longueur du corps, elle se rend à la caudale par le milieu de la hauteur du tronc. Dans la liqueur, le poisson paraît brun sur le dos, au-dessus de la ligne latérale. Cette teinte se fond par lignes parallèles, plus effacées sur l'argenté des côtés, CHAP. VIIT. MALACANTHES. 535 qui devient irès-pur et très-brillant sous le ventre. Une large bande, égalant le quart de la hauteur, part de l'aisselle de la pectorale et se rend à l'extré- mité de la caudale. Celte bande, brune à son origine, paraît être composée de neuf traits rapprochés, qui , au milieu du corps , se réunissent pour ne plus former qu'une bande beaucoup plus foncée , et presque noire à la queue. Elle s'élargit un peu en dessous, sur le bas de la caudale, de manière à donner une sorte de talon, qui ne couvre que la base de la nageoire. Cette singulière disposition est constante dans tous les individus que j'ai sous les yeux, et elle est aussi représentée sur les différens dessins qui nous sont parvenus. Les nageoires semblent avoir été jaunes. Mais Commeison, dont la description est si exacte, sauf la légère erreur qu'il a commise sur le nombre des rayons brancliiostèges, nous donne la description suivante des couleurs , faite sur le poisson frais. La couleur de la tête et du dos est d'un brun bleuâtre. Une large bande noire comme de l'encre, règne en ligne droite depuis la pectorale jusqu'à la caudale. Le dessous du corps est blanc. La dorsale a toute la moitié de sa base brune, celle du bord blanchej l'anale est blanche comme le ventre. La cau- dale a sa partie supérieure brune, comme le dos : le noir de la bande latérale se répand sur' le reste de sa surface, excepté une large tache blanche, demi- circulaire, qui occupe son bord au milieu de sa 356 LIVRE XVI. LABROÏDES. moitié inférieure. Le blanc de l'abdomen s'étend aussi un peu sur la base de celte partie. Les pectorales sont brunâtres à l'extérieur, et bleuâtres à leur face interne. Notre individu est long de seize pouces ; celui décrit par Commerson, et le seul qu'il ait vu, était long de quinze pouces et demi, et pesait dix-sept onces. On lui a dit que la chair de ce poisson était peu estimée. Son estomac contenait de très-petites coquilles et des frag- mens de lythopliytes. Nous ne pouvons donner aucun détail sur l'anatomie de ce poisson , puisque les indivi- dus que l'on nous a envoyés manquaient des viscères abdominaux. M. Desjardins nous a dit dans une note que le nom vulgaire de ce poisson, à l'Isle- de- France, est sans-culotte. Nous avons d'ailleurs à regretter que ce sa- vant et zélé observateur n'ait pas eu le temps de nous donner d'autres détails sur cette rare espèce. C'est une lacune qu'il aura le soin de remplir aussitôt qu'il aura l'occasion de publier quelque notice scientifique sur ce labroïde. L'espèce n'est pas confinée autour de l'Isle- de-France : MM. Quoy et Gaimard en ont ob- servé au havre Dorey de la Nouvelle-Guinée une variété, qui a sur le milieu du dos une tache jaunâtre. CHAP. VIII. MALACANTHES. 357 Nous la signalons à cause de la petite dif- férence des couleurs que ces naturalistes ont indiquée. Ce poisson , dont ils ont donné une figure, planche 20, figure 3, et une des- cription, tome III, page 701, de la Rela- tion du voyage de l'Astrolabe, en le regardant comme le labre large raie de Lacépède, est peint de couleur bleu d'azur sur le dos et sur le ventre; cette teinte aurait sur la tête des reflets de carmin, qui ne sont pas exprimés sur la planche; la bandelette longitudinale est noire, l'anale a le bord jaunâtre; sur le dos il y a une tache oblongue jaunâtre, rayée de trois traits bruns longitudinaux. Le nom de cette espèce, au port Dorey, est insoronobar. J'ai pu vérifier sur le poisson son identité avec celui de FIsle-de-France. Je ne doute pas qu'il soit de la même espèce malgré la phrase un peu obscure rédigée par les natura- listes qui en ont fait la diagnose. NB. Je ne parle pas ici de VAspidonle que M. Quoj a figuré, pi. 19, fig. 4j dans la Zoologie de l'Astrolabe, parce que j'ai reconnu en faisant ce travail que ce petit poisson , qui n'a que trois rajons aux ventrales et les ouïes ouvertes par une fente linéaire et verticale, est de la famille des blennies, et voisin de nos Blennechis. Trompé alors par la ressemblance des couleurs , j'avais pensé qu'il avait des affinités avec notre malacanlhe de la mer des Indes. 3. 22 538 LIVRE XVI. LAEROÏDES. CHAPITRE JX. Des Cheilions. Commerson, en observant avec tant de soins les poissons de risle-de-France , y vit une ou deux espèces voisines Tune de l'autre, ayant beaucoup d'affinité avec les labres, mais s'en distinguant, suivant la méthode linnéenne, par l'absence de prolongemens cutanés auprès des rayons épineux de la dorsale. Ils offraient d'ailleurs un autre caractère dans la nature molle de tous ceux qui sont simples à la nageoire. Cet habile naturaliste consigna ces observations dans son journal , et donna pro- visoirement à ces poissons le nom générique de cheilion, le faisant dériver du grec %ètKoç, (lèvre), pour rappeler les affinités que ce genre, qu'il se proposait d'établir, avait avec les la- bres. Il donne d'ailleurs la description de deux espèces, l'une faite avec le plus grand détail, l'autre comparativement , et un peu plus courte. Ces matériaux ont paru pour la première fois dans le quatrième volume de l'Histoire des poissons de Lacépède, qui en a fait un extrait, et qui a publié ce genre en méconnaissant les rapports que leur avait si bien assignés Gommer- CHAP. IX. CHEILIONS. 539 son : car il le place à côté des genres harpe, pomatome et lëiostome , que nous avons dé- montré être des doubles emplois d'espèces bien connues, et classées dans des familles différentes les unes des autres; il le rapprochait du genre pimeleptere , qui est un squammi- penne et tout aussi éloigné des cheilions. Lacépède d'ailleurs ne se doutait pas, en copiant Forskal, qu'il plaçait dans ses labres un poisson de ce genre des cheilions, et même tellement voisin de celui de l'Isle-de-France, que j'ai beaucoup hésité à l'en distinguer. Le lahrus inermis du naturaliste danois n'est en effet autre chose quun cheilion; toutefois nous devons observer que Commerson n'a pas présenté les vrais caractères du genre qu'il projetait, imbu qu'il était des caractères lin- néens. Ils consistent dans la forme particulière des intermaxillaires. Ces os sont en effet élargis et chargés en dedans de granulosités que l'on n'observe chez aucun autre labroïde. Les dents de la rangée externe ne sont pas moins caracté- ristiques; car elles sont triangulaires, compri- mées et tranchantes, comme celles de certai- nes sphyrènes, ou des cjbiums dans la famille des scombéroïdes. Les deux dents mitoyennes sont en crochets, et l'espace entre toutes ces 340 LIVRE XVI. LABROÏDES. dents est rempli par d'autres, petites; coniques , et constituent ainsi Tarmure de la mâchoire inférieure. L'égalité des dents de la mâchoire supérieure, sauf les deux mitoyennes, est aussi très-particulière. La mollesse et la flexibilité de tous les rayons est non moins caractéris- tique; mais elle ne serait pas seule suffisante. La ligne latérale non interrompue sert égale- ment à distinguer ce groupe de labroïdes à rayons mous et à ligne latérale interrompue, comme on le voit dans le lahrus inalapterus de Bloch. Les cheilions ont aussi quelques écailles rares sur l'opercule, tandis que le pois- son auquel je le compare en ce moment, a la joue nue comme la girelle. On voit donc que les cheilions avoisinent les malacanthes, qu'ils ont encore les rayons plus mous que le tubleu de fIsle-de-France, et qu'ils sont intermédiaires entre les labres et les girelles. M. Cuvier, qui n'avait pas examiné les dents ni les intermaxillaires de ces poissons, a cru que la seule flexibilité des rayons ne pouvait être un caractère assez important pour faire de ces espèces un genre distinct. C'est ce qui explique comment il a dit dans le Règne ani- mal, que les cheilions n'étaient que des labres très-gréles, dont les épines dorsales sont flexi- CHAP. IX. CHEILIONS, 341 bles. Il aura sans doute été trompé par l'inexac- titude de la figure du Voyage de l'Uranie. Je commencerai par décrire les espèces con- nues de Commerson, et je parlerai ensuite de celles qui ont été découvertes depuis. Le Cheilion doré. ( Cheilio auratusy Commerson, Lacép., t. IV, p. 4^3.) Ce poisson, que nous venons de recevoir , de risle-de-France par M. Dussumier en très- bon état, est distinct de celui des Sandwich, rapportéparMM. Quoy et Gaimard. L'individu de ces voyageurs était le seul que nous ayons eu alors à notre disposition, et à l'aide duquel nous avons reconnu la description de Com- merson. Nous le crûmes identique avec son poisson, et nous le déterminâmes ainsi dans la collection du Muséum. C'est là ce qui expli- que comment ce poisson a paru, sous le nom de cheilion doré, dans le Voyage de l'Uranie , bien que nous le distinguions aujourd'hui de celui auquel nous réservons le nom du premier naturaliste qui Fa fait connaître» Le corps est irès-alongé et presque arrondi. La hauteur fait à peine le huitième de la longueur totale; l'épaisseur a près des deux tiers de la hauteur. La tète est longue, car elle n'est comprise que trois fois et demie dans la longueur totale. Son museaw 342 LIVRE XVI. LABROÏDES. est pointu, arrondi à l'extrémité, prolongé, par la saillie des intermaxillaires, au-devant des sous-orbi- taires; il a beaucoup de ressemblance avec celui d'une sphyrène, même par la disposition des dents de la mâchoire inférieure; mais le palais est lisse et sans dents, et la nature des intermaxillaires devient tellement caractéristique qu'on ne peut s'y méprendre. L'œil est de grandeur médiocre, situé au milieu de la longueur de la joue; le cercle de son orbite touche presque, mais n'entame pas la ligne du profil j son diamètre est du huitième de la longueur de la tête. Le premier sous-orbitaire a le bord supérieur • droit et alongé ; l'inférieur est convexe, et son angle postérieur prolongé en pointe, qui va rejoindre les autres osselets du sous-orbitaire. Le préopercule est grand , à angle bien marqué , quoique arrondi. Le bord inférieur est oblique un peu vers le bas, ce qui aug- mente la largeur de la joue. L'opercule est triangu- laire, alongé, et agrandi par son angle membraneux. Sur le bord supérieur, près des surscapulaires , il y a une rangée d'écaillés, et une autre existe le long du bord inférieur. Cette rangée semble séparer d'une manière plus nette le sous -opercule, qui est étroit, alongé et sans écailles. L'interopercule est de même en triangle oblongr,; sans écailles ; il touche sous l'isthme à celui du côté opposé. La bouche est bien fendue. Le maxillaire reste tout entier caché sous le bord membraneux du sous-orbitaire. Les intermaxil- laires ne sont pas protractiles , tant est courte leur branche montante. La lèvre supérieure est peu épaisse et a deux à trois plis longitudinaux; l'inférieure est CHAP. IX. CHEILIONS. 345 plus large et collée le long de la branche de la mâ- choire, comme dans la plupart de nos labroïdes ; son bord est sinueux , à cause de l'élargissement qu'elle a peu après la symphyse. Les dents sont petites, coniques, serrées le long du bord externe de l'intermaxillaire. J'en compte trente- sept, qui diminuent graduellement jusqu'à l'ancle de la mâchoire. A l'extrémité antérieure de l'os il y a une forte canine crochue, presque trois fois plus grosse que la dent qui la suit. Ce qui est remarquable dans le poisson, c'est que cet inter- maxillaire est élargi en dedans, sur les deux tiers antérieurs de sa longueur, en une plaque osseuse, granuleuse , et qui forme , en touchant à celle du côté opposé, une sorte de voûte osseuse à toute la partie antérieure de la bouche j d'ailleurs il n'y a point de dents ou granulations sur le vomer, ni sur les palatins , qui sont reculés en arrière pour laisser la place nécessaire à l'étendue des intermaxillaires. A la mâchoire inférieure les dents sont plus gran- des et plus écartées. Près de la symphyse il y a d'abord une première canine de chaque côté, semblable aux dents en crochets de la mâchoire supérieure ; puis vient un groupe de quatre petites dents coniques , crochues, et grandissant à mesure qu'elles sont plus postérieures; ensuite une grosse dent en triangle isocèle, comprimée, tranchante, et semblable à celle de certaines sphyrènes ou de nos cybmnis. Après un intervalle sans dents, une autre canine, en triangle et très-pointue, plus grande, suit celle dont je viens de parler; un espace sans dents sépare celle-ci de deux 344 LIVRE XVI. LABROÏDES. autres , semblables pour la taille et la forme à la première; enfin, une série de cinq petites coniques termine cette denture. Le voile supérieur du palais est très-petit, à peine Visible ; l'inférieur est très-large; derrière lui est une langue libre, pointue et lisse. Les pharyngiens sont petits et couverts de dents rondes et comme gra- nuleuses; l'inférieur a la tige longitudinale en ovale alongé. Les râtelures des branchies sont courtes et dirigées en dehors. Les ouïes sont largement fen- dues. Il y a six rayons branchiostèges. Les deux ouvertures de la narine sont près de l'oeil ; la postérieure a une distance égale au diamètre de l'orbite : elle est petite, mais visible à l'œil nu; l'anté- rieure est d'une petitesse extrême et percée sur une pe- tite papille: il faut la chercher avec soin pour la voir. La dorsale commence un peu en arrière de l'angle de l'opercule; les premiers rayons sont simples, aussi mous que ceux qui sont divisés en branche à leurs extrémités. L'anale a de même trois rayons simples et mous ; elle commence sous le second rayon arti- culé de la nageoire du dos. La caudale est peu ar- rondie. La pectorale est courte; elle est contenue plus de dix fois dans la longueur totale; elle est tronquée obliquement. La ventrale est petite, arron- die; son rayon simple est mou. B. 6} D. 9/13; A. S/1-2; C. 15; P. 11; V. l/b. Les écailles sont assez grandes et demi- ovales : j'en compte quarante-quatre entre l'ouïe et la cau- dale, et dix-sept dans une rangée verticale au mi- lieu. La portion radicale est plus large du double CHAP. IX. CHEILIONS. 345 que la portion visible. La surface est très -finement striée par des ciselures parallèles au bord. L'éventail a trente-six rayons, marqués par des stries très-fines. La ligne latérale est tracée droite, et elle descend un peu obliquement de l'angle de l'opercule au mi- lieu de la queue, de sorte qu'à sa naissance il n'y a que cinq rangées d'écaillés au-dessus d'elle, et qu'au milieu ou aux deux tiers du tronc, il y en a huit ou neuf. La couleur des individus conservés dans l'eau-de- vie est d'un jaune plus ou moins doré, avec une série de points noirs sur l'arrière de la ligne latérale, plus marqués à mesure qu'ils sont plus près de la caudale. M. Dussumier, qui l'a vu frais, dit que les écailles du dos sont verdâtres, bordées de jaune; que les flancs et le ventre sont argentés. La tête, jusqu'au bord membraneux des opercules, est jaune orangé pâle ; les nageoires ont leurs rayons de cette même teinte, et la membrane transparente. Le canal intestinal ne fait que deux ou trois sinuo- sités. La vessie aérienne est grande, quoiqu'elle n'oc- cupe que la moitié postérieure de la cavité abdominale. Nos individus ont quinze à seize pouces de longueur 5 ils nous sont venus de l'Isle-de- France, par MM. Desjardins et Dussumier. M. Leschenault a trouvé l'espèce à Bourbon. Tous ces individus sont plus petits que ceux de risle-de-France ; l'inégalité des dents est fort bien exprimée, et la ligne latérale est plus brune, avec les points noirs plus marqués. 540 LIVRE XVI. LABROÏDES. Commerson dit que la cliair du poisson est d'un assez bon goût, mais qu'on ne le mange pas à risle-de-France , à cause de son peu de fréquence sur le marche. Sapore haiid illau- dahilis, sed infrequentia pariim usurpatus. Caro alhissima. M. de Lacëpède a traduit cette phrase tout différemment, en disant que ce poisson de bon goût n'est pas reclierché à l'Isle-de-France , à cause de son abondance sur le marché de l'ile. M. Quoy, dans la Relation du voyage de rUranie, a copié celte erreur de Lacépède, et a cru devoir en inférer que, s'il n'avait pas rencontré le clieilion sur le marché de flsle- de-France, c'est qu'il n'y paraissait que très- rarement pendant les mois de Mai, Juin et Juillet, qu'ils avaient passés à Maurice. Commerson fappelle lejaunet de flsle-de- France, mais sans dire positivement s'il en- tend sous cette dénomination parler d'un nom vulgaire. Le Cheilion vert et bleu. {Cheilio cjano-chloris , nob.) Nous avons aussi retrouvé une seconde es- pèce de cheilion dans les collections faites à î'Isle-de-France par M. Dussumier. CHAP. IX. CHEILIONS. 347 Elle ressemble beaucoup à la précédente, mais elle a le sous - orbilaire plus lisse, les rayons de la dorsale plus forts et moins flexibles j la ligne laté- rale rameuse. D. 9/13 î A. 3/12; C. 13; P. 11 ; V. 1/5. Dans la liqueur, tout le poisson paraît brun noirâtre, cette teinte se dessinant par taclies sur les écailles blanches du ventre. La dorsale et l'anale sont trans- parentes , mais laissent encore voir des taches : fraî- ches, elles sont tout autres. Les voici telles que M. Dussumier nous les indique : le dos est vert olive foncé; les côtés sont verts, avec une tache bleue sur chaque écaille; le dessus de la tête est de la même teinte que le dos, mais les opercules sont plus clairs; le ventre prend une teinte bleue, et le des- sous de la gorge est blanc; une tache noire est sur le tiers antérieur du corps , et elle est surmontée de trois points rouges. On ne voit plus qu'une faible trace de la tache noire sur le poisson conservé dans l'eau-de-vie. La dorsale et l'anale sont variées de vert clair et d'o- rangé. La caudale a ses rayons verts et la membrane rosée; les pectorales et les ventrales sont blanches et transparentes. Nous ajouterons à ces observations quel- ques autres, que nous prenons d'un dessin qui nous a été envoyé de l'Isle - de - France par M. Théodore Delisse. Elles me semblent indiquer que les individus offrent entre eux des variétés assez notables. 348 LIVRE XVI. LABROÏDES. Ce dessin représenie le poisson vert sur la moitié supérieure du corps , et bleuâtre à reflets argentés en dessous. Il est couvert d'un réseau jaunâtre , formé par la réunion des traits déliés qui bordent chaque écaille. Ce réseau s'évanouit sur le dessus du dos, où le jaune se perd dans le vert foncé de cette partie, et sur le ventre, où les traits de- viennent blanchâtres. Les deux taches latérales sont de couleur orangée. L'antérieure est la plus petite, et répond à la pointe de la pectorale. Le sous-orbitaire, les lèvres et le dessous de la tête sont azurés; le dessus du crâne, le bord du préopercule et tout l'opercule sont verts. Un trait jaune descend de l'angle de la bouche vers la jonction de l'interopercule avec le sous - opercule. Un autre petit trait, de même couleur, va de l'angle du préopercule au bord de l'opercule. La pectorale est olivâtre , pâle à sa base. Les ven- trales ont un peu plus de jaunâtre. La dorsale est transparente, avec de nombreuses vermicellures jau- • nés; l'anale, aussi pâle, a cinq à six taches jaunes très- peu colorées sur la hauteur de la membrane, entre chaque rayon. Ceux de la caudale sont verts ; la membrane blanche a de fines vermicellures orangées ou rougeâtres. L'individu a treize pouces de longj il a été donné à M. Dussumier par les pécheurs sous le nom de tassard marron. Ce nom de tas- sard est généralement appliqué dans nos co- lonies aux poissons à dents tranchantes, et CHAP. IX. CHEILIONS. 349 particulièrement à nos cjbiums. Il est assez curieux de voir que les pêcheurs ont déjà fait ce rapport. Le Cheilion brun. {Cheilio fuscus , Comm., Lacép., t. IV, p. 435.) La description du second clieilion de Com- merson me paraît encore différer de ces deux espèces La forme du corps est lout-à-fait semblable à celle du cheilion doré. D. 9/14; A. 3/11, etc. Commerson dit que la couleur n'offre rien de re- marquable; qu'elle est brune ou plombée, devenant plus pâle sur les côtés et blanchissant sous le ventre. La dorsale est ferrugineuse, variée de taches blan- ches et lenticulaires. Les taches de l'anale sont plus nombreuses et y deviennent confluentes. La caudale est d'un brun verdâtre , et les ventrales sont blan- ches : les pectorales ont une teinte brune très-claire. Commerson a observé ce poisson dans les barques des pécheurs de l'Isle-de-France, au mois d'Octobre 1769; il était long de dix pouces et demi. Le Cheilion de Forskal. (Cheilio Forskaliiy nob. ; Lahriis inermis , Forsk.) Un autre cheilion, connu aussi à peu près a la même époque où Commerson observait 350 LIVRE XVI. LABROÏDES. les siens à l'Isle-de-France, est celui dont Fois- kal a laisse une description, qui a été publiée sous le nom de lahrus inermls. Voici ce qu'on peut tirer de Foiskal pour en faire les caractères de celte espèce. Le corps, très-alongé, est vert, traversé par une bandelette de points noirs, le long de la ligne laté- rale. Au-dessus, la teinte devient plus brune; en dessous, elle est plus pâle et tachetée de blanc. Sur la tête et les joues on voit des points violets. Toutes les nageoires sont verdâtres. Je viens de retrouver ces traces de couleur, surtout les taches du ventre et les lignes vio- lettes des joues, sur un poisson que M. Le- febvre nous a rapporté de Suez. L'espèce se distingue aussi de celles de l'Isle-de- France par ses dents plus égales et par ses premiers rayons de la dorsale, qui sont plus courts, plus grêles, et paraissent un peu moins flexibles. D. 9/13; A. 3/12, etc. L'individu a huit pouces de long; mais Forskal en a vu qui avaient un pied de lon- gueur et deux pouces de hauteur. Les pêcheurs donnent à ce poisson le nom de ghassek. Bonnaterre et Lacépède l'ont fait paraître dans leur genre labre, en empruntant au langage des Arabes la dénomination de l'espèce quils nommèrent labiée hassek. CHAP. IX. CHEILIONS. 351 M. Ruppel a aussi vu ce poisson a DjeJda et à Massawah; mais il ne Ta pas reconnu dans la description de Forskal, bien que celle publiée par le célèbre voyageur de Francfort soit en tous points conforme à celle du naturaliste danois. M. Ruppel' a nommé son poisson lahrus fusiformis , épithète aussi peu caractéristique dans ce genre, que celle de Forskal; aussi nai-je pas cru devoir con- server l'une ou l'autre. Le Cheilion demi-doré. {Cheilio hemichrjsos , nob. ; Cheilio auratus , Quoy, Uranie, p. 274, pi. 64,%. 2.) MM. Quoy et Gaimard ont rapporté, comme nous Tavons dit tout à l'heure , un cheilion des îles Sandwich, qu'ils ont confondu avec le cheilion doré de Commerson et de Lacépède. Il s'en dislingue par un museau plus aigu, un œil plus grand , des rayons dorsaux plus fins et très- flexibles. La bouche est moins fendue, et les dents sonL plus égales et plus fines. Il paraît dans la li- queur être d'un brun rougealre uniforme, avec une série de points noirs le long de la ligne latérale depuis l'opercule jusqu'à la caudale. Le bas de l'opercule et la poitrine sont argentés. î. Rappel^ ^'cue JVirhcllhiere zu der Faun. ahj-ss. , p- 7 y pi. 1, % 4. 552 LIVRE XVI. LABROÏDES. Suivant M. Quoy, le poisson frais est brun sur la moitié supérieure du corps, et jaune doré sur l'in- férieure. Les pectorales, les ventrales, l'anale et la caudale, brillent de cette belle couleur; mais la dor- sale est d'un brun très-pâle. Les nombres des rayons sont voisins de ceux des autres espèces. D. 9/14 ; A. 3/12. Nous eu avons de sept pouces de long. Le nom des péclieuis de Sandwich, est selon M. Quoy, irou. J'ai dit comment ce poisson n'est pas le chei- lion doré de Lacépède et de Commerson ; mais je dois faire remarquer que sur la plan- che citée le dessinateur a couvert d'écaillés l'opercule, comme celui de nos labres, tandis qu'il n'y en a que le long du bord par lequel il touche au sous-opercule. Je retrouve aussi cette espèce dans un bel individu long d'un pied, que MM. Eydoux et Souleget viennent de rapporter du même archipel; il est jaune orangé, avec une suite de gros points noirs bien marqués le long de la ligne latérale. Le Cheilion vert. {Cheilio viridis , nob.) Les mers de l'archipel de Vanikoro ont fourni aux mêmes naturalistes une nouvelle CHAP. IX. CHEILIONS. 555 espèce de cheilion, facile à reconnaître à la forme des dents : celles , qui dans les autres espèces sont saillantes et en crochets à l'extrémité du museau, sont dans celle-ci à peine visibles à la mâchoire supérieure, quoiqu'elles soient encore distinctes des autres dents à l'inférieure. Les dents latérales sont plus égales, proportionnelle- ment plus grosses à la mâchoire supérieure, plus petites et plus égales à l'inférieure. Il y a peu d'écaillés le long de l'opercule. La bandelette latérale est assez foncée, surtout vers la queue. La ligne latérale est rameuse. D. 9/13; A. 3/12, etc. M. Quoy nous apprend , par le dessin fait sur le pois- son sortant de l'eau, que le dos est vert-pré brillant, le ventre vert jaunâtre tacheté de bleu, le dessus de la tête de la couleur du dos; les joues ont des teintes rougeâtres, des rayures bleues, dont une est tracée de l'angle du museau au milieu du bord du préoper- cule. La dorsale est grise, avec deux rangées de taches brunes; l'anale est plus jaunâtre; la caudale est ver- dâtre : les nageoires paires sont transparentes. Ce poisson n'est pas rare à Vanikoro. Les voyageurs en ont vu d'un pied et demi de long. Les indigènes l'ont nommé fénéou. Le Cheilion petite bouche. {Cheilio micros toma , nob.) Je trouve encore parmi les poissons du Mu- séum un petit cheilion dont j'ignore la patrie: i3. 23 554 LIVRE XVI. LABROÏDES. il vient probablement de l'Inde, car il faisait partie de la collection du stadhouder de Hollande. La forme générale est celle de nos cheilions; mais la bouche est sensiblement moins fendue; roell est plus grand; la couleur est uniforme et sans aucune tache, même le long de la Hgne latérale; la caudale et les ventrales sont d'un orangé assez vif sur les rayons. Ce petit poisson n'a pas tout-à-fait quatre pouces. Le Cheilion rayé. {Cheilio lineatuSj nob.) Ce n'est qu'avec doute que je place ici ce joli poisson, dont nous devons la connaissance à un officier de l'expédition de l'Astrolabe, M. Gressien, qui en a donne le dessin à M. Quoy. Ce naturaliste l'a publié dans la Zoologie de l'Astrolabe, tome III, page 719, et planche 19, figure 2, de l'atlas des poissons; mais sous le nom impropre de malacanthe rayé. Il a le dos bleu ; le ventre jaune doré , rayé longitudinalement dé tà-aits roussâtres. La tête est bleue, passant au verdâtre sur le museau, et rayée comme le corps. La base de la dorsale est jaune, puis elle a une raie bleue tachetée de gros points noirs carrés; celte bandelette est surmontée d'une CHAP. IX. CHEILIONS. 355 série de taches rouge de brique, carrées; et enfin sur un fond jaune passant au brun sur le devant, et à l'orangé sur l'arrière , on voit six à sept lignes brunes, longitudinales et étroites. Le premier rayon de la dorsale est prolongé en filet. L'anale est courte, jaune, avec trois traits rouges ou orangés, parallèles à la base de la nageoire. M. Quoy les dit bleus, mais la planche les représente comme je l'indique ici. La caudale est lancéolée et de couleur bleue, bordée de jaune orangé. Les pectorales et les ventrales sont jaunes. Il est évident que ce poisson, originaire du port du roi George, est un des plus élégam- ment colorés qu'on puisse voir, et il me paraît encore inconnu des naturalistes; mais il est facile de juger que le dessinateur n'était pas zoologiste , et que les caractères de l'espèce ont été mal rendus. Il est possible que ce soit une girelle ordinaire : ce ne peut toutefois être un malacanthe, comme l'a cru M. Quoy. DU MALAPTÈRE, et en particulier du Malaptère réticulé. {Malapterus reticulatus , nob.) Je place à la suite des malacanthes et des cheilions, un genre qui tient de ces deux par des caractères communs, qui l'empêchent de 55G LIVRE XVI. LABROÏDES. rentrer soit dans l'un soit dans l'autre. Je n'en ai vu qu'un seul exemplaire sans ses viscères, et sur lequel je n'ai eu aucuns renseignemens. Le corps est alongé, comprimé; sa hauteur, qui est égale à la longueur de la tête sans le lobule membraneux de l'opercule, est du cinquième de la longueur totale. La bouche est petite , à dents mi- toyennes plus longues; les autres, coniques, sur un seul rang, sans élargissement des intermaxillaires. Le préopercule est couvert d'écaillés ; l'opercule en a sur son bord comme celui des cheilions : les autres pièces n'en ont pas. La dorsale a tous ses rayons mous et flexibles : il y a des appendices membraneux à la pointe de chaque rayon. Le sous-orbitaire est étroit; le bord membraneux de l'opercule est très -prolongé, jus- qu'au-delà de l'aisselle de la pectorale; la dorsale commence au-delà de l'insertion de cette nageoire; le tronçon de queue, derrière elle, est court; la caudale est coupée carrément avec ses angles arron- dis; les ventrales sont petites : leur épine est faible. D. 18/14 ; A. 3/18; C. 16; P. 12; V. 1/5. Les écailles sont lisses et molles : il y en a trente- sept rangées entre l'ouïe et la nageoire de la queue ; il y en a trois au-dessus et onze au-dessous de la ligne latérale , qui n'est pas interrompue. La couleur est brune sur tout le corps , avec un réseau noir, dont la maille entoure chaque écaille. Les nageoires sont verdâtres, bordées de noir. Ce poisson n'a pas six pouces de long. Il CHAP. IX. MALAPTÈRE. 357 vient des iles Juan-Fernandez, et il a été donné au Cabinet du Roi par M. Gay. On voit qu'il a les rayons flexibles des chei- lions, sans en avoir les dents, qui ressemblent à celles des labres. Il a, comme eux et les malacanthes , les opercules e'cailleux, mais il manque de l'épine operculaire de ceux-ci. La mollesse de ses rayons et les écailles de l'oper- cule empêchent d'en faire un tautogue. Enfin, il ne peut être placé parmi les girelles. 558 LIVRE XVI. LABROÏDES. CHAPITRE X. Des Girelles. Nous voici arrives à un des genres les plus nombreux en espèces de la famille des labres, et qui contient les poissons parés des cou- leurs les plus variées et les plus brillantes, je crois, entre tous les liabitans des eaux. Celles de nos mers ne le cèdent nullement par leur éclat aux espèces des régions inter- tropicales. Toutefois ces animaux sont carac- téristiques des pays chauds : c'est tout au plus si une seule s'avance vers le Nord, jusque sur les côtes d'Angleterre ou de France; déjà dans la Méditerranée nous en comptons trois ou quatre, et nous les voyons même sortir de ce bassin de l'Europe méridionale, et s'avancer dans l'Atlantique jusqu'aux Canaries, où elles vivent avec d'autres qui commencent cette nombreuse série de girelles des mers chaudes du globe. Je réunis avec M. Cuvier, sous le nom de ^irelle, tous les labroïdes à ligne latérale non interrompue ; à dorsale munie de rayons épi- neux roides et piquans; dont la tête entière, c'est-à-dire, le sous-orbitaire , le préopercule et les autres pièces operculaires , le dessus de CHAP. X. GIRELLES. 359 la le te et les mâchoires, sont dépourvus d'é- cailles. Leurs dents sont coniques , plus fortes en avant; et derrière cette rangée externe il y en a de tuberculeuses ou de grenues en nombre variable, qui dans quelques espèces se succèdent avec l'âge , augmentent la largeur de la surface émaillée des deux mâchoires, et nous conduisent lentement à ce que nous observerons dans les scares , et dont nous avons déjà eu un premier vestige dans les cheilions. Les pharyngiens de toutes les girelles sont conformés comme ceux des labres proprement dits. Certaines espèces ont dans l'angle de la bouche une dent dirigée en avant; mais ce caractère spécifique est tout aussi variable dans ce genre que dans tous ceux des autres labroïdes dont nous avons déjà parlé. Cette observation nous a conduits à supprimer le genre halichores, que M. Ruppel a récem- ment publié dans ses Nouvelles recherches sur les animaux vertébrés de la Faune africaine, et que nous avons déjà signalé, dans notre article du tautoga sexfasciata, qu'il confon- dait avec ces girelles à défenses. Ceux de nos lecteurs habitués aux recher- ches ichthyologiques, savent déjà que M. Cu- vier a démontré, dès sa première édition du 300 LIVRE XVI. LABROÏDES. Règne animal, que le genre holo^jninose , établi par Lacépède, doit rentrer dans celui dont nous nous occupons; car il n'est qu'un double emploi du labre cerclé, également décrit sur les dessins ou les manuscrits de Commerson, lequel poisson est une de nos girelles. Il faut aussi y réunir, comme l'a déjà fait M. Cuvier, le genre coris de Lacépède, fondé de même sur les matériaux de Com- merson, quoique la crête élevée de ce poisson lui donne un aspect un peu différent des au- tres girelles , et qu'il semble nous conduire vers les xyriclithys. Ces poissons sont littoraux, vivent parmi les roches madréporiques, où ils trouvent en abon- dance des mollusques, des oursins et autres animaux à test dur, qu'ils brisent facilement avec les dents fortes et coniques, soit des mâchoires, soit des pharyngiens. Le nom de julis, sous lequel M. Cuvier décrit ce genre , est l'épithète d'un des labres de Linné, qui l'avait tiré d'Artedi pour l'ap- plique!' à l'espèce du Systema naturœ, qui comprenait alors les différentes variétés de nos mers. Il y a peu de probabilité , pour ne pas dire davantage, que le poisson désigné chez les Grecs sous le nom de iovKis, fût un de nos labres. Du moins rien de ce que les CHAP. X. GIRELLES. 36i auteurs en disent ne justifie cette conjecture. On trouve dans Aristote (I. IX, c. 2) une seule fois le nom de iovKièsç, cite comme un des poissons qui vont en troupe avec les thons et les autres saxatiles. Athënëe rapporte (1. VII, c. i5, p. 3o4) que Dorion recommande dans son Traité des poissons, de faire bouillir les îovKi^sç dans de la saumure, et il lui donne, selon Numenius, l'épithète de vorace. Il n'y a dans ces traits, ni dans ce qu'en rapportent les autres auteurs, rien qui puisse faire connaître ce que les anciens entendaient sous ce nom, ainsi que je l'ai déjà remarqué pour les labres. La GiRELLE COMMUNE. (Jiiiis 'Viilgaris, nob.) Il paraîtrait que du temps de Rondelet la girelle était plus rare sur les côtes de Pro- vence que de nos jours, car il dit qu'elle y est à peine connue j aussi la figure que nous trou- vons dans son ouvrage (1. VI, c. 7, p. 180) est-elle mauvaise, mal caractérisée et difficile à appliquer à l'une ou l'autre de nos variétés. Il n'en est pas de même de celle de Salviani* : 1. Salviani;, De aquat., p. 219, fol. 85. 362 LIVRE XVI. LABROÏDES. elle représente certainement notre première espèce, bien caractérisée par sa tache noire. C'est encore elle que donne Aldrovande (l. L^"^, chap. 7, p. 39), quoique sa figure soit plus grossière que celle de l'auteur romain. Willughby* l'a vue aussi à Gênes, et c'est d'après ces renseignemens que ce poisson , originaire de la Méditerranée, a pris place dans Artedi; cependant Linné l'a fait venir d'Amérique , dans le prodrome du tome second du prince Adolphe , et je crois qu'il a confondu quelque espèce étrangère, peut-être notre X psittaculus, avec lui; car il parle d'une ligne rouge sur la dorsale , que je ne trouve pas dans notre poisson d'Europe. Bloch (pi. 287, fig. 1) en a donné une figure d'une enluminure peu exacte, et qui a été faite d'après une de ces nombreuses variétés que nous conservons dans l'eau-de-vie. La girelle est un poisson très-commun dans la Méditerranée , et dont on trouve un grand nombre de variétés, que quelques zoologistes ont essayé de séparer en espèces. Elles font l'ornement des marchés des ports de cette mer, car leurs couleurs, très - variées , ne le cèdent en rien, par leur éclat et leur beauté, 1. Willughbj, De fisc. , p. 524> CHAP. X. GIRELLES. 363 aux poissons les plus brillants que les mers des tropiques nous envoient. Nous allons commencer par décrire la va- riété à tache noire et à bandelette orangée , à bords dentelés, parce que nous croyons qu'elle a été le type du lahrus julis d'Artedi. Le corps de la girelle est alongé; sa plus grande hauteur est vers la sixième épine de la dorsale, et elle n'est que du cinquième de la longueur totale. La ligne du dos et celle du ventre convergent l'une vers l'autre, de sorte que la hauteur de la queue a les deux cinquièmes de celle du tronc, dont l'é- paisseur est comprise deux fois et demie dans la hauteur. Les lignes dorsale et ventrale du profil se courbent et se rapprochent assez promptement vers le bout du museau, qui est cependant encore très-pointu. La tète n'est pas contenue tout-à-fait quatre fois dans la longueur totale. L'œil est de grandeur mé- diocre, arrondi et éloigné du bout du museau du tiers de la longueur de la tête. L'intervalle entre les yeux est bombé, arrondi et égal au diamètre de l'œil. Le sous-orbitaire est peu visible sous la peau épaisse qui le recouvre. Le bord du préopercule descend verticalement; l'angle qu'il fait avec le bord horizontal est arrondi. Le bord membraneux de l'opercule se prolonge en une languette libre , charnue et arrondie , semblable à celle que nous avons déjà vue sur les pomotis. L'interopercule est mince et large, et touche celui du côté opposé sous l'isthme de la gorge, de >64 LIVRE XVI. LABROÏDES. façon que la membrane branchiostège est entièrement invisible, si on n'écarte pas les ouïes, La bouche est peu fendue et très-peu protractile. Le maxillaire est petit et tout- à -fait caché sous le bord du sous-orbitaire. L'intermaxillaire est mince et n'a que des branches montantes médiocres. Les dents sont simples et coniques sur le rang externe 5 les quatre antérieures sont alongées et courbées , et comme de vraies canines; les autres, plus courtes, ont l'air d'entailler le bord de l'os, comme le feraient les dents d'une scie. A l'extrémité de la mâchoire, dans l'angle de la bouche, il y a une dent alongée, comme une petite défense, semblable à ce que nous avons vu dans plusieurs de nos labres étrangers. Sauf cette dernière dent, celles de la mâchoire inférieure sont semblables à celles de la supérieure. Les deux mâ- choires portent derrière cette rangée quelques dents rondes et grenues. Les ouïes sont peu fendues, parce que la membrane branchiostège est réunie à celle du côté opposé, sous toute l'étendue de l'isthme de la gorge. Les rayons branchiostèges sont au nom- bre de six. Les peignes des branchies sont médiocres, et les râtelures antérieures fort courtes. Des groupes de villosités épaisses et nombreuses garnissent en haut et en bas l'entrée du pharynx. Au milieu de ces villosités on voit, comme dans les labres pro- prement dits, les deux plaques supérieures des dents pharyngiennes obtuses, et la plaque triangulaire in- férieure. Celle-ci porte en arrière une dent globu- leuse, beaucoup plus grosse que les autres. La dorsale commence à la fin du premier quarl CHAP. X. GIRELLES. 365 de la longueur totale, et son étendue sur le dos égale la moitié de celle du corps. Ses rayons sont grêles et flexibles ; le premier rayon épineux est plus haut que le second , celui-ci l'est plus que le troisième , lequel dépasse un peu les six qui suivent. A la suite de ces neuf rayons épineux on en compte douze branchus. L'anale commence sous le premier rayon mou de la dorsale; ses trois épines sont faibles. Les douze rayons mous composent une nageoire qui s'étend sous la queue, ainsi que la dorsale le fait en dessus. La caudale est coupée carrément ; les pectorales et les ventrales sont médiocres. B. 6; D. 9/12; A. 3/12; C. 14; P. 13; V. 1/5. Les écailles sont petites : on en compte près de quatre- vingts entre l'ouie et la caudale; elles sont très- minces et paraissent lisses. A la loupe on aperçoit de fines granulations et quelquefois des stries diver- gentes et longitudinales. Vue isolément, une d'elles paraît oblongue;sa portion radicale est plus que deux fois plus grande que la partie nue. L'éventail se com- pose de quinze à seize stries , qui rayonnent d'un point qui n'est pas placé au milieu de l'écaillé. La ligne laté- rale part de fangle supérieur du surscapulaire, re- monte jusque sous le troisième rayon de la dorsale, et, après avoir fait une légère courbure, elle suit une ligne droite, parallèle au dos, tracée par le septième de la hauteur du corps. Arrivée sous le dixième rayon mou de la nageoire, elle s'infléchit brusquement, descend, sans s'interrompre, jusque sur le milieu de la hauteur de la queue, qu'elle tra- 366 LIVRE XVI. LABROÏDES. verse ensuite en ligne droite, et sur laquUe elle s'ef- face un peu avant de toucher à la caudale. Elle se compose d'une série de petits tubes relevés en saillie sur les écailles que cette ligne parcourt. L'extrémité de chaque tube est ouverte, et montre ainsi l'orifice d'un petit pore. Nous avons des girelles très -fraîches, pêchées à Toulon, et qui paraissent encore avoir très-bien con- servé leurs couleurs. Le sommet de la tête et le dos est d'un beau brun mêlé de bleu et de rougeâtre; au- dessous de cette teinte brille une large bandelette à bords dentelés d'un beau rouge orangé : elle naît sur l'opercule et s'évanouit sur la queue. Au-dessous de la raie, et à partir de l'épaule, jusque sous les premiers rayons mous de la dorsale, le milieu des côtés est coloré par une bande bleu foncé, presque noire, qui forme une grande tache oblongue sur les côtés du corps du poisson. Cette tache se prolonge, jusqu'auprès de la queue, en une bande colorée de bleu d'outremer, plus ou moins rembrunie par le brun doré qui s'y trouve mêlé. Le dessous du corps est blanc d'argent. Une raie bleu d'outremer le plus vif naît de l'angle de la bouche, traverse la joue, se marque à l'angle de la pectorale, et se prolonge, en diminuant de ton, le long du bord inférieur de la tache bleu foncé des côtés. L'angle supérieur du bord membraneux de l'oper- cule porte une petite tache bleu foncé. Le haut des joues est mordoré ; les lèvres sont mélangées de jaune, de rouge, et bordées de violet. La dorsale est olivâtre mêlé de rouge et lisérée de CHAP. X. GIRELLES. 567 bleu clair. Une grande tache bleu foncé colore le milieu de la membrane qui réunit les trois premiers rayons. Une bandelette rouge plus ou moins orangé, suit la base de la nageoire un peu au-dessous du dos. L'anale a le pied de ses rayons coloré en violet. Au- dessus de cette bande on voit une raie orangée, teinte d'olivâtre j puis il y a une bande lilas, qui est suivie d'une autre, plus large, d'un bel orangé, laquelle est bordée de violet. La caudale est olivâtre. Les pectorales et les ventrales ont quelques teintes rougeâtres. Ces couleurs diffèrent peu de celles qui sont indiquées par les observateurs qui ont vu des girelles sortant de l'eau. Suivant M. Risso et M. Laurillard, le dos est vert mêlé de bleuâtre; la bande latérale est rouge orangé, la tache des côtés bleu noirâtre; le ventre est argenté, glacé d'outremer; la tache de la dorsale est bleue , bordée de rouge de minium très-vif; le reste de la nageoire a la moitié inférieure verdâtre, la supérieure rougeâtre, bordée de bleu pâle. L'anale offre quatre bandes ainsi colorées : celle qui est près du corps, est orangé pâle ; celle qui lui est inférieure, rose violet; la troisième, qui est la plus large, est orange; et la quatrième forme un li- séré bleuâtre à la nageoire. La caudale a ses deux bords bleuâtres. Au-dessous et au-dessus de ces lignes en sont deux autres, rousses pâles : le milieu seul de la nageoire est verdâtre. M. Risso mentionne une variété que les 368 LIVRE XVI. LABROÏDES. chaleurs de 1 été font paraître sur les côtes de Nice, et qui a le dos vert foncé, l'abdomen argenté, et les nageoires rouges. Nous en avons une autre variété parmi celles que M. Bibron a rapportées de Messine. La bandelette dentelée est du plus beau jaune doré; le ventre est rougeâtre, à reflets jaunes ou dorés, et les nageoires sont rouges. Cette variété s'est reproduite avec des nuan- ces plus pâles sur celles qui nous sont venues de Négrepont, et que nous devons à M. Virlet. Toutes ces variétés ont constamment la tache latérale noire alongée. Cette tache s'ef- face chez quelques individus, de manière à établir des passages insensibles entre ce que M. Risso a établi comme la girelle ordinaire et les individus qu'il a voulu grouper en une espèce particulière, dont nous donnerons la description. Outre ces individus, qui nous sont venus de Toulon par M. le duc de Rivoli et par M. Kiener, nous en avons eu de Nice, par M. Laurillard; de Naples, par M. Savignyj de Messine, par M. Bibron; d'Iviça, par M. de Laroche; de Malaga, par M. Bâillon; de Na- poli de Romanie, par M. Reynaud; et des CHAP. X. GIRELLES. o69 cîifteiens points de la Môrée, par MM. Bory de Saint-Vincent et Virlet. Son anatomie diffère peu de celle de nos labres. Elle a le foie peut, le canal intestinal médiocre, une vessie aérienne assez grande , le péritoine mince, peu brillant. Les vertèbres abdominales sont au nombre de douze, et les caudales de dix-neuf. Ses noms vulgaires sur les côtes de la Mé- diterranée sont donzellina ou zi^urellay à Ve- nise donzella^ à Marseille dovella, à Livourne zigorella, à Candie afdella^ à Naples et à Borne manchina di re, dans File de Rhodes zillo. Selon M. Virlet, les Grecs modernes lui donneraient le nom de /gAo, ce qui semble- rait justifier le rapprochement que les auteurs de la renaissance ont fait de la dénomination des anciens à ce poisson. Selon M. Risso, elles se nomment à Nice ^irella. Leur chair est blanche, de bon goût et facile à digérer. Ces beaux poissons fréquentent les bords couverts d'algues marines sur les rochers. Si l'on s'en rapportait à MM. Donovan et Yarell, il paraîtrait que la girellese trouve sur nos côtes; mais l'on va voir que leur figure représente une espèce différente. Une autre variété nous a été apportée de i3. 24 570 LIVRE XVI. LABROÏDES. Naples par M. Savigny. Je ne lui trouve d'au- tres difTérences de formes que dans la briè- veté des premiers rayons de la dorsale : ils ne dépassent pas les autres. Quant aux couleurs, elles sont peu autrement distribuées. La moitié supérieure du corps est brun foncé; ce brun se termine par une ligne droite, tirée par le bord inférieur de l'orbite jusque sous le milieu de la queue; le reste du corps est blanc argenté. Une bandelette peu distincte et orangée sépare le brim du dos en deux parties égales. Il n'y a plus de trace de trait bleu d'outremer et de tache bleu noirâtre sur les côtés. La dorsale a du noirâtre sur sa partie antérieure; / elle est grise dans sa plus grande partie, bordée de jaune et lisérée de violet. L'anale paraît avoir été rougeâtre et de même lisérée de violet. Nous en avons un individu qui est long de sept pouces. Cette variété a été aussi observée à Nice par M. Laurillard. L'individu qu'il nous a pro- curé est entièrement décoloré. Je crois qu'il faut encore rapprocher de cette dernière variété un poisson rapporté de Lan- cerote par MM. Webb et Berthellot. Il a les couleurs distribuées de même; mais les trois premiers rayons dépassent beaucoup les autres. L'épaule et le bas de l'opercule sont colorés